Trump répète depuis 2020 que l’élection lui a été « volée ». Des millions d’Américains le croient. Pas parce que les preuves existent. Mais parce qu’il l’a répété assez souvent, assez fort, avec assez de conviction.
Les faits sont têtus. Plus de 60 procès ont été intentés pour contester les résultats de 2020. Tous ont été rejetés. Pas par des juges démocrates partisans. Par des juges de tous bords, y compris ceux nommés par Trump lui-même.
Des audits ont été menés dans les États contestés. En Arizona, des partisans de Trump ont financé un recomptage complet. Résultat? Biden a gagné avec encore plus de voix qu’initialement comptabilisé. Même chose en Géorgie. Même chose au Wisconsin.
Mais les faits n’ont jamais arrêté Trump. Quand la réalité ne correspond pas à son récit, il ne change pas le récit. Il attaque la réalité.
Ce que "nationaliser" signifierait concrètement
Imaginez. Un système électoral centralisé. Géré par le gouvernement fédéral. Qui décide des règles? Le parti au pouvoir. Qui nomme les responsables électoraux? Le président. Qui contrôle les logiciels de dépouillement? Une agence fédérale.
Dans ce scénario, un président déterminé à rester au pouvoir n’a plus besoin de convaincre 50 États. Il contrôle directement le mécanisme. Il peut modifier les règles d’enregistrement des électeurs. Ajuster les exigences d’identification. Déterminer quels districts ont besoin de « supervision spéciale ».
C’est exactement le modèle qu’utilisent les autocraties électorales. Erdogan en Turquie. Orban en Hongrie. Poutine en Russie. Ils ne suppriment pas les élections. Ils les contrôlent. Ils les manipulent juste assez pour que le résultat soit garanti tout en maintenant une façade de démocratie.
Voter, oui. Mais avec des règles tellement biaisées que le résultat est connu d’avance. C’est ça, la démocratie illibérale version 2026.
L'ironie amère du "parti des droits des États"
Le Parti républicain a passé des décennies à défendre le principe du fédéralisme. Les droits des États. La limitation du pouvoir fédéral. C’était un de leurs piliers idéologiques fondamentaux.
Et maintenant? Trump propose de retirer aux États leur pouvoir le plus fondamental: organiser leurs propres élections. Et une large partie du parti applaudit. Parce que les principes, apparemment, ne tiennent que quand ils servent vos intérêts.
Certains républicains s’opposent à cette idée. Ceux qui restent attachés au conservatisme constitutionnel traditionnel. Mais ils sont de moins en moins nombreux. Et de moins en moins écoutés. Le trumpisme a effacé l’ancien conservatisme américain.
On assiste à la mort d’une idéologie politique remplacée par un culte de la personnalité. Et c’est terrifiant à regarder.
Les électeurs qui applaudissent leur propre dépossession
Le plus troublant, c’est le soutien populaire que cette proposition reçoit. Des millions d’Américains pensent sincèrement que nationaliser le vote rendrait les élections plus sûres. Parce qu’ils croient la propagande selon laquelle le système actuel est « infiltré » par la fraude.
Ils ne voient pas que donner au gouvernement fédéral le contrôle des élections, c’est donner au parti au pouvoir la capacité de s’y maintenir indéfiniment. Ils pensent que « leur » camp contrôlera toujours ce système. Ils ne pensent jamais à ce qui se passera quand l’autre camp prendra le pouvoir.
C’est le piège classique de l’autoritarisme. Les gens acceptent d’abandonner leurs libertés quand ils pensent que c’est « leur » leader qui les contrôlera. Ils ne réalisent que trop tard que les pouvoirs qu’ils ont donnés ne leur reviendront jamais.
Chaque dictature commence avec des gens ordinaires qui pensaient que ça n’arriverait qu’aux « autres ». Jamais à eux.
Le modèle européen qu'on ne comprend pas
Trump et ses partisans citent souvent l’Europe comme exemple. En France, en Allemagne, les élections sont organisées au niveau national. Pourquoi pas aux États-Unis?
Mais ils oublient commodément plusieurs choses. D’abord, ces pays ont des traditions démocratiques profondes, des institutions indépendantes, des médias diversifiés, des contre-pouvoirs fonctionnels. Ensuite, ils n’ont pas un leader qui passe son temps à dénoncer les élections comme frauduleuses.
Surtout, la centralisation électorale en Europe s’est développée progressivement, dans un contexte de confiance institutionnelle. Pas imposée brutalement par un président qui a déjà tenté de renverser une élection qu’il avait perdue.
Les institutions ne valent que ce que vaut la culture politique qui les soutient. Transplanter un système dans un autre contexte sans cette culture, c’est créer un monstre.
Ce que disent les experts constitutionnels
Les spécialistes du droit constitutionnel américain sont unanimes. Nationaliser les élections nécessiterait soit un amendement constitutionnel, soit une interprétation radicalement nouvelle de la Constitution actuelle.
Un amendement constitutionnel requiert l’approbation des deux tiers du Congrès et des trois quarts des États. Autant dire, quasi impossible dans le climat politique actuel. Donc, si Trump voulait vraiment faire ça, il faudrait passer par la Cour suprême.
Et voilà le danger. La Cour suprême a maintenant une majorité conservatrice de 6 contre 3. Trois de ces juges ont été nommés par Trump lui-même. Si un gouvernement républicain présente une loi fédéralisant les élections, et que la Cour la valide, le système américain bascule.
Les coups d’État modernes ne se font plus avec des tanks. Ils se font avec des juges, des lois et des interprétations constitutionnelles créatives.
L'escalade rhétorique qui normalise l'impensable
Il y a cinq ans, proposer de nationaliser le vote américain aurait été considéré comme une hérésie politique. Même dans les cercles républicains les plus conservateurs, personne n’aurait osé suggérer ça publiquement.
Aujourd’hui, Trump le dit à voix haute. Et au lieu du tollé qu’on aurait attendu, il y a un débat. Des gens qui trouvent que « peut-être il a un point ». Des éditorialistes qui examinent sérieusement la proposition. Des sondages qui montrent qu’une partie non négligeable des Américains y sont favorables.
C’est comme ça que la fenêtre d’Overton se déplace. Une idée radicale est lancée. Elle choque d’abord. Puis elle est débattue. Puis elle devient une option parmi d’autres. Puis elle est normalisée. Et soudain, ce qui était impensable devient politiquement possible.
Trump est un maître dans cet art. Dire l’indicible jusqu’à ce que ça devienne dicible. Proposer l’inacceptable jusqu’à ce que ça devienne négociable.
Les démocrates face à un dilemme impossible
Comment réagir à ça? Hurler au danger pour la démocratie? Ils le font depuis des années. Et ça n’a fait qu’alimenter les accusations de « dérangement Trump ». Ignorer la proposition? Mais ça lui donne de l’espace pour croître sans opposition.
Le Parti démocrate se retrouve coincé. Chaque fois qu’il dénonce Trump comme une menace existentielle, il semble exagérer aux yeux des indécis. Mais ne pas le dénoncer, c’est laisser passer des propositions qui détruiraient réellement le système.
C’est le piège tactique parfait. Trump lance des idées radicales. Si l’opposition réagit fortement, elle paraît hystérique. Si elle ne réagit pas, les idées s’installent. Dans les deux cas, il gagne du terrain.
Et pendant ce temps, la démocratie américaine s’érode, une proposition autoritaire à la fois.
Ce que l'histoire nous enseigne
Les démocraties ne meurent presque jamais d’un coup. Elles s’éteignent progressivement. Des réformes « nécessaires » pour la sécurité. Des ajustements « raisonnables » pour l’efficacité. Des compromis « temporaires » en temps de crise.
La République de Weimar ne s’est pas effondrée en un jour. Hitler est arrivé au pouvoir légalement. Il a utilisé les institutions démocratiques pour les démanteler de l’intérieur. Ça a pris du temps. Des étapes successives. Chacune justifiée par des arguments qui semblaient raisonnables sur le moment.
Je ne dis pas que Trump est Hitler. Les contextes sont différents. Mais les mécanismes de l’érosion démocratique sont documentés. Et ils se ressemblent toujours. Centralisation du pouvoir. Attaque contre les institutions indépendantes. Contrôle progressif des mécanismes électoraux.
L’histoire ne se répète jamais exactement. Mais elle rime. Et là, le vers commence à sonner diablement familier.
Les États qui résisteraient
Si une telle réforme était tentée, certains États s’opposeraient farouchement. La Californie. New York. Le Massachusetts. Les États démocrates avec des traditions de gouvernance locale forte.
Ça pourrait mener à une crise constitutionnelle majeure. Des États refusant d’appliquer une loi fédérale qu’ils jugent anticonstitutionnelle. Le gouvernement fédéral menaçant de retenir des fonds. Peut-être même des confrontations légales qui montent jusqu’à la Cour suprême.
Dans le pire des scénarios, ça pourrait fracturer le pays d’une manière qu’on n’a pas vue depuis la Guerre civile. Des États menaçant de se retirer de l’Union si leurs droits constitutionnels sont bafoués. Une crise qui pourrait littéralement briser les États-Unis.
Et tout ça parce qu’un homme n’a jamais accepté d’avoir perdu une élection. Voilà où mène le culte de l’ego démesuré.
Le silence complice de la majorité
Ce qui rend cette situation possible, ce n’est pas seulement Trump. C’est le silence de tous ceux qui savent que c’est dangereux mais ne disent rien. Les républicains modérés qui calculent que s’opposer à Trump coûterait leur réélection. Les commentateurs qui normalisent ses propositions par souci d' »équilibre ».
L’histoire jugera sévèrement ceux qui ont vu venir le danger et ont choisi leur carrière personnelle plutôt que la défense des institutions. Parce qu’une fois qu’une démocratie bascule, il est infiniment plus difficile de la restaurer que de la préserver.
Combien de sénateurs républicains pensent vraiment que nationaliser le vote est une bonne idée? Probablement très peu. Mais combien auront le courage de le dire publiquement? Encore moins.
Le mal progresse toujours grâce à l’inaction des gens biens qui préfèrent ne pas prendre de risques.
Un test pour la démocratie américaine
Cette proposition de Trump est un test. Pas pour savoir si elle sera adoptée demain. Mais pour mesurer jusqu’où les institutions américaines peuvent être poussées avant de se briser.
Si cette idée gagne en traction. Si des législateurs sérieux commencent à la défendre. Si des États commencent à l’expérimenter localement. Alors on saura que le système américain est plus fragile qu’on ne le pensait.
La démocratie ne repose pas que sur des textes. Elle repose sur un consensus partagé que certaines choses ne se font pas. Que certaines lignes ne se franchissent pas. Qu’il existe des limites au-delà desquelles plus personne ne joue le jeu.
Trump teste ces limites constamment. Et chaque fois qu’elles ne tiennent pas, il pousse un peu plus loin. Jusqu’où ira-t-on avant de dire stop?
Signé Maxime Marquette
Transparence du chroniqueur
Cet article d’opinion analyse la proposition de Donald Trump de nationaliser le système électoral américain. L’approche est délibérément critique et engagée, considérant cette proposition comme une menace potentielle pour la démocratie américaine. Les comparaisons historiques avec d’autres érosions démocratiques servent à illustrer des mécanismes généraux, non à établir des équivalences directes. Les faits concernant les contestations judiciaires de 2020 sont vérifiables. L’objectif est d’alerter sur les dangers de la centralisation du pouvoir électoral tout en respectant les faits établis. Le ton reflète la gravité perçue de la situation.
Sources
Sources primaires
Channel News Asia – Trump attacks US electoral system with call to nationalise voting – Février 2026
Sources secondaires
Brennan Center for Justice – Election fraud claims – 2025
New York Times – Election fraud fact-check – 2020
Washington Post – Trump attempts to overturn 2020 election – 2021
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