JCPOA : les cendres d’une promesse
En 2015, le monde a cru a un miracle diplomatique. L’accord de Vienne — le fameux JCPOA — devait empecher l’Iran de developper l’arme nucleaire en echange de la levee des sanctions. Barack Obama parlait de paix. Les Europeens applaudissaient. Teheran respirait.
Et pourtant. En 2018, Donald Trump a dechire l’accord. Unilateralement. Sans consultation. Les sanctions sont revenues. Plus dures qu’avant. L’Iran a recommence a enrichir l’uranium. Et le monde a regarde, impuissant, la spirale reprendre.
On ne peut pas comprendre fevrier 2026 sans comprendre ce que Trump a fait en 2018. Chaque negociation qui commence aujourd’hui porte le poids de cette trahison. L’Iran n’a pas oublie. L’Iran n’oubliera jamais.
L’ete 2025 : quand le feu a pris
Les pourparlers d’Oman sont les premiers depuis l’ete 2025. Depuis les frappes americaines et israeliennes contre l’Iran. Ce detail, souvent oublie dans les analyses, change tout. On ne negocie pas de la meme facon avec quelqu’un qui vous a bombarde six mois plus tot.
Araghchi le sait. Washington le sait. Et Moscou et Pekin le savent mieux que quiconque.
Les acteurs : Qui etait a la table d'Oman ?
Cote iranien : la vieille garde diplomatique
Abbas Araghchi n’est pas un novice. Il a participe aux negociations du JCPOA en 2015. Il connait chaque virgule du dossier nucleaire. Il sait ce que l’Iran peut accepter et ce qu’il refusera jusqu’a la mort. C’est un diplomate de carriere, pas un ideologue. Mais il sert un regime qui a ses propres lignes rouges.
Sa declaration apres les pourparlers : « Nos discussions portent exclusivement sur la question nucleaire. Nous n’abordons aucun autre sujet avec les Americains. » Une phrase qui dit tout. Et qui cache encore plus.
Quand un diplomate iranien dit qu’on ne parle « que du nucleaire », il faut entendre le contraire. Tout est sur la table. Les missiles balistiques. Le soutien au Hezbollah. Les milices en Irak. Mais personne ne peut l’admettre publiquement. Pas a Teheran. Pas sous ce regime.
Cote americain : le cirque Trump
La delegation americaine ressemble a une emission de telerealite. Steve Witkoff, l’envoye special pour le Moyen-Orient. Jared Kushner, le gendre de Trump, de retour dans les coulisses du pouvoir. Et — detail surrealiste — l’amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM, la structure militaire americaine responsable de la region.
Un militaire a une table de negociation diplomatique. Le message n’est pas subtil.
Et pourtant. Trump veut un accord. Il l’a dit. Il le repete. Un « deal ». Son mot prefere. Peu importe le contenu, pourvu qu’il puisse le brandir comme un trophee.
Le triangle : Pourquoi l'Iran informe-t-il Moscou et Pekin ?
L’axe du bouleversement
Les analystes occidentaux ont un acronyme pour ca : CRINK. Chine, Russie, Iran, Coree du Nord. Quatre pays unis par un rejet commun de l’ordre international domine par les Etats-Unis. Ce n’est pas une alliance formelle. C’est quelque chose de plus fluide. De plus dangereux, peut-etre.
Le pacte trilateral signe fin janvier 2026 n’inclut pas de clause de defense mutuelle. Mais il prevoit une coordination strategique dans les domaines economique, politique et securitaire. En clair : si l’un bouge, les autres savent pourquoi.
Il y a une logique froide dans cette architecture. L’Iran, isole par les sanctions occidentales depuis des decennies, a besoin de la Chine pour son economie et de la Russie pour ses armes. La Russie, embourbee en Ukraine, a besoin des drones iraniens et du petrole qui contourne les sanctions. Et la Chine a besoin des deux pour contester l’hegemonie americaine sans se salir les mains directement.
Pourquoi briefer apres Oman ?
Quand Araghchi telephone a Moscou et Pekin, il fait plusieurs choses a la fois :
Premierement, il demontre sa loyaute. L’Iran ne negocie pas en secret. Ses partenaires strategiques sont informes en temps reel. C’est un gage de confiance dans un monde ou la confiance est une denree rare.
Deuxiemement, il renforce sa position de negociation. Washington doit comprendre que l’Iran n’est pas seul. Derriere Teheran, il y a Moscou. Il y a Pekin. Deux membres permanents du Conseil de securite de l’ONU. Deux puissances nucleaires.
Troisiemement, il maintient la pression. Si les negociations echouent, l’Iran ne sera pas isole. Il aura des options. Des alternatives. Un plan B qui s’appelle Orient.
La Russie : Un partenaire de guerre
Les drones Shahed sur les villes ukrainiennes
Depuis 2022, la Russie utilise des drones iraniens Shahed pour bombarder l’Ukraine. Kyiv. Kharkiv. Odessa. Chaque nuit, ces engins bon marche terrorisent les civils ukrainiens. Et chaque drone porte une signature : Made in Iran.
En echange, Moscou fournit a Teheran une protection diplomatique au Conseil de securite. Et peut-etre — les informations restent floues — une assistance technique sur le plan militaire.
C’est un mariage de raison entre deux parias. La Russie a besoin d’armes pour continuer sa guerre d’agression. L’Iran a besoin d’allies pour survivre aux sanctions. Ils s’utilisent mutuellement. Et ni l’un ni l’autre ne pretend que c’est de l’amour.
Le partenariat des vingt ans
L’Iran et la Russie ont signe un accord de partenariat sur vingt ans. Ce document, renouvele et elargi au fil du temps, couvre tout : energie, defense, commerce, technologie. Il est l’ossature de leur relation. Et le pacte trilateral de janvier 2026 vient l’ancrer dans un cadre plus large.
Poutine et Khamenei ne s’aiment pas. Mais ils se comprennent. Ils partagent une vision du monde ou les Etats-Unis sont l’ennemi principal. Ou l’Occident represente une menace existentielle. Ou la survie passe par la resistance.
La Chine : Le geant prudent
L’accord des 25 ans et la prudence calculee
En 2021, l’Iran et la Chine ont signe un accord de cooperation strategique sur 25 ans. Les details exacts restent confidentiels. Mais les grandes lignes sont connues : investissements chinois massifs dans l’infrastructure iranienne, petrole iranien a prix preferentiel pour la Chine, et une coordination diplomatique sur les dossiers sensibles.
La Chine est le plus gros acheteur de petrole iranien. Et elle contourne allegrement les sanctions americaines pour continuer a acheter. Washington proteste. Pekin hausse les epaules.
Et pourtant. La Chine n’a pas bouge quand Israel et les Etats-Unis ont frappe l’Iran l’ete dernier. Elle a condamne. Elle a proteste. Mais elle n’a rien fait de concret. Cette passivite a ete notee a Teheran.
Le Washington Institute a publie une analyse sur les « limites et risques du pivot iranien vers l’Est ». Conclusion : la Chine et la Russie sont des partenaires utiles, mais pas des allies fiables. Quand les missiles pleuvent, Teheran est seul.
Xi Jinping joue un jeu plus subtil que Poutine. Il ne veut pas de guerre avec les Etats-Unis. Pas maintenant. Pas directement. Mais il construit patiemment un reseau d’alliances qui conteste l’hegemonie americaine. L’Iran est une piece de ce puzzle. Une piece importante.
Les Etats-Unis : Entre menaces et negociations
Trump et son obsession du « deal »
Donald Trump veut un accord avec l’Iran. C’est peut-etre la seule chose coherente dans sa politique etrangere chaotique. Il a detruit le JCPOA parce que c’etait l’accord d’Obama. Maintenant, il veut le sien. Plus gros. Plus beau. Le meilleur accord de l’histoire.
Le probleme : l’Iran n’a aucune raison de lui faire confiance. Trump a deja trahi une fois. Qu’est-ce qui garantit qu’il ne trahira pas encore ?
C’est le paradoxe Trump. Il veut negocier avec des gens qu’il a trahis. Il veut des accords avec des ennemis qu’il a humilies. Il pense que sa « force » est un atout. Mais dans cette region, la memoire est longue. Et les cicatrices ne guerissent pas aussi vite qu’il le croit.
La menace militaire en arriere-plan
Trump l’a dit clairement : si les negociations echouent, l’option militaire reste sur la table. La presence de l’amiral Cooper a Oman n’est pas une coincidence. C’est un message. Les porte-avions americains dans le Golfe ne sont pas la pour la decoration.
Mais frapper l’Iran, c’est ouvrir une boite de Pandore. Le Hezbollah au Liban. Les milices en Irak. Les Houthis au Yemen. Le detroit d’Ormuz par ou transitent 20 % du petrole mondial. Tout peut s’embraser.
Oman et le nucleaire : Les enjeux concrets
Pourquoi Mascate ?
Oman est un cas unique dans le Golfe. Ni pro-americain aveugle comme l’Arabie saoudite. Ni hostile a l’Iran comme les Emirats. Le sultanat cultive une neutralite qui lui permet de parler a tout le monde. C’est pour ca que les negociations se tiennent la.
Araghchi l’a souligne : « La participation des pays regionaux en soutien aux pourparlers a ete positive. » Un remerciement voile a Oman. Et peut-etre un avertissement aux autres pays du Golfe qui prefereraient voir les negociations echouer.
Le sultanat a tout a perdre d’un conflit regional. Son economie depend de la stabilite. Ses cotes bordent le detroit d’Ormuz. Une guerre entre l’Iran et les Etats-Unis serait une catastrophe pour Oman. D’ou son role de facilitateur. Ce n’est pas de l’altruisme. C’est de la survie.
L’enrichissement de l’uranium
Depuis le retrait americain du JCPOA, l’Iran a considerablement augmente son enrichissement d’uranium. Selon l’AIEA, Teheran possede desormais suffisamment de matiere fissile pour fabriquer plusieurs bombes. En theorie.
En pratique, construire une arme nucleaire reste un defi technique. Et l’Iran n’a jamais officiellement annonce vouloir la bombe. Le Guide supreme Khamenei a meme emis une fatwa interdisant les armes nucleaires. Mais les fatwas peuvent etre reinterpretees. Et les capacites parlent plus fort que les declarations.
Les Etats-Unis insistent : le programme de missiles balistiques iranien doit etre sur la table. L’Iran refuse categoriquement. Araghchi l’a repete : « Nous ne discutons que du nucleaire. » C’est une ligne rouge pour Teheran. Les missiles sont la dissuasion conventionnelle de l’Iran. Abandonner ce programme, ce serait se desarmer face a Israel et aux Etats-Unis. Aucun regime iranien ne pourrait survivre a une telle concession.
Le paradoxe du nucleaire iranien, c’est que personne ne sait vraiment ce que veut Teheran. Une arme ? Probablement pas, tant que le cout reste trop eleve. La capacite de la fabriquer rapidement ? Certainement. C’est une assurance-vie. Une garantie que personne ne l’envahira comme on a envahi l’Irak.
Ce que les pourparlers revelent
L’Iran negocie, mais ne cede pas
Araghchi a qualifie les discussions de « bon debut ». Une formule diplomatique qui ne veut pas dire grand-chose. Les deux parties ont « convenu de poursuivre les negociations », mais les modalites et le calendrier restent a definir. En d’autres termes : rien de concret.
Et pourtant. Le fait meme que des pourparlers aient lieu est significatif. Apres les frappes de l’ete 2025, personne ne savait si l’Iran accepterait de revenir a la table. Il l’a fait. C’est un signal.
L’Iran negocie parce qu’il a besoin de temps. Les sanctions l’etranglent. L’economie souffre. Le regime tient, mais jusqu’a quand ? Negocier, c’est acheter du temps. C’est aussi maintenir la porte ouverte. Meme si on ne prevoit pas de la franchir.
Washington parle de deux voix
Le State Department veut un accord. Le Pentagone prepare la guerre. Trump hesite entre les deux. C’est la schizophrenie habituelle de la politique etrangere americaine. Mais cette fois, les enjeux sont plus eleves.
Si les negociations echouent et que Trump ordonne des frappes, ce sera la troisieme guerre americaine au Moyen-Orient en trente ans. Apres l’Irak. Apres l’Afghanistan. Les lecons n’ont pas ete retenues.
Le jeu a long terme : Le nouvel ordre multipolaire
Une vision du monde alternative
Le pacte trilateral Iran-Chine-Russie n’est pas qu’un accord de circonstance. C’est une vision du monde. Un monde ou les Etats-Unis ne dictent plus les regles. Ou les sanctions unilaterales sont contournees. Ou les puissances regionales ont leur mot a dire.
Teheran, Moscou et Pekin parlent de « respect mutuel », de « souverainete », de « systeme international base sur les regles qui rejette la coercition unilaterale ». C’est un langage code. Il signifie : « Nous n’obeirons pas a Washington. »
Mais ne soyons pas naifs. Ce triangle a ses failles. La Chine veut une croissance stable. La Russie et l’Iran sont en mode survie. Leurs priorites ne coincident pas toujours. Et quand l’Iran a ete frappe l’ete dernier, ni la Chine ni la Russie n’ont leve le petit doigt. Les declarations de soutien n’ont pas arrete les missiles americains. Teheran le sait. Et Teheran n’oublie pas.
Il y a une ironie cruelle dans cette situation. Les Etats-Unis, en multipliant les sanctions et les interventions militaires, ont pousse leurs adversaires a s’unir. L’Iran, la Russie et la Chine n’auraient jamais forme cette coalition si Washington n’avait pas ete aussi agressif. C’est une prophetie autorealisatrice. On cree ses propres ennemis.
Les prochaines etapes
Araghchi a annonce que le lieu des prochaines negociations pourrait changer. Oman n’est peut-etre pas la seule option. D’autres pays pourraient jouer les facilitateurs. La Suisse, traditionnellement neutre. Le Qatar, qui a deja servi d’intermediaire.
Mais le fond reste le meme : l’Iran veut la levee des sanctions. Les Etats-Unis veulent des garanties sur le nucleaire et les missiles. Ces deux positions sont incompatibles. Pour l’instant.
Si les pourparlers echouent, la spirale reprendra. Trump brandit la menace militaire. L’Iran pourrait accelerer son enrichissement. Israel pourrait frapper unilateralement. Et le Moyen-Orient, deja en feu de Gaza au Yemen, s’embraserait davantage. C’est le scenario que tout le monde veut eviter. Mais que personne ne semble capable d’empecher.
Conclusion : Le monde retient son souffle
Entre espoir et realisme
Les pourparlers d’Oman ne sont qu’un premier pas. Un « bon debut », selon Araghchi. Mais les obstacles restent immenses. La mefiance est totale. Les positions sont figees. Et les acteurs — Russie, Chine, Israel — ont leurs propres agendas.
L’Iran informe ses partenaires. Washington menace. Pekin observe. Moscou calcule. Et au milieu, il y a des millions de gens — Iraniens, Israeliens, Americains — qui veulent juste vivre en paix.
C’est peut-etre ca, la vraie tragedie de cette histoire. Des gouvernements jouent aux echecs geopolitiques. Des diplomates echangent des formules vides. Des generaux preparent des plans de guerre. Et les peuples, eux, subissent. Ils subissent les sanctions. Ils subissent les frappes. Ils subissent la peur. Et personne ne leur demande leur avis.
La question qui reste
Araghchi telephone a Moscou et Pekin. Trump reve d’un « deal ». L’Iran enrichit son uranium. Le triangle se resserre.
Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que le monde va en faire ?
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette analyse adopte une perspective critique envers tous les acteurs impliques. Les Etats-Unis ne sont pas les « bons » et l’Iran n’est pas le « mechant » — ni l’inverse. Chaque puissance poursuit ses interets. Chaque gouvernement a du sang sur les mains. La tache du chroniqueur n’est pas de choisir un camp, mais de reveler les mecanismes du pouvoir.
Methodologie et sources
Cet article repose sur des sources publiques : declarations officielles du ministere iranien des Affaires etrangeres, couverture mediatique internationale (TASS, Al Jazeera, CNN, France 24, NPR), analyses d’instituts de recherche (CSIS, Washington Institute, CNAS). Les interpretations et commentaires editoriaux sont ceux de l’auteur.
Nature de l’analyse
Il s’agit d’une analyse geopolitique, pas d’un reportage factuel. Les passages en italique representent la voix editoriale du chroniqueur — ses reflexions, ses interrogations, ses jugements assumes. Le lecteur est invite a les distinguer des faits rapportes et a former sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
Declaration d’Abbas Araghchi sur les pourparlers Iran-Etats-Unis et le briefing a la Russie et la Chine — TASS (8 fevrier 2026)
Couverture des negociations d’Oman — Al Jazeera Live Blog
Analyse des pourparlers Iran-Etats-Unis — CNN (6 fevrier 2026)
Declarations d’Araghchi sur le focus nucleaire — France 24
Participation militaire americaine aux pourparlers — NPR (6 fevrier 2026)
Sources secondaires
Pacte strategique trilateral Iran-Chine-Russie (29 janvier 2026) — Middle East Monitor
Analyse du pacte trilateral — GV Wire (2 fevrier 2026)
L’axe CRINK : Chine, Russie, Iran, Coree du Nord — CSIS Special Initiative
Analyse de l’axe du bouleversement — Center for a New American Security (CNAS)
Limites du pivot iranien vers l’Est — Washington Institute
Exercices navals conjoints Iran-Chine-Russie — Frontpage Mag
Article Foreign Affairs sur l’axe du bouleversement — Foreign Affairs
Analyse de la strategie chinoise face a une guerre Etats-Unis-Iran — Modern Diplomacy (1er fevrier 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.