Wes Moore : le seul gouverneur noir du pays, ostracisé
Parmi les exclus, il y a Wes Moore, gouverneur du Maryland. Ce n’est pas n’importe quel gouverneur. C’est le seul gouverneur noir des États-Unis. C’est aussi le vice-président de la NGA, élu à ce poste par ses pairs démocrates ET républicains. Il devait succéder au gouverneur républicain de l’Oklahoma, Kevin Stitt, comme président de l’association cette année.
Il a appris son exclusion par les médias. Pas d’appel. Pas de lettre. Pas d’explication. Juste le silence de la Maison-Blanche et la confirmation froide qu’il n’était plus le bienvenu.
« Ce n’est pas perdu pour moi que je suis le seul gouverneur noir de ce pays », a déclaré Moore. « Je ne suis jamais dans une pièce grâce à la bienveillance ou la gentillesse de quelqu’un. » Ses mots portent le poids d’une histoire américaine que Trump semble déterminé à répéter.
Un « manque de respect flagrant » — les mots de Moore
Wes Moore n’a pas mâché ses mots. Pour lui, cette exclusion représente un « manque de respect flagrant » envers la coopération bipartisane. Et pourtant, quelques semaines plus tôt, il avait mené une délégation bipartisane de gouverneurs à la Maison-Blanche pour signer un protocole d’entente sur l’énergie avec l’administration Trump.
Il avait joué le jeu. Il avait tendu la main. Il avait fait preuve de bonne foi institutionnelle. Et voilà sa récompense : une porte fermée et un silence méprisant.
Jared Polis : quand la vengeance personnelle devient politique d'État
Le gouverneur que Trump appelle « déchet »
Jared Polis, gouverneur du Colorado, fait également partie des exclus. Mais son cas est différent. Entre Trump et Polis, c’est une guerre ouverte depuis des mois — et elle a un nom : Tina Peters.
Tina Peters, 73 ans, est une ancienne greffière du comté de Mesa, condamnée à neuf ans de prison pour des accusations criminelles liées aux tentatives de renverser l’élection présidentielle de 2020. Elle avait volé le badge de sécurité d’un employé pour permettre à un homme d’accéder aux systèmes de vote du comté et aider le PDG de MyPillow, Mike Lindell, à propager ses mensonges sur la fraude électorale.
Elle a été jugée. Elle a été condamnée. Elle purge sa peine. C’est ainsi que fonctionne la justice. Mais Trump refuse cette réalité. Pour lui, Tina Peters est une « patriote » et Polis un « déchet » qui devrait « pourrir en enfer ».
La justice devient « persécution » dans la bouche de Trump
En décembre 2025, Trump a qualifié Polis de « scumbag » sur Truth Social. En janvier 2026, il a exigé que Peters soit transférée dans une prison fédérale — une demande que Polis a refusée. Et Trump a répondu par une salve : Polis et le procureur de Mesa County devraient « pourrir en enfer ».
Voilà donc la logique de l’exclusion. Ce n’est pas une décision politique. C’est une vendetta personnelle. Un président qui utilise les institutions de l’État pour punir ceux qui refusent de plier le genou.
La National Governors Association réagit : « C'est décevant »
Une institution bipartisane humiliée
Brandon Tatum, PDG intérimaire de la NGA, a exprimé sa déception dans un communiqué mesuré mais ferme : « La réunion bipartisane des gouverneurs à la Maison-Blanche est une tradition importante, et nous sommes déçus de la décision de l’administration d’en faire une occasion partisane cette année. »
Et pourtant, les mots officiels ne disent pas tout. Ce que Tatum décrit comme une « déception » est en réalité un coup de poignard dans le dos d’une institution centenaire.
On parle d’une organisation fondée en 1908 avec une mission claire : permettre aux gouverneurs des deux partis de travailler ensemble pour le bien des citoyens. Trump vient de transformer cette mission en option.
La NGA retire sa reconnaissance officielle
Face à l’affront, la NGA a pris une décision sans précédent : la réunion à la Maison-Blanche ne fera plus partie de l’agenda officiel de l’association. « Aucune ressource de la NGA ne sera utilisée pour soutenir le transport vers cette activité », a précisé l’organisation.
Autrement dit : si Trump veut faire sa réunion partisane, il le fera seul. La NGA ne cautionnera pas cette mascarade. C’est un geste symbolique, certes, mais un geste qui en dit long sur l’état de délabrement institutionnel des États-Unis sous Trump.
Un pattern de vengeance : Trump contre les États bleus
La guerre contre la Californie
L’exclusion des gouverneurs démocrates ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une guerre ouverte que Trump mène contre les États démocrates depuis le début de son second mandat. Et la Californie est en première ligne.
Gavin Newsom, gouverneur de Californie, est devenu la cible numéro un de Trump. En juin 2025, Trump a déployé la Garde nationale à Los Angeles pour réprimer des manifestations contre ICE, qualifiant les protestataires de « foules insurrectionnelles violentes ». Newsom a riposté en poursuivant Trump en justice, affirmant que la fédéralisation de la Garde nationale était illégale.
Quand on a demandé à Trump quel crime Newsom avait commis pour mériter une arrestation, il a répondu : « Son crime principal est de se présenter comme gouverneur parce qu’il a fait un travail tellement mauvais. » Ce n’est plus de la politique. C’est de la tyrannie déguisée en plaisanterie.
New York dans le viseur
Kathy Hochul, gouverneure de New York, n’est pas épargnée. Elle a qualifié le déploiement militaire de Trump de « flagrant abus de pouvoir » et d’« assaut contre nos valeurs américaines ». Et pourtant, la représentante républicaine Elise Stefanik s’est violemment opposée à Hochul lors d’une audience au Congrès — un avant-goût de ce que sera la course au poste de gouverneur de New York en 2027.
Le pattern est clair. Trump ne gouverne pas. Il règle ses comptes. Il punit. Il humilie. Et les institutions qui étaient censées le contenir s’effritent sous ses coups.
118 ans de tradition : ce que Trump piétine
La NGA : une histoire de coopération
La National Governors Association a été fondée en 1908. Depuis sa création, elle a servi de pont entre les États et le gouvernement fédéral, entre les républicains et les démocrates. Chaque année, le président des États-Unis — qu’il soit républicain ou démocrate — accueillait les 50 gouverneurs à la Maison-Blanche pour un sommet d’hiver.
C’était un moment de dialogue. Un moment où les rivalités partisanes étaient mises de côté pour aborder les enjeux concrets qui touchent les citoyens américains : éducation, infrastructures, préparation aux catastrophes naturelles, santé publique.
Depuis 1977, la présidence de la NGA alterne entre républicains et démocrates. C’est inscrit dans les statuts. C’est une règle sacrée. Et pourtant, quand vient le tour d’un démocrate de présider, Trump ferme les portes de la Maison-Blanche aux membres de son propre parti d’alternance.
Ce que chaque président avant Trump a compris
George W. Bush a accueilli les gouverneurs démocrates. Barack Obama a accueilli les gouverneurs républicains. Donald Trump, lors de son premier mandat, a accueilli les gouverneurs démocrates. Même les présidents les plus polarisants de l’histoire récente ont respecté cette tradition minimum.
Et pourtant, en février 2026, Trump décide que cette tradition ne vaut plus rien. Que le bipartisanisme est un luxe dont il peut se passer. Que la Maison-Blanche n’appartient plus à tous les Américains, mais seulement à ceux qui lui plaisent.
La stratégie de la division : diviser pour mieux régner
Un calcul politique cynique
Pourquoi Trump fait-il cela? La réponse est aussi simple que glaçante. Il divise parce que la division le sert. Plus les Américains se détestent entre eux, moins ils regardent ce que lui fait. Plus les gouverneurs démocrates sont humiliés, plus sa base républicaine applaudit.
C’est une stratégie vieille comme le monde. Diviser pour mieux régner. Et Trump l’applique avec une brutalité que même ses prédécesseurs les plus partisans n’auraient jamais osée.
Le problème, c’est que cette stratégie a un coût. Un coût que les Américains paieront pendant des décennies. Chaque norme brisée est une barrière de moins entre la démocratie et l’autoritarisme. Chaque tradition piétinée est un précédent pour le prochain tyran.
Les républicains silencieux : complices par omission
Face à cette décision, où sont les républicains modérés? Où sont ceux qui prétendent encore croire aux institutions? Où sont ceux qui, en 2016, juraient que Trump ne toucherait pas aux normes démocratiques?
Ils sont silencieux. Complices par leur silence. Coupables par leur inaction. Pas un seul gouverneur républicain n’a publiquement critiqué cette décision. Pas un seul n’a dit que cette exclusion était inacceptable. Pas un seul n’a refusé de participer à cette réunion partisane par solidarité avec ses collègues démocrates.
Ce que cette exclusion révèle sur Trump
Un président incapable de dialogue
L’exclusion des gouverneurs démocrates n’est pas un accident. C’est un aveu. L’aveu que Trump est incapable de dialoguer avec ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. L’aveu qu’il considère les démocrates non pas comme des adversaires politiques, mais comme des ennemis à punir.
Dans une démocratie saine, un président écoute toutes les voix. Il négocie. Il compromis. Il rassemble. Trump fait l’inverse. Il exclut. Il divise. Il humilie.
Un président qui refuse de s’asseoir à la même table que la moitié du pays n’est pas un président. C’est un chef de clan. Et les États-Unis méritent mieux qu’un chef de clan à la tête de la plus grande démocratie du monde.
La petitesse érigée en politique
Il y a quelque chose de profondément petit dans cette décision. Ce n’est pas de la force. C’est de la faiblesse déguisée. Un homme fort invite ses adversaires à la table et les bat par ses arguments. Un homme faible les exclut parce qu’il a peur de ce qu’ils pourraient dire.
Trump a peur de Wes Moore. Il a peur de Jared Polis. Il a peur de Gavin Newsom. Il a peur de Kathy Hochul. Et sa peur se transforme en exclusion, en vengeance, en petitesse.
Les conséquences pour la démocratie américaine
Un précédent dangereux
Chaque fois qu’un président brise une norme, il crée un précédent. Le prochain président — qu’il soit républicain ou démocrate — pourra dire : « Trump l’a fait, pourquoi pas moi? »
Et pourtant, ce n’est pas ainsi que fonctionnent les institutions. Les normes existent pour une raison. Elles créent un cadre dans lequel la démocratie peut fonctionner. Sans ce cadre, tout devient permis. Et quand tout est permis, la démocratie meurt.
Trump ne détruit pas seulement le présent. Il hypothèque l’avenir. Chaque norme qu’il brise est une blessure que l’Amérique mettra des années à cicatriser — si elle y parvient.
La normalisation de l’exclusion
Le plus dangereux dans cette décision, c’est qu’elle risque d’être normalisée. Dans quelques jours, l’actualité passera à autre chose. Un nouveau scandale Trump effacera celui-ci. Et l’exclusion des gouverneurs démocrates deviendra un fait accompli, une nouvelle normalité.
C’est ainsi que meurent les démocraties. Pas dans un coup d’État spectaculaire. Pas dans une révolution sanglante. Mais dans une succession de petites violations que personne n’arrête parce que chacune semble trop petite pour mériter une résistance.
Ce que les gouverneurs démocrates doivent faire
Ne pas plier, ne pas fuir
Face à cette exclusion, les gouverneurs démocrates ont un choix. Ils peuvent baisser la tête et accepter. Ou ils peuvent résister.
Wes Moore a montré la voie. Il n’a pas pleuré. Il n’a pas supplié. Il a dénoncé. Il a nommé ce qui se passait. Il a mis des mots sur l’humiliation. Et il a rappelé que sa présence dans les couloirs du pouvoir ne dépend pas de la « bienveillance » de Trump, mais du vote des citoyens du Maryland.
C’est la seule réponse possible à un tyran : lui rappeler que son pouvoir a des limites. Que les gouverneurs sont élus par leurs États, pas nommés par le président. Que la Maison-Blanche est la maison du peuple, pas le palais privé de Donald Trump.
Organiser la résistance institutionnelle
Les gouverneurs démocrates doivent aussi s’organiser. Tenir leur propre sommet. Inviter les médias. Montrer au pays que la gouvernance continue malgré Trump. Que les États bleus travaillent ensemble pour leurs citoyens. Que l’exclusion de la Maison-Blanche ne les empêchera pas de faire leur travail.
C’est ainsi qu’on résiste à un autocrate. Pas en pleurant. Pas en suppliant. En continuant à gouverner. En montrant que la démocratie fonctionne malgré ses attaques.
Conclusion : Le test de la démocratie américaine
Un moment de vérité
Cette exclusion est un test. Un test pour les gouverneurs démocrates. Un test pour les républicains modérés. Un test pour les médias. Un test pour les citoyens américains.
La question est simple : est-ce acceptable? Est-il acceptable qu’un président transforme la Maison-Blanche en club privé? Est-il acceptable que des gouverneurs élus soient exclus parce qu’ils portent la mauvaise étiquette? Est-il acceptable que 118 ans de tradition soient balayés par un homme qui confond pouvoir et vengeance?
Si la réponse est oui, alors la démocratie américaine est plus malade qu’on ne le pensait. Si la réponse est non, alors il est temps d’agir. De résister. De rappeler à Trump — et à tous ceux qui viendront après lui — que la Maison-Blanche appartient au peuple. À tout le peuple. Pas seulement à ceux qui applaudissent.
Ce que l’histoire retiendra
Un jour, les historiens écriront sur cette époque. Ils diront que Donald Trump a été le président qui a brisé plus de normes que tous ses prédécesseurs combinés. Ils diront qu’il a transformé la présidence en instrument de vengeance personnelle. Ils diront qu’il a exclu, divisé, humilié.
Mais ils diront aussi ce que les Américains ont fait face à ces attaques. Ont-ils résisté? Ont-ils accepté? Ont-ils normalisé?
La réponse à ces questions s’écrit maintenant. Et chaque citoyen, chaque gouverneur, chaque journaliste a un rôle à jouer dans cette réponse.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte un positionnement critique envers la décision du président Trump d’exclure les gouverneurs démocrates de la réunion traditionnelle de la NGA à la Maison-Blanche. L’auteur considère que le bipartisanisme institutionnel est une valeur démocratique fondamentale et que son abandon constitue une menace pour la santé démocratique des États-Unis.
Méthodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur les déclarations officielles de la National Governors Association, les réactions publiques des gouverneurs Wes Moore et Jared Polis, les publications de Donald Trump sur Truth Social, et les reportages du Washington Post, CNN, The Hill et d’autres médias américains. Les citations sont attribuées et les faits sont vérifiables auprès de sources multiples.
Nature de l’analyse
Il s’agit d’une chronique d’opinion qui mêle analyse factuelle et commentaire éditorial. Les faits sont présentés tels qu’ils ont été rapportés par les sources citées. Les interprétations et jugements de valeur engagent la responsabilité de l’auteur et visent à susciter la réflexion du lecteur sur les enjeux démocratiques soulevés par cette décision.
Sources
Sources primaires
- The Washington Post — Trump plans to keep Democratic governors out of traditionally bipartisan White House meeting
- CNN Politics — Democratic governors disinvited from traditionally bipartisan White House gatherings
- National Governors Association — Communiqué de Brandon Tatum, PDG intérimaire
- Déclarations officielles du gouverneur Wes Moore (Maryland)
Sources secondaires
- The Hill — Moore says Trump not inviting Democratic governors to White House is ‘particularly confusing’
- The Hill — Donald Trump says Colorado’s Jared Polis should ‘rot in hell’ due to Tina Peters
- Baltimore Sun — ‘Blatant disrespect’: Gov. Moore responds to Trump governors dinner snub
- CBS News Baltimore — Maryland’s Wes Moore says he was singled out by White House
- ABC News — Democratic governors position themselves as national leaders against Trump
- Colorado Politics — ‘Rot in hell’: Trump post reignites feud with Colorado Gov. Jared Polis over Tina Peters
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