Trente-et-une vagues contre le même rocher
Trente-et-une attaques. Repoussées. Le mot paraît simple. Clinique. Presque administratif. Attaque repoussée. Comme si on cochait une case sur un formulaire.
Mais imaginez. Trente-et-une fois, les forces russes ont concentré leurs hommes, leurs blindés, leur artillerie. Trente-et-une fois, elles ont lancé leurs vagues humaines contre les positions ukrainiennes. Trente-et-une fois, les défenseurs ont tenu. Ont tiré. Ont vu tomber. Ont rechargé. Ont tiré encore.
On parle de « repousser une attaque » comme on parlerait de repousser un rendez-vous. Mais repousser une attaque, c’est voir arriver la mort en formation, c’est entendre le rugissement des moteurs, c’est sentir le sol trembler sous les obus — et rester là. Ne pas fuir. Faire face.
La concentration des forces russes au sud
Le Task Force East opérationnel l’a confirmé: les forces russes tentent de concentrer hommes et équipement lourd dans la partie sud de Pokrovsk. La stratégie est transparente. Encercler. Étouffer. Prendre en tenaille.
C’est la même tactique qu’à Marioupol. La même qu’à Bakhmut. Submerger par le nombre. Épuiser par l’attrition. Sacrifier des centaines de vies pour gagner quelques mètres de boue.
Et pourtant, les Ukrainiens tiennent. Jour après jour. Affrontement après affrontement. Avec moins d’hommes. Moins de munitions. Moins de tout. Sauf de volonté.
Lyman : quinze tentatives, quinze échecs russes
Le front nord sous pression constante
Plus au nord, le secteur de Lyman n’est pas épargné. Quinze attaques depuis l’aube. Toutes repoussées. Les villages de Drobysheve, Serednie et Zarichne sont dans la ligne de mire. Des noms imprononçables pour nous. Des lignes de vie pour les soldats qui s’y accrochent.
Lyman a déjà changé de mains une fois. Libérée par l’Ukraine en octobre 2022, elle reste une cible prioritaire pour Moscou. La reprendre serait un symbole. Une revanche. Une preuve que la contre-offensive ukrainienne peut être inversée.
Les Russes ne prennent pas Lyman pour la stratégie. Ils la veulent pour l’humiliation. Pour pouvoir dire: « Vous voyez, tout ce que vous avez reconquis, nous pouvons le reprendre. » La guerre n’est pas qu’affaire de territoire. Elle est affaire de récit.
L’artillerie russe depuis le territoire national
Le rapport le mentionne: des tirs d’artillerie ont été effectués depuis le territoire russe vers les régions de Tchernihiv et Sumy. Ce n’est pas nouveau. C’est quotidien. La Russie bombarde l’Ukraine depuis son propre sol, en toute impunité.
Et l’Occident continue de débattre: peut-on autoriser Kiev à frapper les positions de tir en Russie? Peut-on vraiment laisser un pays se défendre? La question serait risible si elle n’était pas tragique.
Pendant ce temps, les obus russes tombent. Sur des villages. Sur des civils. Sur des gens qui n’ont rien demandé. Et pourtant, l’Ukraine n’a toujours pas le droit de répondre à la source.
Kostiantynivka : vingt-deux assauts dans la fournaise
Pleshchiivka et Rusyn Yar sous le déluge
Vingt-deux attaques. Le secteur de Kostiantynivka brûle. Les localités de Pleshchiivka et Rusyn Yar sont pilonnées sans relâche. Chaque maison devient un point d’appui. Chaque cave, un poste de commandement. Chaque rue, une tranchée.
La guerre urbaine est la pire des guerres. Elle efface la distinction entre combattant et civil. Elle transforme chaque fenêtre en meurtrière potentielle. Elle fait de chaque habitant resté un bouclier humain involontaire.
Qui reste à Kostiantynivka? Les vieux qui ne peuvent pas partir. Les obstinés qui refusent de céder. Les fous qui pensent que leur présence compte. Elle compte. Chaque civil qui reste dit quelque chose. Il dit: « C’est chez moi. Vous ne m’aurez pas. »
La logique d’épuisement russe
La tactique russe n’a pas changé depuis Bakhmut. Elle s’appelle l’attrition. Envoyer des hommes. Les regarder mourir. En envoyer d’autres. Épuiser l’ennemi en munitions, en nerfs, en volonté.
Moscou parie que l’Ukraine craquera la première. Que les obus ukrainiens s’épuiseront avant les corps russes. Que la fatigue occidentale précipitera l’abandon.
Et pourtant, après deux ans de cette logique morbide, l’Ukraine est toujours là. Debout. Combattant. Refusant de se coucher. Il y a quelque chose qui échappe aux calculateurs du Kremlin. Quelque chose qu’on ne mesure pas en blindés et en missiles.
Huliaipole : la résistance du sud
Cinq attaques, cinq murs ukrainiens
Plus au sud, dans le secteur de Huliaipole, cinq attaques ont été repoussées. Les villages de Solodke, Rivnopillia et Dorozhnianka tiennent bon. Le chiffre paraît modeste comparé à Pokrovsk. Il ne l’est pas.
Chaque attaque repoussée ici soulage le front principal. Chaque position maintenue empêche la Russie d’ouvrir un nouveau front. La guerre est une mosaïque de batailles. Toutes comptent.
On regarde Pokrovsk. C’est normal, c’est là que le feu est le plus intense. Mais les soldats de Huliaipole ne méritent pas moins. Ils meurent dans l’ombre pendant que les projecteurs éclairent ailleurs. Leur sacrifice n’en est pas moins réel.
La menace d’encerclement permanent
Le sud du front reste vulnérable. Si la Russie perce à Huliaipole, elle peut remonter vers le nord. Prendre en tenaille les défenseurs de Zaporizhzhia. Menacer la centrale nucléaire qu’elle occupe déjà mais dont elle rêve de sécuriser les abords.
La stratégie ukrainienne est de tenir partout. Ne rien céder. Forcer la Russie à disperser ses forces. L’empêcher de concentrer une masse critique capable de percer définitivement.
C’est une stratégie d’usure. Elle coûte cher. En hommes. En matériel. En moral. Mais elle fonctionne. Pour l’instant.
Les bombes guidées : la terreur venue du ciel
L’aviation russe frappe sans relâche
Le rapport de l’État-major mentionne des frappes de bombes guidées sur plusieurs localités: Kolomiitsi, Zelena Dibrova, Barvinivka. Des bombes de 250 kg. De 500 kg. Parfois plus.
Les bombes guidées russes — les fameuses KAB — sont devenues l’arme de terreur préférée de Moscou. Larguées depuis des avions volant hors de portée de la défense aérienne ukrainienne, elles frappent avec une précision relative et une puissance dévastatrice.
Une bombe guidée de 500 kg ne fait pas de distinction. Elle ne demande pas si la maison qu’elle pulvérise abrite des combattants ou une famille. Elle tombe. Elle explose. Elle tue. C’est tout ce qu’elle sait faire.
L’absence de protection aérienne
L’Ukraine demande des systèmes Patriot supplémentaires depuis des mois. Elle demande des F-16. Elle demande une protection que l’Occident hésite à fournir. Pendant ce temps, les bombes continuent de tomber.
Chaque jour de retard dans les livraisons d’armes se traduit en vies perdues. En villages rasés. En familles anéanties. L’arithmétique est simple. Elle est aussi implacable.
Et pourtant, les débats continuent à Washington. À Berlin. À Paris. Des débats sur le « risque d’escalade« . Comme si l’escalade n’était pas déjà là. Comme si les bombes qui tombent sur Kharkiv n’étaient pas une escalade suffisante.
Le coût humain : les chiffres qu'on ne publie pas
Derrière les statistiques militaires
123 affrontements. Combien de morts? Le rapport ne le dit pas. Ne le dira jamais. Les deux camps gardent leurs pertes secrètes. Classifiées. Comme si la mort était une information stratégique.
Mais on peut estimer. Chaque affrontement, c’est des dizaines de morts. Des deux côtés. 123 affrontements. Faites le calcul. Des centaines de corps aujourd’hui. Rien qu’aujourd’hui.
Quelque part, une mère russe ne sait pas encore que son fils de 19 ans est mort ce matin près de Pokrovsk. Quelque part, une épouse ukrainienne attend un appel qui ne viendra pas. La guerre ne fait pas de vainqueurs. Elle fait des survivants et des endeuillés.
Les conscrits russes sacrifiés
Du côté russe, qui meurt? Des conscrits. Des mobilisés arrachés à leurs familles en septembre 2022 et jamais renvoyés chez eux. Des prisonniers recrutés par Wagner ou ses successeurs. Des hommes des minorités ethniques — Bouriates, Daguéstanais — envoyés en première ligne pendant que les fils de Moscou restent à l’abri.
La Russie de Poutine sacrifie ses propres citoyens avec une indifférence glaçante. Ils ne sont pas des soldats. Ils sont de la chair à canon. Du matériel consommable. Des statistiques qu’on n’écrira nulle part.
Il y a quelque chose d’obscène dans cette boucherie. Quelque chose qui dépasse la stratégie militaire. C’est du mépris. Du mépris pour la vie humaine. Pour la vie de ses propres citoyens.
La résilience ukrainienne : plus qu'une résistance
Tenir quand tout pousse à céder
Comment l’Ukraine fait-elle pour tenir? La question hante les analystes. Les généraux. Les observateurs. Avec moins de tout — moins d’hommes, moins d’armes, moins de munitions — elle résiste à la deuxième armée du monde.
La réponse n’est pas militaire. Elle est humaine. Ces soldats défendent leur terre. Leur famille. Leur existence. Ils savent ce qui arrivera si Pokrovsk tombe. Ils l’ont vu à Bucha. À Marioupol. À Izioum.
Un homme qui défend sa maison ne se bat pas comme un homme qui envahit celle d’un autre. Il y a une asymétrie fondamentale dans cette guerre. D’un côté, des soldats qui veulent rentrer chez eux. De l’autre, des soldats qui sont chez eux.
L’importance du soutien occidental
Mais la volonté ne suffit pas. L’Ukraine a besoin d’obus. De missiles. De systèmes de défense aérienne. De blindés. De tout ce que l’Occident peut fournir — et hésite à fournir.
Chaque hésitation à Washington se traduit par des pertes supplémentaires sur le front. Chaque délai dans une livraison d’armes laisse des positions sans défense. Chaque débat politique sur l’opportunité d’aider l’Ukraine coûte des vies ukrainiennes.
C’est une réalité que les capitales occidentales préfèrent ignorer. Plus facile de débattre que de voir les conséquences de l’inaction.
La pression sur Pokrovsk : un tournant stratégique
Pourquoi cette ville est cruciale
Pokrovsk n’est pas une ville comme les autres. C’est un hub ferroviaire. Un nœud routier. Le point de passage obligé pour ravitailler tout le front est. Si elle tombe, la logistique ukrainienne s’effondre dans tout le Donbass.
La Russie le sait. C’est pourquoi elle y concentre ses forces. 39 tentatives d’avancée aujourd’hui. 31 attaques repoussées. Le ratio dit tout: 8 attaques n’ont pas été immédiatement stoppées. Elles ont peut-être gagné quelques mètres. Quelques positions.
La guerre se gagne au mètre près. Chaque position perdue doit être reconquise au prix du sang. Chaque mètre cédé aujourd’hui coûtera des vies demain. C’est l’arithmétique terrible de ce conflit.
La concentration des forces ennemies
Le renseignement ukrainien observe une accumulation de blindés et de troupes dans le sud de Pokrovsk. Moscou prépare quelque chose. Une offensive majeure? Une tentative d’encerclement? Les prochains jours le diront.
Mais l’Ukraine ne reste pas passive. Les positions sont renforcées. Les réserves positionnées. Les plans de défense ajustés. C’est un jeu d’échecs mortel où chaque coup peut être le dernier.
La bataille de Pokrovsk pourrait devenir la bataille décisive de cette phase de la guerre. Celui qui la gagne façonnera la suite. Pour des mois. Peut-être des années.
L'hiver et la guerre : le facteur oublié
Combattre dans le froid et la boue
Nous sommes en février. L’hiver ukrainien n’est pas terminé. Les soldats combattent dans des tranchées gelées. Avec des doigts qui ne sentent plus rien. Des pieds trempés. Des équipements qui dysfonctionnent par -15 degrés.
La guerre moderne reste soumise aux mêmes contraintes que les guerres d’antan. Le froid tue. La boue ralentit. La fatigue érode les meilleures volontés.
On parle de « 123 affrontements » comme d’une statistique. Mais chaque affrontement, c’est des hommes qui tremblent de froid entre deux rafales. Qui se réchauffent les mains sur le canon de leur arme. Qui ne savent pas s’ils verront le printemps.
L’endurance comme arme
L’Ukraine parie sur l’endurance. Sur sa capacité à tenir plus longtemps que l’adversaire. Sur l’épuisement de la machine de guerre russe. Sur la lassitude d’un peuple russe qu’on envoie mourir pour les ambitions d’un seul homme.
C’est un pari risqué. Douloureux. Mais l’alternative — la capitulation — n’est pas une option. Pas après Bucha. Pas après ce que l’occupation russe a montré qu’elle signifiait.
Alors l’Ukraine tient. Jour après jour. Attaque après attaque. Affrontement après affrontement. 123 fois aujourd’hui. Et demain, ça recommencera.
Conclusion : La guerre qui ne finit pas
Deux ans. Deux ans que cette guerre dure. Deux ans que des hommes meurent chaque jour. Deux ans que le monde regarde — et hésite. L’Ukraine demande des armes. On lui envoie des comités. Elle demande de l’aide. On lui offre des débats. Elle demande de la défense aérienne. On lui propose des réunions. Et pendant ce temps, les bombes tombent. Les obus explosent. Les familles pleurent. 123 affrontements aujourd’hui. 31 attaques repoussées à Pokrovsk. Ce ne sont pas des chiffres. Ce sont des vies. Des sacrifices. Des preuves que la liberté a un prix — et que certains sont prêts à le payer. La question n’est pas de savoir si l’Ukraine peut tenir. Elle tient. La question est de savoir combien de temps le monde occidental continuera de la regarder saigner avant de lui donner les moyens de se défendre vraiment. Chaque jour qui passe sans réponse est un jour de trop. Chaque hésitation coûte des vies. Chaque débat prolongé est un luxe que les soldats de Pokrovsk n’ont pas. Ils n’ont pas le temps de débattre. Ils sont trop occupés à repousser 31 attaques depuis l’aube.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique ne prétend pas à la neutralité. Face à une guerre d’agression, face à un pays envahi qui défend son existence, la neutralité n’est pas de l’objectivité — c’est de la complicité passive. Je me range du côté de l’agressé, pas de l’agresseur. Du côté des civils bombardés, pas de ceux qui lancent les bombes. Cette position est assumée, transparente et non négociable.
Méthodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur le rapport officiel de l’État-major ukrainien publié le 8 février 2026 à 16h00, relayé par l’agence Ukrinform. Les données factuelles — nombre d’affrontements, secteurs concernés, attaques repoussées — proviennent de cette source. L’analyse, les mises en perspective et les réflexions éditoriales sont les miennes. Je n’ai pas accès au terrain. Je travaille à partir de sources ouvertes et de rapports officiels.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique, pas un reportage. Il combine information et opinion. Les faits sont vérifiables. Les jugements sont les miens. Le lecteur est invité à distinguer les deux et à former sa propre opinion. Mon rôle n’est pas de penser à la place du lecteur. Mon rôle est de lui donner des éléments de réflexion — et de ne pas prétendre que je n’en ai aucune moi-même.
Sources
Sources primaires
État-major des Forces armées ukrainiennes — Rapports opérationnels quotidiens
Sources secondaires
Institute for the Study of War — Analyses quotidiennes du front ukrainien
LiveUAMap — Cartographie en temps réel du conflit
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.