1979 : La naissance d’un systeme anti-americain par nature
Pour comprendre pourquoi Khamenei ne repondra jamais a Trump, il faut remonter a la Revolution de 1979. L’ayatollah Khomeini n’a pas simplement renverse le Shah. Il a construit un Etat-forteresse dont la raison d’etre est la resistance a l’imperialisme occidental — et americain en particulier.
La Revolution islamique n’est pas un evenement historique. C’est un processus permanent. Chaque jour, chaque decision, chaque declaration doit reaffirmer ce combat originel. Accepter un appel de Trump serait admettre que ce combat peut etre negocie. Autant demander au Vatican de mettre la Trinite en solde.
Le concept de « Velayat-e Faqih » : le Guide au-dessus de tout
Le systeme iranien repose sur le Velayat-e Faqih — la « tutelle du juriste-theologien ». Le Guide supreme n’est pas un president, ni un Premier ministre, ni meme un monarque au sens classique. Il est le representant de Dieu sur terre en attendant le retour de l’Imam cache. Sa parole est divine. Ses decisions sont infaillibles.
Negocier avec l’Amerique? Cela impliquerait que la verite divine peut faire l’objet d’un compromis. Dans la logique iranienne, c’est une impossibilite theologique, pas un choix politique.
Trump face au miroir : l'art du deal confronte a l'art de la resistance
Le dealmaker en territoire inconnu
Donald Trump a bati sa carriere sur une idee simple : tout le monde a un prix. Les syndicats. Les maires. Les banquiers. Les adversaires politiques. Il suffit de trouver le levier, d’appuyer sur le bon bouton, et le deal se conclut.
Mais que se passe-t-il quand l’interlocuteur ne veut pas de votre argent? Quand votre leverage ne leveragise rien? Quand le type en face considere que vous negocier avec vous serait une souillure spirituelle?
Les echecs accumules de l’approche trumpienne
Premier mandat (2017-2021) : Trump a dechire l’accord nucleaire iranien (JCPOA). Il a impose les sanctions les plus severes de l’histoire. Il a fait assassiner le general Soleimani. Resultat? L’Iran a accelere son programme nucleaire. Le regime s’est durci. La population s’est ralliee autour du drapeau.
Et pourtant, en 2026, la strategie reste la meme. Sanctions maximales. Menaces maximales. Ego maximal.
Le protocole iranien : une muraille bureaucratique et spirituelle
Les sept cercles de protection du Guide
Entre Trump et Khamenei, il n’y a pas seulement un ocean. Il y a une architecture institutionnelle concue pour rendre tout contact direct impossible :
1. Le Bureau du Guide — Aucune communication etrangere n’y entre directement.
2. Le Conseil supreme de securite nationale — Filtre toute question de politique etrangere.
3. Le ministere des Affaires etrangeres — Seul canal officiel de communication.
4. Le president iranien — Masoud Pezeshkian, actuellement, n’a lui-meme qu’un acces limite au Guide.
5. Les Gardiens de la Revolution — Surveillent toute « deviation » ideologique.
6. Le clergé de Qom — Veille a l’orthodoxie religieuse.
7. L’Assemblee des Experts — Seule instance pouvant theoriquement destituer le Guide.
Sept cercles. Sept murailles. Sept garanties que la « purete de la Revolution » ne sera jamais compromise par un appel telephonique d’un milliardaire new-yorkais qui pense que tout se regle avec un bon steak et une negociation musclée.
Le precedent Rouhani : quand l’Iran a presque dit oui
En 2013, Hassan Rouhani est elu president avec un mandat de dialogue. Les negociations du JCPOA aboutissent en 2015. Un accord historique. L’Iran accepte de limiter son programme nucleaire en echange de la levee des sanctions.
Mais meme alors, Khamenei n’a jamais parle directement a Obama. Toutes les negociations sont passees par des intermediaires. Le Guide a approuve l’accord… tout en le qualifiant publiquement de « poison necessaire ».
Et pourtant, Trump a detruit cet accord en 2018, convaincu qu’il pouvait obtenir « mieux ». Six ans plus tard, l’Iran est plus proche que jamais de la bombe atomique.
La logique iranienne : pourquoi le silence est une arme
Ne pas repondre, c’est deja repondre
Dans la strategie iranienne, le silence n’est pas un vide. C’est un message. Chaque appel ignore de Trump est une demonstration : l’Iran ne courbe pas l’echine. L’Iran ne quemande pas. L’Iran ne supplie pas pour des negociations.
Il y a une elegance cruelle dans cette strategie. Trump veut etre au centre de l’attention. Il veut etre celui qui conclut le deal. Et l’Iran lui refuse precisement cela — la satisfaction d’exister dans leur equation.
Le temps joue pour Teheran
L’Iran a survecu a 45 ans de sanctions. Le regime a traverse la guerre Iran-Irak (1980-1988) — un million de morts. Il a survecu aux sanctions maximales de Trump I. Il a survecu aux soulevements populaires de 2019 et 2022.
La logique iranienne est simple : les presidents americains passent. Le Guide supreme reste. Khamenei est en poste depuis 1989 — il a vu defiler Bush pere, Clinton, Bush fils, Obama, Trump, Biden, et maintenant Trump encore. Pourquoi se precipiter?
Le nucleaire iranien : l'elephant dans la piece
A deux mois de la bombe?
Selon les dernieres estimations de l’AIEA, l’Iran dispose desormais d’assez d’uranium enrichi pour fabriquer plusieurs bombes atomiques. Le temps de « breakout » — le delai necessaire pour produire suffisamment de materiel fissile pour une arme — est estime a moins de deux semaines.
Quarante-cinq ans de politique americaine envers l’Iran, des milliards de dollars de sanctions, des assassinats cibles, des cyberattaques, des menaces de guerre — et voila ou nous en sommes. A deux semaines d’une bombe iranienne. Bravo, vraiment. Standing ovation.
Le paradoxe trumpien : plus de pression, moins de controle
Quand Trump a dechire le JCPOA en 2018, l’Iran etait a 12 mois d’une capacite nucleaire militaire. Les inspecteurs de l’AIEA avaient un acces complet aux installations iraniennes. Chaque centrifugeuse etait comptee. Chaque gramme d’uranium etait trace.
Aujourd’hui? L’Iran a installe des centrifugeuses avancees. L’enrichissement atteint 60% — un seuil technique, pas loin des 90% necessaires pour une arme. Les inspecteurs sont expulses ou bloques. Les cameras de surveillance sont eteintes.
Et pourtant, Trump continue de clamer que sa strategie de « pression maximale » fonctionne.
Les acteurs de l'ombre : qui parle vraiment a qui?
Le canal suisse : 200 ans de neutralite au service de la diplomatie
En l’absence de relations diplomatiques directes entre Washington et Teheran, c’est la Suisse qui joue le role d’intermediaire. L’ambassade suisse a Teheran represente les interets americains depuis 1980.
Il y a quelque chose de profondement ironique dans ce dispositif. La nation la plus puissante du monde doit passer par un petit pays alpin pour faire passer ses messages a Teheran. Comme un geant qui doit demander a un enfant de glisser un mot sous la porte.
Oman, le Qatar : les canaux arabes
D’autres intermediaires jouent un role crucial. Le sultanat d’Oman a facilite des echanges secrets par le passe. Le Qatar, malgre ses tensions avec l’Arabie saoudite, maintient des liens avec Teheran. Meme les Emirats arabes unis, officiellement hostiles a l’Iran, gardent des canaux ouverts.
Ces intermediaires permettent des conversations. Mais pas avec le Guide. Jamais avec le Guide.
L'obsession Trump-Khamenei : psychologie d'un echec annonce
Deux narcissismes face a face
Trump et Khamenei partagent au moins une caracteristique : une certitude absolue d’avoir raison. Trump est convaincu que son genie de la negociation peut resoudre n’importe quel conflit. Khamenei est convaincu que sa mission divine ne peut etre compromise par aucun mortel.
Que se passe-t-il quand deux hommes convaincus d’etre les plus importants de la piece se retrouvent face a face? Rien. Absolument rien. Parce qu’aucun des deux ne peut conceder quoi que ce soit sans se nier lui-meme.
Le piege de l’ego
Trump veut le « photo-op ». La poignee de main historique. Le tweet triomphal : « Just had a GREAT call with Ayatollah! Deal coming soon! #MAGA ». Il veut etre celui qui a reussi la ou tous les autres ont echoue.
Mais pour Khamenei, accepter cette mise en scene serait une trahison de 45 ans d’ideologie. Ce serait admettre que la Revolution peut etre achetee, negociee, bradee pour quelques levees de sanctions.
Israel dans l'equation : le facteur qui complique tout
Netanyahu, l’allie encombrant
Benjamin Netanyahu a passe des annees a convaincre le monde que l’Iran etait a « quelques mois » de la bombe — deja en 2012, il brandissait son dessin de bombe devant l’ONU. Quatorze ans plus tard, l’Iran n’a toujours pas de bombe. Mais Israel continue de pousser pour une action militaire.
Netanyahu et Trump partagent quelque chose : une capacite remarquable a creer les conditions du chaos, puis a se presenter comme les seuls capables de le resoudre. Sauf qu’avec l’Iran, le chaos risque d’etre nucleaire.
L’option militaire : le fantasme qui ne resout rien
Bombarder les installations nucleaires iraniennes? Les experts sont clairs : cela retarderait le programme de quelques annees, au mieux. Et cela garantirait que l’Iran se lance a fond dans la course a la bombe — avec le soutien total de sa population cette fois.
Les installations les plus sensibles sont enterrees sous des montagnes. Fordow, le site d’enrichissement le plus protege, est a 80 metres sous terre. Aucune bombe conventionnelle ne peut l’atteindre.
La population iranienne : les oublies du grand jeu
80 millions d’otages
Pendant que Trump tweete et que Khamenei pontifie, 80 millions d’Iraniens vivent sous le poids des sanctions. L’inflation devore leurs economies. Les medicaments manquent. Les jeunes fuient le pays quand ils le peuvent.
Il y a quelque chose d’obscene dans ce spectacle. Deux vieillards — Trump a 79 ans, Khamenei a 86 — jouent aux echecs avec les vies de dizaines de millions de personnes. Et ni l’un ni l’autre ne semble se soucier des pions qu’ils sacrifient.
Les soulevements etouffes
2019 : des centaines de manifestants tues lors des protestations contre la hausse du prix de l’essence.
2022 : le mouvement « Femme, Vie, Liberte » apres la mort de Mahsa Amini. Des centaines d’executions. Des milliers d’arrestations.
Le regime survit. Le regime reprime. Le regime endure. Et les sanctions americaines? Elles n’ont jamais protege un seul manifestant iranien.
2026 : ou en sommes-nous vraiment?
Un statu quo explosif
Trump est revenu au pouvoir avec les memes certitudes qu’en 2017. Khamenei est toujours la, a 86 ans, plus intransigeant que jamais. L’Iran est plus proche de la bombe qu’il ne l’a jamais ete. Les tensions regionales sont a leur comble avec la guerre a Gaza, le Liban en feu, et les Houthis qui tirent sur les navires en mer Rouge.
Et au milieu de ce chaos, un homme orange continue de croire qu’un coup de telephone suffira a tout resoudre. Comme si 45 ans d’histoire, de sang, de religion et d’ideologie pouvaient etre effaces par une negociation immobiliere.
Les scenarios possibles
Scenario 1 : Le statu quo — Sanctions continues, pas de negociations, l’Iran avance vers la bombe, tension permanente.
Scenario 2 : La frappe israelienne — Bombardement des installations, represailles iraniennes, guerre regionale.
Scenario 3 : L’accident — Une escalade non voulue, un drone abattu au mauvais endroit, un navire coule, et tout s’embrase.
Scenario 4 : Le miracle diplomatique — Un retour a la table des negociations, un nouvel accord. Possible, mais pas avec les acteurs actuels.
Conclusion : L'impasse eternelle
Quand l’ego rencontre l’ideologie
Trump ne parlera jamais directement a Khamenei. Ce n’est pas une question de volonte. C’est une question de structure. Le systeme iranien est concu pour rendre ce contact impossible. Et meme si, par un miracle bureaucratique, un appel etait possible, que dirait Trump? Que proposerait-il que le Guide pourrait accepter sans se trahir lui-meme?
La tragedie de cette situation, c’est que personne ne gagne. L’Amerique n’obtient pas sa « victoire ». L’Iran n’obtient pas sa « reconnaissance ». Et entre les deux, des millions de gens continuent de souffrir des consequences de cet affrontement sterile.
La purete comme prison
« Preserver la purete de la Revolution » — cette phrase resume tout. Pour le regime iranien, la purete ideologique est plus importante que le bien-etre de la population, que la prosperite economique, que la paix regionale. C’est une prison theologique dont personne ne possede la cle.
Et pourtant, quelque part dans les couloirs du pouvoir a Washington et a Teheran, des hommes et des femmes pragmatiques cherchent des solutions. Loin des cameras, loin des tweets, loin des sermons. Peut-etre qu’un jour, quand Trump et Khamenei auront quitte la scene, leurs successeurs trouveront un chemin.
Mais ce jour n’est pas aujourd’hui. Aujourd’hui, le telephone reste silencieux. Et la purete de la Revolution demeure intacte.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette analyse part d’un constat : la politique americaine envers l’Iran depuis 45 ans est un echec. Les sanctions n’ont pas fait tomber le regime. Les menaces n’ont pas arrete le programme nucleaire. L’isolement diplomatique n’a pas rendu l’Iran plus cooperatif. Je ne defends ni le regime iranien — qui reprime brutalement sa population — ni l’approche trumpienne — qui aggrave la situation. Je constate un echec mutuel dont les civils iraniens sont les premieres victimes.
Methodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur des sources ouvertes : rapports de l’AIEA, analyses d’experts en non-proliferation, couverture mediatique internationale, etudes academiques sur le systeme politique iranien. Les estimations sur le programme nucleaire proviennent des evaluations officielles des agences de renseignement occidentales rendues publiques.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’analyse, pas un reportage factuel. Il contient des interpretations, des jugements de valeur assumes, et une perspective critique sur les politiques des deux camps. Le lecteur est invite a consulter des sources complementaires pour se forger sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
Le Figaro — Article original : « Preserver la purete de la Revolution : pourquoi Donald Trump ne peut pas s’adresser directement au Guide supreme iranien » (6 fevrier 2026)
AIEA (Agence internationale de l’energie atomique) — Rapports trimestriels sur le programme nucleaire iranien
Departement d’Etat americain — Communications officielles sur la politique iranienne
Presidence de la Republique islamique d’Iran — Declarations officielles
Sources secondaires
International Crisis Group — Analyses sur les relations Iran-Etats-Unis
Carnegie Endowment for International Peace — Etudes sur la non-proliferation nucleaire
Council on Foreign Relations — Dossiers sur le programme nucleaire iranien
Atlantic Council — Analyses geopolitiques sur le Moyen-Orient
Brookings Institution — Recherches sur la politique etrangere americaine
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.