La publication des registres fonciers
Jusqu’a present, les registres fonciers de Cisjordanie etaient classifies. Un secret d’Etat. Cette opacite protegeait — en partie — les proprietaires palestiniens des pressions et du harcelement. C’est termine. Le gouvernement israelien ordonne la publication de ces registres.
Concretement, cela signifie que les acheteurs potentiels — comprenez : les colons et leurs organisations — pourront identifier les proprietaires fonciers palestiniens et les contacter directement pour leur proposer d’acheter leurs parcelles. Proposer. Le mot est joli. Dans un contexte ou plus de 900 Palestiniens ont deja ete deplaces de force depuis janvier 2026, ou les attaques de colons sont quasi quotidiennes, ou vendre signifie parfois sauver sa vie et celle de sa famille.
Imaginez. Vous vivez sur une terre que votre famille cultive depuis des generations. Un matin, on frappe a votre porte. Un homme en costume vous tend un cheque. Derriere lui, des hommes armes. La question n’est pas si vous allez vendre. La question est combien de temps vous allez tenir avant de ceder.
La fin de l’interdiction d’achat pour les non-musulmans
Une disposition du droit jordanien — heritee de l’epoque ou la Jordanie administrait la Cisjordanie — empechait les non-musulmans d’acheter des biens immobiliers dans certaines zones. Israel vient d’abroger cette regle. Le pretexte ? Lutter contre la discrimination.
L’ironie serait risible si elle n’etait pas tragique. Un Etat accuse par l’ONU de pratiques d’apartheid invoque la lutte contre la discrimination pour faciliter la colonisation. Un Etat qui maintient un systeme juridique dual — droit civil pour les colons, droit militaire pour les Palestiniens — se pose en defenseur de l’egalite.
Hebron : le laboratoire de l'impossible cohabitation
Une ville coupee en deux
Hebron. En arabe : Al-Khalil. 160 000 Palestiniens. 800 colons israeliens. Ces 800 colons vivent dans des complexes fortifies, proteges par des milliers de soldats israeliens. Le ratio est absurde. Intenable. Explosif. Les consequences, devastatrices.
Depuis 1997 et le Protocole d’Hebron, la ville est divisee en deux zones. La zone H1, ou vivent la majorite des Palestiniens, sous controle de l’Autorite palestinienne. La zone H2, incluant la vieille ville et le Tombeau des Patriarches, sous controle israelien.
Parmi les mesures validees dimanche : le transfert de la delivrance des permis de construire pour les implantations juives a Hebron. Jusqu’a present, cette competence revenait — theoriquement — a l’Autorite palestinienne. C’est fini. Israel prend le controle direct.
Et pourtant, la Cisjordanie est territoire occupe selon le droit international. Et pourtant, la colonisation y est illegale selon la Quatrieme Convention de Geneve. Et pourtant, le monde regarde. Condamne. Et ne fait rien.
Je pense souvent a cette rue d’Hebron dont j’ai vu les images. La rue Shuhada. Autrefois l’artere commerciale la plus animee de la ville. Aujourd’hui, un couloir fantome. Les boutiques sont fermees. Les portes, soudees. Les Palestiniens n’ont plus le droit d’y marcher. Ils passent par les toits, quand ils peuvent. Huit cents personnes ont vide une ville de 160 000 ames.
Le massacre de 1994 et ses consequences
Le 25 fevrier 1994. Aube. Ramadan. Baruch Goldstein, un colon israelien, un medecin, entre dans la mosquee d’Abraham — la mosquee Ibrahimi — pendant la priere du matin. Il porte un uniforme militaire. Il porte un fusil d’assaut. Il ouvre le feu. 29 Palestiniens sont tues. 125 autres sont blesses. Goldstein est tue par les survivants.
La reaction d’Israel ? Fermer la mosquee pendant six mois. Puis la rouvrir, divisee entre musulmans et juifs. Punir les victimes pour le crime du bourreau. Depuis, les Palestiniens ne peuvent plus prier dans leur propre mosquee qu’a certaines heures, certains jours. Les colons, eux, ont acces permanent a leur section. Les colons d’Hebron sont connus pour leur agressivite extreme. Ce n’est pas un stereotype. C’est une realite documentee par des dizaines d’organisations, israeliennes et internationales. Medecins Sans Frontieres en parle : passages a tabac, betail lache dans les cultures, routes bloquees, maisons demolies, pressions psychologiques constantes.
Bethleem et le Tombeau de Rachel : quand le sacre justifie le vol
Un mur qui avale le territoire
Le Tombeau de Rachel, a Bethleem, est considere comme le troisieme lieu saint du judaisme. Il se trouve en territoire palestinien. Israel a construit son mur de separation de maniere a l’englober cote israelien. Contre l’avis du droit international. Contre l’avis de la Cour internationale de justice.
Le resultat ? Des familles palestiniennes coupees du monde. Des quartiers entiers etrangles par le beton. Des agriculteurs separes de leurs champs. Des enfants qui ne peuvent plus aller a l’ecole. Des malades qui n’arrivent plus a l’hopital. Et un site sacre arrache a la ville qui l’abritait depuis des siecles.
Le mur fait huit metres de haut a certains endroits. Deux fois le mur de Berlin. Mais le mur de Berlin, on l’a demoli. Celui-ci, on le rallonge. On l’epaissit. On l’eleve. Comme si la hauteur pouvait effacer la honte.
Une autorite municipale pour un lieu vole
Parmi les mesures de dimanche : la creation d’une autorite municipale dediee pour le Tombeau de Rachel. Officiellement, pour le nettoyage et l’entretien. En realite, une nouvelle etape vers l’annexion formelle. Une structure administrative israelienne sur un territoire qui n’appartient pas a Israel.
Les zones A, B, C : l'heritage empoisonne d'Oslo
Un accord provisoire devenu permanent
Les accords d’Oslo, signes en 1993-1995, devaient etre transitoires. Cinq ans maximum. Le temps de negocier un accord final. Le temps de batir la paix. Le temps de tracer les frontieres. Trente ans plus tard, la division en zones est toujours la. Figee. Immuable. Et Israel l’utilise pour grignoter le territoire palestinien morceau par morceau.
Zone A : 18% du territoire. Sous controle palestinien. Ou presque — l’armee israelienne y entre quand elle veut.
Zone B : 22% du territoire. Administration palestinienne, controle militaire israelien.
Zone C : 60% du territoire. Entierement sous controle israelien. C’est la que se trouvent les colonies. C’est la que se joue l’avenir — ou l’absence d’avenir — d’un Etat palestinien.
La prise de controle du cadastre
Le cabinet israelien vient de decider que toute tentative palestinienne de reconnaitre des terres a l’aide de son propre registre foncier serait desormais juridiquement nulle. En Zone C, seul Israel decide. Seul Israel enregistre. Seul Israel legitime.
Pour le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, cette decision fait de Bezalel Smotrich le gouverneur de facto de la Cisjordanie occupee. Un ministre israelien, d’extreme droite assumee, qui controle les terres d’un peuple sous occupation militaire.
Oslo promettait un transfert progressif de la Zone C vers l’Autorite palestinienne. Ce transfert n’a jamais eu lieu. Les Palestiniens ont signe un accord qui leur a donne 40% d’un territoire dont ils etaient senses obtenir la totalite. Et meme ces 40% s’amenuisent chaque jour.
Les chiffres de la depossession : 2070 hectares en moins d'un an
Mars 2024 : 800 hectares dans la vallee du Jourdain
La vallee du Jourdain. Region fertile. Grenier agricole. Vitale pour l’economie agricole palestinienne. Vitale pour la viabilite territoriale d’un futur Etat. Vitale pour l’acces a l’eau. Israel y a saisi 800 hectares. La plus grande saisie depuis les accords d’Oslo.
Juillet 2024 : 1270 hectares supplementaires
Quelques mois plus tard, 1270 hectares de plus. La plus importante saisie de terres en territoire palestinien depuis trois decennies. Pour y construire des colonies. Pour y installer des colons. Pour rendre irreversible ce qui etait cense etre temporaire. Pour effacer la possibilite meme d’un Etat palestinien viable.
La strategie du fait accompli
Chaque colonie construite est un clou dans le cercueil de la paix. Chaque route de contournement — ces routes reservees aux colons qui decoupent le territoire palestinien — est une entaille dans la chair d’un peuple. Chaque checkpoint est une humiliation repetee, quotidienne, insupportable.
2070 hectares. C’est plus de 20 kilometres carres. C’est des dizaines de villages. Des centaines de familles. Des milliers de vies bouleversees. Et ce n’est qu’une annee. Une seule annee dans une occupation qui dure depuis 1967.
L'ONU accuse : des pratiques d'apartheid documentees
Un rapport sans precedent
En janvier 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme publie un rapport devastateur. Pour la premiere fois, un haut responsable onusien qualifie le systeme israelien en Cisjordanie de pratiques ressemblant a l’apartheid.
Discriminations raciales. Segregation. Deux systemes juridiques pour deux peuples sur le meme territoire. Restrictions de mouvement. Acces inegal aux ressources. Violence institutionnalisee. Les mots sont poses. Les preuves sont documentees. Les conclusions sont claires.
La reponse israelienne
Israel rejette le rapport. Le qualifie d’absurde. De deforme. De biaise. De politiquement motive. Affirme que ses politiques en Cisjordanie sont motivees par des preoccupations de securite, non par des motifs raciaux ou ethniques.
Et pourtant. Les colons israeliens vivent sous droit civil. Les Palestiniens sous droit militaire. Les colons ont acces a l’eau courante. Les Palestiniens doivent souvent acheter l’eau en citernes. Les colons peuvent circuler librement. Les Palestiniens passent des heures aux checkpoints.
Le mot apartheid fait mal. Il rappelle l’Afrique du Sud. Il rappelle des decennies de lutte. Il rappelle aussi qu’on peut en sortir. Que les regimes les plus injustes finissent par tomber. La question est : combien de vies seront brisees avant ?
Les 1054 morts depuis octobre 2023
Gaza n’est pas seule
Depuis le 7 octobre 2023, le monde a les yeux rives sur Gaza. Et c’est normal. Le bilan humanitaire y est catastrophique. Les images sont insoutenables. Les chiffres sont vertigineux. Mais la Cisjordanie, elle, meurt en silence. Loin des cameras. Loin des gros titres.
Entre le 7 octobre 2023 et le 5 fevrier 2026, les forces israeliennes et les colons ont tue 1054 Palestiniens en Cisjordanie occupee, y compris a Jerusalem-Est. Plus de mille morts. En un peu plus de deux ans. Dans un territoire qui n’est pas en guerre. Officiellement.
Les deplacements forces
Plus de 900 Palestiniens ont ete contraints de quitter leur foyer depuis janvier 2026. En un mois. Par les demolitions. Par la violence des colons. Par l’impossibilite de vivre sous une pression constante.
Entre le 20 janvier et le 2 fevrier 2026, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU a documente plus de 50 attaques de colons israeliens. En deux semaines. Plus de trois attaques par jour.
On ne les appelle pas refugies. On ne les appelle pas deplaces internes. On ne les appelle pas vraiment. Ils disparaissent des statistiques comme ils disparaissent de leurs maisons. Sans bruit. Sans cameras. Sans que personne ne s’en emeuve.
La communaute internationale : entre indignation et impuissance
Les condamnations qui ne changent rien
L’Union europeenne condamne. La France rappelle que l’annexion est une ligne rouge claire. Les Pays-Bas denoncent. L’Allemagne s’inquiete. L’Espagne proteste. Quatorze pays demandent a Israel de cesser l’expansion des colonies.
Et Israel continue. Parce que les mots ne coutent rien. Parce que les sanctions ne viennent jamais. Parce que les vetos americains au Conseil de securite bloquent toute action concrete. Parce que les gouvernements occidentaux preferent les declarations solennelles aux consequences reelles.
Le secretaire general de l’ONU avertit
Antonio Guterres a ete clair. Sans equivoque. Sans ambiguite. Si l’initiative d’annexion se concretise, elle sectionnerait la Cisjordanie entre le nord et le sud. Elle compromettrait la continuite territoriale. Elle porterait un coup fatal a la viabilite de la solution a deux Etats.
Ces actions sont profondement destabilisatrices. Elles sont illegales selon l’avis de la Cour internationale de justice. Elles sont en cours. Et elles se poursuivent chaque jour, chaque semaine, chaque mois, dans l’indifference generale.
Le droit international existe. Les tribunaux existent. Les resolutions existent. Mais le droit sans la force n’est qu’un conseil. Et face a un Etat qui a decide d’ignorer les regles, les regles ne pesent pas lourd.
Smotrich et le plan "mega-spectaculaire"
Un extremiste au pouvoir
Bezalel Smotrich ne cache pas son jeu. Dans un enregistrement revele en 2024, il evoque son plan mega-spectaculaire de controle civil en Cisjordanie. L’objectif : rendre l’occupation irreversible. Creer des faits sur le terrain qu’aucune negociation future ne pourra defaire.
Il a parle de zones sans Palestiniens autour des implantations. Il a propose d’annexer 82% de la Cisjordanie. Il a qualifie les Palestiniens de nazis pour justifier les financements securitaires. Des mots qui auraient provoque un scandale international il y a dix ans. Aujourd’hui, ils passent presque inapercus.
La normalisation de l’extreme
Il y a vingt ans, Smotrich aurait ete un marginal. Un extremiste que personne n’aurait ose mettre au gouvernement. Aujourd’hui, il est ministre des Finances. Il controle les budgets. Il influence les politiques. Il dessine l’avenir d’un territoire occupe.
Quand l’extreme devient normal, c’est que la fenetre d’Overton a bouge. Ce qui etait impensable hier est discutable aujourd’hui. Ce qui est discutable aujourd’hui sera decide demain. Smotrich n’est pas une anomalie. Il est l’aboutissement logique d’une trajectoire.
Conclusion : L'histoire jugera
Ce que nous savons
Nous savons ce qui se passe. Les rapports existent. Les temoignages abondent. Les images satellites montrent l’expansion des colonies. Les statistiques comptent les morts, les blesses, les deplaces.
Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Nous ne pourrons pas plaider l’ignorance. L’information est la. Elle est accessible. Elle est accablante. Elle est irrefutable. Elle est documentee par des organisations credibles, des journalistes courageux, des temoins directs.
Ce que nous faisons
Nous regardons. Nous condamnons. Nous passons a autre chose. Nous nous indignons sur les reseaux sociaux. Nous signons des petitions. Nous partageons des articles. Nous manifestons parfois. Nous oublions vite. Et le lendemain, les bulldozers reprennent leur travail.
L’histoire jugera. Elle jugera Israel pour ce qu’il a fait. Elle jugera les Etats-Unis pour ce qu’ils ont permis. Elle jugera l’Europe pour ce qu’elle n’a pas empeche. Et elle nous jugera, nous, pour notre silence confortable. Pour notre indignation sans consequence. Pour notre humanite selective.
La question qui reste
Dans cinquante ans, quand nos enfants nous demanderont ce que nous avons fait pendant que la Palestine disparaissait, que leur repondrons-nous ? Que nous avons like des posts ? Que nous avons partage des articles ? Que nous etions tres preoccupes ?
La neutralite face a l’injustice n’est pas de l’objectivite. C’est de la complicite. Et l’histoire, elle, ne fait pas de distinction entre ceux qui ont commis le crime et ceux qui ont detourne le regard.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette chronique adopte un positionnement critique envers la politique d’occupation et de colonisation israelienne en Cisjordanie. Ce positionnement s’appuie sur le droit international, les resolutions de l’ONU, et les rapports des organisations internationales de defense des droits de l’homme. L’auteur considere que la neutralite face a des violations documentees du droit international n’est pas une position journalistique tenable.
Methodologie et sources
Les informations factuelles de cet article proviennent de sources primaires (communiques officiels israeliens, rapports de l’ONU) et sources secondaires (agences de presse internationales, medias de reference). Les donnees chiffrees sont issues des rapports onusiens et des organisations humanitaires presentes sur le terrain. Les citations sont verifiees et attribuees.
Nature de l’analyse
Cette chronique est une analyse editoriale. Elle ne pretend pas a la neutralite mais a l’honnetete. Les faits presentes sont verifiables. Les opinions sont clairement identifiees par l’usage de l’italique. Le lecteur est invite a consulter les sources et a se forger sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
ONU Info – Le chef de l’ONU alerte sur l’erosion de la solution a deux Etats
Times of Israel – Le cabinet de securite approuve une reforme majeure de la politique en Cisjordanie
Times of Israel – Le cabinet approuve le processus d’enregistrement des terres de Cisjordanie
Sources secondaires
Association France Palestine Solidarite – Israel prend le controle total du cadastre dans la zone C
Amnesty International France – Qu’est-ce que les Accords d’Oslo ?
Middle East Eye – Emmures : ces Palestiniens coupes du monde par le mur de separation israelien
Medecins Sans Frontieres – A Hebron : jour et nuit, la violence des colons
Times of Israel – Smotrich propose d’annexer 82% de la Cisjordanie
LibanNews – L’ONU accuse Israel de pratiques d’apartheid en Cisjordanie occupee
RFI – Cisjordanie: Israel valide des mesures qui redessinent l’equilibre du controle sur le terrain
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