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CHRONIQUE : Le Washington Post meurt dans les ténèbres que Bezos a créées
Crédit: Adobe Stock

Octobre 2024 : le premier coup de hache

L’agonie avait commencé seize mois plus tôt. Le 25 octobre 2024, à onze jours de l’élection présidentielle, le Washington Post annonçait qu’il ne soutiendrait aucun candidat. Une rupture avec des décennies de tradition. Le comité éditorial avait préparé un texte d’appui à Kamala Harris. Le rédacteur en chef de la page d’opinion, David Shipley, l’avait approuvé. Et puis, silence. Bezos avait décidé d’enterrer l’endorsement. Sans explication publique. Sans débat interne. Un veto de propriétaire, brutal et définitif.

La réaction fut immédiate et dévastatrice. Plus de 250 000 abonnés ont annulé leur souscription en quelques jours. Dix pour cent de la base de lecteurs, évaporés. Deux chroniqueurs ont démissionné en protestation. Des membres du comité éditorial ont claqué la porte. Bob Woodward et Carl Bernstein eux-mêmes, les héros du Watergate, ont publiquement condamné la décision, affirmant qu’elle « ignorait les preuves accablantes documentées par le Post lui-même sur la menace que Donald Trump représente pour la démocratie ». Et pourtant. Bezos n’a pas bronché.

Un journal qui refuse de prendre position sur la démocratie elle-même n’est plus un journal. C’est un produit. Une marchandise. Un objet de transaction entre un milliardaire et le pouvoir qu’il craint.

Les signaux de fumée vers Mar-a-Lago

Ce qui s’est passé ensuite ressemble à une parade nuptiale entre le capital et le pouvoir. Amazon, la société-mère de l’empire Bezos, a acheté les droits du documentaire « Melania » pour 40 millions de dollars. Elle a ajouté 35 millions supplémentaires pour la promotion. 75 millions de dollars au total, ce qui en fait le documentaire le plus cher de l’histoire. La première dame empocherait plus de 70% de la somme, soit au moins 28 millions de dollars directement dans la poche de la famille Trump. Et ce n’était pas un hasard. C’était un message.

Bezos a des intérêts colossaux à protéger. Amazon Web Services détient un contrat de 1 milliard de dollars avec l’administration fédérale pour des services cloud. Blue Origin, sa compagnie spatiale, possède 2,3 milliards de dollars de contrats avec l’US Space Force et un accord de plusieurs milliards avec la NASA pour une mission lunaire prévue en 2029. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth s’est rendu en personne dans les installations de Blue Origin en Floride. La visite, officiellement partie d’une tournée baptisée « Arsenal of Freedom », ressemblait davantage à une validation de bonne conduite.

Quand un homme qui pèse 200 milliards de dollars s’agenouille devant le pouvoir politique, ce n’est pas par faiblesse personnelle. C’est un calcul froid. Le Washington Post valait moins que les contrats gouvernementaux. Les journalistes valaient moins que les fusées. La vérité valait moins que l’accès.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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