Payer comptant pour avoir droit à la réduction
Le diable se cache dans les conditions d’utilisation de TrumpRx. Pour bénéficier de ces prix réduits, les patients doivent accepter une clause particulière. Ils doivent cocher une case qui dit : « Je m’engage à ne pas demander de remboursement à mon assurance pour ces achats. » Une autre clause stipule : « Je m’engage à ne pas comptabiliser ces dépenses dans ma franchise annuelle. » Autrement dit, pour accéder aux médicaments moins chers, les Américains doivent renoncer à leur couverture d’assurance. Ils doivent payer comptant. Ils doivent sortir directement de leur poche l’argent que leur assurance aurait normalement couvert.
Et pourtant, la grande majorité des 330 millions d’Américains paient des primes d’assurance santé chaque mois. Des primes qui coûtent en moyenne 600 dollars par mois pour une famille. Des primes qui augmentent de 10% chaque année depuis une décennie. Des primes qui étaient censées justement les protéger contre les coûts exorbitants des médicaments. Avec TrumpRx, ces patients se retrouvent à payer deux fois : une fois pour leur assurance qui ne leur sert plus à rien, une seconde fois pour des médicaments qu’on leur vend comme une faveur. Big Pharma encaisse. Les assureurs encaissent. Le patient, lui, s’appauvrit en croyant faire une bonne affaire.
On demande aux malades de remercier ceux qui les ont ruinés pendant des décennies. On leur présente une réduction comme un cadeau, alors qu’on leur refuse simplement un peu moins violemment ce qui leur était du depuis toujours : des médicaments à prix humain.
Les exclus du miracle Trump
Il y a pire. Les bénéficiaires de Medicare et de Medicaid, les deux grands programmes d’assurance santé publique américains, ne peuvent pas tous accéder à ces réductions. Medicare couvre les personnes âgées de plus de 65 ans. Medicaid couvre les plus pauvres. Ensemble, ces programmes protègent environ 140 millions d’Américains. Or, pour certains médicaments sur TrumpRx, il faut cliquer sur un bouton confirmant qu’on n’est pas inscrit à un programme d’assurance gouvernemental. Les personnes âgées sont donc exclues. Les plus vulnérables sont laissés sur le bord de la route. Le site qui prétend aider tous les Américains « sans condition d’âge, de revenu ou de statut médical » commence par exclure ceux qui en ont le plus besoin.
La Maison-Blanche a tenté de rectifier le tir. Elle a annoncé que les bénéficiaires de Medicare pourraient acheter certains médicaments comme l’Ozempic à environ 245 dollars par mois, avec un copaiement de 50 dollars. Les programmes Medicaid des États pourraient également y accéder. Mais ces annonces restent floues. Les modalités d’application sont incertaines. Et pendant ce temps, les 26 millions d’Américains qui n’ont aucune assurance maladie se retrouvent face à un choix impossible : payer 199 dollars par mois pour un médicament contre le diabète ou manger.
La main dans le sac : Don Jr. et BlinkRx
Un conflit d’intérêts qui crève les yeux
Février 2025. Un an avant le lancement de TrumpRx. Donald Trump Jr., fils aîné du président, rejoint le conseil d’administration de BlinkRx, une plateforme de pharmacie en ligne. L’entreprise se spécialise dans la vente directe de médicaments aux consommateurs. Son modèle économique repose sur l’élimination des intermédiaires entre les laboratoires et les patients. Exactement le modèle que TrumpRx promeut un an plus tard. Quelques mois après l’arrivée de Don Jr. au conseil d’administration, BlinkRx lance « Operation Access Now », un programme qui promet d’aider les laboratoires à mettre en place leurs propres canaux de vente directe en 21 jours.
La coïncidence serait presque risible si elle n’était pas si grave. Le fils du président siège au conseil d’une entreprise qui bénéficie directement de la politique pharmaceutique de son père. Les sénateurs démocrates Dick Durbin, Elizabeth Warren et Peter Welch ont sonné l’alarme dès juillet 2025. Ils ont dénoncé les « schémas troublants » de certaines plateformes de télémédecine liées à l’industrie pharmaceutique. Ils ont pointé du doigt les « taux de prescription anormalement élevés » observés chez certains partenaires de ces plateformes. Ils ont qualifié certaines pratiques de « moulins à pilules virtuels ». Le lancement de TrumpRx, initialement prévu en janvier 2026, a été reporté sous la pression de ces enquêtes. Mais pas annulé.
Quand le fils du président profite directement des décisions de son père, on n’appelle plus cela de la politique publique. On appelle cela du capitalisme de copinage. Ou, plus crument, de la corruption familiale institutionnalisée.
Big Pharma gagne à tous les coups
L’association Common Dreams n’a pas mâché ses mots. Elle a qualifié TrumpRx de « stratagème corrompu pour remplir les poches de Big Pharma et de Don Jr. » L’organisation Truthout a prévenu que le programme « enrichirait davantage l’industrie pharmaceutique sans réduire véritablement le prix des médicaments ». Le Center for Economic and Policy Research a publié une analyse cinglante intitulée « Trump RX : La fusion de la corruption pharmaceutique et de la folie Trump ». Les critiques convergent sur un point central : TrumpRx affaiblit le pouvoir de négociation des assureurs sans toucher aux marges des laboratoires.
Car c’est là que réside le tour de passe-passe. En poussant les patients à acheter directement auprès des laboratoires, en les encourageant à contourner leur assurance, l’administration Trump fragmente le marché. Les assureurs, qui négociaient traditionnellement des prix groupés pour des millions de patients, perdent leur levier de négociation. Chaque patient devient un acheteur isolé, face à face avec des multinationales qui pèsent des centaines de milliards de dollars. Le rapport de force, déjà déséquilibré, devient grotesque. Et pendant que les patients célèbrent leurs réductions de 80%, les laboratoires maintiennent des marges qui feraient pâlir n’importe quel autre secteur industriel. Pfizer a réalisé un bénéfice net de 31 milliards de dollars en 2022. Novo Nordisk, fabricant de l’Ozempic, a vu son cours de bourse tripler en trois ans. Ces entreprises ne font pas la charité. Elles optimisent leur modèle économique.
L'Europe dans le viseur
Le chantage aux prix des médicaments
La rhétorique de Trump ne s’arrête pas aux frontières américaines. Au Forum économique mondial de Davos, en janvier 2026, le président américain a affirmé publiquement avoir « forcé Emmanuel Macron » à accepter une hausse des prix des médicaments en France. L’Élysée a immédiatement démenti, qualifiant ces propos de « fake news ». Mais la menace est réelle. L’administration Trump brandit la clause de la « nation la plus favorisée » comme une arme. Si les États-Unis paient moins cher, c’est parce que l’Europe acceptera de payer plus. C’est la logique implacable d’un système qui considère la santé comme un marché plutôt que comme un droit.
Les analystes européens s’inquiètent. Euractiv rapporte que TrumpRx « ravive les tensions entre Washington et l’UE sur le prix des médicaments ». Le site précise que les accords de tarification de la « nation la plus favorisée » pourraient « faire augmenter les coûts en Europe ou retarder les lancements » de nouveaux traitements. L’Université de Montpellier a publié une analyse intitulée « Médicaments innovants : la France face à la guerre des prix lancée par Trump ». Le constat est alarmant : si les laboratoires doivent comprimer leurs marges aux États-Unis, ils chercheront à les récupérer ailleurs. L’Europe, avec ses systèmes de régulation des prix et ses négociations collectives, devient une cible.
Trump prétend que les Américains « subventionnaient le monde ». La réalité est inverse : l’industrie pharmaceutique américaine a toujours maintenu des prix artificiellement élevés chez elle pour maximiser ses profits. Maintenant, elle menace d’exporter cette logique prédatrice partout ailleurs.
La menace des 100% de taxes
Le Moniteur des Pharmacies titre : « 100% de taxe sur les médicaments importés aux États-Unis : la pharma mondiale en état d’alerte ». La menace plane. L’administration Trump envisage d’imposer des droits de douane massifs sur les médicaments fabriqués à l’étranger. Une mesure qui toucherait directement l’Europe, où de nombreux principes actifs et médicaments génériques sont produits. Les laboratoires européens comme Sanofi, Roche ou Novartis se préparent à une « bataille sur les prix », selon Zonebourse. Certains envisagent de relocaliser une partie de leur production aux États-Unis pour échapper aux taxes. D’autres prévoient de répercuter les coûts sur les marchés européens.
Pour les patients européens, les conséquences pourraient être désastreuses. Des médicaments innovants contre le cancer, les maladies auto-immunes ou les pathologies rares pourraient voir leurs prix augmenter. Certains traitements pourraient être retardés sur le marché européen, les laboratoires privilégiant le marché américain plus lucratif. D’autres pourraient tout simplement disparaître des pharmacies européennes si les marges ne sont plus jugées suffisantes. Et pourtant, pendant des décennies, c’est l’Europe qui a financé une partie de la recherche pharmaceutique mondiale à travers ses universités publiques et ses programmes de santé. C’est l’Europe qui a formé les chercheurs. C’est l’Europe qui a développé les infrastructures de santé. Aujourd’hui, on lui demande de payer encore plus.
Le vrai visage du système de santé américain
26 millions d’Américains sans couverture
Margaret, 58 ans, Houston. Elle est diabétique de type 2 depuis quinze ans. Son insuline lui coûtait 700 dollars par mois avant TrumpRx. Elle n’a pas d’assurance maladie. Son employeur, une petite entreprise de nettoyage, n’en propose pas. Elle gagne trop pour avoir droit à Medicaid. Elle est trop jeune pour Medicare. Pendant des années, elle a rationné ses doses. Un jour sur deux. Parfois un jour sur trois. Elle a développé des complications rénales. Ses yeux ont commencé à s’abîmer. Aujourd’hui, avec TrumpRx, elle pourrait payer 25 dollars pour son insuline. Mais elle n’a pas internet à la maison. Elle ne sait pas comment naviguer sur un site gouvernemental. Elle ne comprend pas les conditions d’utilisation. Elle ne sait pas qu’elle doit renoncer à tout remboursement futur.
Margaret n’est pas seule. Ils sont 26 millions dans son cas. 26 millions d’Américains sans aucune couverture santé. 8,5% de la population du pays le plus riche du monde. Parmi eux, des travailleurs à temps partiel. Des employés de la gig economy. Des indépendants qui ne peuvent pas se payer les 600 dollars mensuels d’une assurance familiale. Des immigrants en situation régulière qui n’ont pas encore accès aux programmes publics. Des jeunes adultes de plus de 26 ans qui ne peuvent plus être couverts par l’assurance de leurs parents. Pour eux, TrumpRx n’est pas une solution. C’est un pansement sur une hémorragie. C’est une goutte d’eau dans un océan de souffrance organisée.
Un pays qui dépense 4 000 milliards de dollars par an pour sa santé et qui laisse 26 millions de personnes sans couverture n’a pas un problème de ressources. Il a un problème de choix. Et ce choix, délibérément, est celui du profit avant la vie.
Le coût humain de la cupidité
Chaque année, des Américains meurent faute de pouvoir payer leurs médicaments. Une étude de 2019 estimait que 45 000 décès annuels étaient directement liés à l’absence de couverture santé. D’autres études parlent de chiffres encore plus élevés. Des diabétiques qui rationnent leur insuline jusqu’au coma. Des patients atteints de cancer qui renoncent à leurs traitements parce que les copaiements sont trop élevés. Des personnes souffrant de maladies chroniques qui se retrouvent à la rue après avoir épuisé leurs économies en frais médicaux. La faillite médicale est la première cause de banqueroute personnelle aux États-Unis. Plus de 500 000 familles y sont confrontées chaque année.
Et pendant ce temps, les PDG des laboratoires pharmaceutiques empochent des rémunérations qui défient l’entendement. Albert Bourla, PDG de Pfizer, a reçu 33 millions de dollars en 2022. Lars Fruergaard Jorgensen, PDG de Novo Nordisk, a vu sa rémunération exploser avec le succès de l’Ozempic. Ces hommes ne connaissent pas Margaret. Ils ne savent pas ce que signifie rationner son insuline. Ils n’ont jamais eu à choisir entre manger et se soigner. Ils vivent dans un monde parallèle où les souffrances de millions de patients ne sont que des variables dans un tableau Excel, des risques à gérer, des coûts à optimiser.
Le marketing de la fausse générosité
Un site gouvernemental au nom d’un homme
TrumpRx.gov. Le « .gov » lui donne une apparence officielle, institutionnelle, sérieuse. Mais c’est le nom qui frappe. Un site gouvernemental portant le nom personnel d’un président en exercice. Une première dans l’histoire administrative américaine. Même les programmes les plus emblématiques du New Deal de Roosevelt ne portaient pas son nom. L’Obamacare, officiellement l’Affordable Care Act, n’a été surnommé ainsi que par ses détracteurs avant que le terme ne soit récupéré. Avec TrumpRx, la personnalisation du pouvoir atteint un nouveau sommet. La santé publique devient un produit dérivé de la marque Trump.
Ce n’est pas un hasard. C’est une stratégie. En associant son nom à la baisse des prix des médicaments, Trump transforme une politique publique en campagne électorale permanente. Chaque Américain qui accède à un médicament moins cher via ce site pense à Trump. Chaque dollar économisé devient un argument électoral. Chaque témoignage de gratitude se transforme en soutien politique. La frontière entre l’État et la personne du président s’efface. La chose publique devient propriété privée. Le bien commun devient outil de pouvoir.
Quand un homme grave son nom sur un service public, il ne rend pas service au public. Il s’approprie ce qui appartient à tous. Il transforme les citoyens en clients. Il fait de la démocratie un commerce.
La communication qui masque le vide
Les annonces sont spectaculaires. 80% de réduction. 40 médicaments. Cinq laboratoires. Des conférences de presse à la Maison-Blanche. Des chiffres qui claquent. Des promesses qui brillent. Mais derrière le show, que reste-t-il vraiment ? Trois pour cent. C’est la part des bénéfices de l’industrie pharmaceutique qui provient du programme Medicaid. Les accords annoncés avec Pfizer ne concernent principalement que ce programme. Les médicaments les plus rentables, ceux vendus à Medicare et aux assurances privées, ne sont pas touchés. La montagne a accouché d’une souris. Mais la souris a été filmée en 4K et diffusée en prime time.
Les experts sont sceptiques. STAT News pose la question qui fâche : « Il y a une vraie question sur la valeur pour les personnes assurées ». CNBC souligne que les « coûts à payer de sa poche pourraient rester relativement inabordables ». PharmExec titre sobrement : « TrumpRx est en ligne et c’est compliqué ». Car les conditions d’accès sont labyrinthiques. Les exclusions sont nombreuses. Les avantages réels sont difficiles à quantifier. Mais peu importe. L’essentiel est ailleurs. L’essentiel est dans l’image. Dans l’illusion. Dans la perception qu’un président s’occupe enfin des vrais problèmes des vraies gens.
Les perdants invisibles
Ceux que le système a déjà broyés
James avait 34 ans. Il vivait à Minneapolis. Il était diabétique de type 1 depuis l’enfance. En 2019, incapable de payer son insuline après avoir perdu son emploi et son assurance, il a commencé à rationner ses doses. Il est mort d’une acidocétose diabétique quelques semaines plus tard. Son flacon d’insuline était presque vide. Il avait tenté de le faire durer le plus longtemps possible. Son histoire a fait le tour des médias. Elle est devenue un symbole. Puis elle a été oubliée. Comme toutes les autres histoires. Comme tous les autres James. TrumpRx arrive trop tard pour lui. TrumpRx ne le ramènera pas.
Combien de James y a-t-il eu depuis ? Combien de personnes sont mortes parce que le pays le plus riche de la planète considère que la santé est une marchandise plutôt qu’un droit ? Combien de familles ont été détruites par des factures médicales impossibles à payer ? Combien d’enfants ont grandi avec un parent malade qui ne pouvait pas se soigner ? Ces questions, personne ne les pose lors des conférences de presse triomphantes. Ces visages, personne ne les montre. Ces histoires, personne ne les raconte. Car elles dérangent. Car elles révèlent l’obscénité d’un système qui célèbre comme une victoire le fait de ne plus tuer aussi vite ceux qu’il a toujours exploités.
On ne mesure pas la générosité d’un système à ce qu’il donne aujourd’hui. On la mesure à ce qu’il a refusé hier. Et ce système a refusé la vie à des milliers de personnes pour préserver les profits de quelques-uns.
Les malades chroniques face à l’incertitude
Les 40 médicaments couverts par TrumpRx ne représentent qu’une fraction des traitements dont les Américains ont besoin. Qu’en est-il des médicaments contre le cancer ? Des traitements pour les maladies auto-immunes ? Des antiviraux contre le VIH ? Des thérapies géniques révolutionnaires qui coûtent des centaines de milliers de dollars ? Ces médicaments ne sont pas sur TrumpRx. Leurs prix ne baisseront pas. Les patients qui en dépendent ne verront aucune amélioration. Ils continueront à se ruiner. Ils continueront à supplier les laboratoires pour des programmes d’accès compassionnel. Ils continueront à lancer des cagnottes en ligne pour financer leurs traitements.
Et même pour les 40 médicaments concernés, rien n’est garanti à long terme. Les accords avec les laboratoires sont volontaires. Ils peuvent être renégociés. Ils peuvent être annulés. Un changement d’administration pourrait tout remettre en question. Une évolution du marché pourrait modifier les calculs des entreprises. Les patients vivent dans l’incertitude permanente. Ils ne savent pas si le médicament qui les maintient en vie sera encore abordable dans six mois. Ils ne savent pas si les règles du jeu changeront à nouveau. Ils sont les otages d’un système qui les considère comme des consommateurs plutôt que comme des êtres humains.
Le modèle qui enrichit tout le monde sauf les patients
La mécanique du profit pharmaceutique
Le marché pharmaceutique mondial pèse plus de 2 000 milliards de dollars en 2026. Les projections tablent sur 4 000 milliards d’ici 2034. L’Amérique du Nord représente 44,81% de ce marché. Autrement dit, près de la moitié des dépenses pharmaceutiques mondiales provient des États-Unis. Ce n’est pas parce que les Américains sont plus malades que les autres. C’est parce qu’ils paient plus cher. Beaucoup plus cher. Pour les mêmes molécules. Pour les mêmes traitements. Pour les mêmes médicaments fabriqués dans les mêmes usines.
Cette surtarification systématique finance les bénéfices records des laboratoires. Elle finance les dividendes versés aux actionnaires. Elle finance les rachats d’actions qui enrichissent les dirigeants. Elle finance le lobbying qui empêche toute régulation sérieuse. Elle finance les campagnes publicitaires pour des médicaments que seuls les Américains ont le droit de voir à la télévision. Car les États-Unis et la Nouvelle-Zélande sont les deux seuls pays au monde à autoriser la publicité directe pour les médicaments sur ordonnance. Partout ailleurs, c’est interdit. Aux États-Unis, les laboratoires dépensent 6 milliards de dollars par an pour convaincre les patients de demander des médicaments à leurs médecins.
L’industrie pharmaceutique ne soigne pas les malades. Elle les monétise. Chaque patient est un flux de revenus récurrent. Chaque maladie chronique est une rente à vie. Chaque traitement est une opportunité de profit.
L’illusion de la concurrence
TrumpRx prétend introduire de la concurrence dans le marché pharmaceutique. En permettant aux patients d’acheter directement auprès des laboratoires, le site contourne les intermédiaires. Mais quels intermédiaires ? Les Pharmacy Benefit Managers (PBM), ces entreprises qui négocient les prix des médicaments pour le compte des assureurs. Ces PBM sont régulièrement accusés de manque de transparence. De conflits d’intérêts. De pratiques anticoncurrentielles. Trois d’entre eux contrôlent 80% du marché : CVS Caremark, Express Scripts et OptumRx. Ils sont détestés par les laboratoires. Ils sont critiqués par les pharmaciens. Ils sont dénoncés par les associations de patients.
En affaiblissant les PBM, TrumpRx semble s’attaquer à un ennemi facile. Mais c’est un leurre. Car les vrais bénéficiaires de cette fragmentation du marché sont les laboratoires eux-mêmes. Sans les PBM pour négocier des prix groupés, chaque patient se retrouve seul face aux multinationales. Le rapport de force s’inverse. Les économies d’échelle disparaissent. Les rabais négociés collectivement s’évaporent. Et les laboratoires peuvent fixer leurs prix comme bon leur semble, médicament par médicament, patient par patient. Ils appellent cela de la « personnalisation ». C’est en réalité de l’atomisation. La destruction méthodique de tout pouvoir collectif de négociation.
Ce que TrumpRx révèle de l'Amérique
Un pays qui a renoncé à la solidarité
Dans tous les pays développés, la santé est considérée comme un bien commun. En France, en Allemagne, au Royaume-Uni, au Canada, au Japon, en Australie, les citoyens cotisent ensemble pour que chacun puisse se soigner. Les riches paient plus. Les pauvres paient moins. Les malades sont pris en charge. Les bien-portants financent le système en sachant qu’ils en bénéficieront un jour. C’est le principe de la mutualisation des risques. C’est le fondement de la solidarité nationale. C’est ce qui différencie une société d’un simple agrégat d’individus en concurrence les uns avec les autres.
Les États-Unis ont choisi un autre chemin. Ils ont décidé que la santé était une affaire privée. Que chacun devait se débrouiller. Que ceux qui réussissaient méritaient de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Que ceux qui échouaient n’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Ce choix, fait il y a des décennies, produit aujourd’hui ses fruits amers. Un pays où l’espérance de vie recule depuis plusieurs années. Où la mortalité infantile est plus élevée que dans la plupart des pays européens. Où des dizaines de millions de personnes vivent dans la peur de tomber malades. TrumpRx ne remet pas en cause ce modèle. Il l’entérine. Il le renforce. Il le célèbre.
Un pays qui accepte que ses citoyens meurent faute d’argent pour se soigner n’est pas un pays pauvre. C’est un pays qui a choisi de sacrifier les plus vulnérables sur l’autel du profit. C’est un pays qui a fait de la cruauté un choix politique.
La normalisation de l’inacceptable
Le plus troublant dans l’affaire TrumpRx n’est pas ce que le programme fait. C’est ce qu’il révèle sur l’état de la société américaine. Il révèle qu’il est devenu normal de célébrer une réduction de prix qui ramène un médicament au niveau de ce que les autres pays développés paient depuis toujours. Il révèle qu’il est devenu acceptable qu’un président mette son nom sur un service public. Il révèle qu’il est devenu banal que le fils du président profite directement des décisions de son père. Il révèle que l’indignation s’est émoussée. Que les scandales ne scandalisent plus. Que l’inacceptable est devenu le quotidien.
Cette normalisation est peut-être le danger le plus grave. Car elle tue l’espoir d’un changement véritable. Quand les gens s’habituent à être exploités, ils cessent de se révolter. Quand ils acceptent les miettes comme des cadeaux, ils renoncent à exiger le pain entier. Quand ils applaudissent ceux qui les arnaquent un peu moins, ils oublient qu’ils méritent de ne pas être arnaqués du tout. TrumpRx n’est pas une solution. C’est un anesthésiant. Une dose de morphine politique pour faire oublier la douleur d’un système fondamentalement malade.
Ce qui pourrait vraiment changer les choses
Les réformes qui font peur à Big Pharma
Des solutions existent. Elles sont connues. Elles fonctionnent ailleurs. La première serait d’autoriser Medicare, le programme d’assurance pour les personnes âgées, à négocier directement les prix des médicaments avec les laboratoires. Cette mesure, adoptée partiellement en 2022 sous l’administration Biden, ne concerne qu’une poignée de médicaments. L’étendre à l’ensemble des traitements permettrait des économies de dizaines de milliards de dollars. Les laboratoires s’y opposent farouchement. Ils dépensent des centaines de millions en lobbying chaque année pour empêcher cette réforme.
La deuxième solution serait de permettre l’importation de médicaments depuis le Canada ou l’Europe, où les prix sont régulés. Les mêmes molécules, fabriquées parfois dans les mêmes usines, coûtent deux à trois fois moins cher de l’autre côté de la frontière. Mais les laboratoires ont obtenu des lois qui interdisent ces importations au nom de la « sécurité ». La troisième solution serait de limiter la durée des brevets et de faciliter l’arrivée des génériques sur le marché. Actuellement, les laboratoires multiplient les stratagèmes juridiques pour prolonger leurs monopoles bien au-delà des 20 ans prévus par la loi. Ces pratiques, appelées « evergreening », coûtent des milliards aux patients et aux systèmes de santé.
Les vraies réformes existent. Elles ne sont pas appliquées parce qu’elles menaceraient les profits de l’industrie la plus puissante du pays. TrumpRx n’est pas une réforme. C’est un écran de fumée pour éviter les vraies réformes.
Le modèle européen comme horizon
En France, le Comité économique des produits de santé négocie les prix des médicaments avec les laboratoires. Ces négociations prennent en compte l’efficacité thérapeutique, le nombre de patients concernés, les alternatives disponibles et les capacités budgétaires de l’assurance maladie. Les laboratoires qui refusent de baisser leurs prix voient leurs médicaments non remboursés. Ce système n’est pas parfait. Il génère des tensions. Il entraîne parfois des retards dans l’accès à certains traitements innovants. Mais il garantit que personne ne mourra faute de pouvoir payer son insuline.
En Allemagne, le système est différent mais le résultat est similaire. Les caisses d’assurance maladie négocient collectivement avec les laboratoires. Les prix sont encadrés par la loi. Les copaiements sont plafonnés. Les patients ne se retrouvent jamais face à des factures impossibles à payer. Au Royaume-Uni, le NICE (National Institute for Health and Care Excellence) évalue le rapport coût-efficacité des médicaments. Ceux qui sont jugés trop chers par rapport à leur bénéfice thérapeutique ne sont pas remboursés par le NHS. Ces systèmes montrent qu’il est possible de concilier accès aux soins et maîtrise des coûts. Mais ils reposent sur un principe que l’Amérique refuse d’adopter : la santé n’est pas un marché comme les autres.
Le verdict de l'histoire
Qui se souviendra de TrumpRx ?
Dans dix ans, dans vingt ans, qui se souviendra de TrumpRx ? Probablement personne. Le site aura peut-être disparu. Les accords avec les laboratoires auront été renégociés. D’autres présidents auront lancé d’autres initiatives. D’autres réductions auront été annoncées. D’autres conférences de presse auront été organisées. Et les Américains continueront à payer leurs médicaments plus cher que partout ailleurs dans le monde développé. Car rien, dans TrumpRx, ne s’attaque aux causes profondes du problème. Rien ne remet en question le pouvoir des laboratoires. Rien ne modifie les règles du jeu.
L’histoire retiendra autre chose. Elle retiendra qu’un pays qui se prétendait le leader du monde libre a laissé ses citoyens mourir pour préserver les profits de quelques multinationales. Elle retiendra que des millions de personnes ont vécu dans la peur de tomber malades. Elle retiendra que des familles ont été détruites par des factures médicales. Elle retiendra que des enfants ont grandi sans leurs parents parce que le traitement qui aurait pu les sauver coûtait trop cher. Elle retiendra que tout cela était un choix. Un choix délibéré. Un choix politique. Un choix qui aurait pu être différent.
Les civilisations ne sont pas jugées sur leur richesse mais sur la façon dont elles traitent leurs plus vulnérables. À cette aune, l’Amérique de TrumpRx n’a pas grand-chose dont elle puisse être fière.
La question qui reste
Margaret ne sait toujours pas comment utiliser TrumpRx. Elle continue à rationner son insuline. Elle espère que quelqu’un, un jour, lui expliquera comment accéder à ces 25 dollars par mois qu’on lui a promis. En attendant, elle fait ce qu’elle a toujours fait : elle survit. Elle compte ses unités. Elle calcule combien de jours elle peut tenir. Elle prie pour ne pas faire de crise. Elle rêve d’un pays où se soigner ne serait pas un luxe. Elle ne sait pas que ce pays existe. Qu’il s’appelle la France. Ou le Canada. Ou l’Allemagne. Elle ne sait pas que des gens vivent sans avoir peur de leurs factures médicales. Elle ne sait pas que ce qu’elle endure est anormal. Parce qu’on ne lui a jamais dit.
La vraie question n’est pas de savoir si TrumpRx fonctionne. La vraie question est de savoir pourquoi, en 2026, dans le pays le plus riche de l’histoire humaine, des millions de personnes doivent encore supplier pour avoir accès à des médicaments qui peuvent leur sauver la vie. Pourquoi des familles doivent choisir entre se nourrir et se soigner. Pourquoi des enfants grandissent avec la peur au ventre. Pourquoi des vies sont sacrifiées sur l’autel du profit. Cette question, TrumpRx n’y répond pas. Cette question, TrumpRx l’enterre sous des chiffres et des annonces. Mais elle reste. Elle persiste. Elle hante. Et elle continuera à hanter l’Amérique jusqu’à ce que quelqu’un ait le courage d’y répondre vraiment.
Signé Maxime Marquette
Encadre de transparence du chroniqueur
Positionnement editorial
Cette analyse part d’un constat factuel : les prix des medicaments aux Etats-Unis sont parmi les plus eleves au monde, et des millions d’Americains souffrent de cette situation. Le lancement de TrumpRx est presente par l’administration comme une solution, mais une analyse approfondie revele des limites structurelles importantes et des conflits d’interets potentiels. Ce texte adopte un ton critique assumé envers un systeme qui privilegie le profit sur la sante publique.
Mon positionnement n’est pas celui de la neutralite face a un systeme qui cause des morts evitables. C’est celui de l’analyse rigoureuse des faits, des mecanismes economiques et des consequences humaines. Les critiques formulees s’appuient sur des sources documentees : rapports parlementaires, analyses d’experts, temoignages de patients, donnees officielles.
Methodologie et sources
Cette analyse s’appuie sur un corpus de sources diversifie : communiques officiels de la Maison-Blanche, analyses de medias specialises en sante (STAT News, FiercePharma, PharmExec), enquetes de medias generalistes (Washington Post, CNBC, PBS, ABC News), rapports d’organisations critiques (Common Dreams, Truthout, CEPR), alertes de senateurs americains (Durbin, Warren, Welch) et analyses de medias europeens (Euractiv, France 24, Euronews).
Les chiffres cites proviennent de sources officielles ou d’etudes reconnues. Les temoignages ont ete reconstitues a partir de cas documentes dans la presse americaine. Les analyses economiques s’appuient sur des donnees de marche publiques et des rapports d’analystes financiers.
Nature de l’analyse
Ce texte est une analyse, pas un reportage factuel. Il combine information et interpretation. Il assume un point de vue tout en le fondant sur des faits verifiables. Le lecteur est invite a consulter les sources citees pour former son propre jugement. Les passages en italique representent des prises de position editoriales assumees, distinctes de l’exposition des faits.
L’objectif n’est pas de produire un texte « equilibre » au sens ou il donnerait le meme poids a toutes les positions. L’objectif est de produire un texte honnete qui analyse les faits, identifie les responsabilites et pose les questions que le recit officiel evite.
Sources
Sources primaires
HHS Clears Path for Lower-Cost Prescription Drugs Through Direct-to-Consumer Programs – HHS.gov
Sources secondaires
Trump launches TrumpRx.gov, branding his push to lower prescription prices – Washington Post
What to know about TrumpRx, the Trump administration’s prescription drug platform – STAT News
White House launches direct-to-consumer drug site TrumpRx. Here’s what to know – CNBC
UPDATE: TrumpRx, US government’s cash-pay drug purchasing portal, has arrived – FiercePharma
TrumpRx website launches in US with promise to lower price of medicine – Al Jazeera
WATCH: Trump launches TrumpRx prescription drug site – PBS News
TrumpRx Denounced as Corrupt Scheme to Line Pockets of Big Pharma and Don Jr. – Common Dreams
Critics Warn TrumpRx Will Further Enrich Big Pharma, Not Reduce Drug Prices – Truthout
Trump RX: The Merger of Pharma Corruption and Trump Crazy – CEPR
Trump Jr.’s BlinkRx board seat draws Senate scrutiny – Drug Discovery Trends
BlinkRx Welcomes Donald Trump Jr. to Board of Directors – PR Newswire
Companies see boost from Trump admin after adding Don Jr. to their board – CREW
TrumpRx ravive les tensions entre Washington et l’UE sur le prix des medicaments – Euractiv
Donald Trump lance un site a son nom pour acheter des medicaments a prix reduits – France 24
Donald Trump unveils website in US to buy drugs at reduced prices – Euronews
TrumpRx.gov Launches with 80% Discounts on Ozempic and Wegovy – HIT Consultant
Donald Trump Launches TrumpRx: How Much Will Customers Save on Drugs? – Newsweek
TrumpRx Is Live and Complicated – PharmExec
Why TrumpRx is stumbling before it gets off the ground – PharmaVoice
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.