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CHRONIQUE : Trump adoube la Dame de fer japonaise et dynamite les regles de la democratie mondiale
Crédit: Adobe Stock

L’heritiere spirituelle de Shinzo Abe

Sanae Takaichi n’est pas arrivee au pouvoir par accident. Elle a ete formee, modelee, preparee pendant des decennies pour ce moment. Nee en 1961 a Yamatokoriyama, dans la prefecture de Nara, elle a fait ses etudes a l’Universite de Kobe avant de partir aux Etats-Unis grace a une bourse du Matsushita Institute. La, elle a travaille comme assistante parlementaire pour la democrate Pat Schroeder. Ironie de l’histoire : sa formatrice etait une feministe progressiste. Takaichi en est revenue avec une vision radicalement differente. Elle a rejoint le PLD en 1996 et s’est rapidement positionnee sur l’aile la plus conservatrice du parti. Son mentor : Shinzo Abe, le premier ministre assassine en 2022, l’homme qui voulait transformer le Japon en puissance militaire normale. Takaichi a repris le flambeau. Elle incarne aujourd’hui tout ce qu’Abe n’a pas eu le temps d’accomplir.

Les positions de Takaichi donnent le vertige. Elle s’oppose au mariage homosexuel, invoquant l’article 24 de la Constitution qui mentionne les deux sexes. Elle refuse aux femmes mariees le droit de conserver leur nom de jeune fille, alors qu’elle-meme utilise son nom de naissance pour sa carriere politique. Elle s’oppose a l’accession des femmes au trone imperial. Elle a qualifie les femmes de reconfort coreennes, ces esclaves sexuelles de l’armee japonaise, de probleme exagere. Et pourtant, elle brise le plafond de verre. Premiere femme premiere ministre. Les contradictions s’empilent comme des montagnes. NPR aux Etats-Unis l’a resume cruellement : Elle a brise le plafond de verre, mais elle n’est pas feministe. Certains medias japonais sont alles plus loin, la qualifiant de meiyo dansei : un homme d’honneur. Une femme qui reussit en abandonnant les interets des femmes.

Il y a une ironie cruelle a voir la premiere femme a diriger le Japon porter des valeurs qui maintiennent les autres femmes dans une position subordonnee. Comme si briser le plafond de verre n’etait acceptable que pour celles qui promettent de ne pas toucher aux fondations.

Le sanctuaire de la discorde

Le sanctuaire Yasukuni est le thermometre de l’ame politique japonaise. Ce lieu de culte shinto, au coeur de Tokyo, honore les 2,5 millions de Japonais morts pour leur pays depuis 1869. Parmi eux, depuis 1978, 14 criminels de guerre de classe A condamnes par le Tribunal de Tokyo apres la Seconde Guerre mondiale. Hideki Tojo, premier ministre qui a ordonne l’attaque de Pearl Harbor. Iwane Matsui, responsable du massacre de Nankin ou 300 000 civils chinois ont ete tues en six semaines. Chaque visite d’un dirigeant japonais a Yasukuni declenche une crise diplomatique avec la Chine, la Coree du Sud et la Coree du Nord. Takaichi y est allee des dizaines de fois avant de devenir premiere ministre. Elle a promis de continuer. La memoire des victimes asiatiques de l’imperialisme japonais s’efface, pelletee apres pelletee, sous les prieres au sanctuaire.

Le Yushukan, le musee attache au sanctuaire, raconte une version de l’histoire qui ferait frissoner n’importe quel historien serieux. La conquete de l’Asie y est presentee comme une liberation des peuples colonises par les Occidentaux. Les atrocites de l’armee imperiale? Absentes. Le massacre de Nankin? Pas mentionne. Les femmes de reconfort? Invisibles. Les experiences biologiques de l’Unite 731? Un detail. Takaichi a qualifie cette approche de sortie de la diplomatie des excuses. Elle veut que le Japon cesse de s’excuser pour son passe. Elle veut reecrire l’histoire. Et maintenant, avec sa supermajorité, elle a les moyens de ses ambitions. L’article 9 de la Constitution, celui qui interdit au Japon de posseder une armee offensive, est dans sa ligne de mire. Le fantome d’un Japon militarise se reveille.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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