Si l’Occident accepte cette logique, même partiellement, on vient de réécrire les règles internationales. Désormais, n’importe quelle puissance militaire pourra envahir un pays plus faible, tenir le terrain assez longtemps, puis négocier la légitimation de ses conquêtes.
Pensez aux conséquences. La Chine regarde Taiwan. L’Azerbaïdjan regarde l’Arménie. Tous les différends territoriaux gelés depuis des décennies vont se réveiller. Parce qu’on vient d’envoyer le message: si vous êtes assez fort et assez patient, vous pouvez redessiner les frontières par la force.
Le système international établi après 1945 repose sur un principe simple: les frontières ne changent pas par la guerre. C’est le fondement de tout. L’ONU existe pour ça. Les traités internationaux existent pour ça. Et on est en train de dire que ce principe ne tient que si personne ne le viole trop brutalement.
On appelle ça la paix. En réalité, c’est juste capituler devant l’agression en lui donnant un nom présentable.
Les populations du Donbass, otages d'un jeu géopolitique
Parlons de ceux qu’on oublie toujours dans ces discussions: les gens qui vivent là. Les habitants du Donbass n’ont pas voté démocratiquement pour rejoindre la Russie. Ils ont subi une invasion, une occupation, puis des référendums organisés sous la menace des armes.
En septembre 2022, la Russie a organisé des « référendums » dans les territoires occupés. Les résultats officiels: plus de 90% pour l’annexion. Des chiffres dignes de l’Union soviétique. Des observateurs internationaux? Aucun. Des journalistes indépendants? Interdits. Des conditions de vote libres? Inexistantes.
Les témoignages de ceux qui ont fui racontent une autre histoire. Des soldats russes allant de porte en porte avec des urnes. Des gens forcés de voter sous surveillance. Des bulletins pré-remplis. Des menaces à peine voilées pour ceux qui refusaient de participer.
Mais Moscou appelle ça la volonté du peuple. Et certains en Occident sont prêts à faire semblant d’y croire, si ça permet de signer un papier et de passer à autre chose.
L'Ukraine ne peut pas accepter ça
Pour Zelensky et le gouvernement ukrainien, reconnaître le Donbass comme russe serait un suicide politique et national. Ce serait dire aux centaines de milliers de soldats qui sont morts: « Désolés, c’était pour rien. On rend les territoires de toute façon. »
Ce serait aussi créer un précédent interne catastrophique. Si l’Ukraine abandonne le Donbass, qu’est-ce qui garantit que d’autres régions ne feront pas l’objet des mêmes revendications dans cinq ans? La Crimée est déjà perdue depuis 2014. Le Donbass maintenant. Et après? Odessa? Kharkiv?
La souveraineté territoriale n’est pas divisible. Soit vous êtes un État indépendant avec des frontières reconnues, soit vous êtes en état de démembrement permanent. L’Ukraine ne peut pas survivre en tant que nation si elle accepte le principe qu’un voisin puissant peut lui arracher des morceaux de territoire dès qu’il le décide.
Et pourtant, la pression monte sur Kiev pour « être réaliste ». Traduction: accepter l’inacceptable parce que tout le monde est fatigué.
La fatigue occidentale, meilleure alliée de Poutine
C’est exactement sur ça que mise Moscou. Pas sur une victoire militaire totale. Sur l’épuisement de l’Occident. Sur la lassitude des opinions publiques européennes. Sur les coûts économiques qui s’accumulent. Sur les prochaines élections où des candidats promettront de « normaliser les relations avec la Russie ».
Poutine a du temps. Il contrôle son opinion publique. Il n’a pas à rendre des comptes à des électeurs. Il peut tenir dix ans, vingt ans s’il le faut. L’Occident, lui, a des cycles électoraux, des débats budgétaires, des priorités qui changent.
Regardez le soutien à l’Ukraine en Europe. En 2022, il était massif. En 2023, encore fort. En 2024, les premières hésitations apparaissaient. En 2025, certains gouvernements commencent ouvertement à parler de « compromis nécessaires ». En 2026, on en est à discuter sérieusement de reconnaître des annexions illégales.
La stratégie russe n’a jamais été de gagner rapidement. C’est de tenir assez longtemps pour que l’autre camp abandonne.
Les voix en Europe qui murmurent "soyons pragmatiques"
Ils ne le disent pas ouvertement, pas encore. Mais dans les couloirs de Bruxelles, dans certaines capitales européennes, des voix commencent à suggérer qu’il faudrait peut-être « accepter les réalités du terrain ». Que le Donbass est de facto contrôlé par la Russie depuis des années. Que continuer la guerre coûte trop cher. Que l’économie européenne souffre.
Ces voix ne parlent jamais des principes. Elles parlent de coûts. De pragmatisme. De « stabilité régionale ». Comme si on pouvait stabiliser quoi que ce soit en récompensant l’agression.
Certains évoquent même des « précédents historiques ». L’Alsace-Lorraine a changé de mains plusieurs fois. Les frontières européennes ont bougé après chaque grande guerre. Pourquoi l’Ukraine serait différente?
Parce qu’on est censés avoir appris. Parce que 1945 était supposé marquer la fin de la conquête territoriale comme politique acceptable. Parce qu’on a construit un ordre international précisément pour éviter ça.
Ce que dit vraiment cette exigence russe
Quand Moscou exige la reconnaissance du Donbass, elle ne parle pas que du Donbass. Elle teste jusqu’où elle peut aller. Elle vérifie si l’Occident est prêt à abandonner ses principes fondamentaux. Elle jauge la résistance morale et politique des démocraties.
C’est une exigence maximale destinée à être négociée. Peut-être que Moscou acceptera « seulement » une neutralité ukrainienne permanente. Ou « juste » l’abandon de la Crimée et d’une partie du Donbass. Ou « simplement » un veto russe sur les alliances militaires de l’Ukraine.
Mais chacune de ces concessions revient au même: valider le droit du plus fort. Accepter qu’un pays peut dicter les choix souverains d’un autre par la menace et la violence. C’est le retour aux logiques du XIXe siècle, où les grandes puissances découpaient le monde en sphères d’influence.
Et on ose appeler ça un accord de paix. Comme si la paix pouvait exister sans justice, sans respect du droit, sans conséquences pour l’agresseur.
L'argument du moindre mal
Les partisans d’un compromis territorial avancent un argument: continuer la guerre coûte plus de vies que céder du territoire. Chaque jour de combat, ce sont des soldats ukrainiens qui meurent. Des civils sous les bombardements. Des enfants qui grandissent dans la terreur.
C’est vrai. La guerre est horrible. Chaque mort supplémentaire est une tragédie. Mais l’argument oublie une chose: capituler ne garantit pas la paix. Ça garantit juste une pause avant la prochaine exigence.
La Géorgie en 2008. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie occupées. La Géorgie a accepté les faits. Y a-t-il eu la paix? Non. Juste une occupation permanente et une menace continue. La Crimée en 2014. L’Ukraine n’a pas riposté militairement. Y a-t-il eu la paix? Non. Huit ans plus tard, invasion totale.
Céder face à l’agression ne crée pas la paix. Ça crée juste les conditions de la prochaine agression.
Ce que ça dit de nous
Au-delà de l’Ukraine, cette exigence russe est un test pour l’Occident. Sommes-nous encore capables de défendre nos valeurs quand ça coûte quelque chose? Ou nos principes ne tiennent-ils que quand ils sont gratuits?
On parle beaucoup de « l’ordre international basé sur des règles ». C’est devenu une phrase creuse répétée dans chaque communiqué. Mais ces règles signifient quoi si elles s’effacent dès qu’une puissance nucléaire décide de les violer?
L’Europe aime se présenter comme le continent des droits de l’homme, du droit international, du multilatéralisme. Mais si elle accepte qu’un de ses voisins soit dépecé par la force, toute cette rhétorique devient du vent. On sera juste des marchands qui font de la morale quand ça n’a pas de conséquences.
Il y a des moments dans l’histoire où les choix sont simples. Pas faciles, mais simples. Celui-là en est un.
Les alternatives qui existent encore
Reconnaître le Donbass comme russe n’est pas la seule option. L’Occident pourrait continuer à soutenir militairement l’Ukraine jusqu’à ce que la Russie comprenne qu’elle ne peut pas gagner. On pourrait maintenir et renforcer les sanctions économiques jusqu’à ce que le coût de la guerre devienne insupportable pour Moscou.
On pourrait aussi explorer des solutions internationalisées. Une administration temporaire de l’ONU dans les territoires contestés. Des référendums supervisés internationalement, avec des observateurs indépendants, dans plusieurs années quand les conditions d’un vote libre seront réunies.
Ce ne sont pas des solutions parfaites. Mais elles ont le mérite de ne pas récompenser l’agression. De ne pas envoyer le signal que la force prime le droit. De maintenir la possibilité d’une vraie paix plutôt qu’une capitulation déguisée.
Le problème, c’est que ces alternatives demandent de la patience, de l’argent, et du courage politique. Tout ce qui manque cruellement en ce moment.
Ce que Zelensky ne peut pas dire
Le président ukrainien est coincé. Il ne peut pas publiquement accepter de céder le Donbass sans détruire sa légitimité. Mais il ne peut pas non plus ignorer les pressions occidentales qui montent. Les livraisons d’armes qui ralentissent. Les signaux de plus en plus clairs que certains pays européens veulent « tourner la page ».
Dans les négociations secrètes, qui ont probablement lieu même si personne ne l’admet, Zelensky doit entendre des « suggestions » occidentales de plus en plus insistantes. Peut-être un compromis sur la neutralité? Une autonomie élargie pour le Donbass? Un report de la question territoriale à plus tard?
Mais comment peut-il expliquer ça aux familles des soldats morts? Comment justifier que leurs fils sont tombés pour défendre un territoire qu’on finit par abandonner? Il y a des décisions qu’aucun leader ne peut prendre sans trahir ceux qui lui ont fait confiance.
C’est ça aussi, le cynisme de la position russe. Elle sait qu’elle met l’Ukraine dans une situation impossible. Et elle en profite.
Le piège de la "paix à tout prix"
Les sondages en Europe montrent une lassitude croissante. Les gens veulent que ça s’arrête. C’est humain. C’est compréhensible. Mais « faire la paix » ne signifie pas automatiquement que la justice est rendue ou que la sécurité est garantie.
L’histoire est remplie de « paix » qui n’en étaient pas. Les accords de Munich en 1938, où on a cédé la Tchécoslovaquie à Hitler pour « préserver la paix ». Ça a fonctionné combien de temps? Un an. Avant que l’Europe entière ne s’embrase.
Une paix qui valide l’agression n’est qu’une trêve avant le prochain conflit. Parce qu’elle ne résout rien. Elle confirme juste que la violence paye. Et elle encourage à recommencer.
La vraie paix nécessite de la justice. Ou au minimum, des garanties que ça ne se reproduira pas. Légaliser l’annexion du Donbass ne garantit rien du tout.
Notre responsabilité collective
Chaque citoyen européen a une part de responsabilité dans ce qui va se passer. Les dirigeants répondent, même imparfaitement, à leurs opinions publiques. Si nous acceptons collectivement qu’on abandonne l’Ukraine pour avoir la paix, nos leaders le feront.
Si au contraire nous continuons à dire que certaines choses ne sont pas négociables, que le droit international n’est pas optionnel, que les frontières ne se redessinent pas à la mitrailleuse, alors les politiques devront en tenir compte.
Ce n’est pas abstrait. Ça passe par les élections. Par les manifestations. Par les pressions sur les élus. Par le refus de normaliser l’inacceptable. Par la mémoire de ce qui se passe quand on laisse les agresseurs dicter les termes.
Parce qu’au final, si l’Ukraine tombe, ce n’est pas juste l’Ukraine qui perd. C’est l’idée même qu’un ordre international peut exister. Et on vivra tous avec les conséquences de cet effondrement.
Signé Maxime Marquette
Transparence du chroniqueur
Cet éditorial analyse la position russe exigeant la reconnaissance du Donbass comme condition à un accord de paix. L’approche adoptée est délibérément engagée, refusant la fausse équidistance entre agresseur et victime. Les faits historiques mentionnés sont vérifiables. Les parallèles historiques servent à illustrer les dangers de céder face à l’agression territoriale. L’objectif est de rappeler que la paix ne peut pas se construire sur la légitimation de la force. Le ton reflète l’urgence morale de la situation et le refus de normaliser l’anormal. Aucune information n’a été inventée.
Sources
Sources primaires
TASS – Russia says Ukraine deal should include recognition of Donbass – Février 2026
Office of the President of Ukraine – Février 2026
Sources secondaires
International Crisis Group – Ukraine conflict – 2026
BBC News – Why has Russia invaded Ukraine – 2024
Reuters – Ukraine conflict coverage – Février 2026
United Nations Charter – Principles of territorial integrity
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