Selon Moscou, ils ont fait des ouvertures répétées à Washington pour prolonger New START. Ou pour négocier un nouveau cadre. Ou au minimum pour discuter. Mais rien. Radio silence. Les Américains auraient tout bonnement ignoré ces propositions. Pas rejetées officiellement. Pas négociées. Ignorées. Comme si elles n’existaient pas. Comme si elles ne méritaient même pas une réponse formelle.
Le ministère russe des Affaires étrangères a multiplié les déclarations indignées. « Nous avons tendu la main. Nous avons montré notre bonne volonté. Nous étions prêts à discuter. Et Washington nous a tourné le dos. » C’est leur narrative. Leur version officielle. Celle qu’ils répètent à qui veut l’entendre. Celle qu’ils utilisent pour justifier ce qui vient ensuite.
La version américaine: vous n'étiez pas sérieux
De l’autre côté de l’Atlantique, la version est différente. Les responsables américains reconnaissent qu’il y a eu des contacts. Mais des contacts vagues. Sans substance. Sans véritable volonté de négocier. La Russie aurait posé des conditions inacceptables. Aurait exigé que la Chine soit incluse dans les discussions. Aurait voulu discuter des armes nucléaires tactiques, pas juste stratégiques. Aurait multiplié les obstacles pour rendre impossible tout accord réel.
Bref, selon Washington, Moscou n’était pas sérieuse. Les propositions russes n’étaient que de la poudre aux yeux. De la propagande. Une manière de pouvoir ensuite dire: « Regardez, on a essayé, c’est eux qui n’ont pas voulu. » Un exercice de relations publiques, pas une vraie tentative diplomatique.
Alors qui dit vrai? Probablement personne complètement. Et probablement tout le monde un peu. Bienvenue dans le monde merveilleux de la diplomatie nucléaire, où personne ne veut vraiment négocier mais tout le monde veut éviter de porter le chapeau de l’irresponsable.
Le problème, c'est qu'on s'en fout un peu de qui a raison
Parce que sérieusement, est-ce que ça change vraiment quelque chose? Que Washington ait ignoré Moscou ou que Moscou ait fait semblant de proposer quelque chose tout en sachant que c’était inacceptable, le résultat est le même: New START expire. Les limites disparaissent. Le contrôle s’évapore. Et on se retrouve dans une situation où les deux plus grandes puissances nucléaires de la planète n’ont plus aucun cadre pour gérer leurs arsenaux apocalyptiques.
C’est comme deux conducteurs ivres qui se disputent pour savoir lequel des deux a refusé d’appeler un taxi. Pendant qu’ils débattent, ils sont tous les deux au volant, en train de foncer vers un mur. Et nous, les passagers, on est censés se soucier de qui a tort dans l’historique des négociations?
Ce qui nous attend maintenant: le grand n'importe quoi nucléaire
Sans New START, qu’est-ce qui se passe concrètement? Plusieurs scénarios, tous plus inquiétants les uns que les autres:
La course aux armements
Première conséquence évidente: les deux camps vont augmenter leurs arsenaux. Parce que sans limite convenue, pourquoi se restreindre? La Russie va produire plus d’ogives. Les États-Unis vont augmenter leur stock. Chacun va prétendre que c’est une mesure défensive. Chacun va accuser l’autre d’avoir commencé. Et au final, on se retrouvera avec des dizaines de milliers d’armes nucléaires de plus sur cette planète déjà trop petite.
La fin de la transparence
Plus d’inspections mutuelles. Plus d’échange de données. Plus de vérification. Chaque camp va développer ce qu’il veut dans le secret le plus total. Et l’autre va devoir deviner. Imaginer. Surestimer, probablement. Parce que dans le doute, on imagine toujours le pire. Et on se prépare au pire. Ce qui pousse l’autre à faire pareil. C’est l’escalade par la paranoïa. Le cercle vicieux de la méfiance nucléaire.
L’imprévisibilité totale
Le pire, c’est peut-être ça. Avec New START, chaque camp savait à peu près où en était l’autre. Combien d’ogives. Combien de lanceurs. Où ils étaient déployés. Maintenant? Plus rien. Le brouillard complet. L’incertitude absolue. Et dans le domaine nucléaire, l’incertitude est mortelle. Elle pousse aux erreurs de calcul. Aux malentendus fatals. Aux escalades incontrôlées.
On est en train de démanteler consciemment, méthodiquement, patiemment, tous les garde-fous qu’on avait mis en place après des décennies de guerre froide pour éviter l’apocalypse nucléaire. Comme si on avait oublié pourquoi ces garde-fous existaient. Comme si on pensait qu’ils n’étaient plus nécessaires.
Et la Chine dans tout ça, ce troisième larron nucléaire
Parlons-en, de la Chine. Parce que c’est l’éléphant dans la pièce. Pékin développe rapidement son arsenal nucléaire. Pas au même niveau que Washington ou Moscou, mais ça monte. Et ça monte vite. Les Russes disent qu’on ne peut plus discuter de contrôle des armements sans inclure la Chine. Les Américains sont d’accord, en théorie. Mais la Chine? Elle ne veut rien savoir. Elle refuse de s’asseoir à la table. Elle dit que son arsenal est purement défensif. Qu’il n’est pas comparable à ceux des deux superpuissances. Qu’elle n’a pas à se soumettre aux mêmes contraintes.
Résultat: on ne peut pas prolonger New START sans la Chine. Mais on ne peut pas négocier avec la Chine qui refuse. Alors on ne fait rien. Magnifique logique. Pendant qu’on débat de qui devrait être à quelle table, les arsenaux grossissent. Les tensions montent. Le risque augmente.
Trump, Poutine et l'art de jouer avec le feu nucléaire
L’administration Trump a une position très claire sur le contrôle des armements: ça ne l’intéresse pas vraiment. Trump trouve que ces traités sont des chaînes inutiles. Qu’ils limitent la puissance américaine. Qu’ils donnent trop d’avantages à la Russie et à la Chine. Il préfère la liberté d’action. La capacité de développer ce qu’il veut sans contrainte. Et tant pis si ça déclenche une course aux armements.
Vladimir Poutine, de son côté, joue un jeu plus subtil. Il aimerait bien maintenir New START. Ça lui donnerait une légitimité internationale. Ça montrerait qu’il est un acteur responsable malgré la guerre en Ukraine. Mais il ne va pas mendier non plus. Si Washington ne veut pas négocier, très bien. La Russie développera son arsenal sans limite. Elle présentera ça comme une réponse forcée à l’intransigeance américaine. Et elle aura beau jeu de dire: « On avait proposé, vous n’avez pas voulu. »
Au final, les deux dirigeants jouent avec des allumettes dans une poudrière nucléaire. Chacun pour des raisons différentes. Chacun avec son calcul politique. Mais tous les deux dangereusement inconscients – ou indifférents – des conséquences potentielles.
Le silence assourdissant de l'Europe
Et l’Europe dans tout ça? Où est-elle? Que dit-elle? Que fait-elle? Rien. Presque rien. Quelques déclarations inquiètes. Quelques appels au dialogue. Mais concrètement? L’Europe n’a aucun levier. Elle n’est pas partie aux négociations nucléaires russo-américaines. Elle ne possède pas d’arsenal comparable. Elle dépend totalement du parapluie nucléaire américain pour sa sécurité. Alors elle regarde. Elle espère. Elle prie pour que les adultes dans la pièce finissent par se comporter comme des adultes.
Sauf qu’il n’y a pas d’adultes dans la pièce. Juste des ego surdimensionnés, des calculs politiques à court terme, et une incapacité collective à voir au-delà du prochain cycle électoral. L’Europe est spectatrice de sa propre mise en danger. Et elle n’a même pas l’air particulièrement alarmée.
Ce que les experts disent, pendant que personne n'écoute
Les spécialistes du contrôle des armements sont unanimes. Ils tirent tous la même sonnette d’alarme. L’expiration de New START sans accord de remplacement est catastrophique. Ça nous ramène à la situation la plus dangereuse depuis les années 1960. Ça augmente exponentiellement les risques d’escalade nucléaire. Ça ouvre la porte à des malentendus fatals. Ça fragilise la stabilité stratégique mondiale.
Mais qui les écoute? Qui lit leurs rapports? Qui prend leurs avertissements au sérieux? Personne. Ou presque. Parce que le nucléaire, c’est abstrait. C’est lointain. C’est improbable. On n’a jamais vu de guerre nucléaire, alors pourquoi s’inquiéter maintenant? C’est comme le changement climatique: on sait que c’est grave, mais c’est tellement gros qu’on préfère ne pas y penser.
On vit dans une époque étrange où on a plus peur d’une grippe que d’une guerre nucléaire. Où on panique pour des pénuries de papier toilette mais on hausse les épaules face à l’effondrement du contrôle des armements. Nos priorités sont complètement détraquées.
Les systèmes d'armes nouvelle génération qui changent tout
Et puis il y a un autre problème. New START a été conçu pour un monde nucléaire classique. Missiles balistiques intercontinentaux. Bombardiers stratégiques. Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Tout ça, c’était quantifiable. Vérifiable. On pouvait les compter. Les surveiller. Les contrôler.
Mais aujourd’hui? On a des missiles hypersoniques qui volent cinq fois plus vite que le son. Des drones nucléaires autonomes. Des systèmes de défense antimissile qui changent le calcul de la dissuasion. Des armes cyber capables de paralyser les systèmes de commande et contrôle nucléaires. De l’intelligence artificielle dans les chaînes de décision nucléaire. Comment on contrôle tout ça? Comment on vérifie? Comment on limite?
Réponse: on ne sait pas. Parce qu’on n’a jamais pris le temps de l’intégrer dans les traités. On a continué avec les vieux cadres conçus pour les vieilles armes pendant que la technologie galopait. Et maintenant, New START expire, et on n’a même pas de cadre pour les armes classiques, alors pour les nouvelles…
L'Iran, la Corée du Nord, et tous ceux qui regardent
Il y a un autre aspect qu’on oublie souvent. Quand les grandes puissances abandonnent le contrôle des armements, qu’est-ce que ça dit aux autres pays? À l’Iran qui développe son programme nucléaire? À la Corée du Nord qui perfectionne ses missiles? À tous ces pays qui se demandent s’ils ne devraient pas, eux aussi, se doter de l’arme absolue?
Ça leur dit que l’ordre international basé sur la non-prolifération est mort. Que les grandes puissances elles-mêmes n’y croient plus. Que le Traité de non-prolifération n’est qu’un bout de papier. Que la vraie sécurité vient de la possession d’armes nucléaires, pas de leur rejet. C’est le pire message possible. Le plus dangereux. Celui qui mène tout droit vers un monde où dix, quinze, vingt pays posséderont l’arme nucléaire. Et où les chances d’une utilisation, volontaire ou accidentelle, monteront en flèche.
On pensait avoir appris la leçon d’Hiroshima et Nagasaki. On pensait avoir compris qu’il ne fallait plus jamais. Mais visiblement, la mémoire est courte. Et la bêtise, elle, est éternelle.
Le scénario catastrophe qu'on refuse de regarder
Imaginez. Juste un instant. Un incident en mer Noire. Un chasseur russe et un drone américain qui se percutent. Des accusations mutuelles. Une escalade rapide. Des frappes conventionnelles. Puis quelqu’un, quelque part, pense que l’autre va utiliser le nucléaire en premier. Alors il frappe préventivement. Et en quelques heures, des millions de personnes meurent. Des villes disparaissent. Un hiver nucléaire commence. La civilisation s’effondre.
Ça semble exagéré? Irréaliste? C’est pourtant exactement comme ça que ça pourrait se passer. Pas par décision consciente d’anéantir l’humanité. Mais par escalade incontrôlée. Par malentendu. Par erreur de calcul. Par manque de canaux de communication. Par absence de mécanismes de désescalade. Toutes ces choses que New START et les traités similaires fournissaient. Et qu’on est en train de jeter par la fenêtre.
La responsabilité de Washington, qu'on ne peut pas ignorer
Même si on accepte la version américaine selon laquelle les propositions russes n’étaient pas sérieuses, il reste une question fondamentale: et alors? Est-ce que ça justifie de ne même pas essayer? De ne pas contre-proposer? De ne pas négocier? L’administration américaine porte une énorme responsabilité dans cette situation. Elle est la superpuissance dominante. Elle fixe le ton des relations internationales. Elle a les moyens diplomatiques, politiques, économiques de faire avancer les choses.
Mais elle choisit de ne pas le faire. Par idéologie. Par calcul politique. Par indifférence, peut-être. Trump voulait un « plus gros, meilleur » accord incluant la Chine. Comme la Chine refusait, il a tout laissé tomber. C’est du négociation à la Trump: tout ou rien. Et tant pis si le résultat est… rien.
Il y a quelque chose de profondément irresponsable dans cette approche. Quelque chose qui dit: je préfère aucun accord qu’un accord imparfait. Comme si, dans le domaine nucléaire, le mieux était vraiment l’ennemi du bien.
La responsabilité de Moscou, qu'on ne doit pas ignorer non plus
Mais soyons honnêtes: Moscou n’est pas innocente non plus. La Russie a suspendu sa participation à New START en février 2023, au beau milieu de sa guerre contre l’Ukraine. Elle a arrêté les inspections. Elle a cessé de fournir les données requises. Elle a violé l’esprit du traité tout en continuant d’en respecter techniquement les limites.
Et maintenant, elle se pose en victime incomprise qui aurait voulu sauver le traité mais que les méchants Américains ont ignorée. C’est un peu facile. Un peu trop pratique. Poutine veut pouvoir dire à son opinion publique et au reste du monde: « Ce n’est pas notre faute. On a essayé. C’est l’Occident qui refuse le dialogue. » Tout en sachant très bien que ses conditions étaient inacceptables pour Washington.
Le vrai perdant: l'humanité entière
Au final, peu importe qui a tort ou raison dans cette querelle diplomatique. Le vrai perdant, c’est nous tous. Chaque humain sur cette planète. Parce qu’on vit désormais dans un monde plus dangereux. Un monde où les arsenaux nucléaires vont croître sans contrôle. Où la transparence disparaît. Où les risques d’escalade augmentent. Où les garde-fous s’effondrent un à un.
Et pendant ce temps, nous, les citoyens ordinaires, on fait quoi? On vaque à nos occupations. On se dispute sur les réseaux sociaux. On regarde des séries. On planifie nos vacances. Comme si de rien n’était. Comme si le risque nucléaire n’existait pas. Comme si quelqu’un, quelque part, veillait sur nous et s’assurait que ça n’arriverait jamais.
Spoiler: personne ne veille. Personne ne s’assure de rien. Les dirigeants jouent avec notre survie collective comme s’ils jouaient au poker. Et nous, on les laisse faire parce qu’on préfère ne pas y penser.
Ce qu'on devrait exiger, mais qu'on n'exigera jamais
Si on était sérieux. Si on était cohérents. Si on était vraiment préoccupés par notre survie collective, voici ce qu’on devrait exiger de nos dirigeants:
Négociez, bon sang
Asseyez-vous. Parlez. Trouvez un compromis. N’importe lequel. Un accord imparfait vaut mieux que pas d’accord du tout. Prolongez New START, même temporairement. Même avec des conditions réduites. Gardez les canaux ouverts. Maintenez un minimum de transparence. C’est le strict minimum de responsabilité qu’on devrait attendre.
Incluez tout le monde
La Chine ne veut pas négocier? Trouvez un moyen de la faire venir à la table. Carottes ou bâtons, peu importe. Parce qu’un accord sans Pékin n’a plus vraiment de sens en 2026. Le monde nucléaire n’est plus bipolaire. Il faut accepter cette réalité et agir en conséquence.
Pensez aux générations futures
Dans cinquante ans, qu’est-ce que nos petits-enfants diront de nous? Qu’on a laissé expirer les traités de contrôle des armements sans réagir? Qu’on a regardé le monde devenir plus dangereux en haussant les épaules? Qu’on a choisi nos querelles politiques mesquines plutôt que leur sécurité?
Mais on ne fera rien de tout ça. Parce qu’on ne le fait jamais. On attendra la catastrophe. On se réveillera quand il sera trop tard. On se demandera comment on a pu ne pas voir venir. Comme toujours.
L'hiver nucléaire n'est pas une métaphore
Parlons-en deux minutes. De ce qui se passerait vraiment en cas d’échange nucléaire majeur entre les États-Unis et la Russie. Pas pour faire peur. Juste pour rappeler ce qui est en jeu. Les explosions elles-mêmes tueraient des dizaines de millions de personnes instantanément. Les radiations en tueraient des dizaines de millions d’autres dans les semaines suivantes. Mais ce ne serait que le début.
Les incendies provoqués par les explosions projetteraient d’énormes quantités de suie dans l’atmosphère. Le soleil serait occulté pendant des mois, peut-être des années. Les températures chuteraient dramatiquement. L’agriculture s’effondrerait. Les récoltes mourraient. La famine se répandrait. Des milliards de personnes mourraient de faim. La civilisation telle qu’on la connaît cesserait d’exister.
Ce n’est pas de la science-fiction. C’est ce que disent tous les modèles scientifiques sérieux. Un hiver nucléaire serait un événement d’extinction. Ou presque. Et on est en train de démanteler les mécanismes qui nous protégeaient de ce scénario.
Les faucons des deux côtés qui poussent à l'escalade
Dans chaque camp, il y a des voix qui se réjouissent de l’expiration de New START. Des faucons qui y voient une opportunité. De moderniser les arsenaux sans contrainte. De développer de nouveaux systèmes d’armes. De retrouver une « liberté d’action » stratégique. Ces gens-là sont dangereux. Terriblement dangereux. Parce qu’ils croient qu’on peut gérer une course aux armements nucléaires sans qu’elle ne dégénère.
L’Histoire prouve le contraire. Chaque course aux armements a mené à des crises. Des moments où on a frôlé l’apocalypse. La crise de Cuba en 1962. L’incident de l’exercice Able Archer en 1983. L’alerte de missiles russe de 1995. À chaque fois, on a eu de la chance. Des individus responsables ont refusé d’appuyer sur le bouton. Des malentendus ont été clarifiés au dernier moment. Des escalades ont été stoppées in extremis.
Mais la chance, par définition, ne dure pas éternellement. Un jour, quelqu’un appuiera sur le bouton. Un jour, le malentendu ne sera pas clarifié. Un jour, l’escalade ne sera pas stoppée. Et ce jour-là, on regrettera amèrement d’avoir laissé expirer New START.
Le problème avec les armes nucléaires, c’est qu’on n’a pas le droit à l’erreur. Pas de deuxième chance. Pas de leçons apprises. Une seule catastrophe suffit à tout anéantir. Et on joue avec ce feu-là comme si c’était un jeu vidéo.
Ce qu'on peut faire individuellement, c'est-à-dire presque rien
Alors quoi? On fait quoi, nous, citoyens ordinaires, face à cette situation? Honnêtement? Pas grand-chose. On n’a pas accès aux salles de négociation. On ne décide pas des politiques nucléaires. On ne commande pas les arsenaux. Notre pouvoir individuel est dérisoire face à ces enjeux titanesques.
Mais on peut faire des petites choses. S’informer. Comprendre les enjeux. En parler autour de nous. Refuser la résignation et l’indifférence. Maintenir la pression sur nos dirigeants pour qu’ils prennent cette question au sérieux. Voter pour des gens qui comprennent l’importance du contrôle des armements. Soutenir les organisations qui travaillent sur ces questions. C’est peu. C’est dérisoire. Mais c’est mieux que rien.
Le temps presse, et personne ne semble pressé
New START expire dans quelques jours. Il reste peut-être une fenêtre. Minuscule. Pour négocier une prolongation de dernière minute. Pour sauver ce qui peut l’être. Mais honnêtement? Ça n’arrivera probablement pas. Trump ne changera pas d’avis. Poutine non plus. Les deux camps sont enfermés dans leurs positions. Prisonniers de leurs ego et de leurs calculs politiques.
Alors on va laisser le traité expirer. On va entrer dans cette nouvelle ère dangereuse. On va démanteler cinquante ans de contrôle des armements. Et un jour, peut-être pas tout de suite, peut-être dans dix ans, peut-être dans vingt ans, on paiera le prix de cette irresponsabilité collective. Et ce jour-là, on se souviendra de 2026. De ce moment où on aurait pu faire différemment. Où on aurait pu choisir la prudence plutôt que l’orgueil. Où on aurait pu préférer un accord imparfait à pas d’accord du tout.
Mais on ne l’a pas fait. Parce qu’on ne le fait jamais. Parce qu’on est humains. Trop humains. Avec nos défauts, nos aveuglements, notre incapacité chronique à voir au-delà du court terme. Et c’est peut-être ça, au final, qui nous perdra.
La Russie a peut-être raison, et c'est ça le plus terrible
Revenons au titre de cet article. La Russie affirme que Washington a ignoré ses propositions. Et si c’était vrai? Et si, pour une fois, Moscou disait la vérité? Pas toute la vérité, évidemment. Avec probablement des omissions, des arrangements, des interprétations favorables. Mais la vérité quand même, dans ses grandes lignes?
Si c’est le cas, si les États-Unis ont vraiment ignoré des ouvertures russes sérieuses, alors on a un problème encore plus grave. Ça voudrait dire que Washington a volontairement choisi de laisser mourir New START. Par idéologie. Par calcul politique. Par indifférence aux conséquences. Et ça, c’est terrifiant. Parce que ça signifierait que les décisions sur notre survie collective ne sont même plus prises rationnellement. Qu’elles sont otages de considérations politiques domestiques. Que nos dirigeants jouent avec notre avenir pour marquer des points devant leur base électorale.
On voudrait croire que sur les questions nucléaires, au moins, la raison l’emporte. Que les adultes dans la pièce prennent les décisions sérieuses sérieusement. Mais on se ment à nous-mêmes. Il n’y a pas d’adultes dans la pièce. Juste des politiciens qui pensent au prochain sondage.
L'urgence qu'on ne ressent pas
Le plus fou dans tout ça, c’est l’absence totale d’urgence. New START expire dans quelques jours. On devrait être en mode crise. Les dirigeants devraient se parler jour et nuit. Les négociateurs devraient travailler sans relâche. Les médias devraient en faire leur sujet principal. L’opinion publique devrait être mobilisée, inquiète, engagée.
Mais non. Rien. C’est à peine une nouvelle. Une ligne dans les dépêches. Un sujet qu’on survole rapidement avant de passer à des choses plus « importantes » comme le dernier scandale people ou les résultats sportifs. On a complètement perdu le sens des proportions. Des priorités. Du danger réel.
Et c’est peut-être ça, le plus terrifiant. Pas l’expiration de New START en elle-même. Mais notre indifférence collective face à cet événement. Notre incapacité à réaliser ce qu’il représente. Notre résignation face à l’inévitable. Comme si on avait collectivement décidé que c’était trop gros, trop compliqué, trop lointain pour mériter notre attention.
On mérite peut-être ce qui nous arrive. Pas les générations futures, elles. Elles ne méritent pas de payer pour notre aveuglement. Mais nous? On aura eu toutes les informations. Toutes les alertes. Toutes les opportunités d’agir. Et on n’aura rien fait. Alors oui, peut-être qu’on mérite ce qui vient.
Signé Maxime Marquette
Note de transparence du chroniqueur: Cet article s’appuie sur les déclarations russes concernant les tentatives de prolongation du traité New START et les réponses américaines, publiées début février 2026. Le ton alarmiste reflète une position éditoriale qui considère l’expiration de ce traité comme un danger majeur pour la sécurité mondiale. Les scénarios évoqués concernant l’hiver nucléaire et les conséquences d’un échange nucléaire sont basés sur des études scientifiques publiées et peer-reviewed. Les critiques formulées visent les deux parties – États-Unis et Russie – pour leur échec collectif à maintenir ce cadre de contrôle des armements. Aucune information classifiée n’est utilisée; toutes les données proviennent de sources ouvertes et déclarations officielles publiques.
Sources
Sources primaires
The Kyiv Independent – Russia claims US ‘ignored’ offers to extend nuclear arms control agreement as key treaty set to expire – 5 février 2026
Sources secondaires
TASS – Russia needs Barguzin system after New START to ensure retaliation – analyst – 5 février 2026
Arms Control Association – New START Treaty – Février 2026
U.S. Department of State – New START Treaty Information – Février 2026
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