La premiere semaine du Mois de l’histoire des Noirs
Ce n’est pas un hasard. Quelques heures avant de publier cette video, Donald Trump avait signe une proclamation honorant le Mois de l’histoire des Noirs, reconnaissant les contributions des Americains noirs et affirmant que l’histoire noire « n’est pas distincte de l’histoire americaine ».
Puis, en pleine nuit, sur sa plateforme, il partage une video qui reduit le premier couple noir de la Maison-Blanche a des primates.
Le timing n’est pas une coincidence. C’est un message.
Dans le monde de Trump, les mots sont des decors. On prononce ce qu’il faut prononcer pour l’histoire officielle, puis on fait ce qu’on veut vraiment dans l’ombre. Une proclamation le jour. Une humiliation la nuit. C’est du theatre — et le public qu’il vise comprend parfaitement le script.
La video : ce qu’elle contenait vraiment
La video d’une minute faisait la promotion de theories du complot sur l’election de 2020. Des affirmations debunkees mille fois sur des machines a voter truquees. Des mensonges qui ont mene a l’insurrection du 6 janvier 2021.
Et tout a la fin, sans transition, sans explication : Barack et Michelle Obama, visages colles sur des corps de singes.
Comme un bonus. Une recompense pour ceux qui regardent jusqu’au bout.
La reaction initiale : Le silence assourdissant de la Maison-Blanche
La defense initiale de Karoline Leavitt
Quand les journalistes ont demande des explications, la secretaire de presse Karoline Leavitt a d’abord defendu le post. Sa reponse, mot pour mot : « C’est une video meme d’internet representant le president Trump comme le Roi de la Jungle et les democrates comme des personnages du Roi Lion. Arretez l’indignation fabriquee. »
Un petit probleme : il n’y a pas de singes dans Le Roi Lion. Il y a un mandrill, Rafiki. Pas des chimpanzes sur lesquels on aurait colle les visages des Obama.
La defense etait aussi grotesque que l’attaque.
J’ai relu la citation trois fois. « Personnages du Roi Lion. » On parle d’un film d’animation ou les animaux sont des lions, des hyenes, un phacochère. Pas des singes. L’excuse etait si mauvaise qu’elle revelait le mepris total — meme pas l’effort de mentir intelligemment.
Douze heures d’exposition
Pendant pres de 12 heures, l’image est restee en ligne. Visible. Partageable. Pendant que l’Amerique dormait, se reveillait, prenait son cafe.
Douze heures ou le president des Etats-Unis affichait une caricature raciste du type qui a alimente la suprematie blanche pendant deux siecles.
Puis, sous la pression — y compris de republicains — le post a ete supprime.
La Maison-Blanche a alors change de version : un membre du personnel avait « publie par erreur ».
Tim Scott : Quand un allie noir dit stop
Le senateur qui a ouvert les vannes
Tim Scott est le seul senateur noir republicain. Il est aussi l’un des allies les plus fideles de Trump. Il a fait campagne pour lui. Il l’a defendu contre des accusations de racisme. Il a ete son colistier potentiel.
Vendredi matin, Tim Scott a publie sur X : « Je prie pour que ce soit faux parce que c’est la chose la plus raciste que j’ai vue sortir de cette Maison-Blanche. Le president devrait la retirer. »
Il avait d’abord tente de joindre Trump en prive. Sans succes.
Tim Scott a mis sa carriere politique en jeu avec ces mots. Dans le monde MAGA, critiquer Trump publiquement equivaut a un suicide electoral. Et pourtant. Meme le gardien le plus fidele a une limite. Meme lui n’a pas pu avaler ca.
Les autres republicains suivent
La declaration de Scott a ouvert une breche. D’autres republicains, d’habitude muets face aux exces de Trump, ont parle :
Le senateur John Curtis (Utah) : « C’est ouvertement raciste et inexcusable. Ca n’aurait jamais du etre publie ni rester en ligne si longtemps. »
La senatrice Katie Britt (Alabama) : « Ca n’aurait jamais du etre publie. Ce n’est pas ce que nous sommes en tant que nation. »
Le representant Brian Fitzpatrick (Pennsylvanie) a exige « des excuses claires et sans equivoque » de la part de Trump.
Et pourtant, meme cette vague de condamnations republicaines — inhabituelle, presque historique — n’a pas change la reponse de Trump.
Trump : "Je n'ai pas fait d'erreur"
Le refus d’excuses
Vendredi soir, a bord d’Air Force One, des journalistes ont demande a Trump s’il s’excuserait.
Sa reponse : « Je n’ai pas fait d’erreur. »
Il a affirme n’avoir pas vu la fin de la video avant qu’elle soit publiee. Il a dit que « bien sur » il condamnait les parties racistes. Mais des excuses? Jamais.
Meme apres avoir supprime le post. Meme apres que son propre parti l’a critique. Meme apres que la Maison-Blanche a blame un employe.
Pas d’excuses.
C’est la que tout devient clair. Trump ne peut pas s’excuser parce que s’excuser admettrait qu’il a fait quelque chose de mal. Et dans son univers, il ne fait jamais rien de mal. Le narcissisme n’est pas un trait de caractere — c’est une architecture mentale. Il est litteralement incapable de prononcer les mots « je suis desole ».
L’excuse du « je n’ai pas vu »
Trump dit qu’il n’a vu que le debut de la video — la partie sur l’election de 2020. Pas la fin avec les Obama en singes.
Admettons.
Cela signifie que le president des Etats-Unis partage des contenus sur ses reseaux sociaux sans les regarder en entier. Que n’importe qui peut glisser n’importe quoi dans une video, et si ca passe les premieres secondes, ca sera publie au nom du president.
C’est cense etre une defense. C’est en fait un aveu d’incompetence.
L'histoire derriere l'image : Deux siecles de deshumanisation
Les origines d’un trope raciste
Comparer les personnes noires a des singes n’est pas une insulte ordinaire. C’est une arme de deshumanisation systematique utilisee depuis l’ere de l’esclavage.
Les pseudoscientifiques du XIXe siecle ont construit des theories entieres sur la pretendue proximite entre Africains et primates. Ces theories ont justifie l’esclavage — si les Noirs sont plus proches des animaux que des humains, alors les enchainer est acceptable.
Apres l’abolition, ces images ont justifie les lynchages. Puis les lois Jim Crow. Les cartes postales, les objets de decoration, les caricatures de journaux : tous representaient les Noirs comme des singes, des sauvages, des sous-humains.
Ce n’est pas de l’histoire ancienne. C’est le present. Quand un president partage cette imagerie en 2026, il ne « fait pas une blague ». Il reactive un code. Il dit a une partie de son electorat : « Je suis avec vous. Je les vois comme vous les voyez. » C’est un clin d’oeil a ceux qui comprennent.
Le zoo du Bronx, 1906
Ota Benga avait environ 23 ans. Il etait pygmee, du Congo. En 1906, le zoo du Bronx l’a expose dans la maison des singes. Des panneaux indiquaient son age et son poids, comme pour les autres animaux.
Des dizaines de milliers de personnes sont venues le regarder. Certains lui jetaient des cacahuetes.
Dix ans plus tard, Ota Benga s’est suicide.
Cent vingt ans apres, le president des Etats-Unis partage une video ou le premier president noir du pays apparait comme un singe.
Le cercle n’est pas brise. Il continue.
La reponse des Obama : L'art du non-dit
Le message du vendredi soir
Vendredi soir, pendant que l’Amerique debattait de la video, pendant que les republicains condamnaient, pendant que Trump refusait de s’excuser, Barack Obama a publie sur X :
« A tous les athletes representant Team USA : je suis si fier de vous. »
Michelle Obama a suivi avec son propre message : « Bonne chance a tous les extraordinaires athletes representant Team USA aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver! Ca a ete si inspirant de suivre vos parcours vers la scene mondiale, et nous vous encouragerons pendant que vous competitionnez en Italie. »
Pas un mot sur Trump. Pas un mot sur la video. Pas un mot sur le racisme.
C’est du genie. Et c’est du courage. La reaction naturelle face a une attaque aussi personnelle, aussi degradante, serait la colere. L’indignation. La contre-attaque. Les Obama ont choisi autre chose : ils ont choisi de ne pas donner a Trump ce qu’il voulait — une reaction. Ils ont choisi l’elevation au lieu de la descente.
La strategie du silence
Comme l’a note le journaliste Ahmed Hussein : « Au lieu de se laisser entrainer dans la provocation de Trump, Obama a choisi la dignite plutot que la distraction. » En publiant ce message sur Team USA, Obama « a redirige le moment vers l’unite et la fierte« .
C’est une strategie que les Obama ont perfectionnee au fil des annees. Quand Trump accusait Obama de « trahison » en juillet 2025, le porte-parole d’Obama avait repondu : « Par respect pour la fonction presidentielle, notre bureau ne repond normalement pas aux absurdites et desinformations constantes qui sortent de cette Maison-Blanche. »
Mais cette fois, meme cette declaration etait absente. Juste le silence.
Ce que le silence dit vraiment
Le refus de jouer le jeu
Trump opere sur un modele simple : provocation → reaction → attention → victimisation. Il dit quelque chose d’outrageant. Les gens reagissent. Les medias couvrent. Trump se presente comme la victime de l’indignation « fabriquee ».
En ne reagissant pas, les Obama ont court-circuite le systeme.
Trump voulait une guerre de mots. Il a obtenu le vide. Il voulait les faire descendre a son niveau. Ils sont restes sur le leur.
Et pourtant, leur silence n’est pas de l’indifference. C’est un statement. C’est dire : « Tu n’es pas digne de ma colere. Tu n’es pas digne de mon attention. Tu n’es pas digne de mes mots. »
Il y a quelque chose de profondement subversif dans ce choix. Trump detient le pouvoir. Il est president. Il a l’armee, les agences, les medias a sa disposition. Et pourtant, face a deux anciens occupants de la Maison-Blanche qui parlent de ski et de patinage artistique, il est impuissant. Ils lui ont vole son moment. Ils ont refuse de lui donner le conflit qu’il cherche.
La dignite comme resistance
Dans la tradition afro-americaine, la dignite face a l’oppression est une forme de resistance. De Rosa Parks qui reste assise calmement a John Lewis qui marche sans violence face aux matraques, le refus de se rabaisser au niveau de l’agresseur est une strategie historique.
Les Obama s’inscrivent dans cette lignee.
Repondre a Trump aurait ete facile. Condamner, s’indigner, exiger. Mais ca aurait aussi ete jouer son jeu, sur son terrain, avec ses regles.
Le silence dit : « Je refuse tes termes.«
Les allies noirs de Trump : Le dilemme impossible
Comment defendre l’indefendable?
Pour les Americains noirs qui soutiennent Trump, cette video pose un probleme existentiel. Comment continuer a defendre quelqu’un qui partage des images qui deshumanisent les personnes noires?
Certains, comme Tim Scott, ont rompu — au moins temporairement. D’autres sont restes silencieux. D’autres encore ont tente des defenses contorsionnees.
Mais la question demeure : si ce n’est pas ca la ligne rouge, qu’est-ce qui l’est?
Je pense aux jeunes Noirs qui ont soutenu Trump, convaincus qu’il etait « different », qu’il allait « vraiment faire quelque chose pour la communaute ». Qu’est-ce qu’ils ressentent ce matin? Comment reconcilier le soutien a un homme qui partage des images qui auraient ete familières aux segregationnistes des annees 50?
Le cout du silence
Pour ceux qui n’ont pas condamne, le silence a un prix. Chaque absence de reaction est notee. Chaque excuse tacite est enregistree.
L’histoire jugera. Elle juge toujours.
Et quand les livres d’histoire raconteront cette semaine de fevrier 2026, ils noteront qui a parle et qui s’est tu.
L'Amerique face a elle-meme
Ce que revele cet episode
Cette histoire ne parle pas seulement de Trump. Elle parle de l’Amerique.
Elle parle d’un pays ou un president peut partager une imagerie raciste du XIXe siecle et rester au pouvoir. Ou les excuses sont optionnelles. Ou « je n’ai pas fait d’erreur » est une reponse acceptable.
Elle parle d’un pays ou la moitie de la population votera peut-etre a nouveau pour cet homme, cette image incluse dans son bilan.
Elle parle de ce qui est tolere. Ce qui est normalise. Ce qui est acceptable.
On peut mesurer la sante morale d’une societe a ce qu’elle refuse de tolerer. Si la reponse a une video representant un ancien president comme un singe est un haussement d’epaules collectif, alors qu’est-ce que ca dit sur nous? Sur notre capacite a etre choques? Sur notre humanite commune?
Le precedent qu’on etablit
Chaque fois qu’une transgression n’est pas punie, elle devient la nouvelle norme. Chaque fois qu’une ligne rouge est franchie sans consequences, elle cesse d’etre une ligne rouge.
Trump a appris, au fil des annees, qu’il n’y a pas de limites. Que tout peut etre dit, partage, fait. Que les excuses sont pour les faibles. Que le pouvoir signifie ne jamais avoir a dire qu’on est desole.
Et nous, en le tolerant, nous enseignons a la prochaine generation que c’est ainsi que fonctionne le monde.
Conclusion : Le choix de la lumiere
Deux visions de l’Amerique
D’un cote, un president qui partage des images deshumanisantes en plein Mois de l’histoire des Noirs, qui refuse de s’excuser, qui dit « je n’ai pas fait d’erreur« .
De l’autre, un couple qui repond en encourageant des athletes, en parlant de fierte nationale, en refusant de descendre dans la boue.
Deux Ameriques. Deux visions. Deux choix.
L’une qui tire vers le bas, vers les instincts les plus vils, vers la deshumanisation et la haine.
L’autre qui tire vers le haut, vers la dignite, vers la lumiere.
A la fin, ce n’est pas Trump qui definira l’heritage des Obama. Ce sont leurs propres choix. Leur propre comportement. Leur propre dignite. Et cette semaine, face a l’attaque la plus explicitement raciste qu’un president en exercice ait jamais dirigee contre un predecesseur, ils ont choisi l’elevation. Ils ont choisi de ne pas lui donner le pouvoir de les diminuer. Ils ont choisi d’etre exactement ce qu’ils ont toujours ete : au-dessus. Et ca, Trump ne peut pas le leur enlever. Personne ne le peut.
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette chronique condamne sans ambiguite le partage d’imagerie raciste par le president Trump. Comparer des personnes noires a des singes s’inscrit dans une tradition historique de deshumanisation qui a justifie l’esclavage, les lynchages et la segregation. Il n’y a pas de « deux cotes » a ce debat. Le racisme n’est pas une opinion politique — c’est une atteinte a la dignite humaine.
Methodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur les reportages de CNN, NBC News, ABC News, Axios, Newsweek, The Washington Post, NPR, Al Jazeera, CBS News et CNBC. Les citations de Tim Scott, Karoline Leavitt, Donald Trump et les Obama sont tirees de ces sources. Le contexte historique sur l’imagerie raciste provient de The Conversation, du Jim Crow Museum et de Psychological Science.
Nature de l’analyse
Cette chronique combine reportage factuel et analyse editoriale. Les faits rapportes sont verifies aupres de multiples sources. Les interpretations et opinions sont clairement identifiees comme telles, notamment dans les passages en italique.
Sources
Sources primaires
– Newsweek : « Obamas Ignore Trump Ape Post in First Comments Since Backlash »
– CNN Politics : « Trump won’t apologize for sharing since-deleted racist video depicting Obamas as apes on Truth Social »
– NBC News : « Trump says he won’t apologize for racist post depicting the Obamas as apes »
– Axios : « Tim Scott says Trump post ‘most racist thing I’ve seen’ from this White House »
– ABC News : « Trump says he didn’t see full racist video before it was posted, says he won’t apologize »
Sources secondaires
– The Conversation : « Comparing black people to monkeys has a long, dark simian history »
– Jim Crow Museum, Ferris State University : Documentation sur l’imagerie raciste historique
– American Psychological Association : Etudes sur le trope raciste singe/personnes noires
– Al Jazeera : « Republicans condemn racist Trump video post depicting Obamas as apes »
– NPR : « Trump refuses to apologize after posting racist meme of the Obamas »
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.