Anatomie d’un système de défense rapprochée
Le Pantsir-S1 n’est pas un simple véhicule de combat. C’est une forteresse mobile. Deux canons automatiques de 30 mm. Douze missiles sol-air. Un radar de poursuite capable de détecter des cibles jusqu’à 36 kilomètres. Sa mission : intercepter tout ce qui vole bas. Drones. Missiles de croisière. Hélicoptères. Avions d’attaque au sol. Portée d’engagement : 20 kilomètres horizontalement, 15 kilomètres en altitude.
Un Pantsir détruit, ce n’est pas qu’un véhicule en moins. C’est une bulle de protection qui s’effondre. C’est un commandant russe qui se réveille la nuit en se demandant ce qui va lui tomber dessus. C’est l’angoisse de l’aveugle dans un monde de prédateurs volants.
Le coût stratégique d’une perte
Chaque Pantsir-S1 représente un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars. Mais au-delà du coût financier, c’est la doctrine russe qui est atteinte. Moscou déploie ces systèmes pour protéger ses quartiers généraux, ses dépôts de munitions, ses nœuds logistiques. Sans Pantsir, ces installations deviennent des cibles ouvertes. Et l’Ukraine le sait.
Les systèmes Tor : la double frappe
Tor-M1 : le vétéran neutralisé
Le Tor-M1 appartient à une génération plus ancienne, mais reste redoutable. Conçu pour protéger les unités terrestres en mouvement, il peut engager des cibles entre 1,5 et 12 kilomètres, jusqu’à 6 kilomètres d’altitude. Son radar détecte les menaces jusqu’à 27 kilomètres. C’est le garde du corps des colonnes blindées. Celui qui abat les drones avant qu’ils ne puissent guider l’artillerie.
Détruire un Tor-M1, c’est ouvrir une brèche. C’est permettre aux Bayraktar et aux drones FPV de frapper sans opposition. C’est transformer une colonne blindée en une file de cercueils sur chenilles.
Tor-M2 : la modernité pulvérisée
Le Tor-M2 représente ce que l’industrie de défense russe fait de mieux. Ou plutôt, faisait. Ses missiles 9M338 améliorés peuvent engager simultanément quatre cibles. Son radar est conçu pour détecter les appareils furtifs jusqu’à 32 kilomètres. Portée d’engagement : 16 kilomètres. Plafond opérationnel : 10 kilomètres. C’est le fer de lance de la défense antiaérienne courte portée russe.
Et pourtant. Un drone ukrainien l’a trouvé. L’a identifié. L’a détruit.
Le véhicule de rechargement : la logistique en ruines
L’importance du TZM
Les non-initiés pourraient hausser les épaules. Un véhicule de transport et de rechargement? Qu’est-ce que ça change? Tout. Le TZM associé au Tor-M2 permet le rechargement rapide sur le champ de bataille. Sans lui, le système tire ses 16 missiles et devient un poids mort. Un tas de ferraille de plusieurs millions de dollars attendant un convoi logistique qui viendra peut-être. Ou peut-être pas.
La guerre moderne ne se gagne pas seulement par les armes qui tirent. Elle se gagne par les camions qui les alimentent. Détruire un TZM, c’est amputer une capacité de combat bien au-delà de sa valeur nominale. C’est casser la chaîne. Et les Ukrainiens le savent parfaitement.
L’effet domino sur les opérations
Un Tor-M2 sans TZM doit retourner à l’arrière pour se réapprovisionner. Pendant ce temps, les troupes qu’il protégeait sont exposées. Les drones ukrainiens peuvent opérer avec une liberté accrue. Les frappes d’artillerie guidées deviennent possibles. Un seul véhicule de soutien détruit peut paralyser un secteur entier du front pendant des heures, voire des jours.
Les radars : crever les yeux de l'ennemi
Le RLM-ME du complexe Nebo-M
Le Nebo-M n’est pas un simple radar. C’est un système multifonction composé de trois radars distincts. Le RLM-ME est spécialisé dans la détection à basse altitude. C’est lui qui repère les missiles de croisière rasant le sol. Lui qui détecte les drones avant qu’ils ne frappent. Lui qui prévient les batteries de défense aérienne que quelque chose arrive.
Plus maintenant.
Sans le RLM-ME, le Nebo-M est borgne. Il peut toujours voir haut. Mais ce qui vole bas lui échappe. Et en Ukraine, aujourd’hui, presque tout vole bas. Les missiles Storm Shadow. Les drones Kamikaze. Les Bayraktar. Tous exploitent les angles morts de la détection. Détruire ce radar, c’est élargir ces angles morts à l’infini.
Le Protivnik-GE : le chasseur chassé
Le Protivnik-GE est un radar mobile trois coordonnées. Sa fonction : fournir des données de ciblage aux systèmes de missiles et aux chasseurs intercepteurs. Il ne tire pas. Il désigne. Il guide. Il coordonne. Sans lui, les missiles sol-air tirent à l’aveugle. Les avions de chasse perdent leurs yeux au sol.
C’est un multiplicateur de force. Était. Parce que les opérateurs du HUR l’ont trouvé. Et détruit.
La doctrine ukrainienne : la précision contre la masse
L’asymétrie comme stratégie
L’Ukraine ne peut pas rivaliser avec la Russie en termes de quantité. Moscou aligne des milliers de véhicules blindés, des centaines d’avions, une réserve humaine que Kiev ne peut égaler. Mais l’Ukraine a choisi une autre voie : la précision. Frapper ce qui fait mal. Pas les fantassins dans les tranchées. Les systèmes qui les protègent. Les yeux. Les oreilles. Les nœuds logistiques.
David ne peut pas battre Goliath à la lutte. Mais il peut lui crever les yeux et le regarder trébucher. C’est exactement ce que fait l’Ukraine. Méthodiquement. Patiemment. Efficacement.
Le rôle de l’unité « Prymary »
On sait peu de choses sur l’unité spéciale « Prymary » du HUR. C’est voulu. Ces opérateurs de drones travaillent dans l’ombre. Ils étudient les mouvements de l’ennemi. Ils identifient les cibles à haute valeur. Ils attendent le moment optimal. Et ils frappent. Sans bruit. Sans gloire. Juste l’efficacité brutale d’une guerre qui se gagne dans le silence des écrans de contrôle.
Le bilan 2025 : quatre milliards de dollars en fumée
L’hémorragie financière russe
Ces frappes de janvier ne sont pas isolées. Le Service de sécurité ukrainien a révélé qu’en 2025, les forces spéciales ukrainiennes ont détruit ou neutralisé pour environ 4 milliards de dollars d’actifs de défense aérienne russes. La liste est vertigineuse : S-300. S-350. S-400. Buk. Tor. Pantsir. Des systèmes Nebo-M. Podlet. Protivnik-GE.
Quatre milliards de dollars. L’équivalent du budget annuel de santé de plusieurs pays africains. Parti en fumée. Non pas pour construire. Pour détruire. Et pourtant, c’est la Russie qui prétend mener une « opération spéciale » pour « dénazifier » son voisin. L’ironie serait comique si elle n’était pas écrite avec le sang des enfants de Marioupol.
L’impossibilité du remplacement
La Russie peut produire des obus d’artillerie. Des drones iraniens sous licence. Des véhicules blindés recyclés de stocks soviétiques. Mais les systèmes de défense aérienne modernes? C’est une autre histoire. Un S-400 ne se fabrique pas dans un garage. Un Tor-M2 requiert des composants électroniques que les sanctions occidentales rendent introuvables. Chaque système détruit est un trou dans le bouclier qui ne sera pas colmaté avant des années.
Les conséquences tactiques immédiates
Un ciel plus ouvert pour l’Ukraine
Chaque radar détruit, chaque système de missiles neutralisé, c’est un corridor qui s’ouvre. Les drones ukrainiens peuvent pénétrer plus profondément en territoire occupé. Les missiles Storm Shadow et SCALP fournis par les alliés occidentaux ont plus de chances d’atteindre leurs cibles. Les opérations de reconnaissance deviennent moins risquées.
Et pourtant. Les restrictions occidentales sur l’utilisation de ces armes en territoire russe demeurent. L’Ukraine peut aveugler l’ennemi. Mais on lui interdit de le frapper chez lui. Et pourtant, c’est de là qu’il lance ses missiles sur les maternités de Kharkiv.
Il y a quelque chose de profondément pervers dans cette logique. On donne à l’Ukraine les moyens de voir. Mais pas de frapper. On lui permet de gagner du temps. Mais pas de gagner la guerre. Comme si l’Occident voulait un conflit éternel plutôt qu’une victoire décisive.
La pression sur les commandants russes
Les officiers russes sur le terrain savent désormais que leurs défenses aériennes sont vulnérables. Cette incertitude psychologique a des effets réels. Les systèmes sont déplacés plus fréquemment, ce qui réduit leur efficacité. Les opérateurs sont sur les nerfs, ce qui augmente le risque d’erreurs. Le moral s’effrite quand on réalise que le bouclier censé vous protéger peut être détruit à tout moment par un drone invisible.
La guerre des drones : nouvelle ère du combat
La révolution silencieuse
Cette guerre d’Ukraine restera dans l’histoire comme celle qui a révolutionné l’usage des drones. Non plus comme outils de surveillance ou armes de précision contre des cibles individuelles. Mais comme instruments de destruction massive des infrastructures militaires. Les FPV kamikazes à quelques centaines de dollars détruisent des chars à des millions. Les drones de reconnaissance guident l’artillerie avec une précision chirurgicale.
Et maintenant, ils s’attaquent aux défenses aériennes elles-mêmes. Le chasseur est devenu la proie.
L’innovation ukrainienne face à la bureaucratie russe
L’Ukraine a transformé son industrie de drones en une machine de guerre agile. Des startups produisent des appareils adaptés aux besoins du front. Des volontaires assemblent des drones FPV dans des ateliers improvisés. L’innovation circule du champ de bataille aux ingénieurs en quelques jours, pas en quelques années.
La Russie, elle, reste prisonnière de sa bureaucratie soviétique. Les décisions remontent à Moscou. Les innovations sont étouffées par la hiérarchie. Les contrats sont attribués aux copains du régime plutôt qu’aux meilleurs ingénieurs. Et pendant ce temps, des drones ukrainiens à 500 dollars détruisent des radars à 50 millions.
Le contexte géopolitique : une guerre d'usure
L’enjeu des élections américaines
Ces succès tactiques ukrainiens interviennent dans un contexte géopolitique tendu. Les États-Unis, principal soutien de Kiev, traversent une période d’incertitude politique. L’aide militaire pourrait être conditionnée, réduite, voire suspendue selon les résultats des prochaines consultations au Congrès. L’Ukraine doit démontrer que chaque dollar investi rapporte des résultats tangibles.
Ces six systèmes détruits en janvier sont aussi un message politique : nous utilisons vos armes efficacement. Continuez à nous les fournir.
L’Europe face à ses responsabilités
L’Union européenne a promis d’augmenter son soutien militaire. Mais les promesses européennes se heurtent à la réalité industrielle. Les stocks d’obus sont vides. La production d’armement tourne au ralenti. L’Allemagne hésite. La France tergiverse. Pendant ce temps, l’Ukraine continue de se battre avec ce qu’elle a.
Et elle gagne des batailles. Malgré tout. Malgré les hésitations de ses alliés. Malgré les restrictions imposées. Malgré l’asymétrie des moyens. Elle trouve les radars russes. Elle les détruit. Et elle attend que l’Europe se décide à faire ce qu’il faut.
Conclusion : Les yeux fermés, la guerre continue
Ce que signifie vraiment « aveugler » l’ennemi
Quand l’Ukraine détruit un radar russe, elle ne fait pas que supprimer un équipement. Elle désorganise une chaîne de commandement. Elle sème le doute chez l’ennemi. Elle ouvre des possibilités pour de futures opérations. Chaque Pantsir en moins, c’est un peu plus de ciel libre. Chaque Tor détruit, c’est une colonne blindée plus vulnérable. Chaque radar neutralisé, c’est un angle mort supplémentaire dans la vision de l’agresseur.
La patience des justes
L’Ukraine ne gagnera peut-être pas cette guerre par un assaut spectaculaire. Elle la gagnera par l’accumulation. Par la méthodologie. Par la précision. Un système à la fois. Un radar à la fois. Un véhicule à la fois. Jusqu’à ce que l’édifice russe s’effondre sous le poids de ses propres pertes.
Il y a dans cette approche quelque chose de profondément humain. Pas de fanfaronnade. Pas de déclarations grandiloquentes. Juste le travail acharné d’hommes et de femmes qui refusent d’être conquis. Qui frappent dans l’ombre. Qui aveuglent leur ennemi, nuit après nuit, frappe après frappe. Et pourtant, l’Occident continue de tergiverser. Comme si la victoire ukrainienne était un risque plutôt qu’un objectif. Comme si on préférait les morts aux vivants. Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette analyse est rédigée depuis une perspective assumant la légitimité de la défense ukrainienne face à une guerre d’agression lancée par la Fédération de Russie en février 2022. L’auteur considère que la neutralité face à l’agression n’est pas synonyme d’objectivité, mais de complicité passive. Les faits rapportés sont vérifiés et sourcés, mais leur interprétation reflète une position éditoriale claire.
Méthodologie et sources
Les informations techniques concernant les systèmes détruits proviennent de sources ouvertes (OSINT) et de publications officielles des forces armées ukrainiennes. Les évaluations financières sont basées sur des estimations d’analystes de défense et peuvent varier selon les sources. L’auteur n’a pas d’accès direct au champ de bataille et s’appuie sur des sources secondaires vérifiées.
Nature de l’analyse
Ce texte est une analyse journalistique, pas un rapport militaire technique. Les implications tactiques et stratégiques évoquées représentent l’interprétation de l’auteur basée sur sa compréhension du conflit et les avis d’experts consultés. Le lecteur est invité à croiser ces informations avec d’autres sources pour se former sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
UNITED24 Media – Article original par Ivan Khomenko, 7 février 2026
Sources secondaires
UNITED24 Media – Ukraine Blew a $4 Billion Hole in Russia’s Air Defenses in 2025
Service de sécurité ukrainien (SBU) – Rapport 2025 sur les destructions de systèmes de défense aérienne russes
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.