Mar-a-Lago, terrain de chasse
Donald Trump et Jeffrey Epstein se sont rencontrés à la fin des années 1980. En 1990, Epstein achète un manoir à trois kilomètres de Mar-a-Lago, la propriété que Trump avait acquise cinq ans plus tôt. Ce n’est pas une coïncidence géographique. C’est un voisinage choisi. Les deux hommes vont socialiser régulièrement pendant plus d’une décennie. Des fêtes. Des soirées. Des apparitions communes devant les caméras.
En 1992, Trump invite NBC à filmer une soirée qu’il organise à Mar-a-Lago pour lui-même et Epstein, en compagnie de cheerleaders de la NFL. Dans la vidéo, on voit Trump murmurer à l’oreille d’Epstein. Ce qu’ils se disent, personne ne le sait. Mais l’image reste. En 1997, les deux hommes sont photographiés ensemble lors d’un événement Victoria’s Secret Angels à New York. En 2000, Trump et Melania posent aux côtés d’Epstein et de Ghislaine Maxwell. Les carnets de vol confirment que Trump a voyagé plusieurs fois sur le jet privé d’Epstein dans les années 1990.
On ne choisit pas ses voisins par hasard quand on possède des millions. On ne pose pas devant les photographes avec quelqu’un qu’on méprise. Et on ne monte pas dans l’avion privé d’un inconnu. Ces images ne prouvent pas de crimes. Mais elles documentent une proximité que des décennies de dénégations n’effaceront jamais.
Les mots qui ne s’effacent pas
En 2002, Donald Trump déclare au New York Magazine à propos d’Epstein: « C’est un gars formidable. Je le connais depuis 15 ans. C’est très agréable d’être avec lui. On dit même qu’il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup d’entre elles sont du côté plus jeune. » Cette citation est authentique. Elle est vérifiable. Elle a été publiée des années avant que quiconque ne soupçonne l’ampleur des crimes d’Epstein. Trump savait. Ou du moins, il avait remarqué. Et il trouvait cela « formidable ».
Le nom de Trump figure dans le « black book » d’Epstein, ce carnet de contacts partiellement expurgé qui contient les coordonnées de ceux qui gravitaient dans son orbite. Et pourtant, pendant des années, Trump a prétendu à peine connaître Epstein. Une connaissance lointaine. Un visage dans la foule. Les documents racontent une autre histoire. Une histoire de quinze ans d’amitié documentée, photographiée, filmée, citée dans la presse.
La rupture : mythe fondateur ou réalité commode ?
La version officielle
Selon la version Trump, il aurait banni Epstein de Mar-a-Lago vers 2004 après que ce dernier se soit comporté de manière inappropriée avec la fille adolescente d’un membre du club. Cette rupture est présentée comme la preuve de la rectitude morale de Trump. Il aurait vu le mal et agi. Il aurait protégé une enfant. Fin de l’histoire.
Mais cette version soulève plus de questions qu’elle n’en résout. Si Trump savait qu’Epstein s’intéressait aux « très jeunes » dès 2002, pourquoi a-t-il fallu attendre deux ans de plus pour agir? Si le comportement d’Epstein était suffisamment grave pour justifier une expulsion, pourquoi aucun signalement aux autorités? Pourquoi n’y a-t-il aucune trace documentée de cette exclusion? Les témoignages directs sont rares. Les preuves, inexistantes. Ce qui reste, c’est une histoire pratique qui permet de tracer une ligne nette entre « avant » et « après ».
Bannir quelqu’un de son club privé n’est pas un acte de courage quand on garde le silence sur ses crimes. C’est un calcul. Une gestion de risque. La différence entre protéger les enfants et protéger sa réputation se mesure en appels téléphoniques jamais passés à la police.
Ce que les documents révèlent
Les trois millions de pages publiées en janvier 2026 ne contiennent aucune preuve que Trump ait commis des crimes aux côtés d’Epstein. Todd Blanche l’a souligné: dans aucune des communications, même lorsqu’Epstein cherchait à dénigrer Trump, ce dernier n’a suggéré que le président avait fait quoi que ce soit de criminel. C’est vrai. Mais l’absence de preuve dans les archives d’un criminel n’est pas une absolution. C’est un silence. Et les silences, dans ce dossier, sont devenus assourdissants.
Les documents contiennent également des références à des allégations de trafic sexuel, d’actes sexuels contraints impliquant des mineures, et de soirées organisées liées à Epstein et ses associés entre les années 1980 et le milieu des années 2000. Ces allégations proviennent de sources variées, dont beaucoup n’ont pu être corroborées. Mais elles témoignent d’un pattern. D’un écosystème. D’un réseau où les puissants circulaient librement pendant que des enfants étaient exploitées.
Les victimes : visages effacés, douleurs éternelles
Celles qu’on a oubliées de protéger
Le FBI a compilé des rapports sur 34 mineures confirmées éligibles à des réparations. Ce chiffre a ensuite été porté à 40 dans l’accord de non-poursuite. Mais l’enquête de Julie Brown pour le Miami Herald en 2018 a identifié 80 victimes et en a localisé environ 60. Les documents judiciaires mentionnent des allégations selon lesquelles des triplées de 12 ans auraient été acheminées par avion depuis la France pour l’anniversaire d’Epstein, puis renvoyées le lendemain après avoir été abusées.
Un procès allègue qu’Epstein a dirigé un réseau de trafic sexuel pendant plus de deux décennies, jusqu’en 2018, impliquant des enfants âgées d’à peine 11 ans sur ses îles des Caraïbes. Des enfants. Onze ans. Sur des îles privées où des hommes riches et puissants venaient se « divertir ». Chaque chiffre représente une vie brisée. Chaque statistique cache un visage. Et pendant des décennies, ce système a fonctionné en pleine lumière.
Quand on parle de « 34 mineures confirmées », on oublie que derrière ce chiffre se trouvent 34 enfances volées. 34 nuits de terreur. 34 matins où se réveiller signifiait se souvenir. Et quelque part, dans les salons de Mar-a-Lago, les fêtes continuaient.
La trahison ultime : noms exposés, victimes doublement punies
Le Département de la Justice avait promis de protéger l’identité des victimes. Il a échoué. Des avocats représentant des centaines de survivantes d’Epstein ont informé ABC News que les noms et informations personnelles de nombreuses victimes apparaissent non expurgés dans la dernière divulgation, incluant plusieurs femmes dont les noms n’avaient jamais été publiquement associés à l’affaire. Au moins 31 personnes victimisées alors qu’elles étaient mineures ont vu leur identité exposée.
Le ministère a également publié des dizaines d’images de nus non expurgées montrant de jeunes femmes ou possiblement des adolescentes, visages visibles. Ces images ont été largement retirées après que le New York Times a commencé à alerter le département. Une groupe de survivantes a déclaré: « Cette dernière publication est présentée comme de la transparence, mais ce qu’elle fait réellement, c’est exposer les survivantes. Une fois de plus, nos noms et informations sont exposés, tandis que les hommes qui nous ont abusées restent cachés et protégés. »
Deux systèmes de justice : la fracture qui ne guérit pas
L’accord de 2008 : anatomie d’une impunité
En 2008, le procureur fédéral Alex Acosta a négocié ce qui est désormais connu comme le « sweetheart deal », l’accord en sucre. Jeffrey Epstein, accusé de crimes sexuels fédéraux impliquant des dizaines de mineures, a plaidé coupable à des charges d’État mineures. Il a été condamné à 18 mois de prison de comté. Il a obtenu le droit de quitter sa cellule 12 heures par jour, six jours par semaine, pour « travailler ». L’accord incluait une clause d’immunité pour Epstein, quatre co-conspirateurs nommés, et « tout co-conspirateur potentiel ».
Imaginez un instant qu’un homme ordinaire soit accusé d’avoir abusé de 40 enfants. Imaginez les charges. La couverture médiatique. La peine. Maintenant, comparez avec les 13 mois effectivement purgés par Epstein, ses sorties quotidiennes, son retour à la vie normale. La différence entre ces deux scénarios porte un nom: richesse. La différence s’appelle connexions. La différence, c’est un système qui plie pour ceux qui peuvent payer.
L’accord de 2008 n’était pas une erreur judiciaire. C’était un message. Un message adressé à toutes les victimes présentes et futures: votre souffrance compte moins que sa fortune. Votre témoignage pèse moins lourd que ses avocats. Votre enfance volée vaut moins qu’une poignée de main entre hommes puissants.
La persistance du privilège
La plupart des Américains comprennent qu’il existe effectivement deux systèmes de justice dans ce pays. Un pour les gens ordinaires. Un pour ceux qui gravitent suffisamment près de l’argent, du pouvoir, des donateurs, des agences de renseignement et des institutions pour que la responsabilité devienne négociable. La richesse d’Epstein, ses connexions politiques, ses réseaux sociaux illustrent comment les élites sont isolées des conséquences légales.
Et pourtant, nous continuons de prétendre que la justice est aveugle. Nous continuons de promettre aux enfants que les méchants finissent toujours par payer. Les procureurs, les juges, les avocats de la défense ne sont pas des acteurs neutres. Ce sont des professionnels immergés dans les mêmes réseaux de statut et d’influence qui ont protégé Epstein. Le système n’a pas échoué à fonctionner. Il a fonctionné exactement comme il était conçu pour fonctionner.
L'allégation « Jane Doe » : le fantôme qui ne s'efface pas
Une plainte déposée, retirée, jamais oubliée
En avril 2016, une femme utilisant le pseudonyme « Katie Johnson » a déposé une plainte en Californie accusant Donald Trump et Jeffrey Epstein de l’avoir violée de manière répétée alors qu’elle avait 13 ans, lors de soirées sexuelles pour mineurs à la résidence d’Epstein à Manhattan en 1994. Une deuxième version a été déposée à New York en juin par la même femme sous le nom de « Jane Doe », alléguant des viols et agressions sexuelles lors de quatre soirées en 1994.
Un témoin, également sous pseudonyme — « Tiffany Doe » — a déclaré avoir recruté « Jane Doe » et d’autres. Dans sa déclaration, Tiffany Doe affirme avoir été témoin de quatre rencontres sexuelles où Jane Doe a été forcée d’avoir des relations avec Trump, et de deux rencontres impliquant la plaignante et Epstein. La plainte a été rejetée. En novembre 2016, juste avant les élections, Jane Doe devait apparaître à une conférence de presse. Elle a annulé brutalement. Son avocate Lisa Bloom a déclaré qu’elle avait reçu de multiples menaces.
On peut rejeter une plainte. On ne peut pas effacer les mots qu’elle contenait. On peut menacer une victime jusqu’à ce qu’elle se taise. On ne peut pas faire disparaître la question: et si elle disait la vérité? Cette question ne mourra jamais. Elle attend, quelque part, dans le silence de celles qui n’osent plus parler.
L’impossible procès de la mémoire
Les documents judiciaires de cette affaire sont authentiques. Ils ne proviennent pas des fichiers déclassifiés cette semaine. Ils viennent d’une procédure judiciaire abandonnée il y a plus de sept ans. Trump nie catégoriquement ces allégations. Il n’a jamais été accusé par les forces de l’ordre d’aucun méfait lié à Epstein. Ses avocats soulignent qu’Epstein lui-même n’a jamais accusé Trump de quoi que ce soit de criminel.
Mais l’absence de condamnation n’est pas l’innocence. C’est simplement l’absence de condamnation. Des millions de victimes d’agressions sexuelles ne voient jamais leurs agresseurs poursuivis. Des millions de plaintes ne mènent jamais à un procès. Le système n’est pas conçu pour croire les victimes. Il est conçu pour exiger des preuves au-delà du doute raisonnable. Et quand l’accusé est l’homme le plus puissant du monde, ce doute devient un océan infranchissable.
Les partisans de Trump face au miroir
Le silence qui en dit long
Un sondage NBC News Decision Desk, réalisé du 20 novembre au 8 décembre 2025, a révélé que 71 % des Américains désapprouvent la façon dont Trump a géré les fichiers Epstein. Ce chiffre inclut 27 % des partisans autoproclamés du mouvement « Make America Great Again ». Plus d’un quart de sa propre base. Pas une majorité, mais une fissure. Une fissure qui ne cesse de s’élargir.
Trump a qualifié certains de ses partisans de « stupides » et « insensés » pour leurs appels persistants à divulguer les détails des fichiers Epstein. Pourtant, même après ces insultes, des figures MAGA prominentes et des républicains du Congrès continuent d’exiger des réponses. La représentante Marjorie Taylor Greene de Géorgie a démissionné de la Chambre le 5 janvier après que Trump l’a attaquée à répétition pour son lobbying en faveur de la publication des fichiers.
Quand un mouvement politique doit choisir entre la vérité et la loyauté, il révèle ce qu’il est vraiment. Les partisans qui continuent de demander des réponses honorent ce que leur mouvement prétendait représenter. Ceux qui se taisent ont fait leur choix. L’histoire retiendra les deux.
La défense qui s’essouffle
L’influenceur pro-Trump Joey Mannarino a posté sur X: « Être dans les fichiers Epstein ne signifie pas que vous êtes un pédophile. Epstein était membre de Mar-a-Lago pendant des années jusqu’à ce que Trump le mette dehors. » C’est la ligne de défense. Être mentionné n’est pas être coupable. Avoir connu quelqu’un n’est pas avoir participé à ses crimes. C’est techniquement vrai.
Mais la question n’a jamais été uniquement juridique. Elle est morale. Elle concerne le caractère. Et comme le souligne l’éditorial de Newsweek, le scandale Epstein attaque le dernier compartiment défendable que les partisans pouvaient maintenir. Il frappe là où les excuses ne fonctionnent plus. Quand le scandale arrive à cette échelle, la fatigue remplace la loyauté. Le silence remplace la défense.
L'Europe qui tremble, l'Amérique qui dort
Des conséquences asymétriques
En Europe, les révélations des fichiers Epstein ont provoqué des tremblements de terre politiques. Des carrières détruites. Des enquêtes ouvertes. Des démissions. Aux États-Unis, le président mentionné mille fois dans les documents reste au pouvoir. Continue de gouverner. Continue de nommer des juges. Continue de façonner l’avenir du pays. La différence n’est pas dans la gravité des révélations. Elle est dans la capacité d’indignation des sociétés.
Pourquoi cette asymétrie? Peut-être parce que l’Amérique a développé une tolérance aux scandales qui serait impensable ailleurs. Peut-être parce que la polarisation politique a transformé chaque révélation en arme partisane plutôt qu’en appel à la justice. Peut-être parce que quand tout devient politique, plus rien n’est moral. Les crimes deviennent des opinions. Les victimes deviennent des pions. Et les coupables deviennent des martyrs de l’opposition.
Une démocratie qui ne peut plus s’indigner est une démocratie qui a cessé de fonctionner. Pas parce que ses institutions ont disparu, mais parce que son âme s’est éteinte. Quand protéger des enfants devient une question partisane, nous avons perdu bien plus qu’une élection. Nous avons perdu ce qui nous rendait humains.
Le test de caractère qui ne finit jamais
L’éditorial de Newsweek pose une question centrale: cette saga ne se terminera pas par un règlement de comptes cinématographique. Il n’y aura pas de moment unique où la justice sera proprement rendue et où tout le monde acceptera de passer à autre chose. Ce qui arrivera sera plus silencieux et plus troublant. Les justifications finiront par s’épuiser. Les silences deviendront plus forts. L’inconfort se répandra.
C’est là le véritable enjeu. Pas une condamnation. Pas une destitution. Mais un effritement lent de la capacité à défendre l’indéfendable. Une érosion graduelle des excuses. Un moment où même les plus fidèles partisans baisseront les yeux plutôt que de répéter les mêmes arguments. Ce moment ne viendra peut-être pas demain. Mais il viendra. Parce que certaines vérités sont trop lourdes pour être portées éternellement.
Ce que les documents disent vraiment
Les faits vérifiables
Trump a socialisé fréquemment avec Epstein pendant plus d’une décennie. C’est documenté. Trump a voyagé sur l’avion privé d’Epstein. Les carnets de vol le confirment. Trump a publiquement loué Epstein en 2002, mentionnant son goût pour les femmes « du côté plus jeune ». La citation existe. Trump figure dans le carnet d’adresses d’Epstein. C’est vérifiable. Trump est mentionné plus de mille fois dans les documents publiés par le DOJ. C’est comptabilisé.
Ces faits ne prouvent pas que Trump a commis des crimes. Ils prouvent qu’il gravitait dans l’orbite d’un prédateur sexuel en série pendant les années où ce prédateur opérait librement. Ils prouvent qu’il savait, ou du moins soupçonnait, les préférences d’Epstein. Ils prouvent qu’il a choisi de maintenir cette relation pendant des années. La question n’est pas « est-il légalement coupable? ». La question est: « est-ce que cela compte? »
Dans un monde juste, la proximité prolongée avec un trafiquant d’enfants disqualifierait quiconque de la plus haute fonction. Dans notre monde, c’est devenu une question de perspective politique. Les enfants violées sont devenues un sujet de débat partisan. C’est peut-être le plus grand crime de tous: avoir rendu l’innommable ordinaire.
Ce qui reste dans l’ombre
Des millions de pages restent non publiées. Des témoignages scellés. Des noms expurgés. Des vidéos jamais diffusées. La survivante Liz Stein a déclaré qu’elle et d’autres victimes « ne s’arrêteront pas » de se battre pour que les trois millions de fichiers restants soient rendus publics. Pourquoi ce combat? Parce que la vérité partielle est parfois pire que pas de vérité du tout. Elle permet aux coupables de se cacher dans les zones d’ombre. Elle permet aux puissants de dire: « Vous voyez? Mon nom n’apparaît pas. »
La transparence sélective est une forme de mensonge. Quand le gouvernement décide quoi montrer et quoi cacher, il ne fait pas de la transparence. Il fait de la gestion narrative. Il contrôle l’histoire qu’on peut raconter. Et dans cette histoire contrôlée, certains resteront à jamais protégés. Non pas parce qu’ils sont innocents. Mais parce que personne n’aura jamais accès aux preuves de leur culpabilité.
La question qui ne mourra jamais
Le poids de l’incertitude
Nous ne saurons peut-être jamais avec certitude ce que Donald Trump a fait ou n’a pas fait aux côtés de Jeffrey Epstein. Les témoins sont morts, effrayés ou achetés. Les documents sont incomplets, expurgés ou détruits. Les victimes ont été réduites au silence par des accords de confidentialité, des menaces ou l’épuisement. Ce qui reste, c’est un malaise permanent. Une question sans réponse qui planera sur chaque décision, chaque discours, chaque sourire présidentiel.
Cette incertitude n’est pas un hasard. Elle est le produit d’un système conçu pour protéger les puissants. Chaque document détruit, chaque témoin intimidé, chaque victime réduite au silence a contribué à créer ce brouillard. Et maintenant, nous devons vivre avec. Nous devons regarder le leader du monde libre en sachant que quelque part, dans les archives scellées, se trouvent peut-être les réponses aux questions que personne n’ose poser.
L’incertitude est une arme. Elle permet de dire: « Ce n’est pas prouvé ». Elle permet de continuer comme si de rien n’était. Mais l’incertitude pèse aussi. Elle s’accumule. Et un jour, le poids devient insupportable. Ce jour approche. Lentement, mais inexorablement.
Ce qu’on exige d’une société civilisée
Une société civilisée ne demande pas à ses citoyens de prouver que leur leader n’a pas participé au viol d’enfants. Elle exige de ses leaders qu’ils démontrent leur distance avec ceux qui le font. Elle n’accepte pas « je ne me souviens pas » comme réponse à des questions sur des crimes contre des mineurs. Elle ne laisse pas des milliardaires négocier leur peine comme on négocie un contrat commercial.
Nous avons collectivement échoué à ce test. Pas seulement en élisant Trump. Pas seulement en permettant l’accord de 2008. Mais en acceptant que ce scandale devienne un bruit de fond. Une actualité parmi d’autres. Un sujet de tweets rageurs plutôt qu’un appel à l’action. Les victimes méritaient mieux. Les enfants qui viendront après méritent mieux. Et nous méritons de nous regarder dans le miroir sans baisser les yeux.
Conclusion : L'impossible fin
Pas de rédemption facile
Il n’y aura pas de fin propre à cette histoire. Pas de générique qui défile pendant que les méchants sont emmenés en prison. Pas de conférence de presse où le président admet ses torts et demande pardon. Ce qui nous attend est plus banal et plus terrible: l’usure lente de la vérité. La normalisation progressive de l’inacceptable. L’oubli comme stratégie de survie collective.
Mais l’oubli n’est pas la paix. C’est un refoulement. Et ce qui est refoulé finit toujours par ressurgir. Dans dix ans, dans vingt ans, quand les archives seront enfin complètement ouvertes, quand les témoins encore vivants auront décidé de parler, quand les historiens pourront enfin assembler toutes les pièces du puzzle, cette histoire sera racontée à nouveau. Et ceux qui auront choisi le silence devront expliquer pourquoi.
L’histoire ne pardonne pas aux témoins silencieux. Elle ne comprend pas les calculs politiques. Elle ne s’intéresse pas aux sondages d’opinion. Elle demande simplement: qu’avez-vous fait quand vous saviez? Qu’avez-vous dit quand vous pouviez parler? Qu’avez-vous choisi quand vous pouviez choisir? Ces questions attendent chacun d’entre nous.
Ce qui reste quand tout s’efface
Quelque part, une femme qui avait treize ans en 1994 vit avec des souvenirs qu’elle ne peut pas effacer. Quelque part, une survivante regarde les informations et voit son agresseur présumé diriger le monde libre. Quelque part, une mère tient sa fille un peu plus fort en se demandant si le système protégera son enfant mieux qu’il n’a protégé les autres. Ces femmes sont le vrai sujet de cette histoire. Pas les politiciens. Pas les scandales. Pas les fichiers.
Elles sont la raison pour laquelle cette histoire ne peut pas se terminer par un haussement d’épaules. Elles sont la raison pour laquelle chaque question sans réponse est une injustice. Elles sont la raison pour laquelle nous devons continuer à demander, à insister, à refuser d’oublier. Parce que leur douleur est réelle, même si nos certitudes ne le sont pas. Parce que leur vérité existe, même si elle reste enterrée. Parce qu’elles méritent mieux que notre fatigue et notre indifférence.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte une posture critique envers la gestion du scandale Epstein par les institutions américaines et questionne la proximité documentée entre Donald Trump et Jeffrey Epstein. Le texte ne prétend pas établir la culpabilité criminelle de Trump, qui n’a jamais été accusé par les forces de l’ordre d’actes répréhensibles liés à Epstein. Il examine cependant les questions morales et éthiques soulevées par cette relation documentée et l’impact sur les victimes du réseau de trafic sexuel d’Epstein.
L’auteur considère que la protection des enfants contre les prédateurs sexuels transcende les clivages partisans et que toute proximité prolongée avec un trafiquant d’enfants reconnu mérite un examen critique, indépendamment de l’affiliation politique de la personne concernée. Cette position s’inscrit dans une tradition journalistique de surveillance des puissants et de défense des vulnérables.
Méthodologie et sources
Les informations présentées proviennent de sources vérifiables: communiqués officiels du Département de la Justice, couverture médiatique de grands organes de presse (CNN, NPR, NBC News, ABC News, PBS, Newsweek, Al Jazeera), documents judiciaires publics, et citations directement attribuables. Les allégations non vérifiées sont présentées comme telles. Les distinctions entre faits établis, allégations et opinions éditoriales sont maintenues tout au long du texte.
L’auteur n’a pas eu accès direct aux trois millions de pages de documents publiés et s’appuie sur les analyses et résumés produits par les médias qui les ont examinés. Les citations de Donald Trump, notamment celle de 2002 au New York Magazine, sont des citations historiques vérifiables dans les archives médiatiques.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique d’opinion, genre journalistique qui autorise l’expression d’un point de vue personnel fondé sur des faits. Il ne prétend pas à l’objectivité journalistique pure mais à l’honnêteté intellectuelle. Les passages en italique représentent des réflexions éditoriales assumées de l’auteur. Les faits rapportés sont séparés des commentaires qu’ils inspirent.
L’auteur reconnaît que ce sujet est profondément polarisant et que certains lecteurs contesteront les conclusions tirées. Il invite à la vérification indépendante des faits présentés et au dialogue constructif sur les questions de fond soulevées, notamment la protection des mineurs et l’égalité devant la justice.
Sources
Sources primaires
Epstein Library – Department of Justice
There’s No Easy Ending to the Trump-Epstein Scandal | Opinion – Newsweek
Sources secondaires
What 3 million new documents tell us about Trump’s ties to Jeffrey Epstein – CNN Politics
DOJ releases tranche of Epstein files, says it has met its legal obligations – NPR
Epstein files live updates: Trump DOJ releases millions more pages of records – NBC News
Relationship of Donald Trump and Jeffrey Epstein – Wikipedia
Trump and Epstein: A Timeline of Their Relationship – TIME
US Department of Justice releases 3 million new Epstein files – Al Jazeera
Massive trove of Epstein files released by DOJ, including 3 million documents and photos – CBS News
How Trump’s Supporters Are Reacting to the News of His Name in the Epstein Files – TIME
Donald Trump allegations in new Epstein Files release: Read in full – Newsweek
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.