Ce que Trump a réellement fait avec l’Iran
Remontons le fil. Mai 2018. Trump annonce le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord nucléaire. Un accord qui fonctionnait. Un accord que l’AIEA — l’Agence internationale de l’énergie atomique — certifiait respecté par l’Iran. Un accord que les Européens, la Russie et la Chine soutenaient.
Pourquoi l’a-t-il détruit ? Parce que c’était un accord Obama. Parce que Netanyahou le voulait. Parce que les faucons de son administration — John Bolton, Mike Pompeo — rêvaient de changement de régime à Téhéran.
Détruire un accord qui empêchait l’Iran d’avoir la bombe, puis prétendre vouloir la paix. C’est comme mettre le feu à une maison, puis se présenter avec un seau d’eau en demandant des applaudissements.
Les conséquences de cette décision
Depuis le retrait américain, l’Iran a repris son enrichissement d’uranium. Le pays est passé de 3,67% — le niveau autorisé par l’accord — à 60%. Certains rapports évoquent même des niveaux proches de 90%, le seuil du grade militaire.
Les centrifugeuses tournent. Le stock d’uranium enrichi s’accumule. Le temps de breakout — le délai nécessaire pour produire une bombe — est passé de plus d’un an à quelques semaines.
Et pourtant, on nous dit que Trump veut sincèrement la paix.
Mike Huckabee : le messager parfait
Un évangéliste en terre sainte
Mike Huckabee n’est pas un diplomate de carrière. C’est un ancien gouverneur de l’Arkansas, un prédicateur baptiste, un commentateur de Fox News. C’est surtout un sioniste chrétien convaincu que le retour des Juifs en Terre sainte précède le retour du Christ.
Il a visité Israël plus de 100 fois. Il soutient ouvertement les colonies en Cisjordanie. Il refuse d’utiliser le mot « occupation ». Pour lui, la Cisjordanie n’existe pas — c’est « Judée-Samarie », terre biblique promise.
Quand on nomme un homme qui croit que la colonisation est un commandement divin comme ambassadeur auprès d’un gouvernement qui colonise, le message est clair. Ce n’est pas de la diplomatie. C’est de l’endorsement.
La crédibilité d’un porte-parole
C’est donc cet homme qui nous assure que Trump veut la paix avec l’Iran. Cet homme qui, interrogé sur Fox News concernant d’éventuelles frappes militaires, répond : « Je ne sais pas si elles sont inévitables. »
Remarquez la formulation. Pas « elles n’auront pas lieu ». Pas « nous les excluons ». Simplement : « Je ne sais pas si elles sont inévitables. »
C’est le langage de la porte ouverte. De l’ambiguïté calculée. Du peut-être qui prépare le terrain.
L'anatomie d'une négociation Trump
Le précédent nord-coréen
Pour comprendre ce que signifie « Trump veut la paix », il faut regarder la Corée du Nord. 2018. Trump rencontre Kim Jong-un à Singapour. Poignées de main historiques. Déclarations d’amour. « Nous sommes tombés amoureux », dira Trump.
Résultat ? La Corée du Nord a aujourd’hui plus d’armes nucléaires qu’avant les sommets. Le programme balistique s’est accéléré. Les sanctions n’ont rien changé. Mais Trump a eu ses photos, sa couverture médiatique, son moment de gloire.
La paix façon Trump, c’est le spectacle sans la substance. C’est la photo de famille pendant que la maison brûle. C’est le show business appliqué à la géopolitique.
Ce que veut vraiment Trump
Trump ne veut pas la paix. Trump veut un deal. Ce n’est pas la même chose.
Un deal, c’est transactionnel. C’est « qu’est-ce que j’y gagne ? ». C’est négociable, réversible, monnayable. Un deal avec l’Iran permettrait à Trump de se présenter comme faiseur de paix tout en gardant toutes les options sur la table.
La paix, c’est autre chose. C’est des engagements durables. Des concessions mutuelles. Du respect. De la confiance. Tout ce que Trump a systématiquement détruit dans ses relations avec l’Iran.
Les négociations d'Oman : ce qu'on sait
Les acteurs en présence
Le 6 février 2026, Mascate. Abbas Araghchi, le ministre iranien des Affaires étrangères, rencontre Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump. L’Oman joue son rôle traditionnel de médiateur — le pays a déjà facilité des contacts secrets entre Washington et Téhéran par le passé.
Selon le ministre omanais, les deux parties ont eu des « consultations très sérieuses » sur le programme nucléaire. Trump a indiqué que le prochain round de discussions commencerait début de semaine suivante.
Des consultations très sérieuses. Un langage diplomatique qui ne dit rien de concret. Qui ne garantit rien. Qui peut signifier tout et son contraire.
Ce qui se joue vraiment
L’Iran veut la levée des sanctions. Des milliers de sanctions qui étranglent son économie, qui empêchent le pays de vendre son pétrole, qui bloquent ses transactions bancaires.
Les États-Unis veulent que l’Iran abandonne son programme nucléaire. Et pas seulement le nucléaire — aussi ses missiles balistiques, son soutien aux milices régionales, son influence au Moyen-Orient.
Et pourtant, c’est Trump lui-même qui a créé cette impasse. L’accord de 2015 ne concernait que le nucléaire. C’était sa force — un problème, une solution. Trump a voulu tout renégocier, tout obtenir. Il n’a rien obtenu du tout.
L'Iran de 2026 : ce qui a changé
Un régime sous pression
L’Iran de 2026 n’est plus celui de 2015. Les manifestations de 2022 — déclenchées par la mort de Mahsa Amini — ont secoué le régime. La répression brutale a suivi. Des centaines de morts. Des milliers d’arrestations. Mais aussi une fracture profonde entre le pouvoir et une partie de la population.
L’économie est en lambeaux. L’inflation dépasse les 40%. Le rial s’est effondré. La classe moyenne s’appauvrit. Les jeunes rêvent de partir.
C’est un régime qui survit, mais qui ne vit plus. Un régime qui tient par la force, par l’habitude, par l’absence d’alternative. Un régime qui pourrait être tenté par n’importe quel accord qui lui permettrait de respirer.
La question nucléaire : le point de non-retour ?
Les experts sont formels : l’Iran possède aujourd’hui suffisamment d’uranium hautement enrichi pour fabriquer plusieurs bombes. La décision politique de franchir le pas n’a pas été prise — du moins, pas officiellement. Mais la capacité technique est là.
C’est le résultat direct de la politique Trump. L’accord de 2015 maintenait l’Iran à un an d’une bombe. Aujourd’hui, on parle de semaines. Peut-être moins.
Et l’homme responsable de cette escalade prétend vouloir la paix.
Israël dans l'équation
Ce que veut Netanyahou
Benjamin Netanyahou n’a jamais caché son opposition à tout accord avec l’Iran. Pour lui, le seul bon accord est celui qui démantèle complètement le programme nucléaire iranien — une exigence que Téhéran n’acceptera jamais.
Netanyahou préfère les frappes. Les opérations secrètes. Les assassinats de scientifiques. La destruction d’installations. Une guerre de l’ombre permanente plutôt qu’une coexistence négociée.
Quand votre ambassadeur est un homme qui vénère Netanyahou, quand votre politique étrangère s’aligne sur les intérêts du gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, parler de « paix » devient une mauvaise blague.
Le rôle de Huckabee
Huckabee n’est pas en Israël pour faire de la diplomatie. Il est là pour transmettre un message : les États-Unis soutiennent Israël. Inconditionnellement. Quoi qu’il fasse.
Sa déclaration sur la paix avec l’Iran doit se lire dans ce contexte. Ce n’est pas une promesse. C’est une position de négociation. Un « bonne cop » avant le « bad cop ». Une main tendue avec un poing fermé derrière le dos.
Ce que révèle le langage
L’art de ne rien dire
Analysons les mots exacts de Huckabee : « Je pense qu’il aimerait vraiment voir une issue pacifique. »
« Je pense » — pas « il a dit ». Pas « il m’a confirmé ». Une interprétation, pas une citation.
« Il aimerait » — pas « il va ». Pas « il travaille à ». Un souhait, pas un engagement.
« Voir une issue pacifique » — pas « obtenir la paix ». Pas « négocier un accord ». Voir. Observer. Regarder de loin.
C’est le langage de l’esquive. Du non-engagement. De la porte de sortie toujours ouverte. Chaque mot a été pesé pour ne pas contraindre, ne pas promettre, ne pas s’engager.
La question des frappes
Et sur les frappes militaires ? « Je ne sais pas si elles sont inévitables. »
Encore une fois, pas « elles sont exclues ». Pas « nous ne les envisageons pas ». Simplement : « Je ne sais pas. »
C’est la doctrine de l’ambiguïté stratégique. Maintenir la menace tout en parlant de paix. Négocier avec un pistolet sur la table.
L'histoire qui se répète
Les promesses de paix de Trump
Trump a promis la paix partout. Avec la Corée du Nord — échec. En Afghanistan — il a négocié avec les Talibans, qui ont repris Kaboul après son départ. Au Moyen-Orient — les accords d’Abraham n’ont pas empêché le 7 octobre 2023.
Chaque fois, le même schéma. Une annonce triomphale. Des photos. Des poignées de main. Puis le réel qui reprend ses droits. Les conflits qui continuent. Les problèmes qui s’aggravent.
La paix de Trump est une paix de carton-pâte. Elle brille sous les projecteurs, mais elle s’effondre au premier coup de vent. Elle est faite pour être vue, pas pour durer.
Pourquoi cette déclaration maintenant ?
Le timing n’est pas anodin. Les négociations d’Oman viennent de commencer. La pression internationale monte. Trump a besoin de montrer qu’il fait quelque chose. Qu’il est un homme de paix. Un négociateur.
C’est du branding. Du positionnement. De la communication. Pas de la diplomatie.
Ce qu'il faudrait vraiment
Les conditions d’une paix réelle
Une paix durable avec l’Iran exigerait des choses que Trump n’est pas prêt à faire :
Premièrement, reconnaître les erreurs passées. Admettre que la destruction du JCPOA était une faute. Trump n’admet jamais ses erreurs.
Deuxièmement, faire des concessions réelles. Lever des sanctions avant d’obtenir tout ce qu’on veut. Trump ne fait pas de concessions — il exige.
Troisièmement, s’engager sur le long terme. Garantir que le prochain président honorera l’accord. Trump a lui-même prouvé qu’un accord américain ne vaut rien — il peut être déchiré par le successeur.
On ne bâtit pas la paix avec quelqu’un qui a déjà trahi sa parole. L’Iran le sait. Le monde le sait. Seuls ceux qui veulent croire à la fiction prétendent l’ignorer.
Le vrai calcul de Téhéran
Les dirigeants iraniens font un calcul simple. Ils ont vu Trump détruire l’accord. Ils ont vu Biden échouer à le restaurer. Ils savent qu’un nouvel accord avec Trump ne serait pas plus solide que le précédent.
Alors pourquoi négocient-ils ? Pour gagner du temps. Pour diviser les Occidentaux. Pour montrer qu’ils sont « raisonnables » pendant qu’ils avancent sur le nucléaire.
C’est un jeu. Des deux côtés.
Le peuple iranien, grand absent
Ceux qui paient le prix
Dans toute cette géopolitique, on oublie 90 millions d’Iraniens. Ceux qui subissent les sanctions. Ceux qui ne peuvent plus se payer de médicaments. Ceux dont l’épargne a fondu. Ceux qui voient leurs enfants rêver d’ailleurs.
Les sanctions n’ont pas fait tomber le régime. Elles ont appauvri le peuple. Elles ont renforcé les durs du régime. Elles ont détruit la classe moyenne qui aurait pu porter le changement.
On punit un peuple pour les crimes de ses dirigeants. On affame des enfants pour faire pression sur des mollahs. Et on appelle ça de la « pression maximale ». C’est de la cruauté maximale.
Les femmes d’Iran
Depuis 2022, les femmes iraniennes se battent. Elles enlèvent leur voile. Elles défient le régime. Elles meurent pour leur liberté. Mahsa Amini, Nika Shakarami, Sarina Esmailzadeh — des noms que le monde a déjà oubliés.
Pendant que Trump et les mollahs négocient sur le nucléaire, ces femmes continuent de se battre. Leur combat n’est pas sur la table des négociations. Leur liberté n’est pas un sujet.
Conclusion : La paix des menteurs
Ce que cette déclaration signifie vraiment
Trump veut la paix. Bien sûr qu’il veut la paix. Comme il voulait la paix avec Kim Jong-un. Comme il voulait la paix en Afghanistan. Comme il voulait la paix au Moyen-Orient.
Une paix qui lui ressemble : spectaculaire, éphémère, creuse. Une paix qui fait les gros titres mais qui ne change rien sur le terrain. Une paix de com’ plutôt qu’une paix de substance.
Il y a des mots qui perdent leur sens à force d’être galvaudés. « Paix » est l’un d’eux. Dans la bouche de certains, ce mot ne désigne plus l’absence de guerre, mais l’absence de conséquences. Pas la fin des conflits, mais leur mise en pause le temps d’une photo.
La question qui reste
Alors, Trump veut-il vraiment la paix avec l’Iran ?
La réponse honnête : on ne sait pas. Et lui-même ne le sait probablement pas. Parce que Trump ne pense pas en termes de paix ou de guerre. Il pense en termes de victoire et de défaite. De deal et de non-deal. De ce qui le fait bien paraître et de ce qui ne le fait pas.
Si la paix lui apporte une victoire, il la prendra. Si la guerre lui apporte une victoire plus grande, il la choisira aussi. Ce n’est pas de la stratégie. C’est de l’opportunisme.
Et les peuples — américain, iranien, israélien — ne sont que des figurants dans ce théâtre.
Quand un homme qui a détruit un accord de paix prétend en vouloir un nouveau, la question n’est pas de savoir s’il est sincère. La question est de savoir pourquoi nous continuons à l’écouter.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte une posture critique envers l’administration Trump et sa politique iranienne. Cette position est fondée sur l’analyse des faits historiques — notamment la destruction du JCPOA en 2018 et ses conséquences documentées sur le programme nucléaire iranien. Le scepticisme exprimé découle de l’écart observable entre les déclarations d’intention et les actions passées.
Méthodologie et sources
L’article s’appuie sur la dépêche TASS citant les propos de Mike Huckabee sur Fox News, ainsi que sur les informations concernant les négociations d’Oman du 6 février 2026. Le contexte historique — retrait du JCPOA, évolution du programme nucléaire iranien, précédents diplomatiques — provient de sources publiques et de rapports d’organisations internationales comme l’AIEA.
Nature de l’analyse
Il s’agit d’une chronique d’opinion, non d’un article factuel neutre. L’auteur prend position sur la base des éléments disponibles, tout en reconnaissant que l’avenir des négociations reste incertain. Le lecteur est invité à confronter cette analyse avec d’autres perspectives et à former son propre jugement.
Sources
Sources primaires
TASS — « Trump genuinely desires to settle conflict with Iran peacefully — US ambassador to Israel », 9 février 2026
Fox News — Interview de Mike Huckabee, février 2026
Déclaration du ministre omanais Sayyid Badr bin Hamad Al-Busaidi sur les négociations de Mascate
Sources secondaires
AIEA — Rapports sur le programme nucléaire iranien (2018-2026)
Département d’État américain — Historique des sanctions contre l’Iran
Archives — Accord JCPOA de 2015 et retrait américain de 2018
Documentation — Manifestations iraniennes de 2022 et répression
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.