Deux millions de raisons de reflechir
Parlons chiffres. Pas ceux des negociateurs. Pas ceux des communiques de presse. Ceux des morgues. Ceux des hopitaux de campagne. Ceux des fosses communes de Bucha et d’Irpin.
Selon une etude recente du Centre d’etudes strategiques et internationales (CSIS), la guerre en Ukraine a cause pres de deux millions de victimes militaires depuis fevrier 2022. Ce chiffre, il faut le repeter. Deux millions. De soldats. Cote russe: 1,2 million de victimes, dont 325 000 morts. Des jeunes hommes arraches a leurs villages, envoyes au front sans formation, transformes en chair a canon par un regime qui considere ses propres citoyens comme du materiel consommable.
Cote ukrainien: entre 500 000 et 600 000 victimes, dont 100 000 a 140 000 morts. Des defenseurs. Des volontaires. Des peres de famille qui ont laisse leur vie dans des tranchees gelees pour que leurs enfants puissent grandir libres. Pour que leur pays reste ukrainien.
L’ONU comptabilise pres de 15 000 civils ukrainiens tues et plus de 40 000 blesses. Mais les Nations Unies elles-memes admettent que le chiffre reel est « probablement considerablement plus eleve ». Dans les zones occupees, personne ne compte. Dans les ruines de Marioupol, les corps restent sous les decombres. Dans les villages du Donbass, les familles enterrent leurs morts sans temoins.
Ces chiffres ne sont pas des statistiques. Ce sont des peres qui ne rentreront jamais. Des meres qui ne verront plus leurs fils. Des enfants qui grandissent dans des abris, qui apprennent a reconnaitre le son d’un drone Shahed avant de savoir lire. Et maintenant, on leur dit: vous avez jusqu’en juin pour accepter de vivre avec ca. Jusqu’en juin pour faire la paix avec ceux qui ont detruit vos vies.
L’hiver le plus cruel
Le 7 fevrier 2026, la Russie a lance une attaque massive. L’une des plus importantes depuis le debut de l’annee. 40 missiles. 400 drones. Une pluie de feu sur un pays deja a genoux. Les cibles? Les centrales thermiques. Les infrastructures electriques. Les immeubles d’habitation. Tout ce qui permet aux gens de survivre a l’hiver.
A Kiev, les temperatures descendent a moins 20 degres. Plus d’un millier d’immeubles d’habitation sont prives de chauffage. Des familles entieres vivent dans le noir et le froid, enveloppees dans tout ce qu’elles possedent. Les hopitaux fonctionnent au generateur quand ils ont du carburant. Les ecoles ferment. La vie quotidienne devient une epreuve de survie.
Yuliia Dolotova vient chaque jour dans un centre d’aide pour nourrir son bebe: « Le plus dur, c’est que sans electricite, je ne peux rien cuisiner aux enfants. » Elle a trois enfants. Le plus jeune a moins d’un an. Elle ne sait pas comment ils vont passer les prochaines semaines.
Un resident de Kiev raconte sa routine de survie: « On dort couverts d’une, deux, trois, parfois quatre couvertures. On met des bouillottes dans chaque lit. » Dans certaines regions du pays, les temperatures atteignent moins 30 degres. Les organisations humanitaires avertissent: cet hiver pourrait etre « parmi les plus eprouvants jamais enregistres » pour la population ukrainienne.
Le plan a 28 points : radiographie d'une capitulation deguisee
Ce que Washington propose vraiment
Le plan americain en 28 points, fuite dans la presse en novembre 2025, donne la mesure de ce que Trump appelle la « paix ». Derriere les formules diplomatiques et les euphemismes soigneusement choisis, voici ce que le document exige de l’Ukraine.
Premierement: la reconnaissance de fait de l’annexion de la Crimee. La peninsule que la Russie a volee en 2014, en violation de tous les traites internationaux, serait enterinee comme territoire russe. Vingt-trois ans apres le referendum bidon, huit ans apres les premieres sanctions, Washington proposerait d’officialiser le vol.
Deuxiemement: la cession des territoires occupes du Donbass. Et pas seulement les zones que Moscou controle militairement. Le plan inclurait aussi des villes encore sous controle ukrainien, comme Kramatorsk. Des villes que l’Ukraine defend. Des villes ou vivent des citoyens ukrainiens. Des villes qu’on leur demande d’abandonner.
Troisiemement: la limitation des forces armees ukrainiennes a 600 000 hommes. Autrement dit: desarmer l’Ukraine. L’empecher de se defendre a nouveau. La rendre vulnerable a la prochaine invasion. Car avec Poutine, il y a toujours une prochaine fois.
Quatriemement: des restrictions sur l’adhesion a l’OTAN. L’Ukraine ne pourrait pas rejoindre l’Alliance atlantique. Elle resterait dans ce no man’s land securitaire qui a permis a la Russie de l’envahir deux fois en huit ans.
Et pourtant. Ce plan, c’est exactement ce que Poutine reclame depuis le debut. Mot pour mot. Ligne par ligne. Virgule par virgule. Washington ne negocie pas la paix. Washington redige les conditions de la reddition ukrainienne.
Appelez ca comme vous voulez. Plan de paix. Accord de cessez-le-feu. Framework diplomatique. Document de travail. Moi, j’appelle ca ce que c’est: une feuille de route vers la capitulation, redigee par ceux qui ne seront jamais bombardes. Par ceux qui dorment au chaud pendant que les Ukrainiens grelottent sous les decombres de leurs centrales electriques.
La reaction de Zelensky
Le president ukrainien n’a pas mache ses mots. Dans une allocution filmee depuis Kiev, les traits tires, la voix grave, il a denonce un plan qui menerait a « une vie sans liberte, sans dignite, sans justice ». Des mots lourds. Des mots vrais.
Il a rappele ce que l’Ukraine a deja subi. Ce que son peuple a deja endure. L’invasion de 2014 en Crimee, quand le monde a regarde et n’a rien fait. L’agression de 2022, quand les tanks russes ont fonce vers Kiev. Les massacres de Bucha, ou des civils ont ete executes les mains liees dans le dos. Les 15 000 civils tues depuis. Les villes rasees. Les vies detruites.
Son choix, tel qu’il le presente: « Soit des 28 points compliques, soit un hiver extremement dur — le plus dur — et d’autres risques. » Accepter l’inacceptable, ou continuer a souffrir. Voila le dilemme qu’on impose a un peuple qui n’a rien demande d’autre que le droit de vivre libre.
Zelensky l’a dit clairement: l’Ukraine traverse « l’un des moments les plus difficiles de son histoire moderne ». Ce n’est pas une formule. C’est un cri.
Steve Witkoff : l'homme d'affaires qui negocie la paix
Un promoteur immobilier aux commandes
Qui est l’envoye special de Donald Trump pour mettre fin a la plus grande guerre en Europe depuis 1945? Steve Witkoff. Un promoteur immobilier de New York. Un ami personnel de Trump depuis des decennies. Un homme d’affaires prospere qui a fait fortune dans l’immobilier de luxe. Aucune experience diplomatique. Aucune expertise regionale. Aucune connaissance particuliere de l’histoire ukrainienne, de la psychologie russe, ou des dynamiques geopolitiques de l’Europe de l’Est.
C’est lui que Trump a choisi pour negocier avec le Kremlin. Lui qui a rencontre Poutine a Moscou en janvier, accompagne de Jared Kushner. Lui qui a declare a Davos, devant les elites economiques mondiales: « Il ne reste qu’un point a regler. »
Un point. Comme si quatre ans de guerre, deux millions de victimes, des centaines de milliers de morts et des millions de deplaces se resumaient a un detail technique. Comme si la question de savoir qui garde la Crimee ou le Donbass etait une clause mineure dans un contrat immobilier. Comme si on pouvait negocier la souverainete d’un peuple comme on negocie le prix d’un appartement a Manhattan.
On envoie un promoteur immobilier negocier avec le Kremlin. On confie le sort de 40 millions d’Ukrainiens a quelqu’un dont l’expertise, c’est de construire des hotels de luxe a Manhattan. Et on s’etonne que Zelensky parle du « moment le plus difficile de notre histoire moderne ». On s’etonne que les Europeens grincent des dents. On s’etonne que le monde regarde, incredule, cette negociation ou l’avenir d’une nation se decide comme une transaction commerciale.
Les « progres » de Miami
La prochaine etape des negociations? Des discussions tripartites a Miami. Pour la premiere fois, les delegations russe et ukrainienne se retrouveraient sur sol americain. Sous l’oeil de Trump. Sous la pression de Washington.
Les reunions precedentes ont eu lieu a Abu Dhabi, sur terrain neutre. Elles ont ete qualifiees de « constructives » par les deux camps. Un echange de prisonniers a ete organise: 314 personnes liberees. Un geste. Une ouverture. Mais rien de concret sur le fond. Rien sur les territoires. Rien sur les garanties de securite. Rien sur l’avenir de l’Ukraine.
L’Ukraine a accepte de participer aux negociations de Miami. Que pouvait-elle faire d’autre? Refuser l’invitation de son principal allie? Claquer la porte au risque de perdre l’aide militaire americaine? Dans ce jeu de poker diplomatique, Kiev n’a pas les cartes. Elle n’a que son courage. Et ca ne suffit pas toujours.
L'Europe spectatrice de sa propre securite
Macron, Scholz et le vide strategique
Ou est l’Europe dans tout ca? Quelque part entre l’Elysee et la Chancellerie, a tenter de comprendre ce qui se passe par-dessus sa tete. A ecrire des communiques. A organiser des reunions. A « reaffirmer » son soutien a l’Ukraine.
Le chancelier allemand Olaf Scholz a ete cinglant, pour une fois. Dans une declaration publique, il a denonce la methode americaine: « On parle dans le dos de l’Ukraine, sur la base d’un accord qui n’existe pas. C’est completement inapproprie. » Il a ajoute, avec une lucidite rare pour un dirigeant europeen: « On n’est pas au moment de la paix, on est en plein milieu d’une guerre brutale. »
Emmanuel Macron, lui, a propose « plusieurs milliers de soldats francais » pour une eventuelle force de maintien de la paix. Pas des combattants, a-t-il precise. Une « force de reassurance ». Des casques bleus, en somme. Des observateurs. Des mots. Toujours des mots. La France est prete a envoyer des soldats pour surveiller la paix. Mais pour defendre l’Ukraine pendant la guerre? C’etait une autre histoire.
L’Europe regarde passer les trains diplomatiques americains. Elle emet des communiques. Elle « reaffirme » son soutien. Elle organise des reunions d’urgence a Paris. Mais au fond, elle sait: Washington decide, et Bruxelles commente. Trump negocie, et les Europeens apprennent les resultats dans la presse. C’est ca, la realite du pouvoir en 2026. L’Europe paie. L’Amerique commande.
Ursula von der Leyen et le principe fantome
La presidente de la Commission europeenne a prononce la phrase qu’on entend depuis quatre ans, la phrase qui est devenue le mantra vide de la diplomatie europeenne: « Rien ne devrait etre decide sur l’Ukraine sans l’Ukraine. »
Et pourtant. Les 28 points ont ete rediges sans Kiev. Les echeances ont ete fixees sans consulter Zelensky. La date de juin a ete annoncee par Washington, pas par les Ukrainiens. Le lieu des negociations — Miami — a ete choisi par Trump, pas par les principaux concernes. A chaque etape, l’Ukraine est mise devant le fait accompli. A chaque etape, on lui demande de dire oui a ce qu’elle n’a pas negocie.
Von der Leyen a raison sur le principe. Mais les principes, face a la realpolitik, ont la resistance du verre face a un marteau. On peut les brandir. On peut les citer. On ne peut pas s’asseoir dessus.
Moscou : la strategie de l'horloge
Poutine negocie parce qu’il le veut bien
Pendant que l’Occident s’agite, pendant que les diplomates font la navette entre Washington et Abu Dhabi, pendant que les Europeens emettent des declarations de soutien, que fait Moscou? Exactement ce qu’il fait depuis le debut de cette guerre: il attend. Il bombarde. Il negocie quand ca l’arrange. Il refuse quand ca ne l’arrange pas.
Le Kremlin maintient ses exigences maximalistes. Pas un centimetre de concession. Pas une once de flexibilite. Voici ce que Moscou demande: le retrait total des forces ukrainiennes du Donbass, y compris des zones encore sous controle de Kiev. La reconnaissance des territoires annexes comme parties integrantes de la Federation de Russie. L’engagement formel de l’Ukraine a ne jamais rejoindre l’OTAN. La reduction drastique de son armee. La « denazification » — terme de propagande qui signifie, en clair, l’elimination de toute resistance ukrainienne.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, l’a dit clairement, sans euphemisme: les forces russes « continueront a se battre jusqu’a ce que Kiev prenne des decisions susceptibles de mettre fin a la guerre ». Autrement dit: jusqu’a ce que l’Ukraine capitule.
Traduisez: Moscou continuera de tuer jusqu’a ce que Kiev accepte de mourir. Voila la « negociation » telle que la concoit le Kremlin. Et c’est avec cette logique que Steve Witkoff, le promoteur immobilier de Manhattan, doit « regler le dernier point ». C’est avec cette logique que Trump pense pouvoir decrocher un accord avant juin. Bonne chance.
La guerre des infrastructures continue
Depuis octobre 2025, la Russie a intensifie ses frappes systematiques sur les infrastructures energetiques ukrainiennes. Plus de 20 regions touchees. Des dizaines de centrales electriques detruites ou endommagees. L’objectif est limpide: geler l’Ukraine. Litteralement. Transformer l’hiver en arme. Faire en sorte que les civils souffrent tellement qu’ils supplient leur gouvernement de negocier. A n’importe quel prix.
Les organisations humanitaires avertissent: cet hiver pourrait etre « parmi les plus eprouvants jamais enregistres » pour la population ukrainienne. Dans certaines parties du pays, les temperatures atteignent moins 30 degres. Plus de 2,5 millions de familles ont perdu leur foyer depuis 2022. Elles vivent dans des abris de fortune, chez des proches, dans des sous-sols humides. Elles survivent.
C’est dans ce contexte que Washington fixe des deadlines. C’est a ces gens, a ces familles, a ces survivants, qu’on demande de signer un accord de paix avant l’ete.
Le Memorandum de Budapest : la trahison originelle
1994 : quand l’Ukraine a cru aux promesses
Pour comprendre l’amertume ukrainienne, pour comprendre pourquoi les mots « garanties de securite » sonnent si creux a Kiev, il faut remonter a 1994. Cette annee-la, l’Ukraine a fait un choix historique. Elle a renonce a son arsenal nucleaire — le troisieme plus important au monde, herite de l’Union sovietique — en echange de garanties de securite de la part des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Russie.
Le Memorandum de Budapest promettait de respecter l’independance, la souverainete et les frontieres existantes de l’Ukraine. Trois puissances. Trois signatures. Trois promesses. L’Ukraine a rendu ses bombes. Elle a fait confiance a la parole des grandes puissances.
Vingt ans plus tard, en 2014, la Russie annexait la Crimee. En violation flagrante du memorandum. En violation de tous les principes du droit international. Les Etats-Unis ont proteste. Le Royaume-Uni a condamne. Et puis? Et puis rien. Des sanctions economiques. Des declarations. Pas d’action militaire. Pas de consequences reelles pour Moscou.
Trente ans apres Budapest, en 2022, la Russie envahissait le pays entier. Le memorandum? Un chiffon de papier. Les garanties? Du vent.
L’Ukraine a rendu ses bombes atomiques. En echange, on lui avait promis la securite. Aujourd’hui, on lui demande de ceder ses territoires. En echange, on lui promet… quoi, exactement? Des garanties? Comme celles de Budapest? Des promesses? Comme celles qui n’ont pas empeche 2014? Comme celles qui n’ont pas empeche 2022? Les Ukrainiens ont appris. Ils savent ce que valent les promesses de l’Occident. Ils le savent dans leur chair.
Le syndrome de l’abandon
Les Ukrainiens ont un mot pour decrire ce qu’ils ressentent: abandon. Pas total. Pas encore. Mais progressif. Insidieux. Un abandon au compte-gouttes.
D’abord, le refus de la zone d’exclusion aerienne. L’Ukraine l’a demandee des les premiers jours de l’invasion. La reponse: non. Trop risque. Ca pourrait escalader. Puis les delais interminables pour les livraisons d’armes. Les chars? Plus tard. Les missiles longue portee? Peut-etre. Les F-16? On verra. Chaque arme, chaque systeme, a du etre arrache au forceps, apres des mois de negociations, pendant que les Ukrainiens mouraient en attendant.
Ensuite, les restrictions sur l’utilisation des missiles fournis. L’Ukraine recoit des ATACMS, mais ne peut pas les utiliser pour frapper le territoire russe. Elle recoit des Storm Shadow, mais avec des conditions. Chaque arme vient avec un mode d’emploi dicte par Washington ou Londres. Comme si on donnait un couteau a quelqu’un qui se noie, en lui interdisant de s’en servir pour couper la corde.
Et maintenant, une date limite pour accepter un accord que personne a Kiev n’a negocie. Une echeance fixee par ceux qui ne subiront jamais les consequences de cet accord. Une deadline imposee par ceux qui dorment au chaud.
Les civils : les oublies du grand jeu
Lilia de Kherson
Dans la region de Kherson, Lilia n’oubliera jamais ce soir ou sa maison a ete touchee par une frappe aerienne. Elle raconte: « Une nuit, alors que je courais vers le cellier pendant les bombardements, un eclat d’obus a brule ma chemise de nuit. » Elle a senti la chaleur. La douleur. La peur.
Elle a survecu. Sa maison, non. Elle n’est pas la seule. Plus de 2,5 millions de familles en Ukraine ont perdu leur foyer depuis 2022. Des maisons. Des appartements. Des souvenirs. Des vies construites sur des decennies, pulverisees en quelques secondes par un missile russe.
A Zaporijjia, l’eveque auxiliaire temoigne du quotidien sous les bombes. Des familles qui vivent dans des caves depuis des mois. Des enfants qui n’ont jamais connu autre chose que la guerre. Des personnes agees qui refusent de partir, parce que c’est chez eux, parce qu’ils y sont nes, parce qu’ils veulent y mourir — mais pas comme ca.
Pendant que les diplomates parlent de « zones economiques libres » et de « gel du front », Lilia ramasse les debris de sa vie. Pendant que Witkoff annonce qu’il « ne reste qu’un point », les enfants de Kharkiv dorment dans des abris. Pendant que Trump fixe des deadlines, des grand-meres de Kherson grelottent sans chauffage. C’est facile de fixer des deadlines quand on n’a jamais couru vers un cellier pendant un bombardement. C’est facile de negocier la paix des autres quand on est assis dans un bureau climatise a Washington.
Les enfants de la guerre
L’UNICEF documente depuis quatre ans l’impact du conflit sur les plus jeunes. Les chiffres sont accablants. La realite est pire encore. La mort. Les blessures. La separation durable des familles. Le traumatisme qui ne guerit pas. Des generations entieres marquees a vie.
Le nombre de victimes civiles a augmente de 24% depuis le debut de 2026 par rapport a l’annee precedente. L’usage accru de missiles a longue portee et de drones par les forces russes explique cette hausse. Les cibles sont de plus en plus souvent des zones residentielles. Des ecoles. Des hopitaux. Des marches.
L’annee 2025 a ete la « plus meurtriere » pour les civils ukrainiens depuis la premiere annee d’invasion. Plus de 2 500 civils tues l’an dernier seulement. Et 2026 s’annonce pire encore.
La question qui derange : pourquoi juin ?
Les midterms avant les morts
Zelensky l’a dit sans detour, avec cette franchise brutale qui le caracterise: « Autour de juin, l’attention americaine se tournera vers les elections congressionnelles. »
Les midterms de novembre 2026. L’enjeu majeur pour le Parti republicain. La priorite absolue de Donald Trump. Les primaires qui se profilent. Les candidats a soutenir. Les adversaires a combattre. La machine electorale qui se met en marche.
L’Ukraine? Un dossier a fermer avant la campagne. Une victoire diplomatique a afficher. Un « deal » a annoncer. Un tweet a rediger: « J’ai mis fin a la guerre en Ukraine. Je suis le president de la paix. » Peu importe que cette « paix » soit une capitulation deguisee. Peu importe que les Ukrainiens y perdent leur territoire, leur securite, leur avenir. Ce qui compte, c’est le narratif. C’est l’image. C’est le clip de campagne.
La date de juin n’a rien a voir avec la situation militaire. Rien a voir avec la preparation de l’Ukraine a la paix. Rien a voir avec les conditions sur le terrain. Tout a voir avec le calendrier electoral americain. Les Ukrainiens meurent sous les bombes, et on leur demande de synchroniser leur agonie avec les primaires republicaines. On leur demande de signer avant que Washington ne passe a autre chose.
Le precedent georgien
Pour ceux qui croient encore que Poutine s’arretera apres avoir obtenu ce qu’il veut, un rappel historique s’impose. En 2008, la Russie a envahi la Georgie. Elle a occupe l’Abkhazie et l’Ossetie du Sud. L’Occident a proteste. Emis des communiques. Exprime son « inquietude ». Puis… rien.
Dix-huit ans plus tard, ces territoires sont toujours occupes. La Georgie n’est toujours pas dans l’OTAN. Et Poutine a appris une lecon: l’Occident cede quand on attend assez longtemps. L’Occident s’indigne, puis il oublie. L’Occident promet, puis il passe a autre chose.
La Crimee, en 2014, a confirme la lecon. L’Ukraine, en 2022, l’a gravee dans le marbre. Chaque fois que l’Occident a recule, Poutine a avance. Chaque fois que l’Occident a negocie, Poutine a pris plus.
L'echange de prisonniers et les garanties de securite
314 vies rendues — une lueur dans l’obscurite
Au milieu de ce marecage diplomatique, une nouvelle tangible. Une lueur. Le 5 fevrier, Moscou et Kiev ont confirme un echange de 157 militaires et civils de chaque camp. Le premier en cinq mois. 314 personnes qui retrouvent leurs proches. Des soldats qui rentrent chez eux. Des prisonniers qui sortent des geoles russes.
Witkoff s’en est felicite: fruit de « discussions detaillees et productives ». C’est vrai. Cet echange montre que la Russie sait negocier quand elle le veut. Qu’elle peut faire des gestes. Qu’elle choisit strategiquement quand cooperer et quand bombarder. Le meme jour ou cet echange etait annonce, 40 missiles s’abattaient sur l’Ukraine. La main tendue d’un cote. Le poing ferme de l’autre.
Que vaudront les promesses ?
L’Ukraine reclame des garanties de securite avant tout accord. C’est la ligne rouge de Kiev. Des garanties americaines. Concretement: l’assurance que si la Russie attaque a nouveau — et elle attaquera a nouveau —, les Etats-Unis interviendront. Pas des communiques. Pas des sanctions. Une intervention.
Mais quelles garanties? L’article 5 de l’OTAN? L’Ukraine n’est pas membre. Et les 28 points lui interdisent de le devenir. Un traite bilateral? Lequel? Avec quelle force contraignante? Signe par qui? Ratifie par quel Congres?
Le Memorandum de Budapest aussi etait une garantie. Regarde ou ca nous a menes.
Les garanties de securite, c’est le Saint Graal de la diplomatie ukrainienne. C’est ce que Kiev reclame depuis le premier jour. C’est ce que Zelensky demande a chaque rencontre. Le probleme: l’histoire recente montre que les garanties occidentales ont la solidite du papier sur lequel elles sont ecrites. Demandez aux Kurdes, abandonnes par Trump en Syrie. Demandez aux Afghans, livres aux talibans apres vingt ans de promesses. Demandez aux Ukrainiens de 1994, qui ont rendu leurs bombes atomiques en echange de rien.
La zone economique libre : le dernier hochet
Trump envisage la creation d’une « zone economique libre » dans les territoires contestes de l’est de l’Ukraine. Ni controle russe, ni controle ukrainien. Une sorte de no man’s land economique. Une zone grise. Un flou juridique permanent.
Sur le papier, ca semble creatif. Une solution de compromis. Ni vainqueur ni vaincu. En realite, c’est une facon elegante de dire: ces territoires ne seront plus vraiment ukrainiens, mais on ne les appellera pas russes non plus. On les appellera « zones economiques libres ». Et Poutine pourra revendiquer une victoire sans avoir a administrer le chaos.
Conclusion : L'Ukraine face a son destin
Le choix impossible
Zelensky l’a formule avec une clarte douloureuse: l’Ukraine est confrontee a « l’un des moments les plus difficiles de son histoire moderne ». Pas le plus difficile — pas encore. Mais l’un des plus difficiles. Parce que cette fois, la menace ne vient pas seulement de Moscou. Elle vient aussi de Washington.
D’un cote, maintenir la resistance. Refuser les concessions. Risquer de perdre le soutien americain. Affronter un autre hiver sous les bombes. Continuer a compter les morts. Continuer a enterrer les soldats. Continuer a reconstruire ce qui est detruit chaque nuit.
De l’autre, accepter un accord qui consacre les gains territoriaux russes. Renoncer a la Crimee. Ceder des pans du Donbass. Limiter son armee. Et esperer que cette fois, les garanties tiendront. Que cette fois, l’Occident ne trahira pas. Que cette fois, les promesses seront tenues.
Il n’y a pas de bonne option. Il n’y a que des degres de mauvais. Et c’est a un peuple qui a deja tout donne — son sang, ses villes, ses enfants, ses reves — qu’on demande maintenant de choisir entre la dignite et la survie. Comme si les deux etaient incompatibles. Comme si on ne pouvait pas vivre dignement. Comme si survivre signifiait forcement se soumettre.
Ce que cette histoire dit de nous
Cette histoire parle de l’Ukraine. Mais elle parle aussi de nous. De l’Occident. De l’Europe. De la France. Du Quebec. De tous ceux qui ont regarde cette guerre de loin en se disant: c’est terrible, mais c’est loin.
De ce que valent nos promesses. De ce que pese la souverainete d’un pays quand elle se heurte aux interets electoraux d’un autre. De la facilite avec laquelle on peut fixer des deadlines pour la douleur des autres. De la vitesse avec laquelle on oublie les grands principes quand ils deviennent encombrants.
Les Ukrainiens ont quatre mois. Quatre mois pour decider de leur avenir. Quatre mois pour accepter ou refuser ce qu’on leur propose. Quatre mois avant que Washington ne passe a autre chose. Quatre mois avant que le monde ne se tourne vers les prochaines elections americaines, la prochaine crise, le prochain drame.
Et nous, que ferons-nous de ces quatre mois? Continuerons-nous a regarder de loin? A emettre des communiques? A « exprimer notre inquietude »? Ou prendrons-nous nos responsabilites?
Maintenant, vous savez. La question: qu’est-ce que vous allez en faire?
Signe Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette chronique adopte une position pro-ukrainienne et critique envers l’approche diplomatique de l’administration Trump. Ce positionnement repose sur les principes suivants: le droit international, la souverainete des Etats, et le refus de legitimer les conquetes territoriales par la force. La neutralite face a une agression n’est pas de l’objectivite — c’est de l’indifference. La neutralite face a un genocide n’est pas de l’equilibre — c’est de la complicite.
Methodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur des sources journalistiques verifiees (Franceinfo, France 24, Euronews, NPR, Washington Post, Axios, Kyiv Post, The Hill, ABC News), des donnees d’organisations internationales (ONU, UNICEF, HCR) et des etudes specialisees (Centre d’etudes strategiques et internationales). Les chiffres de victimes proviennent de sources multiples et croisees, avec mention explicite des incertitudes. Les citations sont reproduites fidelement, traduites lorsque necessaire.
Nature de l’analyse
Il s’agit d’une chronique, pas d’un reportage factuel neutre. L’auteur exprime des opinions argumentees et etayees par des faits. Le ton est engage. La perspective est assumee. Le lecteur est invite a consulter les sources primaires pour former son propre jugement et a se faire sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
Franceinfo – Ukraine : la fin de la guerre d’ici juin ?
NPR – U.S. gave Ukraine and Russia June deadline to reach peace agreement
The Hill – Zelensky: US set June deadline for Russia-Ukraine peace deal
France 24 – Trump pushes for peace in Ukraine by June, Zelensky says
Euronews – Zelenskyy says US set June deadline for peace deal
Axios – Zelensky says Trump wants Russia-Ukraine peace deal by June
Kyiv Post – US pushes for March peace deal, early elections, June deadline
Sources secondaires
RTS – La guerre en Ukraine a fait pres de 2 millions de victimes militaires
Franceinfo – Etude sur les victimes militaires en Ukraine
UNRIC – L’ONU et la guerre en Ukraine : les principales informations
Franceinfo – Les Ukrainiens eprouves par quatre ans de guerre et un hiver glacial
ABC News – Trump administration’s 28-point Ukraine-Russia peace plan
NPR – Steve Witkoff is brokering an end to the war in Ukraine
La Libre Belgique – Les Etats-Unis fixent un nouvel ultimatum a Kiev et Moscou
DH Les Sports+ – Le compte a rebours pour la fin de la guerre en Ukraine
UNICEF France – L’impact de la guerre sur les enfants en Ukraine
Vatican News – Temoignage de l’eveque auxiliaire de Zaporijjia
Le Grand Continent – Le bilan humain de la guerre en Ukraine
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.