Du mensonge occasionnel au systeme
Trente mille. C’est le nombre de declarations fausses ou trompeuses documentees par le Washington Post durant le premier mandat de Trump. Trente mille mensonges en quatre ans. Plus de vingt par jour.
Mais ce qui se passe aujourd’hui est different. Plus dangereux. Nous ne sommes plus dans l’ere du mensonge occasionnel. Nous sommes dans l’ere du mensonge systematique, amplifie par la technologie, normalise par la repetition.
Chaque deepfake est une pierre jetee dans le lac de la verite. Les vagues se propagent. L’eau devient trouble. Et bientot, plus personne ne sait distinguer le vrai du faux.
Trump n’a pas invente le mensonge politique. Mais il a compris quelque chose que ses predecesseurs n’avaient pas saisi : dans un monde sature d’informations, la verite n’est plus une valeur. C’est une opinion parmi d’autres.
La fabrique du doute
La strategie est toujours la meme. Repeter. Amplifier. Noyer.
Un mensonge repete mille fois devient une verite alternative. Un doute instille dans suffisamment d’esprits devient un « debat ». Une realite fabriquee, partagee par des millions de comptes, devient aussi « valide » que la realite tout court.
Les fact-checkers s’epuisent. Les journalistes courent apres chaque nouvelle contre-verite. Et pendant ce temps, la prochaine desinformation est deja en cours de fabrication.
C’est une guerre d’usure. Et la verite est en train de la perdre.
Les platistes : symptome d'une epidemie
Quand nier la science devient un acte de foi
La Terre est plate. En 2026, des millions de personnes croient sincerement que notre planete n’est pas une sphere. Que les photos satellites sont truquees. Que la NASA ment. Que toute l’humanite participe a une conspiration mondiale pour cacher la « verite ».
Comment en sommes-nous arrives la?
Les platistes sont le symptome d’une maladie plus profonde. Ils ne sont pas apparus par magie. Ils sont le produit d’un ecosysteme de defiance que des decennies de manipulation ont construit.
Quand les institutions mentent — et elles ont menti, sur le Vietnam, sur l’Irak, sur tant de choses — la confiance s’erode. Quand les medias se trompent — et ils se sont trompes — la credibilite s’effrite. Quand les reseaux sociaux recompensent l’outrance et punissent la nuance, les extremes prosprent.
Les platistes sont ridicules. Mais ils sont aussi le miroir deformant d’une societe qui a perdu ses points de repere. Moquer les platistes est facile. Comprendre comment nous les avons crees est douloureux.
L’algorithme de la radicalisation
Un adolescent de quinze ans tape « Terre plate » sur YouTube. Par curiosite. Par ennui. Par defi.
L’algorithme detecte son interet. Une video en entraine une autre. Plus radicale. Plus convaincante. Plus immersive. En quelques heures, il a plonge dans un terrier de lapin dont il ne ressortira peut-etre jamais.
Les plateformes savent. Les ingenieurs savent. Les dirigeants savent. Le contenu radical genere de l’engagement. L’engagement genere des clics. Les clics generent des revenus.
L’economie de l’attention est une economie de la radicalisation. Et pourtant, les memes plateformes continuent de fonctionner exactement de la meme maniere.
Trump et Epstein : quand la conspiration rencontre la realite
Les liens documentes
Parlons de Jeffrey Epstein. Parlons de ce que nous savons, pas de ce que nous speculons.
Nous savons que Trump et Epstein se connaissaient depuis des decennies. Nous savons qu’ils ont frequente les memes cercles. Nous savons que Trump a dit publiquement qu’Epstein etait un « gars formidable » qui « aimait les femmes jeunes ».
Nous savons qu’Epstein est mort dans des circonstances troubles dans une prison federale. Les cameras ne fonctionnaient pas. Les gardiens dormaient. Un suicide, selon la version officielle. Un suicide que personne ne croit.
Nous savons que les documents Epstein, quand ils sont publies, revelent des noms. Des puissants. Des proteges.
Le complotisme prospere la ou la transparence fait defaut. Quand les institutions refusent de repondre aux questions legitimes, elles creent l’espace ou les theories les plus folles peuvent s’enraciner.
La difference entre question et theorie
Poser des questions sur Epstein n’est pas du complotisme. C’est du journalisme.
Affirmer sans preuves que tel ou tel dirige un reseau pedophile mondial est du complotisme.
La nuance est cruciale. Elle est aussi de plus en plus rare.
Dans un monde ou Trump peut publier n’importe quoi et ou les platistes ont des millions de followers, la distinction entre scepticisme sain et paranoia destructrice devient floue.
C’est precisement ce que veulent les manipulateurs. Brouiller les lignes. Rendre tout equivalent. Faire en sorte que plus personne ne sache a quoi se fier.
La mecanique de l'inversion accusatoire
Accuser l’autre de ce qu’on fait soi-meme
C’est une technique vieille comme la politique. Mais Trump l’a elevee au rang d’art.
Accuse de mensonge? Il crie « fake news » plus fort que tout le monde. Accuse de manipulation? Il pointe du doigt le « deep state ». Accuse de corruption? Il lance des enquetes contre ses adversaires.
L’inversion accusatoire fonctionne parce qu’elle sature l’espace mediatique. Quand tout le monde accuse tout le monde, quand chaque camp a sa version, le citoyen ordinaire abandonne. Il se replie. Il se deconnecte.
Et c’est exactement l’objectif.
Le cynisme est le meilleur allie des manipulateurs. Un citoyen qui ne croit plus en rien est un citoyen qui n’agit plus. Un electeur degoute est un electeur qui reste chez lui.
Le gaslighting a l’echelle d’une nation
Le gaslighting est une forme de manipulation psychologique. Faire douter la victime de sa propre perception. Lui faire croire qu’elle invente des problemes. Qu’elle exagere. Qu’elle est folle.
Trump pratique le gaslighting a l’echelle nationale.
« Vous n’avez pas vu ce que vous avez vu. » Les images du 6 janvier? Des touristes pacifiques. « Vous n’avez pas entendu ce que vous avez entendu. » Ses propos racistes? Sortis de leur contexte. « Vous n’avez pas lu ce que vous avez lu. » Ses tweets? Des plaisanteries.
Des millions d’Americains vivent dans cette realite alternative. Ils ont vu les memes images que nous. Ils ont entendu les memes mots. Mais ils ont appris a ne pas croire leurs propres sens.
Les complices silencieux
Les reseaux sociaux : profiteurs du chaos
Mark Zuckerberg. Elon Musk. Les dirigeants des plateformes qui hebergent la desinformation.
Ils ne sont pas innocents. Ils ne sont pas neutres. Ils sont complices.
Leurs algorithmes amplifient le mensonge. Leurs politiques de moderation sont des passoires. Leurs profits dependent de l’engagement, et rien n’engage autant que l’outrage.
Quand Trump publie une video raciste, les plateformes gagnent de l’argent. Chaque partage, chaque commentaire, chaque reaction est monetisee. La haine est rentable. La division est profitable.
Les reseaux sociaux ne sont pas des places publiques neutres. Ce sont des entreprises privees qui ont choisi, deliberement, de privilegier le profit sur la verite. Chaque dollar de publicite sur une plateforme qui heberge la haine est un dollar investi dans la destruction du debat public.
Les medias traditionnels : entre resistance et capitulation
Les medias traditionnels sont pris au piege.
S’ils couvrent chaque mensonge de Trump, ils l’amplifient. S’ils l’ignorent, ils laissent la desinformation se propager sans contradiction.
S’ils qualifient ses propos de « mensonges », on les accuse de partialite. S’ils utilisent des euphemismes comme « declarations inexactes », ils normalisent.
La neutralite journalistique a ete concue pour une epoque ou les acteurs politiques partageaient un minimum de respect pour les faits. Face a un menteur systematique, la neutralite devient complice.
L'erosion de la democratie
Quand les faits ne comptent plus
La democratie repose sur un presuppose fragile : que les citoyens peuvent s’informer, deliberer, et voter en connaissance de cause.
Que se passe-t-il quand ce presuppose s’effondre?
Que se passe-t-il quand une partie de la population vit dans une realite parallele? Quand ils croient sincerement que les elections sont truquees, que le climat ne change pas, que la Terre est plate, que les vaccins tuent?
La deliberation democratique devient impossible. Le compromis devient impensable. La coexistence devient precaire.
Nous ne sommes pas en train de perdre un debat politique. Nous sommes en train de perdre la capacite meme de debattre. Quand deux camps vivent dans deux realites differentes, le dialogue devient un dialogue de sourds.
L’internationale du complotisme
Le phenomene n’est pas americain. Il est mondial.
En France, les gilets jaunes ont ete infiltres par les complotistes. En Allemagne, l’AfD propage la desinformation. En Bresil, Bolsonaro a utilise les memes techniques que Trump. En Russie, Poutine a fait de la manipulation de l’information une arme de guerre.
Il existe une internationale du mensonge. Ses acteurs se reconnaissent. Ils s’admirent. Ils s’imitent.
Les memes techniques de desinformation circulent d’un pays a l’autre. Les memes theories complotistes sont traduites, adaptees, propagees. Les memes ennemis sont designes : les elites, les medias, les experts, les institutions.
Les victimes invisibles
Les families dechirees
Marie a soixante-deux ans. Elle a perdu son fils.
Pas physiquement. Ideologiquement.
Il a plonge dans QAnon pendant la pandemie. D’abord les videos sur les vaccins. Puis les theories sur les pedophiles. Puis le terrier complet : les elites satanistes, les enfants sacrifies, Trump sauveur.
Aujourd’hui, il ne lui parle plus. Elle fait partie des « moutons ». Des endormis. Des complices du systeme.
Il y a des milliers de Marie. Des milliers de families dechirées par le complotisme. Des parents qui ont perdu leurs enfants. Des enfants qui ont perdu leurs parents. Des couples qui ont divorce. Des amities qui ont explose.
Chaque statistique sur la desinformation cache des drames humains. Des gens reels qui souffrent reellement de la perte de leurs proches, emportes dans un univers parallele dont ils ne reviennent pas.
Les cibles de la haine
Quand Trump publie une video deshumanisant les Obama, ce n’est pas qu’un « bad buzz ».
C’est un signal. Un signal envoye a des millions de followers que cette forme de racisme est acceptable. Encouragee. Presidentielle.
Dans les heures qui suivent, les messages haineux se multiplient. Les menaces augmentent. Les agressions deviennent plus probables.
La desinformation tue. Pas toujours immediatement. Pas toujours directement. Mais elle tue. Elle a tue le 6 janvier. Elle a tue dans les fusillades inspirees par les theories complotistes. Elle tuera encore.
La resistance qui s'organise
Les fact-checkers en premiere ligne
Ils sont epuises. Sous-finances. Attaques de toutes parts.
Les fact-checkers sont la premiere ligne de defense contre la desinformation. Ils verifient. Ils corrigent. Ils documentent.
Et ils perdent.
Pas parce qu’ils font mal leur travail. Mais parce que le mensonge voyage plus vite que la verite. Parce qu’un fact-check atteint mille personnes quand le mensonge original en a atteint un million. Parce que corriger une faussete ne suffit pas a effacer l’impression qu’elle a laissee.
Les fact-checkers sont les medecins d’urgence d’une societe malade de la desinformation. Ils font un travail heroique. Mais ils ne peuvent pas guerir la maladie. Seulement traiter les symptomes.
L’education mediatique : l’espoir a long terme
La solution, si elle existe, est generationnelle.
Apprendre aux enfants, des le plus jeune age, a lire critiquement. A verifier les sources. A reconnaitre les techniques de manipulation. A distinguer l’information de l’opinion, le fait de la speculation.
Certains pays ont commence. La Finlande integre l’education mediatique dans ses programmes scolaires. Les resultats sont encourageants.
Mais l’education prend du temps. Des decennies. Et la desinformation n’attend pas.
Ce que nous pouvons faire
A l’echelle individuelle
Verifier avant de partager. Chaque fois. Sans exception.
Sourcer ses affirmations. Ne pas propager des « on dit que ». Ne pas amplifier le doute sans fondement.
Dialoguer avec les proches qui s’egarent. Pas avec condescendance. Pas avec mepris. Avec patience et empathie. Comprendre pourquoi ils doutent. Repondre a leurs vraies questions.
Soutenir le journalisme de qualite. Financierement. Les medias independants ont besoin de lecteurs qui paient.
Nous ne sommes pas impuissants. Chaque verification, chaque partage responsable, chaque conversation difficile est un acte de resistance. Petit. Mais reel.
A l’echelle collective
Reguler les plateformes. Pas la liberte d’expression — la monetisation de la haine. Les algorithmes qui amplifient l’extremisme. Les modeles economiques qui recompensent la division.
Exiger la transparence. Sur les sources de financement des contenus politiques. Sur les mecanismes des algorithmes. Sur les donnees collectees et leur utilisation.
Investir dans l’education mediatique. Dans la recherche sur la desinformation. Dans les outils de verification.
Proteger les lanceurs d’alerte. Les journalistes. Les chercheurs. Tous ceux qui exposent les mensonges au peril de leur carriere ou de leur securite.
Conclusion : Le choix qui nous reste
La democratie ou le spectacle
Nous sommes a un carrefour.
D’un cote, la democratie. Imparfaite. Lente. Frustrante. Mais fondee sur l’idee que les faits comptent, que la verite existe, que le debat rationnel peut resoudre les conflits.
De l’autre, le spectacle. Excitant. Immediat. Gratifiant. Mais fonde sur rien d’autre que l’emotion, la tribu, la force.
Trump incarne le spectacle. Les platistes en sont les spectateurs les plus fervents. La video raciste sur les Obama en est le dernier episode.
Mais le spectacle ne nourrit pas. Ne soigne pas. Ne protege pas. Le spectacle distrait pendant que le reel s’effondre.
Nous avons encore le choix. Entre la difficulte de la verite et la facilite du mensonge. Entre la complexite de la democratie et la simplicite de l’autocratie. Ce choix ne sera pas fait une fois pour toutes. Il sera fait chaque jour, par chacun d’entre nous, a chaque information partagee, a chaque vote, a chaque conversation.
L’avenir que nous construisons
Dans cinquante ans, qu’est-ce qu’on dira de cette epoque?
Qu’on a laisse un president publier de la propagande raciste en toute impunite? Qu’on a regarde des millions de personnes croire que la Terre etait plate? Qu’on a permis aux algorithmes de radicaliser une generation?
Ou qu’on s’est reveilles? Qu’on a compris le danger? Qu’on a agi?
La reponse n’est pas encore ecrite. Elle s’ecrit maintenant. Par nos actions. Par nos choix. Par notre refus de normaliser l’inacceptable.
La video de Trump sur les Obama a ete retiree apres douze heures. Douze heures pendant lesquelles des millions de personnes l’ont vue, partagee, commentee.
Douze heures pendant lesquelles le poison a circule.
Le prochain mensonge est deja en preparation. La prochaine manipulation est deja en cours. La prochaine ligne rouge est deja menacee.
Et nous? Qu’est-ce qu’on fait?
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette chronique condamne sans ambiguite la publication de contenus racistes par le president des Etats-Unis, quelle que soit la forme qu’ils prennent. Elle considere que la normalisation de la desinformation constitue une menace existentielle pour les democraties. Elle refuse la fausse equivalence entre le mensonge documente et la verite verifiable.
Methodologie et sources
Les informations sur la video publiee par Trump proviennent de l’article original de Vosges Matin (Michel Klekowicki, 7 fevrier 2026). Les statistiques sur les mensonges du premier mandat Trump proviennent du fact-check systematique du Washington Post. Les analyses sur les mecanismes de la desinformation s’appuient sur les travaux de recherche en communication politique et en psychologie sociale.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’opinion. Il ne pretend pas a la neutralite mais a l’honnetete. Les faits presentes sont verifiables. Les interpretations sont assumees comme subjectives. L’objectif est de provoquer la reflexion, pas de dicter une conclusion.
Sources
Sources primaires
Vosges Matin — « L’edito. De Trump aux platistes : complotisme a tous les etages », Michel Klekowicki, 7 fevrier 2026
Truth Social — Publication originale de Donald Trump (retiree apres 12 heures)
Washington Post Fact Checker — Base de donnees des declarations de Trump
Sources secondaires
MIT Technology Review — Recherches sur la propagation de la desinformation
Oxford Internet Institute — Etudes sur la manipulation algorithmique
Reuters Institute for the Study of Journalism — Rapports sur la confiance dans les medias
QAnon Anonymous Podcast — Documentation du mouvement complotiste
Conspiracy Theory Handbook — Lewandowsky & Cook, guide de comprehension des theories du complot
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.