CHRONIQUE : La France devient les yeux de l’Ukraine dans une guerre que l’Amerique ne veut plus voir
La photo qui vaut mille discours
Le 7 janvier 2026, une image circule sur les reseaux. Kyrylo Budanov, chef du renseignement militaire ukrainien (HUR), pose aux cotes du general Langlade de Montgros. Derriere eux, le sarcophage de Napoleon Bonaparte aux Invalides, a Paris.
Le symbolisme n’est pas accidentel. Napoleon, le conquerant qui a defie l’Europe. Napoleon, qui a envahi la Russie et s’y est brise. Napoleon, dont le tombeau accueille aujourd’hui deux hommes qui combattent un autre empire.
Cette image me hante. Deux chefs du renseignement, l’un ukrainien, l’autre francais, debout devant le cercueil d’un homme qui a voulu faire plier le monde. L’histoire ne se repete pas, dit-on. Elle begaie. Et parfois, elle hurle.
Ce que les couloirs secrets racontent
La rencontre de Paris n’etait pas une simple poignee de main diplomatique. Budanov venait de negocier avec une delegation americaine sur les garanties de securite. Les discussions etaient, selon ses propres mots, fructueuses.
Mais la vraie reunion etait ailleurs. Dans les bureaux discrets de la DRM. La, on parle un langage different. On ne promet pas — on livre. On ne debat pas — on coordonne.
Le general de Montgros l’a dit sans detour : la cooperation entre la France et l’Ukraine est plus productive que celle entre l’Ukraine et certains autres pays. Il n’a pas nomme ces pays. Il n’en avait pas besoin.
La trahison americaine : Quand Washington coupe les yeux de Kyiv
Mars 2025 : le choc
Le 5 mars 2025. Une date gravee dans la memoire de l’etat-major ukrainien. Ce jour-la, l’administration Trump a suspendu le partage de renseignement avec l’Ukraine.
Du jour au lendemain, les ecrans se sont eteints. Les donnees satellites ont cesse d’affluer. Les avertissements sur les mouvements de troupes russes se sont tus. L’Ukraine combattait a l’aveugle.
Comment peut-on abandonner un allie en plein combat? Comment peut-on couper les yeux d’un homme qui se bat pour sa vie? La reponse est simple: on ne le peut pas, sauf si on a decide qu’il n’etait plus un allie. Sauf si sa vie importait moins que sa soumission.
Le chantage assume
La suspension n’etait pas une erreur. C’etait une strategie. Apres la rencontre houleuse entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky a la Maison-Blanche, l’administration americaine a voulu forcer l’Ukraine a negocier.
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a confirme la pause dans le soutien. Le mot pause. Comme si on mettait un film en attente. Comme si les bombes russes, elles aussi, allaient faire une pause.
Et pourtant, les missiles Shahed continuaient de s’abattre sur Kyiv. Les Iskander frappaient les infrastructures energetiques. Les civils mouraient dans le noir et le froid. Mais Washington faisait une pause.
Le prix de la soumission
Le renseignement a fini par reprendre. Apres que l’Ukraine a accepte un cessez-le-feu de 30 jours. Apres qu’elle s’est pliee.
Le message etait limpide : vos yeux nous appartiennent. Votre survie depend de notre bon vouloir. Vous combattrez comme nous le deciderons, ou vous ne combattrez pas du tout.
C’est dans ce vide que la France s’est engouffree.
L'arsenal invisible : Ce que la France voit depuis l'espace
CSO-3 : l’oeil souverain
Le 6 mars 2025, une fusee Ariane 6 s’arrachait du sol de Kourou. A son bord, le satellite CSO-3, troisieme et dernier element de la constellation Composante Spatiale Optique francaise.
Ce satellite n’est pas un gadget. C’est un oeil de resolution centimetrique capable de photographier de jour comme de nuit, en optique comme en infrarouge. Les mouvements de troupes russes. Les convois logistiques. Les positions d’artillerie. Tout.
Il y a quelque chose d’etrangement rassurant dans cette technologie froide et precise. Les satellites ne mentent pas. Ils ne font pas de politique. Ils voient, et ils transmettent. Dans un monde ou la verite est devenue une arme, ces yeux mecaniques sont peut-etre nos derniers temoins fiables.
CERES : les oreilles dans le ciel
Mais voir ne suffit pas. Il faut aussi ecouter. C’est la mission de CERES, la constellation francaise de renseignement electromagnetique. Trois satellites volant en formation, capables de localiser les systemes de communication au sol et en mer.
Chaque signal intercepte devient une cible potentielle. Chaque emission radio trahit une position. L’armee russe communique — et la France ecoute.
La fusion des donnees
L’entreprise Safran.AI a ete contractee pour fournir une plateforme de fusion de donnees au renseignement militaire ukrainien (GUR). Cette plateforme permet d’analyser les images satellites fournies par le systeme CSO.
Ce n’est plus une simple aide. C’est une integration. L’Ukraine ne recoit pas seulement des photos — elle recoit les outils pour les comprendre.
Catherine Vautrin a Kyiv : Les promesses et les preuves
La premiere visite
Le 7 fevrier 2026, Catherine Vautrin posait le pied sur le sol ukrainien pour la premiere fois depuis sa nomination en octobre dernier. Une visite attendue. Une visite chargee.
Elle a rencontre le president Zelensky. Elle a echange avec le ministre de la Defense Mykhailo Fedorov. Elle a visite des installations militaires. Et elle a promis.
Les promesses, dans cette guerre, sont une monnaie volatile. Combien ont ete faites et brisees? Combien d’engagements solennels se sont dissous dans les couloirs de Bruxelles ou de Washington? La vraie question n’est plus ce qu’on promet — c’est ce qu’on livre.
Ce que la France s’engage a fournir
La liste est concrete. Des radars modernises. Une cooperation dans la production de drones. Le maintien des engagements sur les chasseurs Rafale — jusqu’a 100 appareils selon l’accord signe en novembre 2025.
Et pourtant, sur la question des systemes de defense aerienne, Vautrin a reste plus evasive. La prudence diplomatique, sans doute. Ou la conscience que certaines promesses prennent du temps a se materialiser.
Les SAMP/T NG : une premiere mondiale
Mais il y a une promesse qui tient. L’Ukraine sera le premier pays au monde a deployer le SAMP/T NG, la nouvelle generation du systeme de defense antiaerienne franco-italien.
Huit systemes au total, chacun equipe de six lanceurs. Capables de contrer les avions, les missiles de croisiere et les missiles balistiques tactiques. Livraison prevue en 2026.
Le 22 decembre 2025, le systeme a passe avec succes son premier tir reel sur le champ de tir de Biscarrosse, dans le sud-ouest de la France. Le radar Ground Fire offre une couverture a 360 degres et une portee de surveillance de 400 kilometres.
L'Europe face a elle-meme : Le reveil force
La doctrine Trump : l’abandon programme
La Strategie de defense nationale 2026 americaine ne laisse aucune ambiguite. Les priorites sont claires : defendre le territoire americain, dissuader la Chine. L’Europe? Secondaire.
Le message de Washington est sans appel : les Europeens doivent se defendre eux-memes. L’engagement americain n’est plus inconditionnel. Il depend desormais du partage du fardeau, du developpement des capacites europeennes, du leadership regional.
Nous avons vecu pendant des decennies sous le parapluie americain. Confortablement. Paresseusement, peut-etre. Ce parapluie ne se ferme pas completement — pas encore. Mais il devient de plus en plus troue. Et la pluie de missiles russes n’attend pas.
Le plan « ReArm Europe »
Face a ce desengagement, les 27 leaders europeens ont endosse le plan ReArm Europe de la Commission europeenne. Ursula von der Leyen a parle d’un moment charniere pour le continent.
Les objectifs sont ambitieux. Lors du sommet de l’OTAN a La Haye, les allies europeens ont accepte la demande de Trump : 5% du PIB consacre a la defense et aux infrastructures de securite d’ici 2035. Dont 3,5% pour la defense proprement dite.
L’autonomie strategique francaise
La France n’a pas attendu ce reveil collectif. Sa vision spatiale 2025-2040 maintient l’autonomie des constellations souveraines : CSO pour l’observation optique, CERES pour le renseignement electromagnetique, Syracuse IV pour les communications securisees.
L’exploration d’architectures distribuees, incluant des orbites basses et des hybrides geo-meo, confirme une chose : Paris pense sur le long terme. Et ce long terme inclut un monde ou l’Amerique n’est plus le garant ultime.
Les chiffres de l'horreur : Ce que les satellites voient au sol
2514 civils tues en 2025
Les yeux dans le ciel voient tout. Y compris ce que les bombes laissent derriere elles.
En 2025, 2 514 civils ukrainiens ont ete tues et 12 142 blesses dans des violences liees a la guerre. Une hausse de 31% par rapport a 2024.
Depuis fevrier 2022, le bilan s’alourdit : au moins 14 383 morts civiles et 37 541 blesses documentes.
Les chiffres sont abstraits. Ils ne pleurent pas. Ils ne saignent pas. Derriere chaque unite, un nom. Une famille. Un avenir efface. 14 383 fois, quelqu’un n’est pas rentre a la maison.
Les deplaces : une nation en exil
En decembre 2025, 5,86 millions de refugies ukrainiens etaient recenses a travers le monde, dont 5,3 millions en Europe. A l’interieur de l’Ukraine, 3,7 millions de personnes restaient deplacees — dont 73% depuis plus de deux ans.
Pour 2026, les Nations Unies estiment que 10,8 millions de personnes a l’interieur de l’Ukraine, dont 2,2 millions d’enfants, auront besoin d’aide humanitaire. Le cout? 2,3 milliards de dollars.
L’hiver comme arme
Les frappes generalisees sur les infrastructures energetiques durant l’hiver 2025-2026 ont laisse des millions de personnes sans chauffage, eau ou electricite fiables, par des temperatures sous zero.
2,5 millions de familles deplacees n’ont toujours pas acces a un logement adequat. Le froid tue aussi. Silencieusement. Loin des cameras.
Les Rafale : la promesse du ciel
Jusqu’a 100 chasseurs
En novembre 2025, la France et l’Ukraine ont signe une lettre d’intention pour la livraison de jusqu’a 100 chasseurs Rafale. L’horizon? 2035.
Le Rafale n’est pas n’importe quel avion. C’est l’un des chasseurs les plus avances au monde, capable de missions air-air, air-sol et reconnaissance. Un game-changer potentiel dans le ciel ukrainien.
Dix ans. C’est long. C’est trop long, diront certains. Mais c’est aussi un engagement qui depasse l’immediat. C’est dire a l’Ukraine : nous pensons que tu seras encore la dans dix ans. Nous parions sur ta survie.
Les contraintes de production
La realite industrielle est implacable. Dassault produit actuellement 2 a 3 appareils par mois, avec un objectif de 5 par mois d’ici fin 2026. Les premieres livraisons pour l’Ukraine ne commenceraient pas avant trois ans apres signature d’un contrat ferme.
La lettre d’intention n’est pas encore un contrat. La route est longue. Mais la direction est prise.
Stock actif et production nouvelle
Paris a indique que l’Ukraine pourrait recevoir des appareils provenant a la fois du stock actif et de la production future. Cela pourrait accelerer les premieres livraisons — si la volonte politique suit.
Le renseignement comme arme decisive
Voir pour frapper
Dans la guerre moderne, le renseignement n’est pas un luxe. C’est la condition de survie.
Savoir ou se trouve l’ennemi, c’est pouvoir le frapper. Savoir ou il va frapper, c’est pouvoir se proteger. Sans renseignement, une armee moderne devient une masse aveugle exposee a l’annihilation.
La guerre d’Ukraine est une guerre de precision. Chaque missile HIMARS, chaque drone, chaque frappe d’artillerie depend d’une information. L’information, c’est la vie. Son absence, c’est la mort.
Ce que la France apporte
La contribution francaise est technique. Images satellites haute resolution. Interception des signaux electromagnetiques. Analyse des donnees par intelligence artificielle. Tout ce qui permet de comprendre le champ de bataille.
Un officiel du ministere francais de la Defense a decrit une grande partie de cette contribution comme du renseignement d’origine technique. La precision des termes cache une realite brutale : sans ces donnees, l’Ukraine serait a l’aveugle.
La discretion comme doctrine
Le general de Montgros l’a rappele : les questions de partage de renseignement ne sont pas souvent discutees publiquement. Le fait meme qu’il en parle signifie quelque chose.
Macron l’a mentionne deux fois — en 2023 et en janvier 2026. Chaque mention est un signal. A l’Ukraine : nous sommes la. A Washington : nous pouvons faire sans vous. A Moscou : nous voyons tout.
Les contradictions persistantes
Macron vs. les sources ukrainiennes
L’affirmation de Macron — la France fournit les deux tiers du renseignement ukrainien — a ete nuancee par certaines sources.
Reuters a note que cette declaration contredisait des propos de l’ancien chef du HUR en decembre, selon lesquels Washington restait le fournisseur principal. Le HUR actuel a refuse de commenter les remarques de Macron.
Et pourtant, le general de Montgros confirme la productivite de la cooperation. Quelqu’un dit vrai. Quelqu’un minimise. Ou peut-etre que la realite a change entre decembre et janvier.
Le renseignement est un monde de miroirs. Ce qui est dit publiquement n’est jamais toute la verite. Ce qui est tu est souvent l’essentiel. Dans ce jeu d’ombres, une chose est certaine : la France joue desormais un role que personne n’anticipait il y a deux ans.
L’elephant americain
Le Kyiv Independent a contacte l’agence de renseignement militaire ukrainienne pour confirmer que la France avait remplace les Etats-Unis comme principal fournisseur de renseignement. Aucune reponse n’a ete recue.
Ce silence est eloquent. L’Ukraine ne peut pas se permettre d’humilier publiquement Washington. Elle depend encore de l’aide americaine — celle qui reste, celle qui pourrait reprendre, celle qui est codifiee dans la loi de defense nationale incluant 400 millions de dollars pour l’USAI en 2026-2027.
La verite quelque part au milieu
La realite est probablement nuancee. La France est devenue un pilier essentiel. Les Etats-Unis restent importants, mais leur fiabilite est desormais questionnable. L’Ukraine diversifie ses sources — par necessite, pas par choix.
Conclusion : L'Europe comme dernier rempart
Ce que cette histoire nous dit
Quelque chose s’est brise dans l’ordre ancien. L’Amerique, gardienne autoproclamee du monde libre, regarde ailleurs. Vers la Chine. Vers ses frontieres. Vers elle-meme.
Dans ce vide, l’Europe doit se reinventer. Non pas comme satellite de Washington, mais comme puissance autonome. Capable de voir. Capable de defendre. Capable de tenir ses promesses.
La France, pour l’instant, montre la voie. Ses satellites veillent. Ses generaux coordonnent. Ses usines produisent. C’est insuffisant, bien sur. Une nation seule ne peut pas remplacer une superpuissance.
Mais c’est un debut. Un refus de l’impuissance. Une declaration simple : quand les grands abandonnent, les autres doivent se lever. L’Ukraine se bat pour sa survie. La France lui prete ses yeux. C’est peu. C’est beaucoup. C’est ce que l’histoire nous jugera avoir fait — ou pas.
La question qui reste
Demain, les missiles russes frapperont encore. Les enfants ukrainiens courront vers les abris. Les soldats tiendront leurs lignes. Et quelque part en orbite, un satellite francais photographiera le desastre avec une precision de quelques centimetres.
Voir ne suffit pas. Il faut agir. L’Europe a les moyens. A-t-elle la volonte?
C’est la question que cette guerre pose a chaque Europeen. Pas demain. Maintenant.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette chronique adopte une perspective clairement pro-ukrainienne et critique envers les decisions de l’administration Trump concernant le partage de renseignement. L’auteur considere que la defense de l’Ukraine est une question de principe democratique et de securite europeenne. La neutralite face a l’agression n’est pas consideree comme une position ethiquement tenable.
Methodologie et sources
Cet article s’appuie sur des sources publiques verifiables : declarations officielles du president Macron, du general Langlade de Montgros, et de la ministre Vautrin ; reportages de medias reconnus (Ukrinform, Kyiv Independent, Reuters, Al Jazeera) ; rapports des Nations Unies et du UNHCR ; communiques des ministeres francais et ukrainien de la Defense. Les chiffres de victimes proviennent des bilans de l’ONU.
Nature de l’analyse
Cette chronique combine faits verifies, analyse geopolitique et commentaire editorial. Les passages en italique representent les reflexions personnelles de l’auteur et sont clairement distingues de l’information factuelle. Les interpretations sont presentees comme telles et non comme des certitudes.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – Head of French military intelligence speaks about cooperation with Ukraine
Office of the President of Ukraine – Rencontre Zelensky-Vautrin
Kyiv Independent – France replaces US as main intelligence provider to Kyiv, Macron says
Ukranews – France takes over intelligence for Ukraine
UNN – Budanov met with the head of French military intelligence in Paris
Sources secondaires
Al Jazeera – US suspends intelligence sharing with Ukraine
CNN – Trump officials say US paused intelligence sharing with Ukraine
Militarnyi – France to deliver first SAMP/T NG to Ukraine in 2026
Euromaidan Press – Ukraine will be first country to deploy France’s newest air defense
CNN – Ukraine to buy up to 100 French fighter jets
Defence Matters – France claims the lead in Ukraine intelligence
Aerotime – Can France fill the US intelligence void for Ukraine?
UN Ukraine – Humanitarian partners aim to reach 4.1 million people in 2026
ECFR – What Trump’s National Defense Strategy means for Europe
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.