CHRONIQUE : Jour 1445 – Quand la Russie utilise l’hiver comme arme de guerre et que le monde regarde
Deux centrales thermiques détruites à l’ouest
Le ministre de l’Énergie ukrainien Denys Shmyhal a confirmé les dégâts : deux centrales thermiques dans les régions occidentales du pays ont été touchées. Les lignes de distribution d’électricité ont également été ciblées.
Ce n’est pas de la stratégie militaire. C’est de la cruauté calculée. Frapper l’énergie en plein hiver, c’est transformer le froid en arme de guerre. C’est dire aux civils : « Vous pouvez vous battre, mais vous ne pourrez pas vous chauffer. »
Il existe un terme pour désigner l’attaque délibérée d’infrastructures civiles essentielles à la survie de la population : crime de guerre. Mais à Moscou, on appelle ça une « réponse proportionnée ». À l’Occident, on appelle ça « préoccupant ». Et les Ukrainiens, eux, l’appellent simplement : « mardi ».
La réponse de Zelensky au Kremlin
« Chaque jour, la Russie pourrait choisir la vraie diplomatie », a déclaré Zelensky. « Mais elle choisit de nouvelles frappes. »
Le président ukrainien a été clair : la Russie doit être privée de sa capacité à utiliser le froid hivernal comme levier contre Kyiv. Ce n’est plus une question militaire. C’est une question de survie humanitaire.
Et pourtant, les négociations continuent. Et pourtant, Poutine reste assis dans son palais chauffé. Et pourtant, le monde parle de « désescalade » comme si bombarder des centrales électriques en février était un geste de bonne volonté mal interprété.
L'Ukraine riposte : Neptune, HIMARS et dépôts en flammes
Les frappes sur le territoire russe
L’Ukraine ne se contente pas de subir. Les forces ukrainiennes ont frappé un dépôt pétrolier dans la région de Saratov et une usine de composants de carburant pour missiles dans la région de Tver, en Russie occidentale.
Dans la région de Bryansk, les Ukrainiens ont utilisé leurs missiles Neptune à longue portée et les systèmes de roquettes HIMARS. Résultat : deux blessés, des pannes de courant dans sept municipalités.
On nous parle sans cesse des frappes russes sur l’Ukraine. Rarement des frappes ukrainiennes sur le sol russe. Comme si l’agresseur avait le droit naturel de frapper, et que la victime qui se défend devenait soudainement « provocatrice ». Ce deux poids deux mesures médiatique est une forme silencieuse de complicité.
Belgorod dans le noir
L’agence de presse russe TASS a rapporté qu’une autre frappe ukrainienne sur la région frontalière de Belgorod a causé des pannes de courant dans plusieurs installations d’approvisionnement en eau.
Les experts russes « enquêtent sur l’étendue des dégâts ». Ironie amère : quand l’Ukraine subit des pannes, c’est une catastrophe humanitaire. Quand la Russie en subit, c’est un « incident technique » à investiguer.
Chuhunivka tombe : l'avancée russe continue à Kharkiv
Un village de plus
Le ministère russe de la Défense a annoncé la capture du village de Chuhunivka dans la région orientale de Kharkiv. L’agence RIA Novosti a relayé l’information.
Un village. Un nom de plus sur la liste des localités tombées aux mains de l’envahisseur. Des familles qui ont dû fuir. Des maisons qui ne seront plus jamais les mêmes.
Chaque village capturé, c’est un échec collectif de l’Occident. Pas seulement un revers militaire ukrainien. C’est la preuve tangible que nos sanctions « sans précédent » et notre « soutien indéfectible » ne suffisent pas à arrêter une armée qui avance, lentement mais sûrement, sur le corps de l’Ukraine.
La guerre d’usure
La Russie ne gagne pas cette guerre par la brillance tactique. Elle la gagne par l’épuisement. Par la masse. Par le temps. Chaque jour qui passe sans cessez-le-feu réel est un jour où l’Ukraine perd des soldats, des civils, des territoires.
Et pendant ce temps, les livraisons d’armes occidentales arrivent au compte-gouttes. Les F-16 promis tardent. Les systèmes Patriot sont comptés. Et Poutine, lui, compte sur notre fatigue.
La Pologne en alerte : quand la guerre déborde des frontières
Aéroports fermés, tension maximale
Les aéroports de Lublin et de Rzeszow, près de la frontière avec l’Ukraine, ont été suspendus samedi matin après les frappes russes massives. Les autorités polonaises ont craint une violation de leur espace aérien.
Finalement, pas de violation. Les aéroports ont rouvert. Mais le message est clair : la guerre en Ukraine n’est pas une affaire ukrainienne. Elle est aux portes de l’OTAN. Elle est aux portes de l’Europe.
Combien de fois faudra-t-il que des missiles russes frôlent le territoire de l’Alliance atlantique avant que l’Occident comprenne que cette guerre le concerne directement? Combien de « presque incidents » avant le vrai incident? L’Ukraine se bat pour nous tous. Et nous, nous surveillons nos aéroports en espérant que ça n’arrive jamais chez nous.
L’Europe observe, inquiète
La Pologne est le principal point de transit pour l’aide militaire occidentale vers l’Ukraine. Chaque fermeture d’aéroport, même temporaire, est un rappel : cette guerre peut escalader à tout moment.
Et si un missile errant touche le territoire polonais? L’article 5 de l’OTAN serait-il invoqué? Ou trouverait-on une excuse pour ne pas répondre, comme on en a trouvé tant d’autres depuis février 2022?
Deadline de juin : Washington met la pression
Le calendrier américain
Zelensky a révélé que les États-Unis ont donné à Moscou et Kyiv une échéance de juin pour parvenir à un accord mettant fin à la guerre. Les deux pays ont tenu deux jours de pourparlers à Abu Dhabi cette semaine.
Washington propose maintenant des négociations à Miami dans une semaine. Kyiv a accepté.
Juin. L’administration Trump donne à l’Ukraine quatre mois pour négocier la paix avec son envahisseur. Comme si on pouvait mettre un échéancier sur la capitulation d’un peuple. Comme si la diplomatie était une question de calendrier plutôt que de principes. La vraie question n’est pas « quand », mais « à quelles conditions ».
Le cessez-le-feu énergétique
Les États-Unis ont demandé aux deux parties d’accepter un nouveau cessez-le-feu couvrant les frappes sur les infrastructures énergétiques comme mesure de désescalade pendant les négociations.
Zelensky a déclaré que Kyiv était prêt à cesser les attaques sur les installations pétrolières et énergétiques russes. Mais Moscou n’a pas encore accepté.
La surprise : zéro. Poutine utilise l’hiver comme arme. Pourquoi accepterait-il de désarmer maintenant, alors que le froid fait son travail?
12 billions de dollars : le prix de la trahison
Les révélations de Zelensky
Le président ukrainien a fait une révélation explosive : selon les services de renseignement ukrainiens, l’envoyé russe Kirill Dmitriev a proposé des accords de coopération russo-américains d’une valeur pouvant atteindre 12 billions de dollars.
Zelensky a été clair : tout accord entre Moscou et Washington ne doit pas violer la constitution ukrainienne.
12 billions de dollars. Voilà le prix que la Russie est prête à payer pour acheter la complaisance américaine. Voilà ce que vaut la « diplomatie » de Poutine : des milliards étalés sur la table pendant que les bombes tombent sur Kyiv. L’Ukraine n’est pas à vendre. Mais certains à Washington pourraient être tentés par l’offre.
La zone économique libre du Donbass
Les États-Unis proposent une zone économique libre dans la région de Donetsk, que la Russie occupe en grande partie. Ni l’Ukraine ni la Russie ne sont enthousiastes face à cette idée.
Ce qui se joue ici dépasse les frontières territoriales. C’est la question fondamentale de la souveraineté. Peut-on créer une « zone libre » sur un territoire volé? Peut-on normaliser l’occupation en l’habillant de jargon économique?
L'attentat contre Alexeyev : quand la guerre frappe Moscou
Le général blessé
Le général Vladimir Alexeyev, vice-chef du GRU (renseignement militaire russe), a été abattu dans son immeuble à Moscou vendredi. Opéré avec succès, il a repris conscience samedi mais reste sous surveillance médicale.
Deux suspects seront bientôt interrogés, selon le journal Kommersant.
Quand la violence frappe les hauts gradés du Kremlin dans leur propre capitale, c’est un message. Cette guerre ne se contient pas aux frontières de l’Ukraine. Elle revient hanter ceux qui l’ont déclenchée. Les architectes de la destruction ne sont nulle part en sécurité.
Moscou accuse sans preuves
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov a immédiatement accusé l’Ukraine d’être derrière la tentative d’assassinat. Sans fournir aucune preuve. Il a affirmé que l’attentat visait à « saboter les pourparlers de paix ».
L’ironie est épaisse : la Russie bombarde l’Ukraine pendant les négociations, mais c’est l’Ukraine qui « sabote » la paix. L’inversion accusatoire est la signature du régime Poutine.
Le deal avec l'Inde : Trump récompense, Trump punit
Les tarifs comme monnaie d’échange
Le président Donald Trump a signé un décret exécutif annulant les droits de douane punitifs de 25% sur toutes les importations indiennes liées à ses achats de pétrole russe.
L’Inde et les États-Unis ont annoncé un accord commercial : les tarifs américains sur les produits indiens passent de 50% à 18%. En échange, l’Inde s’engage à cesser ses achats de pétrole russe et à réduire ses barrières commerciales.
Voilà comment l’Amérique de Trump fonctionne désormais. On punit par les tarifs. On récompense par leur levée. La diplomatie commerciale devient l’outil principal de la politique étrangère. Est-ce efficace? Peut-être. Est-ce cohérent avec les valeurs démocratiques qu’on prétend défendre? C’est une autre question.
Le pétrole russe, nerf de la guerre
Chaque dollar dépensé pour le pétrole russe finance les missiles qui tombent sur Kyiv. L’Inde était l’un des plus grands acheteurs. Si cet accord tient, c’est un coup porté à la machine de guerre de Poutine.
Mais combien d’autres pays continuent à acheter? Combien de pétroliers fantômes sillonnent les mers pour contourner les sanctions? Le robinet du financement russe n’est pas fermé. Il fuit de partout.
Les Jeux olympiques et l'appel à la paix
L’Italie et le Pape appellent à la trêve
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha a déclaré que Kyiv soutient l’appel à un cessez-le-feu pendant les Jeux olympiques d’hiver. L’Italie et le Pape Léon ont exhorté les dirigeants mondiaux à utiliser les Jeux de Milano Cortina pour faire avancer la paix.
La trêve olympique est une tradition antique. Les Grecs arrêtaient leurs guerres pendant les Jeux. Mais nous ne sommes plus dans l’Antiquité. Et Poutine n’est pas un philosophe grec.
L’idée est belle. Noble, même. Mais à quoi sert une pause si elle ne fait que permettre à la Russie de se réarmer? À quoi sert un cessez-le-feu temporaire si les bombes recommencent dès la cérémonie de clôture? La paix n’est pas une parenthèse entre deux massacres. C’est un état permanent ou ce n’est rien.
La diplomatie des symboles
Les Jeux olympiques ont toujours été utilisés comme plateforme diplomatique. Mais l’histoire nous enseigne que les régimes autoritaires excellent à jouer le jeu des apparences pendant les événements internationaux, pour reprendre leurs exactions dès que les caméras se détournent.
Et pourtant. Si un cessez-le-feu, même temporaire, peut sauver des vies, ne faut-il pas le saisir? Chaque jour sans bombe est un jour de plus pour les enfants ukrainiens.
Le Kremlin parle de paix : faut-il y croire?
Peskov annonce un troisième round
Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a déclaré qu’un troisième round de négociations devrait avoir lieu « bientôt ». Mais aucune date n’est fixée.
« Bientôt ». Le mot préféré des diplomates qui ne veulent pas s’engager. Le mot qui permet de faire durer. Le mot qui donne l’illusion du mouvement sans le mouvement.
Chaque fois que Moscou parle de paix, les bombes continuent de tomber. Chaque fois que Lavrov évoque le dialogue, les missiles frappent les infrastructures civiles. Les mots du Kremlin sont des écrans de fumée. Seuls les actes comptent. Et les actes, eux, parlent de guerre totale.
L’écart territorial
Zelensky a admis que l’Ukraine et la Russie restent « très éloignées » dans les discussions sur le territoire. C’est l’euphémisme du siècle.
La Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien. Elle a annexé illégalement la Crimée et quatre régions du Donbass. Kyiv refuse de reconnaître ces annexions. Comment trouve-t-on un terrain d’entente quand l’un des deux camps a volé le terrain?
Conclusion : 1445 jours de résistance, d'abandon et de vérité
Ce que ce jour nous enseigne
Le jour 1445 ressemble aux 1444 jours qui l’ont précédé. Des bombardements. Des morts. Des négociations qui n’aboutissent pas. Une Ukraine qui résiste. Une Russie qui avance. Un Occident qui hésite.
Mais chaque jour est aussi un témoignage. Un témoignage de la résilience ukrainienne. De la brutalité russe. De notre inaction collective.
La question qui reste
Combien de jours encore? 1500? 2000? 3000? À quel moment déciderons-nous que c’est assez? Que les vies ukrainiennes valent plus que notre confort économique? Que défendre la démocratie signifie la défendre vraiment, pas seulement en tweets et en communiqués?
Il y a 1445 jours, la Russie a envahi l’Ukraine. Depuis, nous avons appris à vivre avec cette guerre comme on vit avec un bruit de fond. Elle est devenue normale. Acceptable. Gérable. C’est peut-être la plus grande victoire de Poutine : nous avoir habitués à l’inacceptable. La vraie question n’est pas si l’Ukraine peut gagner. C’est si nous méritons qu’elle gagne pour nous.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte une position pro-ukrainienne assumée. L’auteur considère que l’invasion russe de l’Ukraine constitue une violation flagrante du droit international, de la souveraineté nationale et des principes fondamentaux qui structurent l’ordre mondial depuis 1945. La neutralité face à une guerre d’agression n’est pas de l’objectivité, c’est de la complicité passive.
Méthodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur le récapitulatif quotidien d’Al Jazeera pour le jour 1445, croisant les déclarations officielles ukrainiennes (Zelensky, Shmyhal, Sybiha), les communiqués russes (Peskov, Lavrov, RIA Novosti, TASS) et les informations vérifiées sur les frappes, les négociations et les développements diplomatiques. Les faits sont présentés tels que rapportés par les sources, l’analyse et le commentaire sont clairement identifiés en italique.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique journalistique, pas un reportage factuel brut. Il mêle information vérifiée et analyse éditoriale. Les passages en italique représentent l’opinion personnelle du chroniqueur. Les faits sont distingués des interprétations. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires pour former son propre jugement.
Sources primaires
Al Jazeera – Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,445
Al Jazeera – Russia targets Ukraine’s energy as trilateral talks loom
Al Jazeera – US has given Ukraine and Russia June deadline to end war: Zelenskyy
Al Jazeera – Russia-Ukraine talks end with agreement on prisoner swap
Al Jazeera – Senior Russian officer shot in Moscow in apparent assassination attempt
Sources secondaires
TASS (Agence de presse russe) – Rapports sur les frappes dans la région de Belgorod
RIA Novosti – Annonce de la capture de Chuhunivka
Kommersant – Suivi de l’enquête sur l’attentat contre le général Alexeyev
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.