Des tours Trump aux vols de déportation
Gil Dezer n’est pas n’importe qui dans l’univers trumpien. Fils de Michael Dezer, promoteur israélo-américain qui a fait fortune dans l’immobilier à Miami, il a grandi dans l’ombre du pouvoir. Son père a immigré d’Israël aux États-Unis dans les années 1970, a construit un empire, puis s’est associé avec Donald Trump au début des années 2000. Ensemble, ils ont érigé six tours résidentielles Trump à Miami, représentant des investissements de plus d’un milliard de dollars.
Les Dezer ne sont pas simplement des partenaires commerciaux. Ils font partie du cercle intime. Gil Dezer est un ami personnel de Donald Trump Jr. L’année dernière, pour ses 50 ans, il a organisé une fête extravagante où des performeurs étaient déguisés en Trump. On ne peut pas être plus proche du pouvoir. Et c’est cette proximité qui rend l’utilisation de son jet si révélatrice.
Un membre des Friends of the IDF
Mais Gil Dezer n’est pas seulement un homme d’affaires. C’est aussi un militant. Son site officiel indique qu’il est membre du chapitre de Miami des Friends of the Israel Defense Forces, une organisation américaine à but non lucratif qui collecte des fonds pour l’armée israélienne. Il a lui-même servi dans l’armée de l’air israélienne. Ses sympathies ne sont pas un secret. Ses engagements non plus.
Le Gulfstream utilisé pour les déportations porte l’emblème de Dezer Development sur son empennage. Un logo que tout le monde peut voir. Une signature que personne ne peut ignorer. Quand le Guardian l’a contacté pour obtenir des explications, Dezer a répondu par email qu’il n’était jamais informé des noms ni des motifs des vols affrétés via des intermédiaires. Une réponse qui soulève plus de questions qu’elle n’en résout.
Maher Awad : Le visage de la déportation
Dix ans de vie américaine effacés en 24 heures
Maher Awad avait 24 ans. Il vivait aux États-Unis depuis près d’une décennie. Il avait quitté la Cisjordanie pour Kalamazoo, Michigan, où il s’était construit une vie. Il avait une petite amie. Il venait d’avoir un fils nouveau-né. Il travaillait. Il payait ses impôts. Il rêvait d’un avenir américain pour sa famille.
Et puis tout a basculé. En février 2025, Maher a appelé la police pour signaler un cambriolage chez lui. Les policiers sont venus. Mais au lieu de l’aider, ils l’ont arrêté. Une accusation de violence domestique datant de 2024, que lui et la personne concernée affirmaient avoir été abandonnée, a ressurgi. Après sa libération de prison, ICE l’a immédiatement pris en charge. Il a passé près d’un an à être transféré d’un centre de détention à un autre. Sans procès. Sans recours. Sans espoir.
« Ils nous ont largués comme des animaux »
Les mots de Maher Awad résonnent comme un acte d’accusation. « They dropped us off like animals on the side of the road » — « Ils nous ont largués comme des animaux sur le bord de la route. » Pas comme des êtres humains. Pas comme des personnes ayant des droits. Comme des bêtes qu’on abandonne quand elles ne servent plus.
Pendant tout le voyage, les huit hommes étaient enchaînés aux poignets et aux chevilles. Manger était quasi impossible. Se déplacer, une épreuve. Dormir, un fantasme. Et à la fin de ce calvaire de vingt-quatre heures, aucune explication. Aucune coordination. Juste un checkpoint militaire et une route poussiéreuse vers nulle part.
Sameer Zeidan : Vingt ans d'Amérique, cinq enfants, puis l'expulsion
Une carte verte expirée, une vie détruite
Sameer Isam Aziz Zeidan avait 47 ans. Il travaillait dans une épicerie en Louisiane. Il vivait aux États-Unis depuis plus de vingt ans. Sa femme était citoyenne américaine. Ses cinq enfants avaient tous des passeports américains. Il venait de Bir Nabala, près de Ramallah. Il avait construit sa vie, pierre après pierre, dans un pays qu’il considérait comme le sien.
Son crime? Avoir laissé sa carte verte expirer sans la renouveler. Une négligence administrative. Un oubli bureaucratique. Et pour cela, il a passé un an et demi en détention ICE, transféré de centre en centre, loin de sa femme, loin de ses enfants, jusqu’à ce vol vers nulle part. Son oncle raconte qu’on lui a fait signer des documents autorisant sa déportation. Il regrette. Il dit que s’il n’avait pas signé, il aurait peut-être pu renouveler sa carte verte. Peut-être. Mais on ne lui a pas laissé le choix.
Enchaîné du début à la fin
Selon son oncle, Sameer a été enchaîné aux poignets et aux chevilles depuis le moment où il a quitté le centre de détention ICE jusqu’à celui où on l’a déposé au checkpoint de Ni’lin. Des heures et des heures de vol transatlantique, les mains liées, les pieds entravés, dans un jet privé qui coûte plusieurs dizaines de millions de dollars.
Sameer avait été prévenu deux mois à l’avance de sa déportation. Deux mois pour dire adieu à vingt ans de vie américaine. Deux mois pour expliquer à ses cinq enfants qu’il ne les reverrait peut-être jamais. Deux mois pour regarder s’effondrer tout ce qu’il avait construit.
Mohammed Kanaan : Le professeur qui a recueilli les deportés
Huit hommes en pyjama gris sur une route de Cisjordanie
Mohammed Kanaan est professeur d’université. Il habite près du checkpoint de Ni’lin. Le 21 janvier 2026, vers 11 heures du matin, il a vu quelque chose d’inhabituel. Un groupe d’hommes marchait vers sa maison. Ils portaient des pyjamas gris clair, comme ceux que portent les prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes. En réalité, c’étaient des survêtements ICE.
Les hommes avaient froid. Ils étaient désorientés. Ils ne savaient pas où ils étaient. Mohammed Kanaan les a accueillis chez lui. Il les a nourris. Il leur a permis d’appeler leurs familles. Pendant deux heures, sa maison est devenue un refuge pour ces hommes que l’Amérique avait rejetés. Et c’est là que le plus touchant s’est produit : certaines familles n’avaient plus de nouvelles de leurs proches depuis si longtemps qu’ils les considéraient comme disparus. Quand les mères ont entendu la voix de leurs fils, elles se sont mises à hurler et à pleurer.
La dignité humaine face à la cruauté administrative
Ce que Mohammed Kanaan a fait n’est pas extraordinaire. C’est simplement humain. Il a vu des hommes dans le besoin et il les a aidés. Et pourtant, dans le contexte de cette histoire, son geste brille comme une lueur d’humanité au milieu de la noirceur administrative. Pendant que des milliardaires prêtent leurs jets pour transporter des hommes enchaînés, pendant que des gouvernements coordonnent des déportations secrètes, un professeur palestinien ouvre sa porte et offre un repas chaud.
Les familles ont ensuite organisé le transport des déportés. Certains ont été récupérés par des proches. D’autres ont dû se débrouiller. Tous ont dû recommencer à zéro dans un territoire qu’ils avaient quitté depuis des années, voire des décennies.
Journey Aviation : La compagnie qui profite des expulsions
280 000 dollars par vol, des millions de profits
Le jet de Gil Dezer n’a pas été utilisé directement par ICE. Il a été affrété via Journey Aviation, une compagnie de charter privé basée à Boca Raton, Floride. Cette entreprise s’est spécialisée dans les contrats gouvernementaux, notamment les vols de déportation pour l’administration Trump.
Les chiffres donnent le vertige. Chaque vol de déportation coûte en moyenne 280 000 dollars. Quand l’avion n’est pas plein, cela revient à environ 35 000 dollars par personne déportée. Journey Aviation a effectué plus de 50 missions de déportation rien que pendant le premier mandat de Trump, vers des destinations aussi diverses que la Mauritanie, l’Irak et le Népal. Et maintenant, la Cisjordanie occupée.
Un business model construit sur l’expulsion
Pour Journey Aviation, les déportations sont un marché lucratif. Pour Gil Dezer, c’est apparemment un service rendu — ou du moins, c’est ce que suggère sa défense. Il prétend ne pas savoir qui voyage dans son avion ni pourquoi. Mais peut-on vraiment croire qu’un homme aussi connecté, aussi proche du pouvoir, ignore totalement l’utilisation de son propre jet?
Et pourtant, personne ne pose la question qui dérange : pourquoi une administration américaine a-t-elle besoin de recourir à des jets privés de milliardaires pour déporter des Palestiniens? Pourquoi ces opérations sont-elles menées dans le secret? Pourquoi vers un territoire occupé plutôt que vers un pays souverain?
Le droit international piétiné
Le principe de non-refoulement violé
Gissou Nia, directrice du Strategic Litigation Project à l’Atlantic Council, ne mâche pas ses mots. « Ce transfert viole le principe de non-refoulement », déclare-t-elle. Ce principe fondamental du droit international interdit aux États de renvoyer des individus vers des endroits où ils risquent d’être persécutés, torturés ou de subir d’autres violations graves des droits humains.
Les États-Unis sont liés par des traités internationaux, notamment la Convention contre la torture. Ces traités ne sont pas des suggestions. Ce sont des obligations juridiques. Et pourtant, l’administration Trump les bafoue ouvertement en déportant des Palestiniens vers un territoire sous occupation militaire israélienne, où ils sont exposés à des risques documentés de persécution et de violence.
Des avocats sous le choc
Plusieurs avocats spécialisés en immigration ont exprimé leur stupéfaction face à ces déportations. Les expulsions de Palestiniens via Israël étaient extrêmement rares par le passé. Faciliter des déportations vers un territoire occupé pourrait constituer une violation du droit international. Les organisations de défense des droits humains exigent que l’administration américaine gèle toutes les déportations de Palestiniens et lance une enquête complète.
Mais qui écoute encore le droit international? Qui se soucie des conventions quand le pouvoir a décidé d’agir? L’administration Trump a démontré, à maintes reprises, que les règles ne s’appliquent qu’aux autres.
Une politique de ciblage systématique
Les Palestiniens dans la ligne de mire
Ces déportations ne sont pas des incidents isolés. Elles s’inscrivent dans une politique délibérée de l’administration Trump visant les Palestiniens et ceux qui les soutiennent. Des centaines de personnes ont vu leur statut légal révoqué simplement parce qu’elles avaient protesté ou exprimé leur solidarité avec les Palestiniens pendant le génocide de Gaza.
Un tribunal fédéral américain a dû intervenir pour restreindre la capacité de l’administration à déporter des personnes pour leurs activités pro-palestiniennes. Le juge a formellement déclaré que cette politique était illégale au regard de l’Administrative Procedure Act. Mais combien de personnes ont déjà été expulsées avant ce jugement? Combien d’autres le seront avant que la justice ne rattrape l’injustice?
Des interdictions de voyage qui ciblent les musulmans
L’administration a également étendu les interdictions de voyage à 19 pays, avec des observateurs qui y voient un test grandeur nature pour élargir encore davantage le « Muslim ban ». Les Palestiniens sont doublement ciblés : comme ressortissants d’un territoire occupé et comme membres d’une communauté perçue comme indésirable par le pouvoir en place.
Et pourtant, malgré les décisions de justice, malgré les condamnations internationales, la machine continue de tourner. Les jets privés continuent de décoller. Les hommes enchaînés continuent d’être déportés. Le droit continue d’être piétiné.
Un deuxième vol, puis d'autres encore?
Le 1er février 2026 : bis repetita
Le vol du 21 janvier n’était pas le dernier. Le 1er février 2026, le même Gulfstream de luxe a été utilisé pour une deuxième mission de déportation. Un autre groupe de Palestiniens détenus par ICE a été transporté vers Israël, puis vers la Cisjordanie occupée. Les détails de cette opération restent fragmentaires. Le nombre exact de déportés est inconnu. Leurs noms, leurs histoires, leurs vies — tout cela reste dans l’ombre.
Combien de vols y aura-t-il encore? Combien de Maher Awad seront arrachés à leurs familles? Combien de Sameer Zeidan verront vingt ans de vie américaine effacés d’un trait de plume? L’administration Trump a trouvé une méthode efficace et discrète pour expulser ceux qu’elle ne veut pas. Un donateur qui prête son jet. Une compagnie qui empoche les contrats. Un gouvernement étranger qui accepte les « colis ». Et au bout de la chaîne, des hommes enchaînés largués au bord d’une route.
L’Irlande complice malgré elle?
Le vol du 21 janvier a fait escale à l’aéroport de Shannon, en Irlande. Cela signifie que l’espace aérien irlandais et les infrastructures irlandaises ont été utilisés pour faciliter une opération de déportation potentiellement illégale. Des voix s’élèvent déjà pour demander au gouvernement irlandais de refuser ces escales à l’avenir, de ne pas devenir complice des crimes de l’administration américaine.
Mais l’Irlande agira-t-elle? Ou restera-t-elle, comme tant d’autres, silencieuse face à l’injustice?
La collision des mondes
Le luxe et la cruauté, main dans la main
Il y a quelque chose de profondément perturbant dans cette histoire. D’un côté, un Gulfstream qui coûte des dizaines de millions de dollars, propriété d’un homme qui construit des tours de luxe à Miami. De l’autre, des hommes enchaînés, arrachés à leurs familles, déportés vers un territoire occupé. Le symbole ultime de la richesse utilisé comme instrument d’oppression.
Gil Dezer peut bien prétendre qu’il ne savait pas. Mais son jet porte son nom. Son emblème. Sa marque. Chaque fois que cet avion transporte des hommes enchaînés vers l’inconnu, c’est le nom de Dezer qui voyage avec eux. C’est la marque Trump qui s’imprime sur leur destin. Le luxe et la cruauté, indissociables. La richesse et l’oppression, main dans la main.
Les Friends of the IDF et les déportations vers Israël
Gil Dezer est membre des Friends of the IDF. Il a servi dans l’armée de l’air israélienne. Et son avion est utilisé pour déporter des Palestiniens vers un territoire sous occupation militaire israélienne. La boucle est bouclée. Les intérêts s’alignent. Les victimes paient le prix.
On ne peut pas séparer ces éléments. On ne peut pas prétendre que c’est une coïncidence. Quand un homme qui finance l’armée israélienne prête son avion pour déporter des Palestiniens vers Israël, il y a une logique derrière. Une cohérence sinistre. Un projet.
Conclusion : La question qui reste
Que ferons-nous de ce que nous savons?
Maintenant, vous savez. Vous savez que des Palestiniens sont déportés en secret vers la Cisjordanie occupée. Vous savez que le jet privé d’un donateur milliardaire de Trump est utilisé pour ces opérations. Vous savez que des hommes sont enchaînés pendant des heures, traités « comme des animaux », puis largués sur le bord d’une route. Vous savez que le droit international est bafoué. Vous savez que cette politique s’intensifie.
La question n’est plus : « Est-ce vrai? » La question est : « Qu’allons-nous faire? »
Maher Awad ne reverra peut-être jamais son fils nouveau-né. Sameer Zeidan a perdu vingt ans de vie américaine et cinq enfants citoyens américains. Et quelque part à Miami, Gil Dezer continue de construire des tours de luxe, de donner des millions aux campagnes trumpiennes, et de prêter son jet pour des missions dont il prétend tout ignorer. Le monde tourne. L’injustice prospère. Et le silence des uns permet la cruauté des autres.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte une perspective critique envers les politiques de déportation de l’administration Trump et l’utilisation de ressources privées pour des opérations d’expulsion. L’auteur considère que le droit international et les droits humains fondamentaux doivent primer sur les considérations politiques et les intérêts particuliers. Les déportations secrètes vers des territoires occupés sont présentées comme des violations des principes juridiques établis.
Méthodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur les enquêtes journalistiques publiées par +972 Magazine, The Guardian, Common Dreams, The New Republic et d’autres médias internationaux. Les témoignages directs des déportés (Maher Awad, Sameer Zeidan) et des témoins (Mohammed Kanaan) constituent la base factuelle du récit. Les analyses juridiques proviennent d’experts reconnus comme Gissou Nia de l’Atlantic Council.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique, genre journalistique qui combine information et opinion argumentée. Il ne prétend pas à la neutralité — la neutralité face à des violations documentées des droits humains équivaudrait à de la complicité. L’objectif est d’informer, de contextualiser et de questionner des pratiques qui méritent un examen public rigoureux.
Sources
Sources primaires
- +972 Magazine — « U.S. secretly deporting Palestinians to West Bank in coordination with Israel » — Enquête originale sur les vols de déportation
- The Guardian — « Private jet owned by Trump friend used for ICE deportation flights » — Révélations sur le jet de Gil Dezer
- Témoignages — Déclarations de Maher Awad, Sameer Zeidan (via leurs avocats et familles) et Mohammed Kanaan
- Réponse de Gil Dezer — Email au Guardian concernant l’utilisation de son jet
Sources secondaires
- Common Dreams — « Private Jet of Billionaire Trump Donor Used to Deport Palestinians From US to Occupied West Bank »
- The New Republic — « Trump Is Using a Donor’s Private Jet to Deport Palestinians »
- Middle East Monitor — « Dumped at a checkpoint: US exposed for secret deportation of Palestinians »
- Jerusalem Post — « Trump administration used private jets to deport Palestinians detained by ICE to West Bank »
- YNet News — « From luxury jet to West Bank checkpoint: How ICE deported Palestinians on a Trump ally’s plane »
- Atlantic Council — Analyse juridique de Gissou Nia sur les violations du principe de non-refoulement
- Visa Verge — « Journey Aviation: Boca Raton charter firm linked to deportation flights »
- Miami New Times — « Boca Raton Charter Company Appears to Operate Deportation Flights »
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.