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BILLET : Quand l’ego de Trump efface l’histoire — et nos repères
Crédit: Adobe Stock

Quand le nom devient une arme

Renommer un lieu, c’est bien plus que changer une enseigne. C’est effacer une mémoire. C’est dire : ce qui était avant ne compte plus. Seule compte la nouvelle version, celle qui porte mon nom. Prenez le Kennedy Center, par exemple. Un lieu dédié à la mémoire de John F. Kennedy, un président qui, qu’on l’aime ou non, a marqué l’histoire américaine. En y ajoutant son nom, Trump ne fait pas que s’y associer. Il détruit le sens originel du lieu. Il dit : désormais, ce centre n’est plus celui de Kennedy. C’est le mien.

Et puis, il y a les conséquences. Parce que derrière ces renommages, il y a des vies, des métiers, des histoires. Des employés du Kennedy Center qui voient leur lieu de travail transformé en symbole politique. Des voyageurs de Penn Station ou de Dulles qui, du jour au lendemain, se retrouvent dans un lieu qui ne porte plus le nom qu’ils connaissaient. Des historiens, des architectes, des citoyens qui voient leur patrimoine dénaturé pour satisfaire l’ego d’un seul homme.

Je pense à ces travailleurs du Kennedy Center, ces artistes, ces techniciens qui ont passé des années à faire vivre ce lieu. Qui y ont attaché des souvenirs, des émotions, des projets. Et puis un jour, on leur dit : « Désolé, mais désormais, ce n’est plus votre histoire. C’est la sienne. » Comment vivre avec ça ? Comment continuer à aimer un lieu quand on vous dit, implicitement, que ce que vous y avez construit ne vaut rien ? Trump ne comprend pas ça. Ou plutôt, il s’en moque. Parce que pour lui, tout est consommable. Même l’histoire.

Le culte de la personnalité, version américaine

Ce qui se passe aux États-Unis aujourd’hui n’est pas nouveau. L’histoire regorge d’exemples de dirigeants qui ont cherché à s’approprier l’espace public, à marquer leur territoire, à effacer toute trace de leurs prédécesseurs. Staline, Hitler, Mao… Tous ont eu cette obsession : contrôler la mémoire. Mais ce qui est nouveau, c’est que cela arrive dans une démocratie libérale, où les contre-pouvoirs sont censés exister. Où la presse est libre. Où les citoyens peuvent s’exprimer.

Pourtant, Trump avance. Il avance parce qu’il sait une chose : dans un monde où l’attention est une monnaie rare, le scandale paie. Peu importe si on le critique. L’important, c’est qu’on parle de lui. Qu’on se souvienne de lui. Qu’on associe son nom à ces lieux, à ces institutions, à ces moments. Et peu à peu, sans même qu’on s’en rende compte, il devient indissociable de l’Amérique. Comme si le pays n’existait plus sans lui.

Et c’est là que réside le vrai danger. Parce que quand un homme s’identifie à une nation au point de vouloir réécrire son histoire, c’est toute la démocratie qui est en péril. Parce que la démocratie, justement, c’est l’idée que personne n’est au-dessus des institutions. Que personne ne possède l’histoire. Que le pouvoir est temporaire, précaire, révocable. Trump, lui, semble croire le contraire. Et chaque nom qu’il change, chaque lieu qu’il s’approprie, est une brèche dans ce principe fondamental.

Je me souviens d’une phrase de George Orwell, dans 1984 : « Qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Qui contrôle le présent contrôle le passé. » Trump n’a peut-être pas lu Orwell. Mais il a parfaitement compris la leçon. En renommant des lieux, en effaçant des noms, en réécrivant l’histoire à sa manière, il ne fait pas que satisfaire son ego. Il prépare le terrain. Pour un futur où seul son récit comptera. Où ses versions des faits seront les seules à exister. Où ceux qui osent dire non seront des ennemis de l’Amérique. Parce que l’Amérique, ce sera lui.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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