BILLET : L’Ukraine reprend du terrain à Donetsk et Zaporizhzhia, et le monde devrait ouvrir les yeux
La géographie du courage dans l’est ukrainien
La région de Donetsk est, depuis le début de cette guerre, l’épicentre de la violence. C’est là que les combats sont les plus intenses, les plus meurtriers, les plus acharnés. C’est là que la Russie concentre une part considérable de ses forces terrestres, de son artillerie, de ses moyens de frappe. Reprendre ne serait-ce qu’un seul village dans cette zone relève d’un exploit militaire que seuls ceux qui connaissent la réalité du terrain peuvent véritablement mesurer. Nykyforivka et Bondarne ne sont pas des métropoles. Ce sont de petites localités, probablement détruites à un degré que l’on peine à imaginer. Mais leur valeur stratégique dépasse largement leur taille sur la carte.
Contrôler ces deux points permet aux forces ukrainiennes de sécuriser des axes de communication, de protéger des positions voisines, et surtout d’empêcher l’armée russe de les utiliser comme bases avancées pour de futures offensives. Dans une guerre de position comme celle qui se déroule dans le Donbass, chaque village est une pièce de puzzle. Perdre un village, c’est fragiliser toute une ligne. Reprendre un village, c’est renforcer l’ensemble du dispositif défensif. Les soldats ukrainiens qui ont mené ces opérations le savent mieux que quiconque. Ils savent que ce qu’ils ont accompli n’est pas un symbole abstrait. C’est une question de survie concrète pour leurs camarades positionnés dans les secteurs adjacents.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans notre capacité collective à ignorer ce qui se passe dans le Donbass. Comme si la répétition de la violence avait fini par anesthésier notre attention. Comme si la guerre, à force de durer, était devenue un bruit de fond que l’on ne perçoit même plus.
Ce que signifie concrètement reprendre un village
Reprendre un village occupé par des troupes russes n’est pas une opération abstraite que l’on déplace sur une carte avec des flèches colorées. C’est un processus brutal, dangereux, et souvent meurtrier. Cela implique des jours, parfois des semaines de préparation. Des reconnaissances par drones. Des frappes d’artillerie ciblées pour neutraliser les positions fortifiées de l’ennemi. Puis l’assaut lui-même, mené par de petits groupes d’infanterie qui progressent sous le feu, de bâtiment en bâtiment, de cave en cave. La guerre urbaine, même à l’échelle d’un petit village, est la forme de combat la plus dangereuse qui existe. Chaque mur peut cacher un tireur. Chaque rue peut être minée. Chaque seconde peut être la dernière.
Les Forces de défense ukrainiennes qui ont repris Nykyforivka et Bondarne ont traversé tout cela. Ils l’ont fait avec un équipement souvent insuffisant, face à un ennemi numériquement supérieur, dans des conditions climatiques et logistiques extraordinairement difficiles. Et ils ont réussi. Ce succès mérite d’être nommé, reconnu, et respecté. Non pas comme un acte de propagande, mais comme un fait militaire vérifiable, confirmé par les sources officielles ukrainiennes.
Kosivtseve, la libération qui redonne espoir dans la région de Zaporizhzhia
Un front sud qui bouge dans la bonne direction
Pendant que les regards se concentrent sur le Donbass, le front sud de l’Ukraine continue de raconter sa propre histoire. La libération de Kosivtseve, dans la région de Zaporizhzhia, est un événement significatif à plus d’un titre. D’abord parce que cette région est l’un des quatre territoires que la Russie prétend avoir annexés à l’automne 2022, une annexion que la quasi-totalité de la communauté internationale refuse de reconnaître. Ensuite parce que toute avancée ukrainienne dans ce secteur fragilise le narratif russe d’un contrôle irréversible sur ces territoires.
La région de Zaporizhzhia abrite également la plus grande centrale nucléaire d’Europe, celle de Enerhodar, toujours sous contrôle russe et source d’inquiétude permanente pour la sécurité nucléaire mondiale. Chaque position reprise par les forces ukrainiennes dans ce secteur modifie l’équilibre local des forces et rappelle que la situation sur le terrain n’est pas figée. Kosivtseve n’est qu’un village parmi d’autres, mais sa libération envoie un message clair : les forces ukrainiennes sont capables de mener des opérations offensives sur plusieurs fronts simultanément, même après trois années de guerre épuisante.
Quand j’entends des voix, y compris dans nos propres démocraties, suggérer que l’Ukraine devrait accepter un compromis territorial pour mettre fin à la guerre, je pense aux soldats qui viennent de reprendre Kosivtseve. Je me demande ce qu’ils répondraient à cette suggestion. Et je crois connaître la réponse.
La dimension humaine de la libération
Derrière le mot libération, il y a des réalités humaines que les communiqués militaires ne décrivent jamais. Il y a les civils qui ont vécu sous occupation russe pendant des mois, parfois des années. Il y a les récits de pillages, de restrictions de mouvement, de peur permanente. Il y a les personnes âgées qui n’ont pas pu fuir et qui ont survécu dans des conditions inimaginables. Il y a les maisons détruites, les infrastructures anéanties, les champs minés qui rendront le retour à la vie normale terriblement lent et dangereux. Libérer un village, ce n’est pas simplement y planter un drapeau. C’est le début d’un processus long et douloureux de reconstruction, de déminage, de restauration des services de base, d’accompagnement psychologique des survivants.
Les habitants de Kosivtseve, s’il en reste, devront réapprendre à vivre dans un espace qui porte les cicatrices profondes de l’occupation et des combats. L’eau courante, l’électricité, le chauffage, les routes praticables, tout cela devra être reconstruit. Et pendant ce temps, la ligne de front ne sera qu’à quelques kilomètres, avec son lot quotidien de tirs d’artillerie et de frappes de drones. La libération est un soulagement immense, mais elle n’est pas la fin de l’épreuve. Elle en est, en quelque sorte, le commencement d’un nouveau chapitre.
Trois ans de guerre et la lassitude du monde
L’indifférence comme arme de destruction massive
Il faut dire les choses telles qu’elles sont. Le monde se lasse de la guerre en Ukraine. Les sondages le montrent. La couverture médiatique le confirme. Les discussions politiques le révèlent. Ce qui occupait les unes des journaux en février 2022 est aujourd’hui relégué dans les pages intérieures, coincé entre un fait divers et une chronique sportive. Cette fatigue médiatique n’est pas un phénomène nouveau. Elle accompagne tous les conflits prolongés. Mais dans le cas de l’Ukraine, elle est particulièrement dangereuse, parce qu’elle fait exactement le jeu de la stratégie russe.
La Russie mise précisément sur cette lassitude. Sa stratégie repose en grande partie sur l’idée que les démocraties occidentales finiront par se fatiguer, par réduire leur soutien militaire et financier, par pousser l’Ukraine vers des négociations défavorables. Chaque jour où nous détournons le regard, chaque article que nous ne lisons pas, chaque conversation que nous n’avons pas sur ce sujet, contribue involontairement à cette stratégie. Je ne dis pas cela pour culpabiliser qui que ce soit. Je le dis parce que c’est la réalité géopolitique dans laquelle nous vivons, que nous le voulions ou non.
Nous avons une responsabilité collective. Pas celle de combattre à la place des Ukrainiens, évidemment. Mais celle de rester attentifs, informés, engagés. Celle de ne pas laisser l’habitude de la guerre nous transformer en spectateurs indifférents d’une tragédie qui se déroule aux portes de notre continent.
Le poids des mots et le silence des chiffres
Les pertes humaines de cette guerre restent largement méconnues du grand public. Les deux camps gardent secrètes leurs statistiques réelles de victimes. Mais les estimations convergent vers des chiffres terrifiants. Des centaines de milliers de soldats tués ou blessés des deux côtés. Des dizaines de milliers de civils ukrainiens morts sous les bombardements, les frappes de missiles, les tirs d’artillerie. Des millions de personnes déplacées, à l’intérieur du pays comme à l’étranger. Des villes entières rayées de la carte. Marioupol, Bakhmout, Avdiivka, autant de noms qui évoquent des destructions d’une ampleur que l’Europe n’avait pas connue depuis la Seconde Guerre mondiale.
Dans ce contexte apocalyptique, la reprise de trois villages pourrait sembler dérisoire. Mais c’est exactement le contraire. Ces victoires locales sont la preuve que la volonté de résistance ukrainienne n’a pas été brisée. Elles démontrent que malgré l’épuisement, malgré les pertes, malgré l’asymétrie des forces, les Forces de défense conservent la capacité d’initiative. Elles peuvent attaquer, pas seulement défendre. Elles peuvent reprendre du terrain, pas seulement le céder. C’est un fait militaire d’une importance considérable.
Les enjeux stratégiques derrière les avancées locales
Pourquoi chaque village compte dans cette guerre d’attrition
Pour comprendre l’importance de ces reprises territoriales, il faut saisir la logique profonde de la guerre d’attrition. Dans ce type de conflit, la victoire ne se joue pas dans une bataille décisive unique. Elle se construit grain par grain, position par position, dans un processus d’usure mutuelle où la question centrale est simple : qui tiendra le plus longtemps. La Russie dispose d’une supériorité numérique en termes de population et de ressources brutes. Mais l’Ukraine dispose de la motivation de défendre son propre territoire, du soutien technologique et logistique de ses alliés occidentaux, et d’une capacité d’adaptation tactique que de nombreux observateurs militaires jugent remarquable.
Les reprises de Nykyforivka, Bondarne et Kosivtseve illustrent cette capacité d’adaptation. Elles montrent que les forces ukrainiennes sont capables d’identifier les points faibles dans le dispositif russe et de les exploiter avec efficacité. Elles montrent également que la ligne de front n’est pas une muraille impénétrable mais un organisme vivant qui fluctue en fonction des rapports de force locaux. Cette fluidité est à la fois une source d’espoir et d’inquiétude, car ce qui est repris aujourd’hui peut être reperdu demain si les conditions changent.
L’importance du soutien international dans la durée
Ces avancées ukrainiennes ne seraient pas possibles sans le soutien militaire occidental. Les armes, les munitions, les systèmes de communication, les renseignements fournis par les alliés de l’OTAN jouent un rôle déterminant dans la capacité de l’Ukraine à mener des opérations offensives. Les systèmes d’artillerie occidentaux, les drones de reconnaissance, les équipements de vision nocturne, tout cela fait la différence sur le terrain. Mais ce soutien n’est pas garanti dans la durée. Il dépend de la volonté politique des gouvernements occidentaux, elle-même influencée par l’opinion publique.
C’est ici que le cercle se referme. Si nous cessons de nous intéresser à cette guerre, nos gouvernements cesseront de la soutenir. Et si nos gouvernements cessent de la soutenir, les soldats qui ont repris Nykyforivka, Bondarne et Kosivtseve n’auront plus les moyens de tenir leurs positions. Notre attention n’est pas un luxe. C’est une nécessité stratégique.
Le front de Donetsk, épicentre d'une violence sans fin
Un théâtre d’opérations où chaque jour est une épreuve
Le front de Donetsk est, de loin, le secteur le plus actif et le plus meurtrier de toute la guerre en Ukraine. C’est là que la Russie concentre ses efforts offensifs les plus soutenus, avec pour objectif de s’emparer de l’intégralité de la région de Donetsk. Les combats y sont d’une intensité quotidienne difficile à concevoir pour quiconque n’a jamais vécu une zone de guerre. Les tirs d’artillerie se comptent par milliers chaque jour. Les frappes de drones FPV, ces petits engins kamikazes télécommandés, ont transformé le champ de bataille en un espace où la mort peut surgir de n’importe quel angle, à n’importe quel moment.
Dans ce contexte, le fait que les Forces de défense ukrainiennes parviennent non seulement à tenir leurs positions mais aussi à en reprendre de nouvelles est un exploit qui force le respect. Les soldats qui combattent dans le Donbass vivent dans des tranchées et des abris souterrains, souvent sans eau courante ni électricité, exposés au froid, à la chaleur, aux intempéries, et surtout au feu ennemi permanent. Leur quotidien est fait de veilles interminables, de rotations épuisantes, de camarades blessés ou tués. Et malgré tout cela, ils avancent. Cette réalité devrait nous interpeller profondément.
Les leçons tactiques de Nykyforivka et Bondarne
Les opérations militaires qui ont permis la reprise de ces deux localités témoignent d’une évolution tactique significative des forces ukrainiennes. Après trois ans de guerre, l’armée ukrainienne a acquis une expérience de combat que très peu d’armées au monde possèdent aujourd’hui. Elle a appris à intégrer l’utilisation massive des drones dans ses opérations, à coordonner l’artillerie avec les assauts d’infanterie de manière extrêmement précise, et à exploiter les failles dans le dispositif ennemi avec une rapidité remarquable.
Les reprises de Nykyforivka et Bondarne sont probablement le résultat de semaines de planification minutieuse, combinant renseignement technique, frappes de préparation, et assaut coordonné par des unités spécialisées. Ce type d’opération exige un niveau de professionnalisme militaire élevé, ce qui contredit le narratif russe selon lequel les forces ukrainiennes seraient épuisées et incapables de mener des actions offensives. La réalité du terrain raconte une tout autre histoire.
Il serait temps que les commentateurs qui, depuis le confort de leurs bureaux, prédisent l’effondrement imminent de l’Ukraine révisent leur copie. Les faits sur le terrain ne mentent pas. Et les faits disent que l’Ukraine combat, résiste et avance.
Le front de Zaporizhzhia et ses implications géopolitiques
Une région au coeur des enjeux territoriaux et nucléaires
La région de Zaporizhzhia occupe une place particulière dans la géographie de ce conflit. Elle est le lien entre le sud et l’est de l’Ukraine, un corridor stratégique dont le contrôle détermine la capacité de la Russie à maintenir une continuité territoriale entre la Crimée annexée et les régions occupées du Donbass. Toute avancée ukrainienne dans ce secteur menace potentiellement ce corridor et fragilise l’ensemble du dispositif russe dans le sud du pays. La libération de Kosivtseve s’inscrit dans cette logique stratégique plus large.
Par ailleurs, la présence de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia sous contrôle russe ajoute une dimension supplémentaire à tout mouvement militaire dans cette région. L’Agence internationale de l’énergie atomique maintient une présence sur le site et exprime régulièrement ses préoccupations quant à la sécurité nucléaire dans un environnement de combat actif. Chaque opération militaire dans les environs doit tenir compte de ce facteur, ce qui complique considérablement la planification des opérations ukrainiennes tout en soulignant l’urgence de reprendre le contrôle de cette zone critique.
Ce que ces avancées révèlent sur l'état réel de la guerre
Un conflit qui refuse de se conformer aux prédictions
Depuis le début de cette guerre, les prédictions se sont succédé. La Russie prendra Kyiv en trois jours, disaient certains en février 2022. L’Ukraine s’effondrera avant l’hiver, affirmaient d’autres. La contre-offensive de 2023 sera décisive, espéraient beaucoup. Aucune de ces prédictions ne s’est réalisée. Ce conflit refuse obstinément de se conformer aux scénarios préétablis, et c’est peut-être la leçon la plus importante que nous devrions en tirer. La guerre est un phénomène humain, imprévisible par nature, qui défie constamment les modèles théoriques et les analyses en chambre.
Les reprises de Nykyforivka, Bondarne et Kosivtseve confirment cette imprévisibilité. Elles surviennent à un moment où de nombreux observateurs estiment que la ligne de front est largement gelée et que ni l’un ni l’autre camp n’est en mesure de réaliser des avancées significatives. Or, ces opérations démontrent que même dans une guerre de position, des mouvements sont possibles, des opportunités existent, et des succès peuvent être obtenus par des forces déterminées et bien commandées.
La guerre n’est jamais terminée tant que ceux qui la subissent refusent de capituler. Et l’Ukraine, en ce mois de juin 2025, est plus loin de la capitulation qu’elle ne l’a jamais été.
L'humain derrière les communiqués militaires
Des visages que nous ne verrons jamais
Les communiqués de l’état-major ukrainien sont rédigés dans un langage clinique, factuel, dépouillé de toute émotion. Les Forces de défense contrôlent Nykyforivka et Bondarne. Le village de Kosivtseve a été libéré. Des phrases courtes, sèches, qui ne trahissent rien de ce qui s’est réellement passé. Rien sur la peur. Rien sur la douleur. Rien sur les cris, les explosions, la poussière, le sang. Rien sur le soldat qui a perdu son meilleur ami la veille et qui a continué à avancer le lendemain. Rien sur celui qui a passé trente-six heures sans dormir, le doigt sur la détente, les yeux fixés sur une fenêtre obscure.
Derrière chaque opération militaire se cachent des centaines de destins individuels que nous ne connaîtrons jamais. Des jeunes hommes et des jeunes femmes qui, il y a trois ans, étaient étudiants, informaticiens, agriculteurs, enseignants, et qui sont aujourd’hui des combattants aguerris portant sur leurs épaules le poids de la survie de leur nation. Leur courage est d’autant plus remarquable qu’il est quotidien, répétitif, épuisant. Ce n’est pas le courage spectaculaire des films de guerre. C’est le courage silencieux de ceux qui se lèvent chaque matin en sachant que ce jour pourrait être le dernier, et qui se lèvent quand même.
L'appel à ne pas détourner le regard
Notre responsabilité de citoyens informés
Je terminerai ce billet par un appel direct. Un appel à vous, lecteurs, où que vous soyez. Ne détournez pas le regard. Ne laissez pas la fatigue informationnelle vous convaincre que cette guerre ne vous concerne pas. Elle vous concerne. Elle concerne l’ensemble de l’ordre international fondé sur des règles que nous avons mis des décennies à construire. Si un pays peut envahir son voisin, annexer son territoire par la force, et s’en tirer sans conséquences parce que le reste du monde a fini par se lasser, alors c’est l’ensemble de notre architecture de sécurité collective qui s’effondre.
Les soldats ukrainiens qui ont repris Nykyforivka, Bondarne et Kosivtseve ne se battent pas uniquement pour l’Ukraine. Ils se battent pour un principe fondamental : celui de la souveraineté nationale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce principe est le fondement de l’ordre mondial tel que nous le connaissons. S’il tombe en Ukraine, il tombera ailleurs. C’est aussi simple et aussi terrible que cela.
Nous vivons une époque où l’indifférence est le plus grand danger. Plus grande que les missiles. Plus grande que les drones. Parce que l’indifférence prive ceux qui se battent de l’espoir que le monde les voit, les entend, et se tient à leurs côtés.
La diplomatie en panne et le terrain qui parle
Quand les armes remplacent les mots
Les efforts diplomatiques pour mettre fin à cette guerre sont au point mort depuis de longs mois. Les tentatives de médiation se heurtent à l’intransigeance de Moscou, qui continue d’exiger la reconnaissance de ses annexions territoriales comme condition préalable à toute négociation. L’Ukraine, de son côté, refuse catégoriquement d’abandonner ses territoires souverains. Dans cette impasse diplomatique, c’est le terrain qui parle. Chaque village repris, chaque position consolidée, chaque mètre de territoire reconquis modifie les rapports de force et, potentiellement, les conditions d’une future négociation.
Les avancées de juin 2025 dans les régions de Donetsk et Zaporizhzhia sont donc bien plus que des faits militaires isolés. Elles sont des arguments diplomatiques en devenir. Elles démontrent que l’Ukraine possède encore la capacité et la volonté de se battre, ce qui renforce sa position dans toute hypothétique négociation future. À l’inverse, elles envoient à la Russie le signal que la victoire militaire totale qu’elle espère est de plus en plus improbable, ce qui pourrait, à terme, contribuer à modifier le calcul stratégique du Kremlin.
La paix ne se construit pas dans l’abandon. Elle se construit dans le rapport de force. Et c’est précisément ce que les Forces de défense ukrainiennes sont en train de construire, village après village, jour après jour.
La reconstruction, cet horizon lointain mais nécessaire
Penser l’après-guerre dès maintenant
Chaque village libéré pose immédiatement la question de la reconstruction. Les infrastructures détruites, les habitations en ruines, les terres agricoles minées, les réseaux d’eau et d’électricité anéantis, tout doit être repensé, refinancé, reconstruit. La Banque mondiale estime le coût de la reconstruction de l’Ukraine à plusieurs centaines de milliards de dollars, un chiffre qui augmente chaque jour que la guerre continue. Pour des localités comme Nykyforivka, Bondarne ou Kosivtseve, la reconstruction sera un processus de longue haleine qui nécessitera non seulement des financements internationaux mais aussi une volonté politique durable.
Le déminage à lui seul représente un défi colossal. L’Ukraine est aujourd’hui l’un des pays les plus minés au monde. Des millions d’hectares de terres sont contaminés par des mines antipersonnel, des munitions non explosées, des sous-munitions dispersées. Le nettoyage complet de ces zones prendra des décennies et coûtera des milliards. En attendant, chaque pas dans un champ libéré est un risque mortel. Les enfants qui joueront un jour dans les rues de Kosivtseve marcheront sur une terre qui recèle encore des dangers invisibles sous la surface.
Ce que nous devons retenir de cette journée
Trois villages, un seul message
Au terme de ce billet, je voudrais que vous reteniez trois noms. Nykyforivka. Bondarne. Kosivtseve. Trois villages ukrainiens repris aux forces d’occupation russes en juin 2025. Trois preuves que la résistance ukrainienne est vivante, active, et déterminée. Trois raisons de ne pas abandonner l’espoir que cette guerre, aussi interminable qu’elle puisse paraître, finira par prendre fin. Et trois rappels que derrière les lignes de front, il y a des êtres humains qui paient un prix inimaginable pour défendre leur terre, leur liberté, et leur dignité.
Le monde a le devoir de ne pas les oublier. Nous avons le devoir de continuer à raconter leur histoire, même quand elle ne fait plus la une. Même quand les noms des villages sont imprononçables. Même quand la lassitude nous gagne. Parce que le jour où nous cesserons de nous intéresser à ce qui se passe en Ukraine, nous aurons perdu bien plus qu’une guerre lointaine. Nous aurons perdu une part de notre humanité collective.
Nykyforivka. Bondarne. Kosivtseve. Répétez ces noms. Encore une fois. Ils méritent d’exister dans votre mémoire, ne serait-ce qu’aujourd’hui.
Le mot de la fin, entre colère et espérance
Je suis en colère. En colère contre l’indifférence qui gagne nos sociétés. En colère contre ceux qui réduisent cette guerre à un simple conflit géopolitique dénué de dimension humaine. En colère contre le temps qui passe et qui normalise l’inacceptable. Mais je suis aussi habité par une forme d’espérance têtue, nourrie par ces trois villages repris, par ces soldats qui avancent sous le feu, par ce peuple qui refuse de plier. L’Ukraine nous enseigne quelque chose de fondamental sur la condition humaine : la liberté n’est jamais donnée. Elle se conquiert, se défend, et se reconquiert, mètre par mètre, village par village, jour après jour.
Et si nous ne pouvons pas combattre à leurs côtés, nous pouvons au moins leur offrir ce que nous avons de plus précieux : notre attention, notre solidarité, et notre refus de les oublier. C’est le minimum. C’est le strict minimum que l’on puisse faire. Mais c’est déjà immense.
Car dans un monde saturé de bruit et de distractions, le simple fait de lire ces lignes jusqu’au bout est déjà un acte de résistance contre l’oubli.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Déclaration de transparence
Ce billet exprime les opinions personnelles de son auteur et ne prétend pas à la neutralité journalistique. Les faits rapportés sont issus de sources officielles ukrainiennes, notamment l’agence Ukrinform et les communiqués de l’état-major des Forces armées ukrainiennes. L’auteur n’a aucun lien financier, politique ou personnel avec les parties en conflit. Les informations militaires provenant de zones de guerre actives sont par nature difficiles à vérifier de manière indépendante et doivent être lues avec cette réserve à l’esprit. L’auteur s’engage à corriger toute erreur factuelle portée à sa connaissance.
La transparence n’est pas une faiblesse. C’est le fondement de la confiance entre un auteur et ses lecteurs.
Méthodologie et limites
Les informations contenues dans ce billet reposent sur les communiqués officiels de l’état-major ukrainien relayés par l’agence Ukrinform. Aucune source russe indépendante n’a pu être consultée pour contre-vérifier ces informations au moment de la rédaction. Les analyses stratégiques présentées reflètent l’interprétation de l’auteur, informée par le suivi quotidien du conflit et la consultation régulière de sources ouvertes spécialisées dans le domaine militaire. L’auteur reconnaît les limites inhérentes à toute analyse réalisée à distance d’un théâtre d’opérations actif.
Écrire sur la guerre depuis un bureau confortable comporte une dimension d’humilité obligatoire. Je ne prétends pas savoir ce que vivent ces soldats. Je prétends seulement que leur combat mérite d’être raconté.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – Nykyforivka and Bondarne in Donetsk region are controlled by Defense Forces, juin 2025
Ukrinform – Defense Forces liberate Kosivtseve in Zaporizhzhia region from Russian troops, juin 2025
Sources secondaires
AIEA – Mises à jour régulières sur la situation de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia
Banque mondiale – Aperçu de la situation économique et des besoins de reconstruction de l’Ukraine
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.