Jeudi soir, tard dans la nuit
C’est le jeudi 6 fevrier 2026, tard dans la soiree, que le compte officiel de Donald Trump sur Truth Social publie une video. A premiere vue, un meme internet ordinaire. Trump en roi de la jungle, les democrates en personnages du Roi Lion.
Et puis, a la toute fin — une seconde, peut-etre deux — les visages de Barack et Michelle Obama apparaissent. Superposes sur des corps de singes. Avec, en fond sonore, les premieres notes de « The Lion Sleeps Tonight ».
Une seconde. Deux peut-etre. C’est tout ce qu’il faut pour reveiller des siecles de haine. Pour ramener a la surface le poison que l’Amerique pretend avoir enterre. Une seconde suffit pour montrer ce qu’on est vraiment.
L’histoire derriere l’image
Ce n’est pas un meme comme les autres. Comparer des personnes noires a des singes est l’un des tropes racistes les plus anciens et les plus venimeux de l’histoire americaine. Ces representations ont servi a justifier l’esclavage. A legitimer les lynchages. A eriger les lois Jim Crow.
Pendant des decennies, des caricatures deshumanisantes ont circule dans les journaux, les affiches, la culture populaire americaine. Elles avaient un but precis : nier l’humanite des Noirs americains pour mieux les opprimer.
Et en fevrier 2026 — pendant le Mois de l’histoire des Noirs — le president des Etats-Unis partage exactement ce type d’image. Visant le premier president noir de l’histoire et son epouse.
La premiere reaction : Le silence assourdissant
Karoline Leavitt et le « fake outrage »
La video reste en ligne pendant pres de douze heures. Douze heures pendant lesquelles la Maison Blanche ne bouge pas. Pire : elle defend.
Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, balaie les critiques : « C’est un meme internet montrant le president Trump comme le roi de la jungle et les democrates comme des personnages du Roi Lion. Arretez la fausse indignation et parlez de quelque chose qui interesse vraiment le public americain. »
Fausse indignation. Ces deux mots resument tout. Dans un pays bati sur l’esclavage, ou le racisme coule encore dans les veines de ses institutions, une porte-parole de la Maison Blanche ose parler de « fausse indignation » face a des images qui auraient fait la une des journaux segregationnistes des annees 1950.
Le mur du silence republicain
Pendant ces douze heures, le silence republicain est presque total. Les elus MAGA, habitues a defendre l’indefendable, semblent paralyses. Personne ne veut etre le premier a critiquer. Personne ne veut risquer la colere du chef.
Et pourtant. Et pourtant, quelque chose se fissure. Un senateur finit par parler. Et pas n’importe lequel.
Tim Scott : La breche dans le mur
« La chose la plus raciste que j’ai vue sortir de cette Maison Blanche »
Tim Scott. Senateur de Caroline du Sud. Seul republicain noir du Senat. Allie proche de Trump. Responsable des efforts de campagne du GOP pour le Senat cette annee.
Son tweet tombe comme un coup de tonnerre : « Je prie pour que ce soit faux parce que c’est la chose la plus raciste que j’ai vue sortir de cette Maison Blanche. »
Tim Scott a prie. Il a espere que ce soit faux. Que son president, son allie, son parti n’ait pas vraiment fait ca. Mais c’etait reel. Et sa priere est restee sans reponse. Parce que certaines verites ne peuvent pas etre niees, meme par ceux qui ont tout interet a les ignorer.
L’effet domino
Une fois que Tim Scott a parle, les digues s’ouvrent. D’autres republicains suivent :
John Curtis, senateur de l’Utah : « La video est clairement raciste et inexcusable. Elle n’aurait jamais du etre postee ni rester en ligne aussi longtemps. »
Katie Britt, senatrice de l’Alabama : « Cette video n’aurait jamais du etre publiee. Ce n’est pas ce que nous sommes en tant que nation. »
Brian Fitzpatrick, representant de Pennsylvanie : il exige « des excuses claires et sans equivoque », qualifiant le post de « grave echec de jugement absolument inacceptable de la part de quiconque — surtout du president des Etats-Unis. »
La suppression : Trop peu, trop tard
Douze heures de honte
Douze heures. C’est le temps qu’il a fallu pour supprimer la video. Douze heures pendant lesquelles elle a ete vue, partagee, commentee. Douze heures pendant lesquelles des millions d’Americains noirs ont du regarder leur president partager des images qui les comparent a des animaux.
La Maison Blanche finit par reagir. Non pas par des excuses, mais par une excuse : un « staffer » aurait poste la video par erreur.
Par erreur. Comme si on postait « par erreur » une video de propagande raciste sur le compte officiel du president des Etats-Unis. Comme si quelqu’un avait glisse sur son clavier et, oups, avait accidentellement partage des images deshumanisantes du premier president noir de l’histoire. L’excuse est presque plus insultante que l’acte.
La version officielle s’effrite
Trump lui-meme, interroge a bord de Air Force One, livre sa version. Il n’avait « pas vu la fin de la video ». Il ne savait pas ce qu’elle contenait.
Mais quand on lui demande s’il va s’excuser, sa reponse est sans appel : « Non. Je n’ai pas fait d’erreur. »
Et pourtant. Et pourtant. La video a ete postee sur son compte. Sur sa plateforme. Par son equipe. Et pendant douze heures, personne n’a rien fait.
Mike Lawler : L'homme qui a ose
Un republicain atypique?
Mike Lawler represente le 17e district du New York, une circonscription competitive. Elu en 2022, reelu en 2024, il a soutenu Trump tout en maintenant une certaine distance sur certains sujets.
Mais ce dimanche 9 fevrier, sur le plateau de This Week, il va plus loin que quiconque dans son parti :
« Parfois, dans notre discours public, il vaut mieux simplement dire : ‘Je suis desole.' »
Simplement dire « je suis desole ». Quatre mots. Quatre syllabes. La chose la plus facile du monde — et pourtant la plus difficile pour un homme qui n’a jamais admis avoir tort de toute sa vie publique. Mike Lawler demande l’impossible. Et il le sait.
L’historique pese
Lawler insiste sur le contexte historique : « Etant donne l’histoire de notre nation et les sensibilites liees aux stereotypes qui ont ete utilises pour attaquer les Afro-Americains, je pense qu’il est important de le reconnaitre et d’etre a la hauteur du moment. »
Il prend la Maison Blanche au mot — « une erreur » — mais refuse de laisser passer. Une erreur merite des excuses. Une erreur ne justifie pas le silence.
Le pattern : Une histoire qui se repete
Du birtherism a aujourd’hui
Ce n’est pas la premiere fois. Ce n’est meme pas la dixieme fois. Le racisme de Trump envers les Obama est documente depuis plus d’une decennie.
C’est Trump qui a lance le mouvement « birther » — la theorie du complot selon laquelle Obama serait ne au Kenya et donc ineligible a la presidence. Pendant des annees, il a exige la publication du certificat de naissance d’Obama. Il a remis en question sa citoyennete, son legitimite, son americanite.
Le birtherism n’etait pas une curiosite intellectuelle. C’etait du racisme deguise en questionnement civique. Une facon de dire : « Il n’est pas vraiment des notres. » Sans jamais prononcer les mots interdits. Trump a compris tres tot que le racisme explicite etait puni — mais que le racisme a peine voile pouvait mener a la Maison Blanche.
Les « shithole countries »
En 2018, lors de son premier mandat, Trump a qualifie Haiti, le Salvador et des pays africains de « shithole countries » — des « pays de merde ». Il a nie pendant des annees. Puis, en decembre 2025, il a fini par admettre l’avoir dit.
Et pourtant. Et pourtant. Les memes personnes qui pretendent aujourd’hui etre choquees par la video des Obama ont continue a le soutenir apres les « shithole countries ». Apres Charlottesville. Apres tout.
Les Central Park Five
En 1989, Trump a depense 85 000 dollars pour placer des publicites dans les journaux new-yorkais reclamant la peine de mort pour les Central Park Five — cinq adolescents noirs et latinos faussement accuses de viol.
En 2002, ils ont ete exoneres grace a des preuves ADN et aux aveux du vrai coupable. Et pourtant. Et pourtant. Trump n’a jamais presente d’excuses. Il a continue a affirmer leur culpabilite.
Les allies noirs de Trump : Le dilemme impossible
La Black Conservative Federation reagit
La Black Conservative Federation, groupe aligne sur Trump, publie un communique sans appel : « Representer des personnalites publiques noires de maniere deshumanisante, particulierement avec des images historiquement utilisees pour denigrer les Americains noirs, est inacceptable, offensant et indefendable. »
Indefendable. Le mot vient d’un groupe qui a toujours defendu Trump. Qui l’a soutenu contre vents et marees. Qui a accepte l’inacceptable, encore et encore.
Il y a une limite. Meme pour ceux qui ont construit leur carriere sur le soutien inconditionnel. Meme pour ceux qui ont ravale leur fierte jour apres jour pour rester dans les bonnes graces du pouvoir. Cette video a trouve cette limite.
Byron Donalds : Le silence eloquent
Byron Donalds, representant republicain de Floride et l’un des rares elus noirs du GOP, n’a pas pris la parole publiquement. Mais selon des sources, son equipe a appele la Maison Blanche au sujet du post.
Un proche de sa campagne pour le poste de gouverneur a confie au Tampa Bay Times : « L’equipe de Byron Donalds a appele la Maison Blanche et a appris qu’un staffer avait laisse tomber le president. »
Laisse tomber. Comme si le probleme etait l’incompetence d’un employe, pas le contenu meme de ce qui a ete partage.
Hakeem Jeffries : La voix de l'opposition
« Son comportement est degoutant »
Le leader de la minorite democrate a la Chambre, Hakeem Jeffries, ne mache pas ses mots : « Son comportement est degoutant. »
Jeffries lui-meme a ete victime des attaques racistes de Trump l’annee derniere, quand le president a partage des images manipulees le montrant avec une fausse moustache et un sombrero. Des images que Jeffries avait publiquement qualifiees de racistes.
Le pattern est clair. Il l’a toujours ete. Trump vise systematiquement les personnalites noires et latinos avec des images et des tropes racistes. Et a chaque fois, ses allies trouvent des excuses. A chaque fois, la machine de relations publiques se met en marche. A chaque fois, on passe a autre chose.
L’histoire se repete
L’annee derniere deja, Trump avait poste une video generee par IA montrant Barack Obama arrete dans le Bureau Ovale. Une fantaisie d’humiliation publique de l’ancien president noir.
Personne n’avait demande d’excuses. Personne n’avait exige de retrait. La video etait restee en ligne. La machine avait continue a tourner.
La question de l'excuse : Pourquoi Trump ne s'excusera jamais
L’ADN du personnage
Donald Trump ne s’excuse jamais. C’est une constante absolue de sa vie publique. Pas pour le birtherism. Pas pour les Central Park Five. Pas pour les « shithole countries ». Pas pour Charlottesville et ses « very fine people on both sides ».
« Je n’ai pas fait d’erreur », a-t-il declare vendredi soir. Cinq mots qui resument une philosophie : ne jamais admettre, ne jamais reculer, ne jamais s’excuser.
Pour Trump, s’excuser est une faiblesse. Admettre une erreur est une defaite. Et dans son monde, on ne perd jamais — on nie, on detourne, on contre-attaque. Meme face a l’evidence. Meme face a l’indeniable. Surtout face a l’indeniable.
Le calcul politique
Mais il y a aussi un calcul froid. Trump sait que son electorat de base ne le punira pas pour ca. Au contraire : certains applaudiront en silence. D’autres apprecieront qu’il « tienne tete » aux critiques. D’autres encore verront dans ce refus de s’excuser la preuve qu’il est « authentique ».
Le racisme n’est pas un bug du trumpisme. C’est une fonctionnalite.
Le Mois de l'histoire des Noirs : L'ironie cruelle
Fevrier 2026
Cette affaire eclate en plein Mois de l’histoire des Noirs. Le mois ou l’Amerique est supposee celebrer les contributions des Afro-Americains a la nation. Le mois ou les discours officiels parlent de progres, de reconciliation, d’unite.
Et au milieu de tout ca, le president des Etats-Unis partage une video comparant le premier president noir et son epouse a des singes.
L’ironie serait presque comique si elle n’etait pas si tragique. L’Amerique de 2026 celebre officiellement ses citoyens noirs pendant que son president les deshumanise sur les reseaux sociaux. C’est ca, le progres? C’est ca, la post-racialite qu’on nous avait promise?
De 2008 a 2026
En 2008, l’election de Barack Obama avait ete saluee comme l’aube d’une Amerique post-raciale. Dix-huit ans plus tard, un president partage des memes de singes visant son predecesseur noir.
Le chemin parcouru n’est pas une ligne droite vers le progres. C’est un cercle. Ou pire : une spirale descendante.
Les consequences : Y en aura-t-il?
Le precedent Charlottesville
En aout 2017, apres les evenements de Charlottesville et ses « very fine people on both sides », les commentateurs avaient predit que Trump avait franchi une ligne. Que c’etait la fin. Que le parti republicain ne pouvait pas accepter ca.
Il a ete reelu en 2024.
Charlottesville n’a rien change. Les « shithole countries » n’ont rien change. Les Central Park Five n’ont rien change. Pourquoi cette video changerait-elle quoi que ce soit? L’Amerique de Trump a deja montre qu’elle pouvait absorber n’importe quel scandale, n’importe quelle horreur, n’importe quelle trahison de ses valeurs affichees.
La memoire courte
Dans une semaine, cette affaire sera oubliee. Un nouveau scandale la remplacera. Les republicains qui ont ose critiquer retourneront a leur silence habituel. Mike Lawler votera comme d’habitude. Tim Scott reprendra ses efforts de campagne pour le GOP.
Et la video — supprimee de Truth Social — continuera a circuler sur d’autres plateformes, partagee par des supremacistes blancs qui y voient un clin d’oeil de leur president.
Conclusion : Le miroir que l'Amerique refuse de regarder
Ce que cette affaire revele
Cette histoire n’est pas celle d’un derapage. C’est celle d’un systeme. Un systeme ou le racisme le plus grossier peut etre partage par le president, defendu par sa porte-parole, supprime discretement apres douze heures, et oublie une semaine plus tard.
Mike Lawler a eu raison de demander des excuses. Mais le fait qu’un republicain MAGA doive exiger des excuses pour du racisme evident — et que ces excuses ne viendront jamais — en dit plus long sur l’etat de l’Amerique que n’importe quelle analyse.
Le probleme n’est pas que Trump ait partage cette video. Le probleme est que ca ne surprend plus personne. Le probleme est que ses allies peuvent critiquer, puis retourner au business as usual. Le probleme est que l’Amerique a normalise l’innommable, un scandal a la fois, jusqu’a ce que plus rien ne choque vraiment.
La question qui reste
Mike Lawler a pose la bonne question : « Parfois, dans notre discours public, il vaut mieux simplement dire : ‘Je suis desole.' »
Trump ne s’excusera pas. Il ne l’a jamais fait. Il ne le fera jamais.
La vraie question est : combien de temps l’Amerique va-t-elle continuer a accepter l’inacceptable?
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette chronique adopte une position editoriale claire : le racisme est inacceptable, quelle que soit sa source. La comparaison de personnes noires a des singes s’inscrit dans une longue histoire de deshumanisation qui a servi a justifier l’esclavage, la segregation et la violence. Nommer le racisme n’est pas du militantisme — c’est de l’honnetete.
Methodologie et sources
Cet article s’appuie sur des sources primaires verifiables : reportages de ABC News, NBC News, CNN, The Hill, Axios, PBS et d’autres medias majeurs americains. Les citations sont exactes et documentees. Les faits historiques concernant le birtherism, les Central Park Five et Charlottesville sont etablis et verifies.
Nature de l’analyse
Cette chronique est une oeuvre d’opinion qui analyse les faits a travers un prisme editorial. Elle ne pretend pas a la neutralite — parce que la neutralite face au racisme n’est pas de l’objectivite, c’est de la complicite.
Sources
Sources primaires
ABC News — « GOP Rep. Lawler says image posted by Trump mocking Obamas was ‘racist' » — Fevrier 2026
NBC News — « Trump says he won’t apologize for racist post depicting the Obamas as apes » — Fevrier 2026
CNN — « Trump won’t apologize for sharing since-deleted racist video depicting Obamas as apes on Truth Social » — Fevrier 2026
The Hill — « Tim Scott calls Obamas video shared by Trump ‘most racist thing I’ve seen out of this White House' » — Fevrier 2026
Axios — « Republicans condemn Trump’s racist video of Obamas » — Fevrier 2026
Sources secondaires
PBS News — « Trump’s racist post about Obamas is deleted after backlash despite White House earlier defending it » — Fevrier 2026
NPR — « Trump refuses to apologize after posting racist meme of the Obamas » — Fevrier 2026
The Washington Post — « Republicans rarely criticize Trump in his second term. A racist post briefly changed that » — Fevrier 2026
ABC News — « ‘Indefensible’: Black Trump allies grapple with fallout from racist video of Obamas » — Fevrier 2026
CNBC — « Trump condemns racist video showing Obamas as apes after removing it, but says he won’t apologize » — Fevrier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.