Une révolution qui a dévoré ses propres enfants
Pour comprendre pourquoi des millions d’Iraniens en arrivent à fantasmer sur Donald Trump, il faut d’abord mesurer la profondeur du gouffre dans lequel ils vivent. La République islamique d’Iran n’est pas simplement un régime autoritaire. C’est une machine à broyer les rêves qui fonctionne depuis 1979.
Quarante-cinq ans. Deux générations entières nées sous le voile obligatoire. Deux générations qui n’ont connu que la police des moeurs, les arrestations arbitraires, les exécutions publiques, les disparitions forcées. Deux générations à qui on a volé le droit de danser, de chanter, d’aimer librement.
Je pense à Mahsa Amini. Je pense à ces femmes qui enlèvent leur voile dans les rues de Téhéran, sachant qu’elles risquent la prison, la torture, parfois la mort. Et je me demande : quel niveau de courage faut-il pour espérer encore quand l’espoir lui-même est un crime?
L’économie en ruines, le quotidien en enfer
Le rial iranien s’est effondré. L’inflation dépasse les 40%. Le chômage des jeunes atteint des sommets vertigineux. Un professeur d’université gagne l’équivalent de 200 dollars par mois. Un médecin, à peine plus. Les médicaments manquent. La nourriture devient un luxe. Les familles vendent leurs biens pour survivre.
Et pourtant, le régime continue de financer le Hezbollah au Liban. Et pourtant, le régime continue d’armer les Houthis au Yémen. Et pourtant, le régime continue de développer son programme nucléaire. Des milliards de dollars engloutis dans une stratégie régionale pendant que le peuple crève de faim.
Les sanctions : le marteau américain sur le peuple iranien
La politique de pression maximale et ses victimes
En 2018, Donald Trump a fait ce que Donald Trump fait le mieux : il a déchiré un accord. Le JCPOA, l’accord sur le nucléaire iranien, négocié pendant des années, validé par la communauté internationale, fonctionnant selon les inspecteurs de l’AIEA. Trump l’a jeté à la poubelle d’un trait de stylo.
Puis sont venues les sanctions. Maximum pressure, la pression maximale. L’objectif officiel : forcer le régime à négocier. L’objectif réel : étrangler l’économie iranienne jusqu’à ce que quelque chose cède. Ce qui a cédé, ce n’est pas le régime. Ce sont les gens ordinaires. Les familles. Les malades. Les enfants.
Il y a quelque chose de profondément obscène dans une politique qui prétend sauver un peuple en l’affamant. Les sanctions tuent. Pas les ayatollahs dans leurs palais. Les gens normaux dans leurs cuisines vides.
Le paradoxe cruel : souffrir par celui qu’on espère
Voici le paradoxe déchirant de la situation iranienne : les mêmes sanctions qui ont détruit le pouvoir d’achat des Iraniens, les mêmes sanctions qui ont privé les hôpitaux de médicaments, les mêmes sanctions qui ont transformé le quotidien en survie, sont brandies par Trump comme preuve de sa fermeté.
Et les Iraniens, écrasés par cette pression, en viennent à espérer que le même homme qui les a étranglés va maintenant les libérer. Pas parce qu’ils lui font confiance. Mais parce qu’ils n’ont plus personne d’autre vers qui se tourner. Le régime les opprime. L’Occident les a oubliés. Il ne reste que des mirages.
Le calcul désespéré : pourquoi Trump?
L’ennemi de mon ennemi
La logique est primitive mais elle a sa cohérence. Le régime des mollahs déteste Trump. Trump déteste le régime des mollahs. Donc Trump est l’allié naturel de ceux qui détestent le régime. CQFD. Sauf que cette équation oublie un détail crucial : Trump ne se soucie pas du peuple iranien. Il ne s’en est jamais soucié.
Quand Trump parle de l’Iran, il parle de menace nucléaire. Il parle de deal. Il parle de puissance américaine. Il ne parle jamais des femmes qui risquent leur vie pour leur liberté. Il ne parle jamais des étudiants emprisonnés. Il ne parle jamais des journalistes assassinés. Les Iraniens, pour Trump, sont des pions dans un jeu géopolitique.
On ne devient pas un sauveur en claquant des doigts. On ne libère pas un peuple en postant sur les réseaux sociaux. Trump excelle dans les effets d’annonce. Mais quand vient l’heure de tenir ses promesses, il a toujours autre chose à faire.
La mémoire courte du désespoir
Les Iraniens qui espèrent en Trump oublient-ils ce qu’il a réellement fait? L’assassinat du général Qassem Soleimani en janvier 2020. Une frappe de drone à Bagdad qui a failli déclencher une guerre régionale. Le régime iranien a riposté. L’escalade a été évitée de justesse. Mais Trump a prouvé une chose : il est prêt à jouer avec le feu.
Et quand le feu prend, ce ne sont pas les dirigeants qui brûlent. Ce sont les civils. Ce sont les marchés. Ce sont les écoles. Ce sont les hôpitaux. Trump a bombardé des pays. Trump a menacé d’anéantir des nations. Trump considère la diplomatie comme un spectacle de télé-réalité où il doit toujours gagner.
L'histoire ne ment pas : le bilan Trump au Moyen-Orient
Jérusalem, les Palestiniens et le « Deal du siècle »
Regardons ce que Trump a réellement accompli au Moyen-Orient. La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. L’abandon du droit international. Le soutien inconditionnel à Netanyahu. Les accords d’Abraham, présentés comme une révolution de paix, mais négociés sans les Palestiniens, contre les Palestiniens.
Le fameux « Deal du siècle »? Une farce. Un plan écrit par le gendre de Trump, Jared Kushner, sans consulter les principaux intéressés. Un plan qui officialisait l’annexion de territoires palestiniens. Un plan mort-né que personne ne prend au sérieux sauf ceux qui veulent effacer la Palestine de la carte.
Et on voudrait que ce même homme sauve l’Iran? On voudrait que celui qui a vendu les Palestiniens à Netanyahu se soucie soudain du sort du peuple iranien? Le désespoir rend aveugle. Mais il y a des aveuglements qui mènent droit au précipice.
Les alliés abandonnés : un schéma récurrent
Demandez aux Kurdes ce que vaut une promesse de Trump. En 2019, il a retiré les troupes américaines du nord de la Syrie, livrant les combattants kurdes à l’offensive turque. Ces mêmes Kurdes qui avaient combattu Daesh aux côtés des Américains. Ces mêmes Kurdes qui avaient sacrifié des milliers de vies pour vaincre le califat.
Un coup de téléphone avec Erdogan. Une décision prise en quelques heures. Et les Kurdes se sont retrouvés seuls face aux tanks turcs. Trump les a abandonnés comme on abandonne un jouet cassé. Sans remords. Sans même un regard en arrière. C’est sa méthode. C’est sa nature.
Le piège de l'homme providentiel
Le culte de la personnalité comme impasse
Il y a un danger profond dans l’idée qu’un seul homme peut tout changer. Les Iraniens connaissent ce piège. Ils l’ont vécu avec Khomeini en 1979. L’ayatollah était censé apporter la justice, la dignité, la libération. Il a apporté la théocratie, la répression, la mort.
Placer ses espoirs dans un homme providentiel, c’est renoncer à sa propre capacité d’action. C’est attendre qu’un étranger vienne régler des problèmes qui ne peuvent être réglés que de l’intérieur. C’est croire au miracle plutôt qu’au travail lent et douloureux de la transformation sociale.
Je comprends la tentation. Quand on souffre depuis si longtemps, on veut croire que quelqu’un, quelque part, va venir mettre fin au cauchemar. Mais Trump n’est pas ce quelqu’un. Il ne l’a jamais été. Il ne le sera jamais.
Ce que Trump veut vraiment
Trump veut un deal. Un accord qu’il pourra brandir comme une victoire. Un accord qui fera les gros titres. Un accord dont il pourra se vanter pendant des années. Le contenu de cet accord? Secondaire. Le sort du peuple iranien? Négligeable. Ce qui compte, c’est la photo. La poignée de main. Le triomphe télévisé.
Si demain le régime iranien proposait un deal qui sauve la face de Trump tout en maintenant sa répression interne, Trump signerait sans hésiter. Les droits humains? Il n’en a jamais parlé qu’en passant. Les prisonniers politiques? Des détails. Les femmes iraniennes? Des accessoires dans une négociation entre hommes de pouvoir.
Les vraies forces de changement en Iran
Le mouvement « Femme, Vie, Liberté »
Le véritable espoir pour l’Iran ne porte pas un costume mal taillé et une cravate rouge. Il porte le visage de Mahsa Amini. Il porte les voix des femmes qui scandent « Zan, Zendegi, Azadi » – Femme, Vie, Liberté. Il porte le courage de celles et ceux qui descendent dans la rue sachant qu’ils risquent tout.
Depuis septembre 2022, le mouvement n’a pas cessé. Il a été réprimé. Des centaines de personnes ont été tuées. Des milliers ont été emprisonnées. Mais il continue. Parce que le désir de liberté ne s’éteint pas avec des balles. Parce que les idées ne meurent pas dans les cellules.
C’est là que réside l’espoir. Pas dans un bureau ovale à Washington. Dans les rues de Téhéran, d’Ispahan, de Shiraz. Dans le courage ordinaire de gens extraordinaires qui refusent de baisser les yeux.
La diaspora et son rôle crucial
Il y a des millions d’Iraniens à travers le monde. En Europe. En Amérique du Nord. Au Canada. Des ingénieurs, des médecins, des artistes, des entrepreneurs. Une diaspora vibrante qui n’a jamais oublié d’où elle vient. Qui maintient le lien. Qui amplifie les voix étouffées à l’intérieur.
Cette diaspora ne mise pas sur Trump. Elle travaille avec les organisations de droits humains. Elle documente les violations. Elle fait pression sur les gouvernements. Elle finance les médias indépendants en persan. Elle maintient vivante la culture iranienne dans son authenticité, pas dans sa version théocratique.
L'Occident et sa responsabilité oubliée
L’Europe silencieuse
Où est l’Europe dans tout cela? Après les manifestations de 2022, il y a eu des condamnations. Des sanctions symboliques. Des déclarations. Puis le silence. L’Europe commerce encore avec l’Iran. L’Europe ménage encore le régime. L’Europe a d’autres priorités : l’Ukraine, l’économie, ses propres crises internes.
Et pourtant, l’Europe pourrait être un véritable allié. Pas en imposant des sanctions qui affament le peuple. En soutenant les organisations civiles. En accueillant les réfugiés. En maintenant les canaux de communication. En isolant le régime sans punir ses victimes. Mais cela demande de la finesse. De la patience. De la constance. Tout ce que la politique européenne n’a plus.
L’indifférence européenne est une forme de trahison douce. Moins brutale que les sanctions américaines. Mais tout aussi dévastatrice pour ceux qui attendent un signe de solidarité.
Le Canada et la communauté iranienne
Au Canada, la communauté iranienne est l’une des plus importantes au monde. Toronto, Vancouver, Montréal abritent des centaines de milliers d’Iraniens. Beaucoup ont fui le régime. Beaucoup ont des familles restées au pays. Beaucoup vivent avec cette déchirure permanente : être là, en sécurité, pendant que leurs proches souffrent.
Le gouvernement canadien a pris des mesures. Les Gardiens de la Révolution sont classés comme organisation terroriste. Des sanctions ciblées visent les responsables de la répression. Mais est-ce suffisant? Les Iraniens du Canada continuent de manifester. Ils continuent de réclamer une action plus forte. Ils savent que chaque jour qui passe, quelqu’un meurt dans une prison iranienne.
Le danger de l'illusion : quand l'espoir devient poison
Croire en Trump, c’est accepter sa méthode
Si les Iraniens obtiennent ce qu’ils espèrent de Trump, ce sera selon les termes de Trump. Selon sa méthode. Selon sa vision du monde. Et la méthode Trump, c’est le chaos. L’imprévisibilité. Les tweets rageurs à 3h du matin. Les décisions prises sur un coup de tête. Les alliés traités comme des ennemis et les ennemis traités comme des partenaires.
Un changement de régime orchestré par Trump serait un désastre. Regardez l’Irak. Regardez la Libye. Les interventions américaines ont créé des vides de pouvoir que d’autres forces, souvent pires, se sont empressées de remplir. Le chaos ne libère personne. Il crée de nouvelles formes d’oppression.
Je refuse l’idée que le désespoir justifie n’importe quel pari. Il y a des paris qu’on ne peut pas se permettre de perdre. Et miser sur Trump, c’est jouer à la roulette russe avec l’avenir de 80 millions de personnes.
L’alternative difficile mais réelle
Quelle est l’alternative? La patience. La résilience. Le travail de longue haleine. Pas glamour. Pas spectaculaire. Mais c’est la seule voie qui fonctionne. Les régimes autoritaires ne s’effondrent pas parce qu’un président américain le décide. Ils s’effondrent quand leur propre société refuse de les soutenir.
L’Union soviétique n’est pas tombée à cause de Reagan. Elle est tombée parce que le système était pourri de l’intérieur. Parce que les gens ont cessé de croire. Parce que l’économie ne fonctionnait plus. Parce que la répression ne suffisait plus à masquer l’échec. L’Iran suivra peut-être le même chemin. Mais ce sera le peuple iranien qui écrira cette histoire. Pas un milliardaire américain en quête de gloire.
Ce que le monde devrait comprendre
Le désespoir n’est pas un choix
Avant de juger les Iraniens qui espèrent en Trump, demandons-nous : qu’aurions-nous fait à leur place? Après quarante-cinq ans de répression. Après des décennies de promesses occidentales jamais tenues. Après avoir vu le monde détourner le regard pendant que le régime massacrait les manifestants. Qu’aurions-nous fait?
Le désespoir n’est pas une faiblesse morale. C’est une réaction humaine à une situation inhumaine. Les Iraniens qui rêvent de Trump ne sont pas des idiots. Ce sont des gens qui ont épuisé toutes les autres options. Qui ont manifesté. Qui ont résisté. Qui ont payé le prix. Et qui cherchent désespérément une issue.
Notre rôle n’est pas de les condamner. Notre rôle est de leur offrir de meilleures options. De leur montrer qu’il existe des alliés plus fiables que Trump. De leur prouver que le monde n’a pas oublié.
La solidarité comme seule réponse
Ce dont l’Iran a besoin, ce n’est pas d’un sauveur. C’est d’une solidarité internationale constante et concrète. Pas des sanctions qui punissent les innocents. Pas des discours vides de contenu. Des actions. Un soutien aux médias indépendants. Une protection pour les défenseurs des droits humains. Des visas pour ceux qui doivent fuir. Une pression diplomatique ciblée sur les responsables de la répression.
Cela demande de la coordination. De la volonté politique. De la persévérance. Toutes choses dont nos démocraties semblent avoir perdu le goût. Mais c’est le seul chemin qui ne mène pas à la catastrophe. Le seul chemin qui respecte le peuple iranien au lieu de l’utiliser comme monnaie d’échange.
Conclusion : L'espoir malgré tout
Ne pas confondre le messager et le message
Derrière le mirage Trump, il y a un message authentique. Le peuple iranien veut la liberté. Le peuple iranien veut la dignité. Le peuple iranien veut vivre normalement, sans craindre la police des moeurs, sans compter chaque rial, sans voir ses enfants rêver d’un ailleurs.
Ce message est légitime. Ce message est universel. Ce message mérite d’être entendu. Que Trump soit un faux prophète n’enlève rien à la vérité de ce que les Iraniens réclament. C’est à nous, le reste du monde, de répondre à ce message autrement qu’avec des promesses creuses et des sauveurs de pacotille.
Le dernier mot appartient au peuple iranien
Quoi qu’il arrive, quoi que fasse Trump, quoi que décide l’Europe, quoi que manigance le régime, le dernier mot appartiendra au peuple iranien. Ce sont eux qui manifestent. Ce sont eux qui résistent. Ce sont eux qui paient le prix. Ce sont eux qui écriront la fin de cette histoire.
Notre rôle est modeste mais essentiel: ne pas les oublier. Ne pas détourner le regard. Ne pas les abandonner à leurs faux espoirs. Être là, témoins et alliés, quand le moment viendra. Ce moment viendra. L’histoire finit toujours par donner raison à ceux qui refusent de courber l’échine.
Je termine cet article avec un poids sur le coeur. Pas de la condescendance. De la compassion. Et une forme de honte, aussi. Honte de voir que nous, le monde libre, n’avons pas su offrir à l’Iran autre chose que Trump comme horizon. Il est temps de faire mieux. Il est temps de faire autrement. Avant qu’il ne soit trop tard.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte une position critique envers Donald Trump comme prétendu sauveur de l’Iran. Elle exprime une profonde empathie pour le peuple iranien tout en refusant les solutions illusoires. Le chroniqueur considère que le désespoir, aussi compréhensible soit-il, ne justifie pas de miser sur un leader dont le bilan contredit systématiquement les espoirs qu’il suscite.
Méthodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur l’article du Point concernant les attentes des Iraniens envers Trump, ainsi que sur une connaissance approfondie de l’histoire récente de l’Iran, de la politique américaine au Moyen-Orient, et des mouvements de résistance iraniens. Les témoignages cités reflètent les sentiments documentés au sein de la population iranienne.
Nature de l’analyse
Il s’agit d’une chronique d’opinion qui assume pleinement sa subjectivité. L’auteur ne prétend pas à la neutralité sur les questions de droits humains et de liberté. La critique de Trump est documentée et basée sur ses actions passées, non sur des préjugés partisans. L’objectif est d’offrir au lecteur une perspective lucide sur une situation complexe où le désespoir peut mener à des choix contre-productifs.
Sources
Sources primaires
– Le Point : « Iran : Beaucoup voient en Trump leur sauveur, non par conviction, mais par désespoir » (février 2026)
– Témoignages de citoyens iraniens recueillis par les médias internationaux
– Déclarations officielles de l’administration Trump concernant l’Iran (2017-2021, 2025-2026)
– Rapports de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien
Sources secondaires
– Human Rights Watch : rapports sur la répression en Iran
– Amnesty International : documentation des violations des droits humains
– Iran Human Rights : suivi des exécutions et arrestations
– Atlantic Council : analyses de la politique américaine au Moyen-Orient
– Crisis Group : rapports sur les tensions Iran-États-Unis
– BBC Persian et Radio Farda : couverture de l’actualité iranienne
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.