Le destroyer sacrifie sur l’autel du cuirasse
Pour financer ce pharaonique projet, la Navy a decide de suspendre le programme DDG(X), le destroyer de nouvelle generation qui devait remplacer les Arleigh Burke vieillissants. Un destroyer coutait entre 3,3 et 4,4 milliards de dollars. Un cuirasse coutera quatre a cinq fois plus. Le calcul est simple: au lieu de cinq destroyers polyvalents capables d’operer de maniere distribuee, la Navy aura un seul navire geant qui concentrera tous les oeufs dans le meme panier. Et pourtant, la doctrine navale americaine des dernieres decennies insistait precisement sur l’importance des operations distribuees, la repartition de la puissance de feu sur de nombreuses plateformes plus petites et moins couteuses a perdre. Le BBG(X) prend cette doctrine et la jette par-dessus bord. Litteralement.
Le rapport du Congressional Research Service a note que l’annonce de ce programme a pris de court certains responsables de la Navy eux-memes. L’analyste Ronald O’Rourke a souleve des preoccupations quant au fait que ni le programme BBG(X) ni le programme de fregates n’ont recu d’analyse suffisante avant leur lancement. Autrement dit, on suspend un programme etudie depuis des annees pour le remplacer par un projet annonce lors d’une conference de presse dans un club prive de Floride. La rigueur strategique a manifestement cede la place a l’effet d’annonce. Les chantiers navals de Bath Iron Works, Huntington Ingalls Industries a Ingalls Shipbuilding et Newport News Shipbuilding ont ete identifies comme les seuls capables de construire de tels monstres. Des contrats de gre a gre sont deja en preparation. Et pourtant, la construction ne commencera pas avant les annees 2030.
On sacrifie donc un programme qui aurait pu produire des navires dans les annees 2030 pour un programme qui ne sera peut-etre pas operationnel avant 2040. Une decennie perdue dans la course a la modernisation navale. Mais une decennie de contrats juteux pour l’industrie de la defense.
Les sous-marins attendent pendant que les cuirasses font rever
Pendant que l’administration Trump parle de cuirasses dores, la realite de la production navale americaine est nettement moins reluisante. Le taux de production des sous-marins Virginia-class n’est que de 1,2 bateau par an depuis 2022, alors que l’objectif est de deux par an. L’objectif de produire simultanement deux Virginia et un Columbia par an reste un voeu pieux. Le programme Columbia-class, qui doit remplacer les sous-marins lanceurs de missiles Ohio vieillissants, est la veritable priorite strategique. Ces sous-marins portent la composante sous-marine de la triade nucleaire americaine. Leur retard met en peril la capacite de dissuasion des Etats-Unis. Et pourtant, on parle de cuirasses.
Le budget de construction navale pour l’exercice 2026 s’eleve a 27,2 milliards de dollars pour 17 navires, incluant un Columbia-class, deux Virginia-class et trois Medium Landing Ships. Le secretaire a la Defense Pete Hegseth a lance un effort pour reorienter 50 milliards de dollars du budget du Pentagone. Les sous-marins d’attaque nucleaire Virginia sont consideres comme la priorite d’acquisition principale par la nouvelle administration. Mais le Columbia-class semble avoir glisse dans les priorites. On construit des cuirasses de prestige pendant que la dissuasion nucleaire sous-marine prend du retard. L’ordre des priorites interroge.
L'histoire ne se repete pas, elle begaye
Les fantomes de Pearl Harbor ont-ils ete oublies?
Les cuirasses Iowa-class, les derniers cuirasses americains, ont coute environ 100 millions de dollars chacun dans les annees 1940. Ajuste a l’inflation de 2026, cela represente environ 1,65 milliard de dollars. Le BBG(X) coutera dix fois plus. Et pourtant, les Iowa-class etaient deja obsoletes au moment de leur construction. La bataille de Pearl Harbor avait demontre que l’ere des cuirasses etait revolue. Les porte-avions avaient pris le relais comme maitres des mers. Les Iowa ont servi admirablement pendant la Seconde Guerre mondiale, la Coree, le Vietnam et meme la guerre du Golfe. Mais ils ont toujours ete des navires d’appui, jamais les pieces maitresses qu’ils etaient censes etre. La Navy avait prevu d’en construire six, mais s’est arretee a quatre. L’histoire avait parle.
Aujourd’hui, l’ere des porte-avions elle-meme est remise en question. Les missiles anti-navires hypersoniques comme le DF-21D chinois peuvent frapper des cibles a plus de 1 500 kilometres. Les drones kamikazes sont produits par milliers pour une fraction du cout d’un missile. Les satellites permettent de suivre les mouvements de tout navire de surface en temps reel. Dans ce contexte, construire un navire de 35 000 tonnes qui ne peut pas se cacher revient a peindre une cible geante sur 22 milliards de dollars d’equipement militaire. Le Center for Strategic and International Studies a publie une analyse au titre eloquent: Le cuirasse de la Golden Fleet ne prendra jamais la mer. Les experts sont categoriques: ce programme presente un risque extremement eleve et sera presque certainement annule quand les couts et les delais reels seront connus.
L’histoire des cuirasses est une histoire de declin. Du Dreadnought britannique de 1906 aux Iowa americains des annees 1990, la trajectoire est claire. Et pourtant, on relance la machine. Pas parce que c’est strategiquement sense, mais parce que c’est politiquement spectaculaire.
Le syndrome du « trop gros pour echouer »
L’expression too big to fail, trop gros pour echouer, vient du monde de la finance. Elle designe ces institutions tellement gigantesques que leur faillite entrainerait un effondrement systemique, obligeant les gouvernements a les renflouer quoi qu’il en coute. Le programme BBG(X) semble suivre la meme logique. Une fois que des milliards de dollars auront ete investis dans la conception, une fois que des milliers d’emplois dans les chantiers navals en dependront, une fois que des elus de Virginie, du Maine et du Mississippi auront leurs circonscriptions liees au projet, il deviendra politiquement impossible de l’annuler. C’est la strategie. Pas la strategie navale. La strategie politique.
Les precedents ne manquent pas. Le Littoral Combat Ship devait couter 220 millions de dollars par unite. Il a fini a plus de 500 millions. Le Zumwalt-class devait revolutionner la guerre navale. Trois navires ont ete construits au lieu des 32 prevus, a un cout de pres de 8 milliards de dollars chacun. Le Ford-class devait couter 10,5 milliards. Il a depasse les 13 milliards. Et maintenant, on lance un programme encore plus ambitieux, encore plus couteux, encore plus risque technologiquement. Les canons electromagnetiques promis pour le BBG(X)? La Navy a abandonne son programme de recherche sur les railguns il y a quelques annees faute de resultats concluants. Les lasers de 600 kilowatts? Ils n’existent pas encore a cette puissance sur un navire operationnel. On promet des technologies qui n’existent pas pour des navires qui ne seront pas construits avant 15 ans.
Les veritables beneficiaires de la Golden Fleet
Suivre l’argent jusqu’aux chantiers navals
Huntington Ingalls Industries et General Dynamics sont les deux geants de la construction navale militaire americaine. Bath Iron Works au Maine, Ingalls Shipbuilding au Mississippi, Newport News Shipbuilding en Virginie: ce sont les seuls chantiers capables de construire des navires de cette taille. Des contrats de gre a gre sont deja en preparation. Pas d’appel d’offres competitif. Pas de comparaison avec des alternatives plus economiques. Le marche est captif. Les actionnaires peuvent dormir tranquilles. Quand The Motley Fool, le site d’analyse boursiere, titre Qui va construire les cuirasses de la Golden Fleet du president Trump?, on comprend que l’enjeu financier n’a rien de cache.
L’administration Trump a emis un decret executif mettant la pression sur les entreprises de defense pour qu’elles cessent les rachats d’actions et investissent dans la modernisation de leurs usines. Et pourtant. Les memes entreprises qui se voient promettre des contrats de dizaines de milliards de dollars pour les cuirasses sont celles qui defendent leurs dividendes aux actionnaires. Le Department of Defense a depense plus de 5,8 milliards de dollars pour la base industrielle de construction navale entre 2014 et 2023, avec 12,6 milliards supplementaires prevus jusqu’en 2028. L’argent public coule a flots vers une industrie qui peine a livrer les navires existants dans les temps et les budgets.
Le programme BBG(X) n’est peut-etre pas une strategie navale. C’est peut-etre une strategie industrielle deguisee en puissance militaire. Les chantiers navals obtiennent des contrats garantis. Les elus obtiennent des emplois dans leurs circonscriptions. Et le contribuable obtient des navires qui n’existeront pas avant 2040.
L’emploi comme bouclier politique
Les trois chantiers capables de construire le BBG(X) sont situes dans des Etats strategiques. Le Maine, la Virginie, le Mississippi. Des milliers d’emplois sont en jeu. Des emplois bien payes dans des regions qui en ont besoin. Annuler le programme BBG(X) une fois lance signifierait licencier des travailleurs. Fermer des installations. Perdre des sieges au Congres. C’est le calcul politique. Chaque milliard investi dans la conception rend l’annulation plus difficile. Chaque emploi cree devient un argument contre l’arret du programme. C’est la strategie du fait accompli. On depense tellement qu’il devient impossible de s’arreter.
Le rapport du Government Accountability Office sur la construction navale est accablant. L’industrie peine a produire des navires qui deviennent de plus en plus chers et prennent de plus en plus de temps a construire. Les depassements de couts et les retards significatifs affectent les calendriers de livraison. Et pourtant, la reponse est de lancer un programme encore plus ambitieux. Pas de reforme de l’industrie. Pas de diversification des fournisseurs. Plus d’argent. Plus de contrats. Plus de cuirasses. C’est comme si on repondait a un incendie en versant de l’essence.
Les missiles nucleaires sur des cuirasses: retour vers le passe
Le SLCM-N ou comment remettre l’atome en surface
Le 8 janvier 2026, le Congres a approuve le deploiement de missiles de croisiere nucleaires SLCM-N sur les futurs cuirasses Trump-class. C’est la premiere fois depuis le debut des annees 1990 qu’un missile nucleaire sera deploye sur un navire de surface americain. Pendant plus de 30 ans, la doctrine americaine avait concentre les armes nucleaires navales sur les sous-marins, invisibles et quasi invulnerables. Remettre des armes nucleaires sur des navires de surface va a l’encontre de cette logique. Un cuirasse est visible par satellite. Un cuirasse peut etre suivi. Un cuirasse peut etre cible. Un cuirasse portant des armes nucleaires devient une cible prioritaire pour tout adversaire.
Les partisans du projet argumentent que les cuirasses Trump-class serviront de hubs de commandement et de controle, de plateformes de missiles, et de combattants de surface survivables capables d’absorber des dommages et de continuer a combattre dans des conflits de haute intensite. C’est exactement ce qu’on disait des cuirasses avant Pearl Harbor. C’est exactement ce qu’on disait des cuirasses avant les missiles anti-navires. L’histoire de la guerre navale est l’histoire de grandes plateformes rendues obsoletes par des technologies plus petites et moins cheres. Les torpilles ont change la donne. Les avions embarques ont change la donne. Les missiles de croisiere ont change la donne. Les drones et les missiles hypersoniques changent la donne maintenant. Et pourtant. On construit des cuirasses.
Deployer des armes nucleaires sur des navires de surface est un retour en arriere strategique. C’est concentrer des capacites de frappe nucleaire sur des cibles identifiables et vulnerables. C’est ignorer 30 ans de doctrine navale. C’est jouer a la roulette russe avec la dissuasion nucleaire.
La Chine observe et sourit
La reaction de Pekin au programme BBG(X) est revelante. Les medias chinois ont qualifie les cuirasses Trump-class de cibles plus faciles. Pas de panique. Pas de course aux armements pour contrer cette menace. Juste de l’amusement. La marine de l’Armee populaire de liberation a developpe une doctrine specifiquement concue pour neutraliser les grandes plateformes navales americaines. Le missile DF-21D, surnomme tueur de porte-avions, peut frapper des navires en mouvement a plus de 1 500 kilometres. Le DF-26 a une portee encore plus grande. Des essaims de drones peuvent saturer les defenses de n’importe quel navire. Et la reponse americaine est de construire des navires encore plus gros, encore plus chers, encore plus visibles.
L’analyse du CSIS est sans appel: le concept de cuirasse entre en conflit avec la doctrine des operations distribuees, concentre les risques sur un petit nombre de cibles de haute valeur, et intervient alors que les chantiers navals font face a des penuries de main-d’oeuvre et des retards sur toute la flotte de surface et la base industrielle sous-marine. Autrement dit: c’est la mauvaise reponse a la mauvaise question au mauvais moment. Mais c’est une reponse qui fait de belles photos et des gros titres impressionnants. La strategie de communication a pris le pas sur la strategie militaire.
Le calendrier impossible
Des decennies avant le premier navire operationnel
Le calendrier annonce pour le programme BBG(X) donne le vertige. La phase de conception devrait durer de 2026 a 2031-2032. Le debut de la construction est prevu pour le debut des annees 2030. Le lancement du premier navire interviendrait dans la seconde moitie des annees 2030. La mise en service n’aurait lieu qu’a la fin des annees 2030 ou vers 2040. Et ce sont les estimations optimistes. Aucune date fixe n’a ete definie. Aucun calendrier formel n’a ete adopte. On parle donc d’un navire qui ne sera pas operationnel avant 15 ans au minimum. Dans un monde ou les technologies militaires evoluent a un rythme sans precedent.
Que se passera-t-il en 15 ans? En 2011, il y a 15 ans, l’iPhone 4S venait de sortir. Les drones de combat n’etaient que des prototypes. Les missiles hypersoniques etaient de la science-fiction. L’intelligence artificielle ne battait pas encore les humains au jeu de Go. En 15 ans, le monde technologique peut changer du tout au tout. Et pourtant, on engage des dizaines de milliards de dollars sur un concept naval dont les specifications sont fixees aujourd’hui. Le premier cuirasse Trump-class risque d’etre obsolete avant meme d’etre lance. Mais il sera trop tard pour s’arreter. Les contrats seront signes. L’argent sera depense. Les emplois seront crees. Trop gros pour echouer.
Quinze ans. C’est le temps necessaire pour qu’un enfant naisse et entre au lycee. C’est le temps necessaire pour que les technologies qui rendront peut-etre les cuirasses completement obsoletes se developpent. C’est le temps pendant lequel les contribuables paieront pour un navire qu’ils ne verront peut-etre jamais naviguer.
Les retards sont garantis, les couts aussi
L’histoire de la construction navale americaine recente est une histoire de retards et de depassements de couts. Le USS Gerald R. Ford a depasse son budget de 30 pourcent. Le Littoral Combat Ship a plus que double de prix. Le Zumwalt est passe de 32 navires a 3. Le Columbia-class accuse 17 mois de retard avant meme que le premier ne soit termine. Il n’y a aucune raison de penser que le BBG(X) echappera a cette malediction. Au contraire. Plus un projet est ambitieux, plus les risques de derapage sont eleves. Et le BBG(X) est le projet le plus ambitieux de l’histoire navale americaine moderne.
Le Congressional Budget Office a note que si le deplacement final depasse les 35 000 tonnes prevues, les couts pourraient grimper au-dela des 20 milliards de dollars par navire. Et les deplacements finaux depassent toujours les previsions initiales. Les navires prennent du poids pendant leur conception. Les systemes s’ajoutent. Les exigences evoluent. Le premier BBG(X) ne coutera pas 17 milliards. Il coutera plus. Combien exactement? Personne ne le sait. Personne ne peut le savoir. Mais les contrats seront signes quand meme. C’est la logique du systeme.
La question que personne ne pose
Pourquoi maintenant? Pourquoi des cuirasses?
La question fondamentale reste sans reponse satisfaisante. Pourquoi, en 2025, l’administration Trump a-t-elle decide de ressusciter un type de navire abandonne depuis 80 ans? L’analyse du Congressional Research Service note que l’annonce a pris de court certains responsables de la Navy. Ce n’etait pas dans les plans. Ce n’etait pas dans les etudes strategiques. C’est apparu lors d’une conference de presse a Mar-a-Lago. Le president a decide. La Navy doit executer. C’est la hierarchie. Mais c’est aussi une inversion de la logique habituelle. Normalement, les besoins militaires dictent les acquisitions. Ici, l’annonce politique dicte la strategie.
Les partisans du projet avancent que les cuirasses permettront de projeter plus de puissance en mer, selon les mots d’un haut responsable du Pentagone. Mais projeter de la puissance sur une cible aussi visible, c’est aussi s’exposer a une contre-frappe devastatrice. Les critiques notent que le concept clashes with distributed operations doctrine, entre en conflit avec la doctrine des operations distribuees, qui est precisement la strategie developpee pour faire face aux missiles anti-navires chinois. On construit donc des navires qui vont a l’encontre de la strategie concue pour affronter l’adversaire principal. La logique echappe aux analystes. Mais la politique a ses raisons que la strategie ne connait pas.
La vraie question n’est pas strategique. Elle est politique. Un cuirasse qui porte votre nom, ca marque l’histoire. Ca laisse une trace. Ca fait des ceremonies de lancement spectaculaires. La strategie navale est peut-etre secondaire. L’ego est primaire.
L’heritage avant l’efficacite
Le nom de classe Trump n’est pas un detail. C’est peut-etre l’essentiel. Dans l’histoire navale americaine, aucune classe de navires n’a jamais porte le nom d’un president en exercice qui l’a lui-meme commandee. Les Roosevelt, Kennedy, Ford: ces noms ont ete donnes a titre posthume ou honorifique. La classe Trump est differente. C’est un monument que le president se construit de son vivant. Avec l’argent des contribuables. Pour les generations futures. Meme si le programme est annule, meme si les navires ne voient jamais le jour, le nom restera dans les archives. BBG(X) classe Trump. C’est deja ecrit.
Les cuirasses Iowa sont aujourd’hui des navires-musees. L’USS Missouri, sur lequel a ete signee la capitulation japonaise, est a Pearl Harbor. L’USS New Jersey est au New Jersey. L’USS Iowa est a Los Angeles. L’USS Wisconsin est en Virginie. Ce sont des monuments au passe. Des temoins d’une epoque revolue. Peut-etre que les cuirasses Trump-class sont deja concus pour cela. Pas pour combattre. Pour commémorer. Des monuments flottants a 22 milliards de dollars piece. L’histoire jugera.
Et pourtant, le programme continue
L’inertie bureaucratique au service du projet
Les critiques s’accumulent. Les experts mettent en garde. Les analystes budgetaires sonnent l’alarme. Et pourtant, le programme avance. Le secretaire de la Navy a annonce qu’un calendrier de conception serait etabli dans les 60 jours. Les contrats de gre a gre sont en preparation. Les bureaux d’etudes Gibbs and Cox travaillent deja sur les plans. La machine est en marche. Une fois qu’elle est lancee, il est presque impossible de l’arreter. C’est la nature de la bureaucratie de la defense. L’elan initial determine la trajectoire. Les corrections de cap sont rares et douloureuses.
Le programme DDG(X) avait des annees d’etudes derriere lui. Des analyses strategiques. Des evaluations de faisabilite. Des projections de couts. Et pourtant, il a ete suspendu en quelques semaines au profit d’un projet annonce lors d’une conference de presse. La rigueur du processus d’acquisition a cede devant la volonte politique. Les garde-fous institutionnels ont ete contournes. Les analystes qui expriment des doutes sont ignores. Le Congres pose des questions, mais les reponses restent floues. Le programme continue. Parce qu’il doit continuer. Parce qu’il est trop gros pour echouer.
Et pourtant. Ces deux mots resument peut-etre tout le projet. Les experts disent que c’est une mauvaise idee. Et pourtant, on continue. L’histoire montre que les cuirasses sont obsoletes. Et pourtant, on en construit. Les couts sont astronomiques. Et pourtant, les contrats sont signes. La logique a perdu la partie. L’inertie a gagne.
Le contribuable comme garant ultime
Au bout du compte, qui paiera? Le contribuable americain. Les 250 milliards de dollars potentiels du programme ne tomberont pas du ciel. Ils viendront des impots. Ils ne seront pas investis dans les ecoles, les hopitaux, les infrastructures civiles. Ils iront dans l’acier, les missiles et les systemes d’armes de navires qui navigueront peut-etre un jour. Ou peut-etre jamais. Le risque est porte par le public. Les profits sont prives. Les contrats sont garantis. C’est le modele du complexe militaro-industriel americain depuis des decennies. Le BBG(X) n’est que son expression la plus spectaculaire.
Les 15 a 22 milliards de dollars du premier navire pourraient financer plusieurs hopitaux universitaires. Ils pourraient reconstruire l’infrastructure routiere de plusieurs Etats. Ils pourraient financer des decennies de recherche medicale. Mais ils iront dans un cuirasse. Un seul navire. Qui ne sera pas operationnel avant 2040. Qui sera peut-etre obsolete a sa mise en service. Qui porte le nom du president qui l’a commande. C’est un choix de societe. Peut-etre pas un choix delibere. Peut-etre un choix par defaut. Mais c’est un choix quand meme.
La vraie question strategique
Que veut vraiment la Navy?
Derriere le spectacle politique, que pense vraiment la Navy? Les responsables navals ont ete pris de court par l’annonce. L’analyste Ronald O’Rourke du Congressional Research Service a note le manque d’analyse prealable. Les amiraux qui s’expriment en prive sont beaucoup moins enthousiastes que ceux qui s’expriment en public. La Navy voulait des destroyers DDG(X). Elle recoit des cuirasses. La Navy voulait des operations distribuees. Elle recoit une concentration de risques. La Navy voulait de la souplesse strategique. Elle recoit des monuments flottants. C’est la difference entre ce que les militaires demandent et ce que les politiques decideny.
Les sous-marins Virginia-class sont consideres comme la priorite numero un par l’administration elle-meme. Les Columbia-class sont essentiels pour la dissuasion nucleaire. Les fregates sont necessaires pour les operations de protection du commerce maritime. Et pourtant, les ressources sont reorientees vers les cuirasses. Les priorites officielles ne correspondent pas aux allocations budgetaires. Le discours strategique ne correspond pas aux decisions de procurement. Il y a une deconnexion. Et cette deconnexion coute des milliards.
La Navy n’a pas demande de cuirasses. Elle les recoit quand meme. C’est peut-etre la lecon la plus importante de ce programme. Les decisions militaires ne sont pas toujours militaires. Elles sont parfois politiques. Et quand la politique decide, la strategie s’adapte. Ou fait semblant de s’adapter.
L’avenir incertain d’un projet certain
Que se passera-t-il quand les vrais couts seront connus? Quand les retards s’accumuleront? Quand les technologies promises ne fonctionneront pas comme prevu? L’histoire des grands programmes de defense americains suggere que le projet continuera quand meme. Les couts augmenteront. Les specifications seront reduites. Les delais seront rallonges. Mais le programme survivra. Parce qu’il sera devenu trop gros pour echouer. Parce que trop d’emplois en dependront. Parce que trop de contrats auront ete signes. Parce que trop de carrieres politiques y seront liees. La machine ne s’arretera pas. Elle ralentira peut-etre. Mais elle ne s’arretera pas.
Le CSIS predit que le programme sera presque certainement annule quand les couts et les delais reels seront connus. Mais presque certainement n’est pas certainement. Il y a une chance que le programme survive. Une chance que les cuirasses soient construits. Une chance que la Golden Fleet prenne la mer un jour. Cette chance repose sur la politique, pas sur la strategie. Sur les emplois, pas sur l’efficacite militaire. Sur l’heritage, pas sur la logique. C’est peut-etre suffisant. L’histoire nous le dira. En 2040. Ou plus tard. Ou jamais.
La lecon des cuirasses
Un miroir de la prise de decision americaine
Le programme BBG(X) n’est pas qu’un projet naval. C’est un miroir de la facon dont les Etats-Unis prennent des decisions en matiere de defense. L’annonce spectaculaire precede l’analyse serieuse. La volonte politique ecrase l’expertise technique. Les interets industriels orientent les choix strategiques. Les emplois locaux pesent plus lourd que l’efficacite globale. Les calendriers politiques dictent les calendriers de production. Et le contribuable paie. Toujours. Quoi qu’il arrive. C’est le systeme. Le BBG(X) n’est que son illustration la plus couteuse.
Peut-etre que les cuirasses Trump-class representeront un jour une revolution dans la guerre navale. Peut-etre que les critiques auront tort. Peut-etre que les technologies fonctionneront. Peut-etre que les couts seront maitrises. Peut-etre que les delais seront tenus. Peut-etre. Mais l’histoire des grands projets de defense americains suggere le contraire. Et l’histoire est un guide plus fiable que les promesses. Les cuirasses Iowa etaient des chefs-d’oeuvre d’ingenierie. Ils etaient aussi obsoletes a leur lancement. Les cuirasses Trump seront peut-etre des chefs-d’oeuvre d’ingenierie. Ils seront peut-etre aussi obsoletes a leur lancement. Certaines lecons ne s’apprennent jamais.
Le cuirasse Trump-class est peut-etre trop gros pour echouer. Mais il est aussi peut-etre trop gros pour reussir. Trop couteux. Trop long a construire. Trop vulnerable dans la guerre moderne. Trop lie a l’ego d’un homme. L’histoire jugera. En attendant, les milliards coulent. Et la Golden Fleet reste un reve dore.
Ce que l’avenir nous reserve
Dans 15 ans, quand le premier cuirasse Trump-class sera peut-etre pret a prendre la mer, le monde aura change. La Chine aura peut-etre des flottes de drones autonomes. Les missiles hypersoniques seront peut-etre encore plus precis et plus nombreux. La guerre spatiale sera peut-etre une realite quotidienne. Et au milieu de tout cela, un cuirasse de 35 000 tonnes naviguera, portant des armes nucleaires sur un navire visible par tous les satellites du monde. Monument a une epoque revolue. Temoignage d’une decision prise en 2025. Avec l’argent de 2025. Pour un monde de 2040. Qui peut dire si ce sera un succes ou un echec? Personne. Et c’est peut-etre le plus inquietant.
Le BBG(X) classe Trump est peut-etre trop gros pour echouer. Mais il est aussi peut-etre trop gros pour avoir un sens. Trop grand pour le monde moderne. Trop cher pour le budget federal. Trop lent a construire pour le rythme des menaces. Trop visible pour survivre. Trop politique pour etre strategique. C’est le paradoxe ultime. Un projet qui survit parce qu’il est trop massif pour etre abandonne. Pas parce qu’il est necessaire. Pas parce qu’il est efficace. Parce qu’il est enorme. Dans la defense americaine, la taille compte. Peut-etre plus que tout le reste.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette analyse adopte une perspective critique vis-a-vis du programme BBG(X) classe Trump. Cette position decoule d’une evaluation des donnees publiques disponibles, des avis d’experts independants et des precedents historiques en matiere de grands programmes de defense. Le chroniqueur estime que les projets militaires doivent etre evalues sur leur efficacite strategique et leur rapport cout-benefice, non sur leur valeur symbolique ou politique.
Le chroniqueur ne pretend pas a une expertise technique en construction navale ou en strategie militaire. L’analyse se base sur des sources publiques, des rapports du Congressional Research Service, du Congressional Budget Office, du Government Accountability Office et d’instituts de recherche comme le Center for Strategic and International Studies. Les opinions exprimees sont celles du chroniqueur et n’engagent que lui.
Methodologie et sources
Cette analyse repose sur une compilation de sources publiques americaines et internationales. Les estimations de couts proviennent du Congressional Budget Office. Les specifications techniques sont tirees des documents officiels de la Navy et des rapports du Congressional Research Service. Les analyses critiques proviennent d’instituts de recherche independants comme le CSIS et de publications specialisees comme 19FortyFive, Defense One et USNI News.
Le chroniqueur a cherche a presenter les arguments des partisans comme des critiques du programme. Cependant, la preponderance des sources critiques dans l’analyse reflete la preponderance des critiques dans le debat public americain au moment de la redaction. Les partisans du projet au sein de l’administration n’ont pas publie d’analyses detaillees justifiant le choix strategique des cuirasses au moment de la redaction de cet article.
Nature de l’analyse
Il s’agit d’une analyse au sens journalistique du terme: un texte qui combine des faits verifies avec une perspective editoriale assumee. Ce n’est pas un article factuel neutre. C’est un texte d’opinion documente. Le lecteur est invite a consulter les sources primaires pour se forger sa propre opinion. Les liens vers ces sources sont fournis ci-dessous.
Le programme BBG(X) est en cours de developpement. Les informations presentees refletent l’etat des connaissances au 9 fevrier 2026. Les specifications, les couts et les calendriers peuvent evoluer. Cette analyse sera peut-etre contredite par les evenements futurs. C’est le risque de tout commentaire sur un projet en cours. Le chroniqueur assume ce risque et accueillera les corrections factuelles avec reconnaissance.
Sources
Sources primaires
19FortyFive – The Trump-Class Battleship BBG(X) Might Be Too Big To Fail for the U.S. Navy
Center for Strategic and International Studies – The Golden Fleet’s Battleship Will Never Sail
Wikipedia – Trump-class battleship
Sources secondaires
Defense One – Trump’s ‘battleship’ could be most expensive US warship in history
Army Recognition – US Navy to set first BBG(X) Trump-class battleship schedule within 60 days
Stars and Stripes – Congress gets first internal analysis of proposed Trump-class battleship
USNI News – Report to Congress on the Virginia-class Submarine Program and AUKUS Pillar I
Navy Times – China calls Trump battleship ‘easier target’ amid mixed US reception
19FortyFive – Trump-Class vs. Iowa-Class: What Makes These U.S. Navy Battleships Different
The Hill – Trump announces new class of Golden Fleet Navy battleships
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.