De l’ambiguïté à la dénonciation
Pour saisir la portée du repositionnement vaticane, il faut revenir sur ce que Léon XIV a hérité. Le pape François, malgré son engagement humanitaire réel, avait développé une relation avec le Kremlin qui frisait la complaisance diplomatique. Ses échanges réguliers avec le patriarche Kirill, ses suggestions de capitulation voilées sous le couvert de la paix, et surtout sa tendance à reprendre des éléments narratifs russes — comme l’affirmation que l’Ukraine faisait partie de la Russie — avaient créé un malaise profond à Kyiv et dans les capitales européennes.
Léon XIV, lui, a posé les jalons d’une toute autre approche dès avant son élection. Alors cardinal Robert Prevost, évêque de Chiclayo au Pérou, il avait qualifié l’invasion russe d’impérialiste — un terme que le vocabulaire diplomatique vaticane emploie avec une parcimonie extrême. Depuis son accession au pontificat en mai 2025, il a systématiquement dénoncé les bombardements contre les infrastructures civiles, appelé à une paix juste et durable qui exclut implicitement toute capitulation ukrainienne, et proposé le Vatican comme lieu de négociations — une offre qui, par sa seule existence, place le Saint-Siège en médiateur légitime plutôt qu’en observateur passif.
La distinction entre une paix juste et une paix tout court est la clé de voûte de la doctrine Léon XIV sur l’Ukraine. En ajoutant l’adjectif juste, le pape invalide toute solution qui récompenserait l’agresseur. C’est un positionnement théologique autant que géopolitique, et Moscou l’a parfaitement compris en rejetant l’offre de médiation.
L’audience générale du 4 février comme signal
Le 4 février 2026, lors de l’audience générale dans la salle Paul VI, le pape avait lancé un appel explicite en faveur de l’Ukraine, dénonçant les conséquences des bombardements qui ont recommencé à frapper les infrastructures énergétiques. Il avait également remercié les initiatives de solidarité des diocèses catholiques en Pologne et dans d’autres pays. Cet appel, formulé à peine 24 heures après la massive attaque du 3 février, constituait une réponse directe et sans ambiguïté aux frappes russes.
Plus significatif encore, dans la même allocution, Léon XIV avait mentionné l’expiration du traité New START — l’accord de réduction des armes nucléaires entre les États-Unis et la Russie signé en 2010 — en appelant urgemment à ne pas abandonner cet instrument sans en assurer un suivi concret. En liant dans un même discours la situation ukrainienne et la prolifération nucléaire, le pape inscrivait la guerre en Ukraine dans le cadre plus large de la sécurité mondiale et du désarmement. Un message limpide : ce qui se passe en Ukraine n’est pas un conflit régional, c’est une menace pour l’ordre international.
La guerre énergétique russe décryptée par les chiffres
L’ampleur systémique de la destruction
Les 80 génératrices envoyées par le Vatican prennent tout leur sens quand on les replace dans l’échelle de la destruction. Selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 70 pour cent de la capacité de production d’énergie thermique, hydraulique et nucléaire de l’Ukraine a été endommagée ou détruite depuis octobre 2023. Les sous-stations critiques de Zaporizhzhia, Dnipro et Kharkiv ont été frappées à répétition, réduisant la résilience du réseau de 45 pour cent par rapport aux niveaux d’avant-guerre, selon un rapport technique d’Ukrenergo de janvier 2026.
Le premier ministre Denys Shmyhal a déclaré devant le parlement qu’il ne restait plus une seule centrale électrique en Ukraine que l’ennemi n’ait attaquée. À Kyiv, le maire Vitali Klitschko a précisé que la capitale ne disposait que de la moitié de l’électricité nécessaire pour ses 3,6 millions d’habitants. C’est la première fois dans l’histoire de la ville, a-t-il déclaré, que des froids aussi sévères s’accompagnent d’une telle pénurie de chauffage et d’électricité.
Quand un premier ministre déclare devant son parlement qu’il ne reste aucune centrale intacte dans son pays, nous ne sommes plus dans le registre de la guerre conventionnelle. Nous sommes face à une stratégie délibérée de destruction des conditions de vie d’une population entière, menée avec la précision d’un programme militaire planifié.
Le calcul cynique de Moscou
L’analyse des séquences de frappes révèle un schéma stratégique cohérent. La Russie a accepté la proposition américaine de pause dans les attaques énergétiques, non par bonne volonté diplomatique, mais pour constituer des stocks de munitions. Le ministère de la Défense britannique a confirmé que l’attaque du 3 février constituait un ensemble de frappes multi-axes utilisant des bombardiers à longue portée, quatre missiles hypersoniques Tsirkon, 32 missiles balistiques à courte portée, jusqu’à 35 missiles de croisière et environ 450 drones d’attaque.
Cette concentration de moyens après une pause de cinq jours confirme l’hypothèse d’un réapprovisionnement tactique déguisé en concession diplomatique. Le timing est également révélateur : les frappes ont repris au moment précis où les températures plongeaient sous les moins vingt degrés, maximisant l’impact humanitaire de chaque installation détruite. La DTEK, plus grand producteur privé d’énergie d’Ukraine, a qualifié cette attaque de la plus sévère depuis le début de 2026, la neuvième attaque massive contre ses centrales thermiques en quatre mois.
Le Vatican comme acteur géopolitique au vingt et unième siècle
La diplomatie du camion face à la diplomatie du missile
L’envoi de génératrices par le Vatican relève d’une tradition ancienne de la diplomatie pontificale : l’aide humanitaire comme instrument de soft power. Mais sous Léon XIV, cette tradition prend une dimension nouvelle. Le Saint-Siège ne se contente plus d’envoyer de l’aide. Il structure son action autour d’un réseau logistique — les paroisses ukrainiennes — qui fait de chaque église un point de distribution, de chaque diocèse un maillon d’une chaîne de solidarité transnationale.
Le Dicastère pour le Service de la Charité, dirigé par le cardinal Krajewski, a mobilisé le Banco Farmaceutico, un réseau de compagnies pharmaceutiques, et le groupe Procter and Gamble pour constituer les convois. Cette capacité à fédérer des acteurs privés autour d’une cause humanitaire témoigne d’un savoir-faire organisationnel que peu d’organisations internationales peuvent égaler en rapidité d’exécution. Là où les Nations Unies négocient des résolutions, le Vatican charge des camions.
Il y a dans cette efficacité vaticane un enseignement pour l’ensemble du système multilatéral. Le plus vieil État du monde, avec ses 44 hectares de territoire et ses quelques centaines de citoyens, déploie une aide qui arrive plus vite que celle de puissances disposant de budgets militaires de centaines de milliards. La légitimité morale, quand elle est adossée à une logistique compétente, compense bien des déficits de puissance matérielle.
L’offre de médiation et ses implications
L’offre du pape Léon d’accueillir des pourparlers de paix au Vatican entre Kyiv et Moscou ne peut être analysée indépendamment du contexte actuel des négociations trilatérales. Les discussions d’Abu Dhabi, sous l’impulsion de Washington, n’ont pas produit de percée significative. Les États-Unis cherchent un accord bilatéral avec la Russie, une démarche qui inquiète Zelensky, lequel a publiquement mis en garde contre le risque que Washington et Moscou concluent des accords sur l’Ukraine sans Kyiv.
Dans ce paysage diplomatique fragmenté, l’offre vaticane représente une alternative crédible. Le Vatican dispose d’un avantage unique : il n’est ni une grande puissance cherchant à maximiser son influence, ni un acteur régional avec des intérêts territoriaux. Sa neutralité institutionnelle, tempérée par une position morale claire en faveur de la justice, en fait un médiateur potentiellement acceptable pour les deux parties. Le rejet russe de cette offre en dit moins sur l’inadéquation du lieu que sur la volonté de Moscou d’éviter tout cadre de négociation qui impliquerait des principes de justice plutôt que de simples rapports de force.
Les dimensions sanitaires d'une guerre contre les infrastructures
Le corps comme champ de bataille secondaire
L’envoi de médicaments par le Vatican éclaire une dimension de cette guerre que les analyses militaires classiques ignorent trop souvent. La destruction systématique des infrastructures énergétiques ne produit pas seulement des pannes de courant. Elle provoque une cascade d’effets sanitaires qui transforment chaque hiver en crise de santé publique. Un médecin de Kyiv, interrogé par le Kyiv Independent, témoigne de l’accumulation des effets dans sa clinique : infections respiratoires dans les logements non chauffés, aggravation des pathologies cardiovasculaires chez les personnes âgées, multiplication des troubles anxieux et dépressifs.
Le choix d’envoyer de la mélatonine aux côtés des antibiotiques révèle une compréhension fine de la situation sanitaire ukrainienne. La privation de sommeil chronique, provoquée par les alertes aériennes nocturnes et le stress post-traumatique généralisé, constitue un facteur d’affaiblissement immunitaire et cognitif qui aggrave toutes les autres pathologies. Le ministère de la Santé ukrainien a documenté une augmentation de 12 pour cent du taux de mortalité chez les personnes âgées dans les oblasts de Kyiv et Kharkiv entre janvier et février 2026.
La mélatonine dans les convois vaticans n’est pas un détail anecdotique. C’est un indicateur précis de l’état psychologique d’une nation. Quand un pays a besoin d’aide internationale pour que ses citoyens puissent simplement dormir, nous mesurons l’ampleur réelle du traumatisme infligé, bien au-delà de ce que les bilans de destructions matérielles laissent entrevoir.
La qualification juridique en jeu
Le ministère des Affaires étrangères ukrainien a franchi un seuil symbolique en qualifiant les frappes contre le secteur énergétique d’actes de génocide. L’argumentation repose sur l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, qui inclut dans sa définition la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique. Priver délibérément une population de chauffage et d’électricité par des températures de moins vingt degrés, argumentent les juristes ukrainiens, constitue précisément ce type de soumission.
Des chercheurs en génocide et des défenseurs des droits humains identifient un faisceau de signes convergents : intention publiquement exprimée de détruire, attaques systématiques contre les systèmes de survie, persécution des voix pro-ukrainiennes, destruction du patrimoine culturel, et déportation d’enfants. Si cette qualification devait être retenue par une juridiction internationale, elle transformerait fondamentalement le cadre légal dans lequel toute négociation de paix se déroulerait.
L'échiquier européen redessiné par l'hiver
L’Europe entre solidarité et fragmentation
L’aide vaticane s’inscrit dans un paysage européen marqué par des tensions croissantes autour de la question ukrainienne. Le premier ministre hongrois Viktor Orbán a récemment déclaré l’Ukraine ennemie de la Hongrie, une posture qui isole Budapest au sein de l’Union européenne mais reflète des courants de lassitude présents dans plusieurs capitales. L’interdiction européenne du gaz russe, qualifiée de changement structurel par les analystes, vise à infliger des dommages économiques à long terme à Moscou, mais elle n’a pas empêché la poursuite des frappes.
Dans ce contexte, le geste du Vatican acquiert une dimension de leadership moral que les institutions européennes peinent à assumer pleinement. La Pologne, mentionnée nommément par le pape pour ses initiatives de solidarité, et la Norvège, qui a offert 200 millions de dollars d’aide au secteur énergétique ukrainien, montrent que la solidarité existe. Mais elle reste fragmentée, inégale, et insuffisante face à l’ampleur systémique de la destruction. L’Union européenne a activé son mécanisme de protection civile, envoyant des génératrices mobiles et des kits de réparation hivernisés, mais la réponse collective demeure en deçà des besoins.
L’Europe se retrouve dans une position paradoxale. Elle dispose des moyens matériels de compenser une partie significative des destructions russes. Elle possède les capacités industrielles de fournir des génératrices, des transformateurs, des équipements de réseau. Mais sa volonté politique reste en deçà de ses capacités, et c’est un pape, depuis un État de 44 hectares, qui vient lui rappeler ce que la solidarité concrète signifie.
Washington entre médiation et ambiguïté
Le rôle des États-Unis dans cette séquence mérite un examen attentif. La proposition américaine de pause dans les frappes énergétiques, initialement présentée comme un geste de bonne volonté dans le cadre des négociations, s’est retournée contre Washington. Le président Trump avait affirmé que le Kremlin avait accepté de suspendre ces attaques, mais Moscou a repris ses frappes avec une intensité accrue dès l’expiration de ce qui n’était, rétrospectivement, qu’une fenêtre de réapprovisionnement.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a même accusé les États-Unis de revenir sur un prétendu accord de cession territoriale ukrainienne, une affirmation qui, vraie ou fausse, vise à fragiliser la crédibilité américaine comme médiateur. Dans ce jeu de miroirs diplomatique, l’offre vaticane de médiation apparaît comme une alternative d’autant plus pertinente que les canaux existants montrent leurs limites.
Les Jeux olympiques comme révélateur des contradictions internationales
Milan-Cortina et le prix de la normalisation
Le hasard du calendrier a placé l’annonce de l’aide vaticane dans le sillage immédiat de l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina 2026. Les athlètes russes et biélorusses participent à ces jeux, tandis que le CIO a interdit au skeleton ukrainien Vladyslav Heraskevych d’utiliser un casque rendant hommage aux athlètes ukrainiens tués pendant la guerre. Cette décision, justifiée par les règles de neutralité politique du mouvement olympique, illustre les limites d’un cadre institutionnel conçu pour un monde où les guerres d’agression étaient censées appartenir au passé.
L’analyse de cette situation révèle une asymétrie normative troublante. Les sanctions sportives contre la Russie et la Biélorussie se sont progressivement assouplies, permettant la participation de leurs athlètes sous bannière neutre, tandis que les expressions de solidarité ukrainienne sont encadrées de manière restrictive. Le message implicite est que le monde du sport international privilégie la stabilité institutionnelle à la justice — exactement l’inverse de la posture adoptée par le Vatican.
La coexistence temporelle entre les cérémonies olympiques de Milan et les convois humanitaires du Vatican vers Kyiv cristallise une contradiction fondamentale de notre époque : la capacité simultanée à célébrer l’universalisme sportif et à tolérer la destruction systématique d’un pays membre de la communauté internationale.
Projections stratégiques pour les mois à venir
Les scénarios de l’hiver et du printemps
L’analyse des tendances actuelles permet d’esquisser plusieurs scénarios pour les semaines à venir. Le ministère de l’Énergie ukrainien estime que les réserves de carburant du pays ne suffisent que pour 20 jours au rythme actuel de consommation. Si les frappes russes se poursuivent à leur intensité actuelle, la fin de l’hiver pourrait voir l’Ukraine confrontée à une crise énergétique sans précédent, nécessitant une aide internationale d’une ampleur bien supérieure à ce que le Vatican ou même l’Union européenne peuvent fournir individuellement.
L’Ukraine a cependant développé des capacités d’adaptation remarquables. La décentralisation du réseau à travers plus de 1 200 micro-réseaux alimentés par des hybrides solaire-batterie, soutenus par l’USAID et le programme européen REPowerEU, offre une résilience structurelle que les frappes ciblant les grandes installations ne peuvent complètement annuler. Des outils de maintenance prédictive basés sur l’intelligence artificielle, développés par la startup ukrainienne GridMind, ont réduit le temps de récupération après les frappes de 37 pour cent au dernier trimestre 2025.
Vingt jours de réserves de carburant. C’est le chiffre que le ministère de l’Énergie ukrainien pose sur la table avec une franchise qui force le respect et qui devrait alarmer chaque capitale occidentale. Vingt jours avant que la situation ne bascule de la crise vers la catastrophe.
Le rôle futur du Vatican dans l’architecture de paix
L’aide humanitaire du 9 février ne constitue pas un événement isolé mais un maillon dans une stratégie vaticane qui se construit pas à pas. En décembre 2025, le pape avait déjà envoyé trois camions de nourriture vers les zones les plus touchées, avec des repas lyophilisés fournis par l’entreprise sud-coréenne Samyang Foods. Le cardinal Krajewski avait alors décrit cette aide comme une petite caresse du pape — une expression qui, dans le langage vaticane, signale toujours un geste concret plutôt qu’une figure rhétorique.
La question qui se pose désormais est celle de la pérennité et de l’institutionnalisation de cette aide. Le Vatican peut-il maintenir ce rythme d’envois ? Peut-il devenir un coordinateur humanitaire de premier plan dans le conflit ukrainien, en complément des agences onusiennes et des ONG internationales ? Sa capacité à mobiliser des réseaux paroissiaux comme infrastructure de distribution lui confère un avantage logistique rare, mais sa dépendance aux dons privés et à la bonne volonté des entreprises constitue une limite structurelle.
L’histoire de la diplomatie vaticane montre que le Saint-Siège excelle dans les interventions modestes mais constantes, préférant la grammaire de la charité quotidienne aux grands coups d’éclat médiatiques. Si Léon XIV maintient ce cap, le Vatican pourrait émerger comme l’un des acteurs humanitaires les plus fiables de ce conflit, précisément parce que son action ne dépend ni des cycles électoraux ni des fluctuations des alliances géopolitiques.
Le précédent de Noël et la construction d'un corridor humanitaire permanent
De décembre à février, la logistique vaticane se rodait
L’opération du 9 février n’était pas un coup d’essai. En décembre 2025, le Vatican avait déjà envoyé trois camions chargés de repas lyophilisés fournis par l’entreprise sud-coréenne Samyang Foods. Ces soupes à haute valeur énergétique, nécessitant seulement un peu d’eau pour être préparées, ciblaient les zones où même faire bouillir de l’eau représentait un défi logistique. Le cardinal Krajewski avait décrit ce premier envoi comme un geste de proximité du pape envers les familles ukrainiennes, en le liant symboliquement à la fête de la Sainte Famille.
Ce qui se dessine entre décembre et février, c’est la mise en place progressive d’un corridor humanitaire vaticane structuré, capable de répondre aux besoins évolutifs de la population. En décembre, la nourriture d’urgence. En février, les génératrices et les médicaments calibrés aux pathologies de l’hiver. Le Dicastère pour le Service de la Charité annonce déjà un troisième convoi en préparation. Cette montée en puissance méthodique suggère une planification stratégique qui dépasse l’improvisation caritative, et qui transforme le réseau paroissial ukrainien en véritable infrastructure humanitaire parallèle aux circuits institutionnels classiques.
La répétition transforme le geste en système. Un camion, c’est de la charité. Deux camions, c’est de la constance. Trois camions avec un quatrième en préparation, c’est une politique. Le Vatican est en train de construire, discrètement mais méthodiquement, un corridor humanitaire que ni les missiles russes ni les blocages diplomatiques ne peuvent interrompre.
Ce que révèle la réponse de Moscou au geste vaticane
Le silence comme aveu
Il est significatif que le Kremlin n’ait pas commenté l’envoi des génératrices vaticanes. Ce silence contraste avec la réactivité habituelle de la diplomatie russe, prompte à dénoncer toute initiative perçue comme hostile. Le rejet antérieur de l’offre de médiation du pape suffisait probablement, du point de vue de Moscou, à marquer la distance. Mais l’absence de réaction à l’aide humanitaire révèle un calcul différent : critiquer un pape qui envoie des médicaments à des civils serait politiquement désastreux, même pour un régime habitué aux positions provocatrices.
Cette asymétrie communicationnelle illustre la force du soft power vaticane. En agissant sur le terrain humanitaire plutôt que sur le terrain diplomatique formel, Léon XIV place Moscou dans une position où toute réaction serait perdante. Dénoncer l’aide reviendrait à s’opposer publiquement au secours de civils souffrants. L’ignorer, c’est concéder implicitement que ces civils ont besoin d’être secourus — et donc que la guerre produit des conséquences humanitaires que le Kremlin préfère ne pas reconnaître officiellement.
Dans le grand jeu de la communication internationale, le pape a réussi quelque chose que les sanctions économiques, les résolutions onusiennes et les menaces diplomatiques n’ont pas accompli : il a créé un espace où la Russie ne peut ni attaquer ni se défendre. Quatre-vingts génératrices et des boîtes de mélatonine ont accompli ce que des milliards de dollars d’armement n’ont pu faire : rendre le Kremlin silencieux.
Les enseignements pour la communauté internationale
Repenser l’aide au-delà des paradigmes classiques
L’opération vaticane du 9 février offre plusieurs enseignements pour les acteurs internationaux engagés en Ukraine. D’abord, la rapidité d’exécution. L’appel du pape lors de l’audience du 4 février s’est traduit en livraison effective cinq jours plus tard. Ce délai, impensable pour la plupart des organisations multilatérales, s’explique par la légèreté de la structure décisionnelle vaticane et l’existence préalable de canaux logistiques testés lors des envois précédents.
Ensuite, le ciblage précis de l’aide. La mélatonine, les anti-inflammatoires, les antibiotiques ne sont pas des fournitures génériques mais des réponses à des besoins identifiés par les évêques sur le terrain. Cette intelligence de proximité, alimentée par le réseau paroissial, permet une adéquation entre l’offre et la demande que les grandes opérations humanitaires peinent souvent à atteindre. Enfin, la dimension symbolique intégrée à l’opérationnelle : en faisant partir les camions de la Basilique Sainte-Sophie, le Vatican inscrit son geste dans une continuité historique et spirituelle qui amplifie son impact médiatique et politique.
La communauté internationale gagnerait à s’inspirer de ce modèle, non pas pour le reproduire — le Vatican dispose d’avantages structurels uniques — mais pour en extraire les principes : décision rapide, logistique préexistante, ciblage informé par le terrain, et intégration du symbolique dans l’opérationnel. L’urgence de la situation ukrainienne exige des réponses qui combinent efficacité matérielle et impact moral, et le convoi du 9 février démontre que ces deux dimensions ne sont pas incompatibles.
L’analyse de l’opération vaticane révèle en creux les insuffisances du système multilatéral actuel face aux crises humanitaires provoquées par des conflits armés. Quand un État de 44 hectares arrive avant les grandes puissances, ce n’est pas parce qu’il dispose de plus de ressources. C’est parce que sa volonté est plus forte que ses moyens, alors que chez les autres, c’est trop souvent l’inverse.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette analyse s’inscrit dans une perspective de décryptage géopolitique qui considère l’invasion russe de l’Ukraine comme une violation du droit international documentée par les juridictions internationales, les organismes onusiens et les instances européennes. L’auteur adopte un regard critique sur l’ensemble des acteurs impliqués, y compris les institutions occidentales, tout en maintenant une distinction claire entre agresseur et agressé conformément au droit international.
Ce texte est une analyse qui croise les dimensions humanitaire, diplomatique et stratégique d’un geste vaticane dont la portée dépasse largement le cadre religieux.
Méthodologie et sources
Les données factuelles proviennent de sources institutionnelles vérifiées : communiqués du Vatican, rapports d’Ukrenergo et de DTEK, déclarations officielles ukrainiennes, analyses du ministère de la Défense britannique, rapports de l’Agence internationale de l’énergie. Les informations contextuelles sont tirées de médias internationaux reconnus pour leur fiabilité : Kyiv Independent, CNN, France 24, ABC News, Al Jazeera, Catholic News Agency. L’analyse géopolitique repose sur le croisement de ces sources et sur le cadre analytique des relations internationales.
Nature de l’analyse
Ce texte relève de l’analyse journalistique, genre qui combine la présentation rigoureuse de faits vérifiés avec un décryptage expert visant à révéler les enjeux sous-jacents d’un événement. Il ne constitue pas un reportage factuel neutre mais une lecture interprétative documentée, qui assume ses conclusions tout en les fondant sur des données vérifiables.
Sources
Sources primaires
Vatican News — The Pope’s solidarity amid Ukraine’s freezing winter — 9 février 2026
Kyiv Independent — Pope Leo sends 80 generators, thousands of medicines to Ukraine — 10 février 2026
Ukrinform — Pope Leo XIV sends 80 generators, medicines to Ukraine — 9 février 2026
OSV News — Full text: Pope Leo XIV’s Feb. 4, 2026, general audience — 4 février 2026
Sources secondaires
Kyiv Independent — In largest missile attack of winter, Russia targets Ukraine’s power plants amid brutal freeze — 3 février 2026
CNN — Russia resumes night strikes on major Ukrainian cities, ending brief reprieve — 3 février 2026
France 24 — Russia resumes strikes against Ukraine energy infrastructure amid subzero temperatures — 3 février 2026
ABC News — Russia hits Ukraine energy targets with hundreds of drones, missiles, ahead of talks — 3 février 2026
New Eastern Europe — What Pope Leo XIV and the Vatican can do for Ukraine — 16 juin 2025
Catholic News Agency — Pope Leo XIV sends 3 truckloads of humanitarian aid to Ukraine — 29 décembre 2025
ZENIT News — Putin bombs Ukraine on Christmas Day and Pope Leo XIV responds with humanitarian aid — 29 décembre 2025
Al Jazeera — Ukraine scrambling for energy as Russian strikes hit infrastructure — 16 janvier 2026
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