Cette situation nous est douloureusement familière. Il y a quatre ans, un autre homme d’affaires fortuné a licencié l’intégralité du personnel d’un autre Post : le Kyiv Post. Le propriétaire voulait une ligne éditoriale plus souple et une rédaction contrôlée, docile à ses desiderata. Les journalistes ont refusé catégoriquement. Ils voulaient servir l’intérêt public, pas faire office de toutous obéissants pour leur propriétaire. Cette confrontation brutale entre la logique de l’argent et l’éthique journalistique a abouti à une rupture complète.
Mais cette histoire a eu une fin pleine d’espoir. Les journalistes licenciés ont fondé le Kyiv Independent, aujourd’hui majoritairement détenu par sa propre rédaction. C’était notre leçon sur ce qui se passe quand les médias dépendent des caprices des ultra-riches. C’est pourquoi nous avons choisi un modèle de propriété radicalement différent, où les journalistes eux-mêmes contrôlent leur destin éditorial. Cette expérience fondatrice nous confère une légitimité particulière pour commenter ce qui arrive aujourd’hui au Washington Post et à tant d’autres médias à travers le monde.
Le Post a inspiré des générations de reporters par son courage et sa conviction que le journalisme peut demander des comptes au pouvoir, des Pentagon Papers au Watergate, jusqu’au choix de cette devise audacieuse : Democracy Dies in Darkness. Saper une telle institution affaiblit l’écosystème entier des médias libres et renforce ceux qui profitent du silence.
L’Ukraine d’avant l’invasion russe de 2022 offrait un cas d’étude particulièrement éclairant sur les dangers de la concentration médiatique oligarchique. Le paysage médiatique était dominé par une poignée de magnats dont les noms résonnent comme autant de symboles d’un système profondément vicié : Ihor Kolomoisky, Rinat Akhmetov, Viktor Pinchuk, Dmytro Firtash. Ces hommes, dont les fortunes individuelles se comptent en milliards, contrôlaient collectivement la quasi-totalité des chaînes de télévision du pays, des principaux journaux et des sites d’information à forte audience.
La Russie comprend le pouvoir des médias
Il existe un acteur qui comprend parfaitement le rôle du journalisme dans cette guerre : la Russie. Le Kremlin a investi massivement dans la propagande, la désinformation et la suppression des voix indépendantes. Chaque journal qui ferme son bureau en Ukraine, chaque reporter qui est rappelé, chaque budget qui est coupé représente une victoire pour la machine de guerre informationnelle russe. Moscou n’a pas besoin de censurer directement les médias occidentaux ; il lui suffit d’attendre que leurs propriétaires le fassent pour lui, au nom de la rationalisation économique ou de la réorientation stratégique.
Cette compréhension stratégique du rôle des médias explique pourquoi la Russie a systématiquement ciblé les journalistes en Ukraine, pourquoi elle a assassiné ou emprisonné ceux qui osaient dire la vérité, pourquoi elle inonde les réseaux sociaux de désinformation coordonnée. Le Kremlin sait que le récit compte autant que les batailles sur le terrain. Et chaque fois qu’un grand média occidental se retire de cette guerre de l’information, la Russie avance d’un pas supplémentaire vers son objectif : faire oublier l’Ukraine au monde, normaliser l’agression, préparer le terrain à d’autres conquêtes.
Le journalisme prospère lorsque ceux qui le possèdent comprennent que la propriété est une responsabilité, pas un privilège. Lorsqu’ils ne le comprennent pas, les dégâts s’étendent bien au-delà d’une seule rédaction. Ils fragilisent l’édifice entier de la démocratie.
La guerre a paradoxalement révélé et exacerbé les dysfonctionnements structurels du paysage médiatique mondial. D’un côté, l’invasion russe a unifié de nombreux médias autour de l’objectif commun de documenter les crimes de guerre et de maintenir la pression internationale. De l’autre, la fatigue de guerre qui s’installe dans les opinions publiques occidentales, combinée aux difficultés économiques des groupes de presse, crée un environnement où la tentation du repli devient de plus en plus forte. Les propriétaires milliardaires, qui n’ont jamais eu de véritable attachement à la mission journalistique, saisissent l’occasion pour procéder aux coupes qu’ils envisageaient depuis longtemps.
Le miroir français : une concentration sans précédent
Il serait tentant, pour le lecteur français, de considérer ces problématiques américaines et ukrainiennes comme des phénomènes lointains, sans rapport direct avec sa propre situation. Ce serait commettre une erreur d’analyse profonde. La France, vieille démocratie aux institutions apparemment solides, est elle aussi confrontée à une concentration médiatique sans précédent dans son histoire qui soulève des questions strictement identiques sur l’indépendance réelle de l’information et la capacité des journalistes à exercer leur mission de contre-pouvoir.
Examinons les faits avec la lucidité qu’ils commandent. Une poignée de milliardaires dont les noms sont désormais familiers contrôle l’essentiel du paysage médiatique français : Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Xavier Niel, Patrick Drahi, la famille Dassault. TF1, Canal+, CNews, Europe 1, Le Journal du Dimanche, Paris Match, Le Figaro, Le Monde, Les Echos, BFM TV, RMC, Libération : derrière ces titres qui accompagnent le quotidien de millions de Français, ce sont invariablement les mêmes noms qui apparaissent dans les organigrammes actionnariales, les mêmes intérêts qui se dessinent en filigrane.
Ces hommes ne sont nullement des philanthropes désintéressés de l’information, animés par le seul souci de préserver un patrimoine médiatique national. Ce sont des industriels, des financiers, des hommes d’affaires dont les empires économiques s’étendent bien au-delà des médias et dont les intérêts peuvent être directement affectés par le travail journalistique de leurs propres rédactions.
Le cas de Vincent Bolloré mérite une attention particulière tant il illustre avec une netteté exemplaire les dynamiques à l’œuvre. L’homme d’affaires breton a méthodiquement constitué au fil des années un empire médiatique aux orientations idéologiques ouvertement assumées. Canal+, C8, CNews, Europe 1, Le Journal du Dimanche, Paris Match : autant de titres historiques progressivement transformés, parfois avec une brutalité qui a choqué la profession, pour servir une vision politique particulière. Des journalistes respectés ont été évincés sans ménagement, des lignes éditoriales radicalement bouleversées, des émissions emblématiques brutalement supprimées.
Les mécanismes invisibles du contrôle
L’erreur analytique la plus fréquente consiste à croire que l’influence des propriétaires sur le contenu de leurs médias passe nécessairement par des ordres directs, des coups de téléphone autoritaires ou des notes de service explicites dictant la ligne à suivre. La réalité du contrôle oligarchique est infiniment plus subtile et, partant, considérablement plus difficile à combattre. L’influence s’exerce d’abord par le choix stratégique des dirigeants placés à la tête des rédactions, des directeurs qui partagent la vision du monde du propriétaire ou qui comprennent intuitivement ce qu’il attend d’eux.
Elle s’exerce ensuite par l’allocation des ressources. Quels sujets méritent des moyens d’investigation conséquents ? Quelles équipes sont renforcées, lesquelles sont progressivement délaissées jusqu’à l’atrophie ? Ces décisions, présentées comme purement techniques et relevant de la gestion ordinaire, orientent en profondeur la production journalistique. Un média qui n’a plus les moyens humains et financiers d’enquêter sur certains sujets devient de facto incapable de remplir sa mission de contre-pouvoir, sans qu’il soit nécessaire de lui interdire explicitement quoi que ce soit.
L’autocensure représente le chef-d’œuvre accompli de la domination médiatique. Lorsque les journalistes anticipent spontanément les désirs de leur propriétaire sans qu’il soit nécessaire de les leur signifier, la capture est totale et parfaitement invisible aux yeux du public.
L’influence passe également par la définition quotidienne des priorités éditoriales. Dans le flux incessant de l’actualité, qu’est-ce qui sera traité en une, développé en profondeur, suivi dans la durée ? Qu’est-ce qui sera relégué en brève, mentionné une seule fois puis rapidement oublié ? Ces choix, opérés chaque jour dans les conférences de rédaction, façonnent la perception collective de ce qui est important. Un scandale impliquant un proche du propriétaire sera peut-être mentionné, mais traité sans la profondeur et la ténacité qu’aurait justifiées un traitement véritablement indépendant.
Les journalistes, victimes silencieuses du système
Derrière les grandes manœuvres capitalistiques et les débats théoriques sur la liberté de la presse, il y a des hommes et des femmes dont la vie professionnelle est quotidiennement affectée par ces rapports de force asymétriques. Des journalistes qui ont choisi ce métier par passion authentique, par conviction démocratique profonde, et qui se retrouvent pris dans des contradictions devenues impossibles à gérer. Nous connaissons intimement ces journalistes. Nous sommes, pour beaucoup d’entre nous, ces journalistes.
Nous savons ce que signifie se demander, avant de proposer un sujet en conférence de rédaction, si cette proposition risque de déplaire en haut lieu. Nous savons ce que signifie voir une enquête prometteuse abandonnée sans explication convaincante. Nous savons ce que signifie assister, impuissants, au départ forcé d’un collègue estimé qui a eu le malheur de marcher sur les pieds d’un puissant. Et nous savons surtout ce que signifie le silence pesant qui suit invariablement ces événements : ce silence gêné, complice malgré nous, qui permet au système de perdurer.
A tous nos confrères qui portent seuls le poids de ces compromis forcés : vous n’êtes ni lâches ni complices. Vous êtes les victimes d’un système qui exploite méthodiquement votre précarité économique et votre passion pour ce métier. La responsabilité morale incombe à ceux qui ont construit ce système, non à ceux qui tentent d’y survivre.
La précarisation croissante du métier de journaliste aggrave considérablement cette vulnérabilité structurelle. Dans un contexte où les contrats à durée indéterminée se font de plus en plus rares, où les pigistes multiplient les collaborations précaires pour joindre les deux bouts, la capacité de résistance individuelle s’amenuise dramatiquement. Cette équation cruelle, les propriétaires la connaissent parfaitement. La précarité généralisée constitue leur meilleur allié, rendant largement superflues les pressions directes que la déontologie condamnerait.
La faillite des institutions de régulation
Face à cette concentration croissante du pouvoir médiatique, où sont les garde-fous institutionnels censés protéger le pluralisme ? En théorie, ces mécanismes existent. Les instances de régulation, comme l’Arcom en France, sont officiellement chargées de veiller au pluralisme des médias. Les chartes éthiques sont supposées protéger les journalistes des pressions. Les sociétés de rédacteurs ont vocation à constituer un contre-pouvoir interne. La concurrence entre médias devrait garantir une diversité de points de vue.
Dans la pratique quotidienne, ces mécanismes se révèlent dramatiquement insuffisants face à la puissance des stratégies oligarchiques. L’Arcom dispose de pouvoirs limités et les utilise avec une prudence qui confine à l’impuissance. Les chartes éthiques ne valent que ce que vaut la volonté de les appliquer. Les sociétés de rédacteurs n’existent que dans une minorité de médias et ne disposent souvent que d’un pouvoir consultatif. La concurrence est illusoire quand les mêmes propriétaires possèdent des titres supposés rivaux.
Un régulateur qui ne parvient pas à réguler, des chartes qui ne protègent pas, des contre-pouvoirs qui n’ont pas de pouvoir : nous avons collectivement construit un édifice institutionnel impressionnant sur le papier mais qui s’effondre au premier souffle du réel.
Le cas du Journal du Dimanche illustre cruellement cette impuissance. En 2023, la nomination d’un nouveau directeur de rédaction par le groupe Lagardère, passé sous le contrôle de Vincent Bolloré, a provoqué une grève historique de plus de quarante jours. Les journalistes ont résisté avec courage. Ils ont perdu. Le nouveau directeur a pris ses fonctions, la ligne éditoriale a été transformée, de nombreux journalistes ont quitté le titre. Les institutions ont regardé, exprimé leur préoccupation, et laissé faire.
L'économie comme facteur aggravant
Il serait incomplet d’analyser la propriété médiatique sans aborder la dimension économique qui l’aggrave. Les médias doivent faire face à une crise structurelle profonde : effondrement des revenus publicitaires au profit de Google et Meta, difficulté à monétiser l’information en ligne, concurrence des réseaux sociaux. Ces facteurs créent une dépendance financière qui s’ajoute à la dépendance actionnariale, plaçant les rédactions dans une double contrainte particulièrement étouffante.
Cette précarité économique produit des effets pervers multiples. La course au clic pousse à privilégier le sensationnel sur le substantiel, l’émotion sur l’analyse, la rapidité sur la vérification. Les enquêtes au long cours, coûteuses et risquées, deviennent un luxe. Le journalisme de données, l’investigation internationale, le reportage de terrain : autant de pratiques essentielles qui s’amenuisent faute de moyens. Le paradoxe cruel de notre époque : jamais l’information n’a été aussi abondante, et jamais le journalisme de qualité n’a été aussi menacé.
Dans ce contexte de fragilité, la dépendance envers un propriétaire fortuné peut apparaître comme un moindre mal. Au moins, les salaires sont payés. Mais c’est accepter que l’indépendance journalistique soit un luxe réservé aux temps prospères. C’est une capitulation que nous refusons.
La fermeture du bureau de Kiev du Washington Post s’inscrit parfaitement dans cette logique économique à courte vue. Un bureau étranger coûte cher : salaires des correspondants, frais de sécurité dans une zone de guerre, équipements, logistique. Du point de vue comptable, ces coûts peuvent sembler excessifs par rapport aux revenus qu’ils génèrent directement. Mais cette analyse ignore complètement la valeur sociale du journalisme, sa contribution à la démocratie, son rôle dans la formation de l’opinion publique éclairée.
Des modèles alternatifs existent
Face à ce constat accablant, le désespoir serait compréhensible mais improductif. Des alternatives au modèle oligarchique existent, des expériences prometteuses se développent. Le Kyiv Independent lui-même en est la preuve vivante. Fondé par des journalistes qui ont refusé de se soumettre, financé majoritairement par ses lecteurs et par des fondations attachées au pluralisme, il démontre qu’un autre modèle est possible. Un modèle où les journalistes contrôlent leur propre destin éditorial.
Mediapart en France, The Guardian au Royaume-Uni, ProPublica aux États-Unis : ces médias ont prouvé qu’un public existe, prêt à payer pour une information de qualité et véritablement indépendante. Ce modèle n’est pas une panacée universelle, il ne convient pas à tous les types de médias, mais il offre une voie de sortie crédible de la dépendance oligarchique. Chaque abonnement à un média indépendant est un acte politique, chaque euro investi dans le journalisme libre est un vote pour la démocratie.
La propriété par la rédaction, le financement par les lecteurs, le mécénat strictement encadré : ces alternatives ne sont pas des utopies. Elles fonctionnent, ici et maintenant. Elles prouvent que le journalisme peut exister sans dépendre des caprices des ultra-riches.
Le financement philanthropique offre également des possibilités. Des fondations comme Open Society, la Knight Foundation ou le Fonds européen pour le journalisme soutiennent des rédactions indépendantes à travers le monde. Ce modèle suppose des garanties strictes contre l’ingérence des donateurs et une transparence totale sur l’origine des fonds, mais il offre une alternative au financement oligarchique classique. La clé réside dans la diversification des sources de revenus et la sanctuarisation de l’indépendance éditoriale.
La responsabilité du public
Nous serions malhonnêtes de ne pas reconnaître la part de responsabilité du public. Les médias oligarchiques prospèrent parce qu’ils trouvent une audience. Les chaînes d’information aux biais flagrants réalisent des records d’audience. La course au sensationnel répond à une demande. Cette demande, c’est collectivement la nôtre. Cela ne signifie pas que le public soit coupable de la concentration médiatique, mais cela implique que la solution ne peut venir des seuls journalistes ou régulateurs.
L’éducation aux médias doit devenir une priorité nationale. Apprendre à identifier les sources, à questionner les intérêts derrière l’information, à distinguer le fait de l’opinion : ces compétences sont essentielles à la démocratie. Elles devraient être enseignées dès l’école et cultivées tout au long de la vie. Car le meilleur rempart contre la désinformation et la manipulation, c’est un public éduqué, critique, capable de faire la différence entre le journalisme authentique et la propagande déguisée.
Nous reprochons souvent aux citoyens leur désintérêt pour l’actualité sérieuse. Mais leur avons-nous donné les moyens de distinguer l’information fiable de la propagande ? Avons-nous été assez pédagogues sur les enjeux de la propriété médiatique ?
Chaque citoyen dispose d’un pouvoir qu’il sous-estime souvent : celui de ses choix de consommation médiatique. S’abonner à un média indépendant plutôt que de se contenter des contenus gratuits financés par la publicité ou par des milliardaires, c’est contribuer concrètement à la survie du journalisme de qualité. Partager les enquêtes importantes, soutenir les journalistes attaqués, exiger la transparence sur la propriété des médias : autant de gestes qui, additionnés, peuvent faire basculer l’équilibre des forces.
Appel à l'action collective
Nous nous tenons aujourd’hui en solidarité avec nos collègues du bureau de Kiev du Washington Post et nous condamnons la décision de démanteler effectivement ses opérations. C’est une erreur stratégique et un mauvais service rendu aux lecteurs. Mais au-delà de cette solidarité ponctuelle, nous appelons à une prise de conscience plus large sur les dangers que représente la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires dont les intérêts n’ont rien à voir avec la mission d’informer le public.
Aux lecteurs, nous disons : soutenez financièrement les médias indépendants, exigez la transparence sur la propriété de ceux que vous lisez, cultivez votre esprit critique. Aux journalistes, nous disons : résistez autant que vous le pouvez, documentez les pressions, organisez-vous collectivement, soutenez les confrères qui osent dire non. Aux pouvoirs publics, nous disons : renforcez les régulateurs, limitez la concentration, imposez la transparence, créez les conditions économiques qui permettent aux médias de ne pas dépendre de la bienveillance des milliardaires.
Ne nous laissons pas décourager par l’ampleur du défi. Les oligarques sont puissants mais pas invincibles. Leur pouvoir repose sur notre passivité. Notre mobilisation peut le contester et finalement le vaincre.
Le sort du Washington Post nous importe profondément, non seulement parce que nous sommes en compétition avec lui en tant que journal anglophone, une compétition que nous respectons et valorisons, mais parce qu’il incarne une certaine idée du journalisme. L’idée que la presse peut demander des comptes au pouvoir, que la vérité mérite d’être poursuivie même quand elle dérange, que la démocratie a besoin de vigies indépendantes pour ne pas sombrer dans les ténèbres de l’ignorance et de la manipulation.
Le combat continue
Nous arrivons au terme de cette réflexion, conscients de n’avoir qu’effleuré un sujet qui mériterait des volumes entiers. La question de la propriété des médias touche au cœur de nos démocraties, à leur capacité à produire un débat public éclairé, à leur faculté de résister aux abus de pouvoir. Elle est aussi, pour nous journalistes, une question existentielle : pouvons-nous exercer notre métier avec intégrité quand les conditions structurelles de cette intégrité sont sapées par ceux-là mêmes qui nous emploient ?
Nous refusons le fatalisme. L’histoire du journalisme est faite de batailles, de reculs et d’avancées, de compromis et de résistances. La situation actuelle, aussi préoccupante soit-elle, n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques et économiques qui peuvent être contestés et renversés. Elle est aussi le produit de notre relative passivité collective face à une dégradation progressive que nous avons trop longtemps tolérée en croyant qu’elle ne nous concernait pas directement.
Nous écrivons ces lignes en sachant qu’elles ne changeront pas le monde demain matin. Mais nous les écrivons avec la conviction qu’elles contribuent, modestement, à un combat plus large. Le combat pour la vérité, pour la liberté, pour la démocratie. Un combat qui n’est jamais définitivement gagné ni définitivement perdu.
Aux oligarques qui pensent pouvoir acheter le silence des rédactions, nous disons : vous sous-estimez la force de notre engagement. Aux journalistes qui doutent, nous disons : votre métier n’a jamais eu autant de sens. Aux citoyens qui s’inquiètent, nous disons : votre inquiétude est fondée, mais elle doit se transformer en action.
Le journalisme libre n’est pas mort. Il est menacé, fragilisé, précarisé, mais il vit encore. Il vit dans les rédactions qui résistent, dans les médias indépendants qui se créent, dans les journalistes qui refusent de se soumettre, dans les lecteurs qui choisissent de soutenir l’information de qualité. Le combat continue, et nous sommes déterminés à le mener jusqu’au bout.
Signé Maxime Marquette
Sources
Kyiv Independent
Editorial: What happens when oligarchs own media? – février 2026
Washington Post
Communiqués internes sur les restructurations – janvier-février 2026
Reporters Sans Frontières
Classement mondial de la liberté de la presse 2025
Reuters Institute for the Study of Journalism
European Federation of Journalists
Media ownership transparency in Europe – 2024
ARCOM
Rapport annuel sur le pluralisme des médias en France – 2025
Columbia Journalism Review
The billionaire problem in media – 2025
Nieman Foundation
When oligarchs buy newspapers – Harvard University, 2024
Commission européenne
Freedom House
Freedom of the Press Report 2025
The Guardian
How billionaire ownership is reshaping global journalism – 2025
Mediapart
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