La 220e attaque sur les centrales thermiques
Il faut s’arrêter sur ce chiffre. Deux cent vingt. C’est le nombre d’attaques russes sur les installations de production thermique depuis le début de l’invasion à grande échelle, selon DTEK, le plus grand producteur privé d’énergie en Ukraine. Deux cent vingt fois, des missiles et des drones ont visé les artères qui maintiennent un pays de quarante millions d’habitants en vie pendant l’hiver. L’attaque du 7 février a ciblé les centrales thermiques de Burshtyn et de Dobrotvir dans l’ouest de l’Ukraine, les lignes de transmission à 750 et 330 kilovolts — la colonne vertébrale du réseau — et des sous-stations à haute tension essentielles au fonctionnement des centrales nucléaires.
Le résultat est effarant. Une unité nucléaire s’est arrêtée automatiquement. Toutes les autres ont réduit leur charge. L’Ukraine a perdu « une portion significative » de sa capacité de production électrique en une seule nuit. Ukrenergo, l’opérateur national du réseau, a imposé des coupures d’urgence allant jusqu’à quatre étapes et demie à cinq étapes dans tout le pays. Et Zelensky a trouvé les mots justes pour nommer ce qui se passe : « C’est un niveau d’attaque qu’aucun terroriste au monde n’a jamais osé. »
Pendant que des diplomates en costume discutent de douze mille milliards de dollars dans des salons climatisés d’Abou Dhabi, une mère à Kyiv empile des couvertures sur ses enfants dans le noir. Moins 19 degrés. Deux heures d’électricité par jour. Et les négociations « progressent », nous dit-on.
La trêve énergétique qui n’a duré que quatre jours
Le cynisme de la situation dépasse l’entendement. La semaine précédente, Trump avait annoncé que Poutine avait accepté une pause d’une semaine dans les frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes, un geste censé accompagner les négociations d’Abou Dhabi. Moscou a confirmé un arrêt des frappes « jusqu’à dimanche ». Kyiv croyait que la trêve devait durer jusqu’au vendredi suivant. Elle n’a tenu que quatre jours. Puis la Russie a frappé avec un nombre record de missiles balistiques.
Zelensky n’a pas mâché ses mots : « Si leur parole ne tient même pas maintenant, à quoi peut-on s’attendre ensuite ? Ils ont menti avant cette guerre aussi. » Le président ukrainien pointe une vérité que les chancelleries occidentales s’obstinent à ignorer : chaque accord avec Moscou est un pari sur la bonne foi d’un régime dont la bonne foi n’existe que dans les communiqués de presse. Et pourtant, Washington continue de s’asseoir à la table. Et pourtant, on propose de lever les sanctions. Et pourtant, le « paquet Dmitriev » existe.
Le calendrier américain et les calculs de novembre
Quand la paix doit arriver avant les élections de mi-mandat
Zelensky a révélé un détail qui éclaire toute la dynamique diplomatique actuelle : les États-Unis proposent que la guerre prenne fin avant le début de l’été 2026. L’échéance de juin. Le président ukrainien suggère lui-même que cette pression est liée aux dynamiques politiques internes américaines — une référence à peine voilée aux élections de mi-mandat prévues en novembre 2026.
La logique est d’une simplicité brutale. Trump veut être celui qui « a mis fin à la guerre ». Il veut cette victoire avant que les électeurs américains ne se rendent aux urnes. Le sort de l’Ukraine, dans cette équation, est une variable d’ajustement. Un paramètre. Un détail logistique dans une campagne électorale. Quarante millions de personnes dont le destin se retrouve subordonné au calendrier d’un pays étranger. Juin. Il faut que ce soit fini en juin. Non pas parce que les gens cesseront de mourir, mais parce que des affiches de campagne doivent être imprimées.
Il y a quelque chose de vertigineux à contempler le moment où le destin de quarante millions de personnes dépend d’une date fixée non pas par la réalité du terrain, mais par un calendrier électoral étranger. Quand la diplomatie se met au service de la politique intérieure, ce ne sont jamais les diplomates qui paient le prix.
Les pressions qui s’annoncent des deux côtés
« Les Américains proposent que les parties mettent fin à la guerre d’ici le début de cet été et exerceront probablement des pressions sur les parties selon ce calendrier », a déclaré Zelensky. Le mot « pressions » est le mot-clé de cette phrase. On sait ce que signifient les pressions américaines sur l’Ukraine : des livraisons d’armes conditionnées, des garanties de sécurité vagues comme des nuages, des menaces à peine voilées de retrait du soutien. On sait aussi ce que signifient les pressions américaines sur la Russie : pas grand-chose, quand un paquet de 12 000 milliards de dollars est sur la table et que le dialogue militaire reprend pour la première fois en quatre ans.
Le « paquet Dmitriev » ou l'architecture d'un marché faustien
L’homme derrière les milliards
Qui est Kirill Dmitriev ? L’homme dirige le Fonds russe d’investissement direct, le fonds souverain de la Russie. Il fait partie de l’équipe de négociation du Kremlin à Abou Dhabi. Il a rencontré des représentants américains à Moscou le 23 janvier lors d’un entretien de quatre heures avec Poutine, Witkoff, Kushner et l’adjoint de Poutine, Youri Ouchakov. Puis il s’est rendu aux États-Unis le 30 janvier pour des négociations directes avec l’équipe de Trump. Et il est arrivé avec un dossier de douze mille milliards de dollars.
En novembre 2025, Axios avait publié un plan de paix en 28 points rédigé par Dmitriev et l’envoyé de Trump, Steve Witkoff. Ce plan prévoyait un allégement progressif des sanctions contre la Russie et le lancement d’initiatives de partenariat économique à long terme — malgré l’opposition farouche de Kyiv à tout relâchement de la pression économique sur le Kremlin. Le « paquet Dmitriev » de 12 000 milliards semble être la version amplifiée, turbocompressée, de cette même logique : transformer la guerre en transaction commerciale.
Douze mille milliards. C’est le prix que Moscou met sur la table pour que Washington regarde ailleurs pendant que l’Ukraine est découpée. Et quelque part dans cette somme astronomique se cachent des clauses sur la souveraineté d’un peuple qui n’a pas été consulté. La question n’est pas de savoir si ce marché est moral. La question est de savoir si quelqu’un, quelque part, se soucie encore que la réponse soit non.
Ce que Kyiv ne voit pas dans les annexes
Zelensky a reconnu que l’Ukraine n’a pas une visibilité complète sur tous les arrangements économiques possibles entre Washington et Moscou. Certains détails ont émergé par les canaux de renseignement. D’autres filtrent par les médias. Mais l’essentiel reste dans l’ombre. Et c’est précisément cette opacité qui alarme le président ukrainien. Car dans la diplomatie transactionnelle de l’ère Trump, le diable n’est pas dans les détails. Le diable est dans les annexes que personne ne montre. Dans les accords parallèles qui se signent pendant que les caméras filment les poignées de main officielles.
La délégation ukrainienne a transmis un message clair lors des pourparlers : si des accords bilatéraux entre la Russie et les États-Unis contiennent des dispositions relatives à l’Ukraine, elles ne peuvent pas contredire la Constitution ukrainienne. Une référence directe aux questions territoriales. À la Crimée. Au Donbas. À tout ce que quarante millions de personnes considèrent comme non négociable.
Abou Dhabi, les pourparlers et l'illusion du progrès
Deux séries de négociations, zéro avancée sur le territoire
Depuis le 23 janvier 2026, deux séries de pourparlers trilatéraux se sont tenues à Abou Dhabi, réunissant pour la première fois depuis l’invasion des représentants de l’Ukraine, de la Russie et des États-Unis. La première série a été qualifiée de « constructive » par toutes les parties. La deuxième, les 4 et 5 février, a produit des résultats concrets : un échange de 314 prisonniers — le premier en cinq mois — et le rétablissement du dialogue militaire de haut niveau entre les États-Unis et la Russie, suspendu depuis fin 2021.
L’envoyé Witkoff a qualifié les discussions de « détaillées et productives ». Le secrétaire d’État Marco Rubio a affirmé que les parties restaient « engagées ». Et pourtant. Sur les questions territoriales — les seules qui comptent vraiment — rien n’a bougé d’un centimètre. Moscou exige toujours le retrait ukrainien de la partie du Donbas encore sous contrôle de Kyiv. Kyiv refuse. La position de Zelensky tient en six mots : « Nous restons là où nous sommes. »
Des « progrès » sans avancée sur le territoire. Un échange de prisonniers présenté comme une victoire pendant que les missiles continuent de tomber. Le mot « productif » a rarement sonné aussi creux. À quel moment a-t-on accepté que le simple fait de se parler constitue un succès, quand les bombes continuent de tomber entre les rounds de négociation ?
Washington et Moscou se rapprochent pendant que Kyiv tremble
Le détail le plus révélateur de ces pourparlers n’est pas ce qui s’est dit entre les trois délégations. C’est ce qui s’est passé en marge. Les États-Unis et la Russie ont annoncé le rétablissement de canaux de communication militaire de haut niveau, via le Commandement européen des États-Unis. Ce dialogue avait été suspendu fin 2021, quelques mois avant que la Russie ne lance son invasion. Quatre ans plus tard, il reprend. Non pas parce que la guerre est terminée. Non pas parce que la Russie a retiré ses troupes. Mais parce que Trump veut un deal.
L’ancien vice-président russe Dmitri Medvedev a salué Trump comme un « artisan de la paix », tout en affirmant que la Russie obtiendrait « bientôt » une victoire militaire. Voilà le cadre réel des négociations : Moscou négocie en position de force perçue, Washington cherche une sortie rapide, et Kyiv se bat pour que sa voix ne soit pas noyée sous douze mille milliards de dollars de promesses économiques.
Le froid comme arme de destruction massive
Moins 19 degrés et deux heures de lumière par jour
Pendant que les diplomates comptent les milliards, l’Ukraine compte les heures d’électricité. À Kyiv, la capitale, les habitants ont reçu une heure et demie à deux heures de courant par jour au cours des derniers jours. Dans les oblasts de Khmelnytskyi, Rivne, Ternopil, Ivano-Frankivsk et Lviv, des régions de l’ouest longtemps considérées comme relativement épargnées, les frappes du 7 février ont touché des infrastructures critiques. À Ivano-Frankivsk, le maire a annoncé que les habitants auraient droit à quatre à cinq heures d’électricité par jour, et que certains jours verraient des restrictions encore plus sévères.
L’Armée de l’air ukrainienne a recensé 13 missiles russes et 21 drones d’attaque Shahed ciblant 19 sites à travers le pays lors de la seule attaque du 7 février. DTEK a annoncé des « dommages significatifs » à ses centrales thermiques. Ukrenergo a demandé une aide électrique d’urgence à la Pologne. Et ce dimanche 8 février, de nouvelles explosions ont été entendues à Kyiv, sous la menace de missiles balistiques. La guerre ne prend pas de pause dominicale.
Quatre heures d’électricité. Ce n’est pas un chiffre abstrait. C’est le temps que vous avez pour charger votre téléphone, cuisiner, chauffer de l’eau, faire vos devoirs, parler à vos proches. Le reste de la journée, c’est le noir. Et le froid. Et le silence des radiateurs éteints pendant que la température descend à moins 19.
Les centrales nucléaires dans la ligne de tir
Zelensky a souligné que cette attaque visait « des installations essentielles au fonctionnement des centrales nucléaires ukrainiennes ». Frapper les sous-stations qui alimentent les centrales nucléaires, c’est jouer avec la sécurité de tout un continent. Une centrale nucléaire qui perd son alimentation externe peut se retrouver en situation d’urgence. Après Tchernobyl. Après Zaporijjia. L’Europe devrait savoir. Et pourtant, la réaction internationale se résume à des communiqués. Des condamnations. Des préoccupations.
Zelensky demande des missiles pour les systèmes Patriot, NASAMS et d’autres systèmes de défense aérienne. Il demande que Moscou soit « privé de la capacité de faire pression sur l’Ukraine avec le froid ». La demande reste en suspens. Les missiles russes, eux, n’attendent jamais.
L'Ukraine qui frappe en retour avec ce qu'il lui reste
L’usine de Redkino et les flammes sur Tver
Dans cette chronique du déséquilibre, il serait injuste de ne pas mentionner ce que l’Ukraine accomplit avec les moyens qui lui restent. Le 7 février, des drones du Service de sécurité ukrainien ont frappé l’usine expérimentale de Redkino, dans l’oblast de Tver en Russie. Cette installation fabrique des composants du carburant Decilin-M utilisé dans les missiles de croisière Kh-55 et Kh-101 — précisément les mêmes missiles qui venaient de dévaster le réseau électrique ukrainien quelques heures plus tôt.
Un incendie massif s’est déclaré sur le site. Une colonne de fumée noire s’est élevée au-dessus de l’usine, confirmée par les images satellitaires FIRMS. L’usine est sous sanctions des États-Unis, du Royaume-Uni et de plusieurs autres pays. Le gouverneur russe a affirmé qu’il n’y avait pas de victimes et que la production n’était pas affectée — une dénégation aussi crédible que les promesses de trêve énergétique du Kremlin.
Il y a une forme de justice tragique dans le fait que les drones ukrainiens brûlent l’usine qui fabrique le carburant des missiles qui brûlent les centrales ukrainiennes. Une boucle qui se referme. Un serpent de feu qui se mord la queue dans un cercle de cendres et de résistance.
Dix centres d’exportation d’armes et un changement de paradigme
L’autre nouvelle marquante de ce week-end est l’annonce par Zelensky de l’ouverture de dix centres d’exportation d’armes en Europe en 2026, incluant des pays baltes et scandinaves. La production de drones ukrainiens va commencer en Allemagne dès la mi-février, avec des lignes de production déjà opérationnelles au Royaume-Uni. Plus de 200 entreprises de drones ont émergé depuis 2022, et leur capacité de production dépasse désormais le financement disponible. C’est la réponse silencieuse de Kyiv aux douze mille milliards de Dmitriev. L’Ukraine n’a pas d’argent à mettre sur la table. Mais elle a des technologies, des ingénieurs, et une expérience du combat que personne d’autre ne possède. Si Washington veut faire des affaires avec Moscou, Kyiv fera des affaires avec l’Europe.
Naftogaz sous les bombes — la 19e attaque en 39 jours
Un acharnement méthodique et comptable
Comme pour rappeler que la guerre ne fait jamais de pause, même quand les diplomates s’accordent une journée de repos, la Russie a lancé une nouvelle attaque de drones dans la nuit du 7 au 8 février contre les installations de Naftogaz, la plus grande compagnie pétrolière et gazière d’Ukraine, dans l’oblast de Poltava. Le PDG, Serhii Koretskyi, a confirmé des dommages aux actifs et équipements de l’entreprise. Pas de victimes cette fois. Mais c’est la dix-neuvième attaque contre Naftogaz depuis le début de l’année. Nous ne sommes qu’au 8 février. Dix-neuf attaques en trente-neuf jours. Une frappe tous les deux jours, en moyenne. Sur une seule entreprise.
Ce n’est pas de la guerre au sens classique du terme. C’est de la destruction industrielle planifiée. C’est le démantèlement systématique, méthodique, de la capacité d’un pays à produire de l’énergie, à chauffer ses maisons, à faire fonctionner ses hôpitaux. Chaque frappe est un coup de marteau supplémentaire sur un édifice qui ne peut pas encaisser indéfiniment. Et chaque frappe survient pendant que des négociateurs qualifient les pourparlers de « productifs ».
Dix-neuf attaques en trente-neuf jours sur la même entreprise. Ce n’est pas un acte de guerre. C’est un acte de destruction systématique de la capacité d’un peuple à survivre à l’hiver. Pendant que les négociateurs échangent des poignées de main, les ouvriers de Naftogaz comptent les cratères.
Le paradoxe permanent de la table de négociation
Et voilà le paradoxe qui devrait hanter chaque négociateur assis à la table d’Abou Dhabi. La Russie négocie la paix le matin et bombarde les centrales nucléaires le soir. Elle signe des trêves énergétiques qu’elle viole quatre jours plus tard. Elle propose douze mille milliards de dollars de coopération économique aux États-Unis tout en détruisant méthodiquement l’économie ukrainienne, infrastructure par infrastructure. Zelensky l’a formulé avec une amertume qui ne trompe pas : « Chaque jour, la Russie peut choisir la vraie diplomatie. Mais elle choisit de nouvelles frappes. »
Les questions territoriales ou le mur que personne ne peut franchir
Le Donbas, dernier rempart constitutionnel
Au cœur de l’impasse, il y a le territoire. Moscou exige le retrait ukrainien de la partie du Donbas encore sous contrôle de Kyiv. Cette région, composée des oblasts de Donetsk et de Louhansk, est le berceau industriel de l’Ukraine, sa ceinture de fortifications, le réseau de chemins de fer et de routes qui alimente le front. Perdre le Donbas, c’est laisser l’est de l’Ukraine sans défense. Les États-Unis ont proposé de transformer la région en zone économique libre comme compromis. Zelensky reste sceptique : « Quand nous avons discuté d’une zone économique libre, nous avions des visions différentes. »
Le recours à la Constitution par Zelensky n’est pas un geste symbolique. La Constitution ukrainienne définit les frontières du pays dans leur intégrité territoriale reconnue internationalement. Tout accord qui céderait du territoire à la Russie serait inconstitutionnel. Zelensky a explicitement communiqué cette position : les dispositions de tout accord bilatéral russo-américain relatives à l’Ukraine « ne peuvent pas contredire la Constitution ». C’est un bouclier juridique. Un dernier rempart. Mais un rempart de papier face à douze mille milliards et à la volonté d’un président américain qui veut sa victoire avant juin.
Six mots. « Nous restons là où nous sommes. » C’est la phrase la plus courte et la plus lourde de toute cette guerre. Elle dit à la fois la détermination et la douleur. Elle dit : nous ne reculerons pas. Et elle dit aussi : nous n’avons nulle part où reculer. Combien de temps peut-on tenir quand le monde entier vous demande de céder ?
Cinquante-cinq mille morts et le prix de chaque jour qui passe
Le chiffre que personne ne veut regarder en face
Pendant les négociations d’Abou Dhabi, Zelensky a confirmé un chiffre qui devrait arrêter net toute conversation sur les « progrès diplomatiques » : 55 000 soldats ukrainiens ont été tués au combat depuis le début de l’invasion russe. Cinquante-cinq mille. Chacun avait un nom. Un visage. Une famille qui attend un message qui ne viendra plus. Un lit qui restera vide. Une chaise à table que personne n’occupe plus.
L’échange de prisonniers du 5 février — 157 Ukrainiens libérés en échange de 157 Russes — a révélé que les soldats revenus étaient dans des « conditions psychologiques difficiles », certains en état de sous-alimentation critique. Cinq mois d’attente. Cinq mois dans des prisons russes. Cinq mois à ne pas savoir si leur pays les avait oubliés. Leurs familles les attendaient dans la région de Tchernihiv, tenant des photos de ceux qu’ils espéraient reconnaître. Certains n’y sont pas arrivés. La guerre sculpte les visages. Elle creuse les joues. Elle éteint les yeux.
Chaque jour de négociation supplémentaire a un prix. Pas en dollars. Pas en milliards. En vies. En membres arrachés. En regards éteints. En enfants qui grandissent sans savoir quand leur père reviendra — ou s’il reviendra. Le calendrier de juin n’est pas seulement un objectif politique. C’est un décompte mortel que personne à Washington ne semble entendre.
Ce que les soldats qui reviennent ne racontent jamais
Les 157 soldats revenus de captivité portent sur leurs corps les traces de ce que les communiqués appellent pudiquement des « conditions difficiles ». Derrière ces mots se cachent des réalités que les protocoles diplomatiques préfèrent taire. Et pourtant, même ce moment de grâce — ces retrouvailles fragiles, presque irréelles — est assombri par une question : cet échange n’a été possible qu’après cinq mois de blocage. Combien d’autres attendent encore ? Combien de familles restent sans nouvelles ? Combien de prisonniers ne seront jamais échangés parce que les pourparlers auront échoué, parce que les milliards auront parlé plus fort que la décence ?
Un peuple debout entre les missiles et les milliards
Ce qui se joue vraiment dans les semaines qui viennent
Ce qui se dessine avant juin 2026 n’est pas seulement une négociation de paix. C’est un rapport de forces où l’Ukraine se retrouve coincée entre la puissance de feu russe et la puissance financière d’un deal russo-américain. Douze mille milliards d’un côté. Des missiles sur les centrales nucléaires de l’autre. Et au milieu, un peuple qui n’a que sa Constitution, ses drones, ses 200 entreprises de technologies militaires et la phrase de son président pour tout bouclier.
L’Ukraine exporte ses armes. L’Ukraine frappe les usines de missiles russes. L’Ukraine survit avec deux heures d’électricité par jour à moins 19 degrés. L’Ukraine refuse de céder le Donbas. L’Ukraine dit : « Pas sans nous. » « L’Ukraine démontrera sa réponse à cela en cas de tels risques », a conclu Zelensky. C’est une phrase de chef de guerre, pas de diplomate. Une phrase qui dit que Kyiv ne regardera pas passivement son sort se décider dans des salons où elle n’est pas invitée.
L’histoire jugera. Elle jugera ceux qui ont bombardé des centrales nucléaires en plein hiver. Elle jugera ceux qui ont mis un prix sur la souveraineté d’un peuple. Elle jugera ceux qui étaient assis à la table et qui n’ont rien fait pour empêcher le marché de se conclure. L’Ukraine, elle, n’attend pas le jugement de l’histoire. Elle est trop occupée à survivre.
La dignité comme dernière monnaie
Quarante millions de personnes, debout dans le froid et dans le noir, qui refusent qu’on décide de leur avenir sans leur consentement. C’est peu, face à douze mille milliards. Et c’est tout. Et c’est peut-être suffisant.
Et peut-être que c’est cela, la leçon de ce 8 février 2026. Que la dignité d’un peuple ne se négocie pas. Pas pour douze mille milliards. Pas pour un calendrier électoral. Pas pour le confort diplomatique de ceux qui n’entendent pas les sirènes et qui ne comptent pas les heures avant la prochaine coupure de courant. Le monde regarde. L’Ukraine tient. Et la seule question qui reste est celle que Zelensky pose à Washington comme à Moscou : qui êtes-vous, quand personne ne regarde ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette opinion adopte une perspective pro-ukrainienne assumée, fondée sur le droit international, l’intégrité territoriale des nations souveraines et le principe fondamental qu’aucun peuple ne devrait voir son sort décidé sans sa participation. L’auteur considère que l’invasion russe de l’Ukraine constitue une violation flagrante du droit international et que les frappes sur les infrastructures civiles et nucléaires relèvent de crimes de guerre.
Méthodologie et sources
Les informations présentées proviennent de sources journalistiques vérifiées incluant le Kyiv Independent, Euronews, ABC News, NBC News, CNN, Kyiv Post, Ukrinform, Euromaidan Press et Al Jazeera. Les citations de Zelensky, de DTEK, d’Ukrenergo et des responsables américains et russes sont des citations directes extraites de ces sources. Aucun témoignage n’a été inventé ou embelli.
Le lecteur est encouragé à consulter les sources originales pour approfondir sa compréhension de cette situation complexe et en constante évolution. Les opinions exprimées dans cette chronique engagent uniquement leur auteur et ne prétendent pas à la neutralité sur un sujet où la neutralité serait, en soi, une prise de position.
Nature de l’analyse
Cet article d’opinion combine argumentation engagée, contextualisation géopolitique et narration immersive pour rendre compte d’une situation dont les enjeux humains et diplomatiques dépassent le cadre d’un simple compte-rendu factuel. Il vise à créer une connexion émotionnelle avec le lecteur tout en maintenant une rigueur factuelle vérifiable à chaque paragraphe.
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — Ukraine war latest: Zelensky warns of ‘risk’ US, Russia could strike bilateral deals on Ukraine without Kyiv — 8 février 2026
Kyiv Independent — Zelensky warns of ‘risk’ US, Russia could strike bilateral deals on Ukraine without Kyiv — 7 février 2026
Euronews — Zelenskyy says US set June deadline for peace deal, as Russia launches new attacks on energy sites — 7 février 2026
Kyiv Post — Russia Pitched US $12 Trillion Economic Deal, Zelensky Says — 7 février 2026
Euromaidan Press — Zelenskyy: Ukraine’s intelligence obtained data on $12 trillion Russia-US cooperation proposal — 7 février 2026
ABC News — Trilateral US-Ukraine-Russia peace talks resume in UAE after major energy attack — 4 février 2026
Sources secondaires
ABC News — Ukraine, Russia conduct POW swap after trilateral talks with US end — 5 février 2026
Euronews — US and Russia agree to re-establish military dialogue after Ukraine peace talks in Abu Dhabi — 6 février 2026
NBC News — Ukraine, Russia begin second round of U.S.-brokered peace talks in Abu Dhabi — 4 février 2026
CNN — Ukraine hails first trilateral talks with Russia and US as ‘constructive’ — 24 janvier 2026
Ukrainska Pravda — Russia offers US $12 trillion cooperation package — Zelenskyy — 7 février 2026
Al Jazeera — Trilateral Ukraine talks to resume in Abu Dhabi on Wednesday: Zelenskyy — 1er février 2026
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