Witkoff et Kushner aux manettes
Les négociations se tiennent à Abu Dhabi. Pas à Genève. Pas à Vienne. À Abu Dhabi. Dans un pays qui entretient des relations cordiales avec Moscou. Qui n’a jamais condamné l’invasion. Qui continue de commercer avec la Russie malgré les sanctions. Le choix du lieu n’est pas anodin. Il dit tout sur l’équilibre des forces.
Et qui mène ces négociations du côté américain? Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump. Un promoteur immobilier. Un homme d’affaires. Pas un diplomate. Pas un expert en relations internationales. Un ami personnel de Trump qui traite la fin d’une guerre comme une transaction immobilière. Et à ses côtés, Jared Kushner, le gendre du président. Le même qui a négocié les accords d’Abraham. Le même qui pense que tout conflit peut se résoudre avec suffisamment d’argent et de pression.
Steve Witkoff a déclaré que « des travaux significatifs restent à accomplir » mais que « l’engagement diplomatique soutenu produit des résultats tangibles ». Des résultats tangibles. Comme si la paix était un produit. Comme si la souveraineté d’une nation était négociable. Comme si les morts de Boutcha, de Marioupol, d’Irpin n’étaient que des externalités dans une équation comptable.
Le point de blocage : le Donbass
Le noeud du problème est connu de tous. La Russie exige que l’Ukraine retire ses forces des parties du Donbass qu’elle contrôle encore. Autrement dit, Moscou demande à Kyiv de céder des territoires souverains. De légitimer l’annexion. De récompenser l’agression.
C’est le principe fondamental qui est en jeu ici. Pas seulement pour l’Ukraine. Pour le monde entier. Si un pays peut envahir son voisin, annexer des territoires par la force, et obtenir ces gains à la table des négociations — alors c’est tout l’ordre international qui s’effondre. C’est le droit du plus fort qui devient la norme. C’est 1938 de nouveau. Munich. L’apaisement. On sait comment ça s’est terminé.
Les deadlines de Trump : une histoire de promesses non tenues
Août, Thanksgiving, Noël, et maintenant juin
Ce n’est pas la première deadline fixée par Donald Trump. L’année dernière, il avait promis un accord pour le 8 août. Puis pour Thanksgiving. Puis pour Noël. Chaque échéance est passée. Chaque promesse s’est évaporée. Et la guerre a continué. Les morts se sont accumulés. Les villes ont été détruites.
Pourquoi juin 2026 serait-il différent? Parce que cette fois, les élections de mi-mandat approchent. Trump a besoin d’une victoire. Pas d’une vraie victoire — une victoire médiatique. Un accord qu’il pourra brandir devant les caméras. Peu importe ce que contient cet accord. Peu importe si l’Ukraine y perd sa souveraineté. Peu importe si Poutine en sort renforcé. Ce qui compte, c’est la photo. La poignée de main. Le titre dans les journaux.
Nous avons déjà vu ce film. Trump qui promet la paix. Trump qui annonce des percées. Trump qui se pavane devant les caméras. Et puis rien. Ou pire que rien. Des accords qui ne valent pas le papier sur lequel ils sont écrits. Des promesses qui s’évaporent. Des alliés trahis. La Corée du Nord était censée dénucléariser. L’Afghanistan était censé être stable. Et maintenant, l’Ukraine est censée faire la paix avec son bourreau.
Le piège du calendrier électoral
Les élections de mi-mandat américaines auront lieu en novembre 2026. Trump veut un accord avant. Pas pour l’Ukraine. Pour lui. Pour sa campagne. Pour ses sondages. Le destin de quarante millions de personnes est suspendu aux calculs politiques d’un homme qui n’a jamais mis les pieds à Boutcha. Qui n’a jamais vu les fosses communes. Qui n’a jamais entendu les témoignages des survivants.
Juin. Cela laisse le temps de négocier. De signer. De célébrer. Et ensuite, cinq mois pour capitaliser politiquement sur cette « victoire ». C’est cynique. C’est calculé. C’est du Trump pur jus. L’Ukraine n’est pas un pays. C’est un accessoire de campagne.
Ce que Poutine obtient sans rien céder
La reconnaissance de facto des annexions
Regardons les choses en face. Si un accord est signé en juin, que contiendra-t-il? La Russie conservera la Crimée. Elle conservera probablement une partie du Donbass. Elle aura démontré au monde entier qu’on peut envahir un pays voisin, annexer des territoires, commettre des atrocités — et s’en tirer.
Qu’est-ce que Poutine devra céder en échange? Rien. Ou presque rien. Un cessez-le-feu. Une promesse de ne pas envahir à nouveau. Mais qui croira ces promesses? Poutine avait promis de respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine dans le Mémorandum de Budapest. En 1994. Trente ans plus tard, ses chars sont à Marioupol.
Et pourtant. Et pourtant. C’est l’Ukraine qu’on presse de signer. C’est l’Ukraine qu’on menace de couper l’aide si elle refuse. C’est la victime qu’on force à accepter les conditions de l’agresseur. Dans quel monde inversé vivons-nous? Dans quel univers parallèle la justice fonctionne-t-elle ainsi?
Le message envoyé au monde
Si cet accord est signé, quel message envoyons-nous? À la Chine, qui lorgne sur Taïwan? À l’Iran, qui cherche à dominer le Moyen-Orient? À tous les dictateurs du monde qui rêvent d’expansion territoriale?
Le message est clair. Vous pouvez envahir. Vous pouvez annexer. Vous pouvez massacrer. Tenez bon assez longtemps, et l’Occident finira par céder. L’Occident finira par vous donner ce que vous voulez. Parce que l’Occident est fatigué. Parce que l’Occident a des élections. Parce que l’Occident préfère la paix à la justice.
L'échange de prisonniers : un arbre qui cache la forêt
46 vies contre la propagande
Le 6 février 2026, un échange de prisonniers a eu lieu. 46 prisonniers de chaque côté. Witkoff s’est empressé de célébrer cette « avancée ». Preuve, selon lui, que la diplomatie fonctionne. Preuve que les négociations progressent.
Mais regardons les chiffres. 46 prisonniers. Sur des milliers de prisonniers de guerre ukrainiens. Sur des dizaines de milliers de civils déportés. Sur des milliers d’enfants arrachés à leurs familles. 46. C’est une goutte d’eau. Une miette. Un geste symbolique destiné à alimenter la machine médiatique.
Ne nous laissons pas aveugler. Un échange de prisonniers n’est pas la paix. C’est une opération de relations publiques. C’est Witkoff qui tweet sa satisfaction. C’est Trump qui se félicite. Pendant que des milliers d’Ukrainiens restent captifs. Pendant que des enfants grandissent loin de leurs parents. Pendant que la guerre continue.
Les vraies questions ignorées
Où sont les enfants ukrainiens déportés? Combien sont-ils? Vingt mille? Cinquante mille? Personne ne sait exactement. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Poutine pour ces déportations. Ce mandat sera-t-il oublié dans les négociations?
Et les crimes de guerre? Boutcha. Irpin. Marioupol. Les fosses communes. Les tortures. Les viols. Tout cela sera-t-il balayé sous le tapis d’un accord de paix? La justice sera-t-elle sacrifiée sur l’autel de la realpolitik?
L'Europe absente, l'Europe silencieuse
Où sont les Européens?
Pendant que Washington et Moscou négocient le sort de l’Ukraine, où est l’Europe? Bruxelles observe. Berlin hésite. Paris fait des déclarations. Mais personne ne pèse réellement sur les négociations. Personne ne défend les intérêts ukrainiens. Personne ne rappelle les principes fondamentaux du droit international.
L’Union européenne a financé l’Ukraine. Elle a accueilli des millions de réfugiés. Elle a imposé des sanctions à la Russie. Mais au moment crucial, elle est absente de la table. Le sort de son voisin se décide à Abu Dhabi, entre Américains et Russes. Comme au bon vieux temps de la Guerre froide. Comme si l’Europe n’existait pas.
C’est peut-être la leçon la plus amère de cette crise. L’Europe n’a pas de politique étrangère. L’Europe n’a pas de voix. L’Europe n’a pas de poids. Quand il s’agit de questions existentielles — la guerre et la paix, la souveraineté et l’annexion — l’Europe regarde. L’Europe commente. L’Europe ne décide pas.
Le réveil tardif
Certains dirigeants européens commencent à comprendre. Si l’Ukraine tombe, l’Europe sera seule. Seule face à une Russie enhardire. Seule face à des États-Unis qui ne veulent plus être le gendarme du monde. Seule avec ses divisions internes et ses armées sous-financées.
Mais cette prise de conscience arrive-t-elle trop tard? L’Europe peut-elle encore peser sur les négociations? Peut-elle offrir à l’Ukraine des garanties de sécurité que les États-Unis refusent de donner? L’heure tourne. Juin approche.
Zelensky face au dilemme impossible
Accepter l’inacceptable ou perdre l’essentiel
Volodymyr Zelensky est face à un choix impossible. Accepter un accord qui cède des territoires, qui légitime l’agression, qui trahit les morts — et sauver ce qui reste. Ou refuser cet accord — et risquer de perdre le soutien américain, de voir l’aide militaire se tarir, de laisser l’Ukraine seule face à la machine de guerre russe.
C’est un chantage. Appelons les choses par leur nom. On ne laisse pas à l’Ukraine le choix d’une paix juste. On lui laisse le choix entre une paix injuste et une guerre sans fin. Entre la capitulation négociée et l’abandon.
Imaginez un instant être à la place de Zelensky. Regarder les familles des soldats tombés au combat. Leur dire que leur sacrifice n’aura servi à rien. Que les territoires pour lesquels leurs fils sont morts seront cédés. Que l’agresseur gardera ses conquêtes. Comment peut-on demander à un homme de porter ce poids?
Le peuple ukrainien aura-t-il son mot à dire?
Et le peuple ukrainien? Celui qui se bat depuis presque quatre ans? Celui qui a résisté quand le monde entier pensait que Kyiv tomberait en trois jours? Celui qui a enterré ses morts, reconstruit ses villes, tenu bon malgré les bombes et le froid?
Les sondages sont clairs. La majorité des Ukrainiens refusent de céder des territoires. Ils veulent la libération de toutes les zones occupées. Ils veulent la justice. Mais leurs voix sont-elles entendues à Abu Dhabi? Trump, Witkoff, Kushner — ont-ils parlé aux habitants de Kharkiv bombardés chaque nuit? Aux familles de Marioupol qui ont tout perdu?
Les garanties de sécurité : le mensonge de l'après-guerre
Qui protégera l’Ukraine demain?
Admettons qu’un accord soit signé. Que Poutine promette de ne plus attaquer. Qui garantira cette promesse? Qui interviendra si la Russie décide dans cinq ans, dans dix ans, de reprendre son expansion?
L’OTAN? L’Ukraine ne sera pas membre de l’OTAN. C’est une des exigences russes. L’article 5 ne s’appliquera pas. Les États-Unis? Trump a montré ce que valent les engagements américains. L’Union européenne? Elle n’a pas d’armée commune. Pas de doctrine de défense unifiée.
Le Mémorandum de Budapest promettait de protéger l’intégrité territoriale de l’Ukraine. La Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni l’avaient signé. En échange, l’Ukraine avait renoncé à son arsenal nucléaire. Nous voyons aujourd’hui ce que valent ces promesses. Pourquoi les garanties de demain seraient-elles plus solides?
L’Ukraine désarmée face à son bourreau
Selon les propositions russes qui circulent, l’Ukraine devrait limiter ses forces armées. 600 000 personnels maximum. Un pays de quarante millions d’habitants, voisin d’une puissance nucléaire hostile, limité dans sa capacité à se défendre.
C’est une recette pour la catastrophe. C’est préparer la prochaine guerre. C’est garantir que dans quelques années, quand Poutine ou son successeur décidera de finir le travail, l’Ukraine sera incapable de résister.
Juin 2026 : le mois de tous les dangers
Quatre mois pour décider d’un siècle
Nous sommes en février. Juin est dans quatre mois. Quatre mois pour négocier ce qui devrait prendre des années. Quatre mois pour résoudre des questions de frontières, de sécurité, de justice. Quatre mois pour décider du sort de millions de personnes.
C’est impossible. Tout le monde le sait. Un accord bâclé en quatre mois ne sera pas un accord de paix. Ce sera un accord de pause. Une trêve qui permettra à Poutine de se réarmer. De consolider ses gains. De préparer la prochaine offensive.
Nous l’avons vu avec les Accords de Minsk. Une pause. Un répit. Pendant lequel la Russie a armé les séparatistes. Préparé l’invasion de 2022. Les accords de paix avec Poutine ne sont pas des fins. Ce sont des parenthèses. Des moments où l’on reprend son souffle avant le prochain assaut.
Ce qui se joue vraiment
Ce qui se joue en juin 2026, ce n’est pas seulement le sort de l’Ukraine. C’est le sort de l’ordre international. C’est la question de savoir si les frontières peuvent encore être modifiées par la force. Si les dictateurs peuvent envahir leurs voisins et gagner. Si le droit a encore un sens.
Si Poutine obtient ce qu’il veut, d’autres suivront. Xi Jinping regardera Taïwan. Les régimes autoritaires du monde entier prendront note. L’Occident peut être vaincu. L’Occident peut être épuisé. L’Occident finit toujours par céder.
Conclusion : Le prix de la paix des lâches
Ce que nous perdons tous
Si cet accord est signé dans les conditions actuelles, ce n’est pas seulement l’Ukraine qui perd. C’est nous tous. C’est l’idée même que les règles comptent. Que les frontières sont sacrées. Que l’agression a des conséquences. Que les victimes ont droit à la justice.
Juin 2026. Souvenez-vous de cette date. Elle marquera peut-être le moment où l’Occident a officiellement renoncé à ses principes. Le moment où nous avons choisi la facilité sur la justice. Le confort sur le courage. La paix des lâches sur la paix des justes.
Je refuse de croire que c’est inévitable. Je refuse de croire que nous sommes condamnés à répéter les erreurs de Munich. L’Ukraine a montré qu’un peuple peut résister. Qu’un peuple peut tenir. Maintenant, c’est à nous de montrer que nous méritons son sacrifice. Que nous sommes capables de défendre autre chose que nos intérêts à court terme. Que nous avons encore une colonne vertébrale.
L’histoire jugera
L’histoire retiendra ce moment. Elle retiendra les noms de ceux qui ont négocié. Ceux qui ont cédé. Ceux qui ont trahi. Mais elle retiendra aussi les noms de ceux qui ont résisté. De ceux qui ont dit non. De ceux qui ont refusé l’inacceptable.
Juin 2026. Quatre mois. Le compte à rebours a commencé. Et nous regardons, impuissants, le sacrifice d’une nation qui méritait mieux que nous.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cet éditorial adopte une position critique envers la politique de l’administration Trump concernant l’Ukraine. Je considère que les négociations actuelles, telles qu’elles sont menées, risquent de légitimer l’agression russe et de compromettre la sécurité européenne à long terme. Cette analyse reflète une vision pro-ukrainienne et une défense du droit international.
Méthodologie et sources
Les informations factuelles proviennent des déclarations officielles du président Zelensky relayées par les agences de presse internationales (PBS, Al Jazeera, Axios, The Hill). Les détails sur les négociations d’Abu Dhabi sont tirés de sources multiples incluant Fox News, Washington Post et Euronews. L’historique des deadlines de Trump est documenté par ces mêmes sources.
Nature de l’analyse
Ce texte est un éditorial qui mêle information et commentaire. Les passages en italique représentent mes réflexions personnelles. Les jugements de valeur et les prévisions n’engagent que moi. Le lecteur est invité à consulter les sources et à se forger sa propre opinion.
Sources
Sources primaires
UPI — U.S. suggests June deadline for ending Russia-Ukraine War
Al Jazeera — US has given Ukraine and Russia June deadline to end war: Zelenskyy
PBS News — U.S. gave Ukraine and Russia a June deadline to reach a peace deal, Zelenskyy says
The Hill — Volodymyr Zelensky: US set June deadline for Russia-Ukraine peace deal
Sources secondaires
Axios — Zelensky says Trump wants Russia-Ukraine peace deal by June, before midterms focus
Fox News — Ukraine, Russia work on US-set June deadline for peace deal as talks continue
Washington Post — Despite Davos claims of peace progress, Russia maintains hard line on talks
Al Jazeera — Ukraine, Russia, US to meet for ‘first trilateral’ talks to end war
Washington Examiner — Trump gives Russia and Ukraine until June to end war: Zelensky
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