Jour 1448 : entre routine et catastrophe
Tandis que les diplomates préparent leurs annonces pour le 12 février, la réalité du terrain ukrainien continue son implacable descente aux enfers. Le jour 1448 de cette guerre ressemble tragiquement aux 1447 précédents : des bombardements russes sur des zones civiles, des coupures d’électricité qui plongent des millions de personnes dans le froid hivernal, des hôpitaux qui manquent de tout, des familles qui fuient sous les obus. Cette banalisation de l’horreur est peut-être le crime le plus insidieux de tous.
Les listes d’événements clés publiées quotidiennement par les médias internationaux ne parviennent plus à saisir l’ampleur du désastre. On y lit des formules aseptisées : « frappes aériennes dans la région de Kharkiv », « combats intensifs dans le Donbass », « nouveaux déplacements de population ». Derrière chaque ligne se cachent des drames humains d’une ampleur dévastatrice. Des enfants orphelins. Des femmes violées. Des hommes torturés. Des villages entiers rayés de la carte. Mais tout cela devient statistique, routine, élément de chronologie parmi d’autres.
Comment en sommes-nous arrivés à ce point d’insensibilité collective où la souffrance d’un peuple entier ne suscite plus que des réunions bureaucratiques et des promesses d’achat d’armement?
La lassitude comme arme de destruction massive
Poutine l’a compris depuis longtemps : le temps joue pour lui. Chaque jour qui passe émousse un peu plus la compassion occidentale. Chaque mois qui s’écoule rend plus difficile de mobiliser l’opinion publique. Après quatre ans de guerre, l’Ukraine n’occupe plus les unes des journaux. Elle est reléguée en page internationale, coincée entre un tremblement de terre au Pérou et une crise politique en Australie. Cette disparition médiatique équivaut à une condamnation à mort différée.
Et c’est précisément dans ce contexte d’épuisement généralisé que Washington choisit de transformer l’aide à l’Ukraine en opportunité commerciale. L’administration américaine sait pertinemment que les Européens n’ont plus ni l’énergie ni le courage politique pour augmenter significativement leur soutien. Alors elle leur propose un marché : achetez nos armes, et vous pourrez dire que vous avez fait quelque chose. C’est l’alliance parfaite entre la lâcheté politique et le cynisme économique.
Anatomie d'un accord qui pue
Les dessous du deal transatlantique
Analysons froidement ce qui se trame. Les États-Unis demandent à leurs alliés de l’OTAN d’acheter du matériel militaire américain pour l’Ukraine. Pas de leur donner directement de l’argent. Pas de financer la reconstruction. Pas d’accueillir massivement des réfugiés. Non, d’acheter des armes américaines. Cette nuance est capitale. Elle signifie que les fonds européens vont transiter par le Trésor américain et atterrir dans les caisses d’entreprises privées américaines avant d’être transformés en équipement militaire.
Imaginons un instant qu’un pays européen, disons l’Allemagne, décide d’allouer 500 millions d’euros dans le cadre de ce programme. Cet argent ne servira pas à acheter des tanks Leopard allemands ou des canons Caesar français. Il servira à acheter des systèmes d’armes américains. L’Europe paie. L’industrie américaine produit. L’Ukraine reçoit. C’est un transfert de richesse déguisé en aide humanitaire. Un mécanisme aussi brillant qu’écœurant.
L’industrie européenne en parent pauvre
Pendant ce temps, l’industrie de défense européenne végète. Les usines françaises, allemandes, polonaises ou tchèques qui pourraient produire des munitions, des véhicules blindés ou des systèmes de défense antiaérienne ne tournent pas à plein régime. Pourquoi? Parce que les commandes partent vers les États-Unis. Cette dépendance stratégique n’est pas un accident, c’est une politique délibérée qui arrange bien Washington.
En refusant de développer une véritable autonomie militaire européenne, le Vieux Continent s’est piégé lui-même. Il ne peut plus aider l’Ukraine sans passer par l’intermédiaire américain. Cette vassalisation économique et militaire devrait nous alarmer bien au-delà de la seule question ukrainienne. Elle pose la question fondamentale de notre souveraineté collective. Mais cette question embarrasse trop de dirigeants pour être posée publiquement.
Nous sommes en train de sacrifier notre indépendance stratégique sur l’autel de la facilité et de la complaisance envers Washington. L’Histoire nous jugera sévèrement pour cette lâcheté.
Le mensonge de l'urgence
Quatre ans pour comprendre l’évidence
Voici ce qui me révolte profondément dans cette annonce du 12 février : elle arrive avec quatre ans de retard. En 2022, lorsque les chars russes fonçaient vers Kiev, l’urgence était réelle. L’Ukraine avait besoin de tout, immédiatement. Les livraisons d’armes auraient pu faire basculer le conflit. Aujourd’hui, en 2026, la situation s’est enkystée. Les lignes de front bougent à peine. La guerre est devenue une guerre d’usure où chaque camp compte ses morts sans espoir de victoire décisive.
Annoncer maintenant de nouvelles promesses d’achat d’armement relève soit de l’incompétence stratégique, soit du calcul cynique. Si c’est de l’incompétence, cela signifie que nos dirigeants n’ont toujours pas compris qu’on ne gagne pas une guerre moderne avec des livraisons sporadiques et insuffisantes. Si c’est du calcul, cela signifie qu’ils utilisent l’Ukraine comme prétexte pour maintenir le flux financier vers l’industrie d’armement américaine. Dans les deux cas, c’est répugnant.
Les vraies urgences qu’on ignore
Pendant que les ministres de la Défense vont se congratuler à Bruxelles, les vraies urgences ukrainiennes restent sans réponse. L’infrastructure énergétique du pays est détruite à plus de 60%. Des millions de personnes vivent sans chauffage en plein hiver. Les hôpitaux manquent de médicaments essentiels. Les écoles sont fermées. L’économie est à l’arrêt. Mais tout cela n’intéresse personne parce que ce n’est pas rentable.
Reconstruire un réseau électrique ne rapporte rien à Lockheed Martin. Fournir des générateurs d’urgence ne fait pas grimper le cours d’actions de Raytheon. Alors on préfère parler de systèmes de missiles, de chars d’assaut et de munitions. On habille la cupidité des oripeaux de la nécessité militaire. Et le peuple ukrainien continue de souffrir dans l’indifférence générale, à peine camouflée par des communiqués de presse pompeux.
La comptabilité macabre
Combien vaut une vie ukrainienne
Faisons un calcul simple et glaçant. Depuis le début de la guerre, l’aide militaire occidentale à l’Ukraine dépasse les 200 milliards de dollars. Le nombre de morts ukrainiens, civils et militaires confondus, se compte probablement en centaines de milliers. Si on divise le montant de l’aide par le nombre de victimes, on obtient un prix par vie qui devrait nous faire honte collectivement. Chaque Ukrainien mort a coûté aux contribuables occidentaux plusieurs centaines de milliers de dollars en armement.
Cette comptabilité est obscène, je le sais. Mais elle est nécessaire pour comprendre l’absurdité du système. Si nous avions investi ces 200 milliards dans la diplomatie, dans la reconstruction, dans l’accueil des réfugiés, dans le développement économique, combien de vies auraient pu être sauvées? Combien de familles auraient pu être épargnées? Au lieu de cela, nous avons choisi la solution la plus coûteuse, la plus meurtrière et la moins efficace : alimenter indéfiniment une machine de guerre qui broie tout sur son passage.
Chaque missile acheté avec l’argent public est un hôpital qu’on ne construit pas, une école qu’on ne répare pas, une famille qu’on ne sauve pas. Cette réalité devrait nous poursuivre dans nos cauchemars.
L’enrichissement par la tragédie
Les profits records des entreprises d’armement américaines depuis 2022 ne sont pas une coïncidence. Ils sont la conséquence directe d’une guerre qui n’en finit pas et d’une aide occidentale calibrée pour maintenir le conflit dans une zone d’intensité optimale : assez fort pour justifier les dépenses, assez faible pour éviter une escalade nucléaire. C’est la guerre comme modèle économique. C’est la souffrance humaine transformée en dividendes.
Et personne ne semble s’en offusquer. Les actionnaires de ces entreprises dorment tranquillement. Les dirigeants politiques qui signent les contrats sont réélus. Les médias mainstream relaient docilement les communiqués sans poser les questions qui fâchent. Nous avons normalisé l’idée qu’on peut s’enrichir sur les cadavres tant qu’on le fait sous couvert de défense de la démocratie. Cette perversion morale est le symptôme d’une civilisation en phase terminale.
La grande manipulation des opinions
Comment vendre une guerre qui ne finit pas
Le storytelling occidental autour de l’Ukraine est remarquablement cohérent depuis quatre ans. On nous présente ce conflit comme une bataille existentielle entre la démocratie et l’autoritarisme, entre le bien et le mal, entre la liberté et l’oppression. Cette grille de lecture manichéenne a l’avantage d’être simple et mobilisatrice. Elle a l’inconvénient d’être intellectuellement malhonnête.
La réalité est infiniment plus complexe. L’Ukraine n’est pas une démocratie parfaite. La corruption y reste endémique. Les oligarques y conservent un pouvoir démesuré. Les minorités n’y sont pas toutes traitées équitablement. Dire cela n’excuse en rien l’agression russe. Cela rappelle simplement que le monde n’est pas un conte de fées et que soutenir l’Ukraine ne devrait pas nous dispenser de lucidité critique. Mais cette nuance est bannie du discours public parce qu’elle complique la narration.
La fatigue compassionnelle organisée
Les stratèges de la communication occidentaux ont parfaitement anticipé la fatigue de l’opinion publique. Ils savent qu’on ne peut pas maintenir indéfiniment un haut niveau d’engagement émotionnel. Alors ils ont segmenté leur approche. Au début du conflit, on nous montrait des images choc, des témoignages déchirants, des reportages immersifs. Aujourd’hui, on nous sert des statistiques, des cartes stratégiques, des analyses géopolitiques. On a déshumanisé la couverture médiatique pour la rendre supportable.
Cette stratégie permet de maintenir le sujet dans l’espace médiatique sans saturer le public. Elle permet aussi de préparer psychologiquement les populations à un engagement long terme sans enthousiasme ni révolte. C’est une guerre devenue habitude, routine, élément du décor international. Et c’est exactement ce que veulent les acteurs qui profitent de sa perpétuation. Une guerre visible mais pas trop. Présente mais pas envahissante. Coûteuse mais pas scandaleuse.
Nous sommes devenus complices de notre propre anesthésie émotionnelle. En acceptant que cette guerre devienne normale, nous avons abandonné le peuple ukrainien à son sort.
L'OTAN ou l'alliance de la lâcheté
Trente pays incapables de dire non
L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord regroupe trente pays parmi les plus riches et les plus puissants de la planète. Ensemble, ils représentent plus de 50% du PIB mondial et des capacités militaires qui écrasent celles de la Russie. Et pourtant, après quatre ans de guerre en Ukraine, ils n’ont toujours pas réussi à formuler une stratégie cohérente. Ils n’ont pas réussi à vaincre militairement la Russie. Ils n’ont pas réussi à négocier une paix durable. Ils n’ont même pas réussi à s’accorder sur un niveau d’engagement commun.
Cette impuissance collective n’est pas technique. Elle est politique. Chaque pays membre de l’OTAN a ses propres intérêts, ses propres calculs, ses propres lignes rouges. L’Allemagne ne veut pas froisser Moscou à cause du gaz. La France veut préserver son rôle de médiatrice. La Turquie joue sur tous les tableaux. Les pays baltes veulent en découdre. Les États-Unis veulent vendre des armes. Et l’Ukraine paie le prix de ces contradictions par dizaines de milliers de morts.
Le théâtre de l’unité
Les sommets de l’OTAN sont devenus des exercices de communication plus que de décision. On y produit des communiqués solennels, des photos de groupe, des poignées de main fermes. On y affirme l’unité transatlantique, la solidarité indéfectible, la détermination inébranlable. Puis chacun rentre dans sa capitale et fait exactement ce qu’il avait prévu de faire avant le sommet. Cette mascarade diplomatique trompe peut-être encore quelques observateurs naïfs, mais certainement pas Poutine.
Le sommet du 12 février ne dérogera pas à cette règle. On annoncera des chiffres impressionnants. Des milliards de dollars promis. Des livraisons d’armement prévues. Des engagements renouvelés. Mais dans six mois, quand on fera le bilan, on découvrira que les promesses n’ont été qu’à moitié tenues, que les livraisons ont pris du retard, que les conditions imposées ont vidé les engagements de leur substance. C’est la routine de l’OTAN depuis 1448 jours.
Le silence complice des peuples
Où sont passés les manifestants
Je me souviens des immenses manifestations contre la guerre en Irak en 2003. Des millions de personnes dans les rues de Londres, Paris, Madrid, Rome. Une mobilisation citoyenne d’une ampleur historique. Aujourd’hui, alors qu’une guerre autrement plus meurtrière se déroule aux portes de l’Europe, les rues sont vides. Où sont les pacifistes? Où sont les humanistes? Où sont ceux qui criaient autrefois que la guerre n’est jamais une solution?
Ce silence populaire m’interroge et m’effraie. Il révèle soit une résignation profonde, soit une indifférence croissante, soit une manipulation réussie des consciences. Peut-être un mélange des trois. Les gens sont fatigués. Ils ont vécu le Covid, l’inflation, les crises politiques à répétition. Ils n’ont plus l’énergie de s’indigner pour un pays lointain dont ils peinent à situer les villes sur une carte. Cette fatigue démocratique est un terreau fertile pour tous les autoritarismes.
Notre silence face à cette guerre est une forme de consentement. En ne disant rien, nous disons que c’est acceptable. Et ce consentement nous condamne moralement.
L’anesthésie par le confort
Il faut le dire brutalement : tant que les bombes ne tombent pas sur nos têtes, nous ne bougerons pas. Tant que nos enfants ne meurent pas sous les décombres, nous resterons passifs. Tant que nos villes ne sont pas rayées de la carte, nous continuerons nos petites vies confortables. Cette égoïsme civilisationnel n’est pas nouveau, mais il atteint aujourd’hui des sommets. Nous vivons à quelques heures d’avion d’une zone de guerre totale et nous trouvons le moyen de nous en désintéresser.
Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène. On scroll distraitement entre une vidéo de chat, une recette de cuisine et des images de bombardements ukrainiens. Tout se vaut. Tout se mélange. L’horreur devient contenu parmi d’autres. Elle génère quelques likes, quelques partages, puis disparaît dans le flux infini. Cette dissolution de l’empathie dans l’océan numérique est peut-être le phénomène anthropologique le plus inquiétant de notre époque.
Les profits de la guerre
Qui gagne vraiment à ce conflit
Dressons la liste des gagnants de cette guerre. Les entreprises d’armement américaines, évidemment. Leurs carnets de commandes sont pleins pour les dix prochaines années. Les producteurs de gaz naturel, qui ont vu les prix exploser avec la coupure du gaz russe. Les fournisseurs de céréales non ukrainiens, qui profitent de la disparition de la concurrence. Les entreprises de reconstruction, qui se positionnent déjà pour empocher les futurs contrats. Les consultants en communication, qui vendent leur expertise aux deux camps.
Et qui perd? Le peuple ukrainien, qui enterre ses morts. Le peuple russe, qui voit ses fils partir au front. Les contribuables européens, qui paient une facture énergétique et militaire astronomique. Les pays pauvres d’Afrique et d’Asie, qui subissent la crise alimentaire provoquée par le conflit. Les générations futures, qui hériteront d’un continent européen militarisé et traumatisé. Bref, l’immense majorité de l’humanité perd pendant qu’une minorité s’enrichit.
Le business de la reconstruction
On en parle encore peu, mais les grandes entreprises internationales se positionnent déjà pour la reconstruction de l’Ukraine. Des cabinets de conseil ont produit des rapports détaillés évaluant les besoins à 500, 600, peut-être 700 milliards de dollars. Un marché colossal qui attise les convoitises. BlackRock conseille déjà le gouvernement ukrainien. Des fonds d’investissement créent des véhicules financiers spécialisés. On planifie le festin avant même la fin des combats.
Cette anticipation mercantile devrait nous écœurer. Elle révèle que derrière chaque discours sur la défense de la démocratie se cache un tableur Excel avec des projections de profits. L’Ukraine n’est pas seulement un pays à défendre, c’est aussi un marché à conquérir. Ses terres agricoles, ses ressources minières, ses infrastructures à reconstruire représentent une opportunité d’investissement exceptionnelle. Et les vautours tournent déjà.
Nous prétendons sauver l’Ukraine alors que nous préparons déjà son dépeçage économique. Cette hypocrisie atteint des niveaux qui défient l’entendement.
L'impasse stratégique
Une guerre sans issue militaire
Tous les experts militaires sérieux le savent : cette guerre ne se terminera pas par une victoire militaire décisive. L’Ukraine n’a pas les moyens de reprendre la Crimée et l’ensemble du Donbass. La Russie n’a pas les moyens de conquérir et d’occuper durablement l’Ukraine. Nous sommes dans une configuration de statu quo militaire qui peut durer des années, voire des décennies, comme la Corée après 1953.
Dans ce contexte, chaque arme livrée, chaque million dépensé ne fait que prolonger l’agonie sans changer l’issue finale. C’est une tragédie programmée que tout le monde voit venir mais que personne n’a le courage d’arrêter. Parce qu’arrêter signifierait négocier. Et négocier signifierait faire des compromis. Et faire des compromis signifierait perdre la face. Alors on préfère laisser mourir encore quelques dizaines de milliers de personnes pour préserver l’honneur des chancelleries.
La négociation comme tabou
Le simple fait d’évoquer une solution négociée est devenu politiquement toxique en Occident. Celui qui ose suggérer des discussions avec Moscou est immédiatement accusé de complaisance envers Poutine, de trahison de l’Ukraine, de naïveté dangereuse. Cette diabolisation de la diplomatie est un non-sens stratégique absolu. Toutes les guerres se terminent par des négociations. Toutes. Sans exception. La seule question est de savoir combien de morts il faudra avant qu’on accepte de s’asseoir autour d’une table.
Mais la négociation ne rapporte rien aux lobbies de l’armement. Elle ne génère pas de contrats juteux. Elle ne permet pas de photos héroïques. Elle exige de la patience, de la subtilité, de l’humilité. Qualités rares dans le monde politique actuel. Alors on continue à armer, à financer, à promettre la victoire finale qui ne viendra jamais. Et pendant ce temps, le compteur des morts tourne inexorablement.
La faillite morale de l'Occident
Entre cynisme et hypocrisie
Ce qui me révulse le plus dans cette affaire, c’est l’hypocrisie morale généralisée. Nous prétendons défendre des valeurs universelles alors que nous appliquons systématiquement des deux poids deux mesures. Quand l’Arabie Saoudite massacre des Yéménites, nous lui vendons des armes. Quand Israël bombarde Gaza, nous trouvons des excuses. Quand la Turquie envahit le Kurdistan syrien, nous détournons le regard. Mais quand la Russie attaque l’Ukraine, soudainement nous devenons les champions de l’intégrité territoriale et du droit international.
Cette sélectivité morale n’échappe à personne dans le monde. Elle discrédite totalement notre discours sur les valeurs. Elle alimente le ressentiment des pays du Sud global qui voient bien que nos principes s’arrêtent où commencent nos intérêts. Et elle détruit toute possibilité de construire un véritable ordre international fondé sur des règles communes applicables à tous.
Notre prétention morale sonne creux quand on examine nos actes. Nous ne défendons pas des principes, nous défendons nos intérêts en les habillant de principes.
Le prix de notre confort
Acceptons de regarder la vérité en face : notre mode de vie occidental repose sur l’exploitation et la domination. Nos économies prospères se nourrissent des ressources pillées ailleurs. Notre paix relative s’achète par des guerres que nous externalisons. Notre confort matériel se construit sur la misère d’autres populations. L’Ukraine n’est qu’un maillon supplémentaire dans cette chaîne de violences que nous préférons ignorer.
Tant que nous refuserons de remettre en question ce système, tant que nous continuerons à croire que nous méritons notre richesse par quelque supériorité intrinsèque, nous reproduirons indéfiniment ces tragédies. L’aide à l’Ukraine devrait être l’occasion d’une remise en question profonde de notre rapport au monde. Elle est au contraire devenue l’occasion de renforcer les mécanismes de domination et d’exploitation qui ont produit cette guerre.
Vers quoi allons-nous
Le scénario de l’enlisement
Le plus probable, malheureusement, est que cette guerre continue encore des années. Les annonces du 12 février permettront de maintenir l’Ukraine sous perfusion militaire suffisamment pour éviter l’effondrement, mais pas assez pour provoquer un changement décisif. La Russie continuera ses offensives limitées. L’Ukraine continuera sa résistance héroïque et épuisante. Et le reste du monde continuera à vivre comme si de rien n’était.
Dans ce scénario, l’Ukraine se transforme en conflit gelé de plus, rejoignant la Syrie, le Yémen, la Libye dans la liste des guerres que nous avons renoncé à résoudre. Une génération entière d’Ukrainiens grandira dans la guerre. Des millions de personnes vivront en exil permanent. Le pays sera saigné démographiquement et économiquement au point de mettre en péril son existence même en tant que nation viable. Et tout cela pour préserver je ne sais quel principe géopolitique abstrait.
L’alternative que personne n’ose
Il existe pourtant une alternative. Elle exigerait un courage politique dont nos dirigeants semblent dépourvus, mais elle existe. Reconnaître que la victoire militaire totale est impossible. Accepter qu’un compromis territorial sera nécessaire. Offrir à l’Ukraine des garanties de sécurité réelles en échange de concessions. Investir massivement dans la reconstruction plutôt que dans l’armement. Créer un nouveau cadre de sécurité européenne qui intègre la Russie plutôt que de l’exclure.
Cette voie est politiquement impopulaire. Elle sera dénoncée comme une capitulation. Mais elle est peut-être la seule qui permettra de sauver ce qui peut encore l’être de l’Ukraine. Chaque mois qui passe détruit un peu plus ce pays. Chaque offensive et contre-offensive creuse un peu plus le fossé de haine qui rendra la coexistence future impossible. Il y a un moment où il faut choisir entre l’honneur et la survie. Ce moment est peut-être arrivé.
Proposer la paix ne fait pas de moi un traître ou un naïf. Cela fait de moi quelqu’un qui refuse de voir mourir indéfiniment des innocents pour satisfaire l’ego de dirigeants installés confortablement loin des combats.
Le jour d'après
Comment vivrons-nous avec nos choix
Un jour, cette guerre finira. D’une manière ou d’une autre, elle prendra fin. Et nous devrons vivre avec les choix que nous avons faits. Nous devrons expliquer à nos enfants pourquoi nous avons laissé mourir tant de gens. Pourquoi nous avons dépensé des centaines de milliards en armes plutôt qu’en diplomatie. Pourquoi nous avons préféré enrichir des marchands de mort plutôt que de construire la paix. Ces questions nous hanteront.
L’Histoire ne sera pas tendre avec notre génération. Elle documentera notre lâcheté, notre cynisme, notre hypocrisie. Elle montrera comment nous avons transformé une tragédie humaine en opportunité commerciale. Comment nous avons sacrifié un peuple sur l’autel de nos calculs géopolitiques mesquins. Comment nous avons trahi nos propres valeurs proclamées. Ce jugement historique sera impitoyable, et nous le méritons.
La rédemption possible
Mais il n’est pas trop tard pour changer de cap. Le sommet du 12 février pourrait être l’occasion non pas d’annoncer de nouveaux achats d’armes, mais de lancer une véritable initiative de paix. Cela exigerait du courage. Cela susciterait des critiques. Mais cela pourrait sauver des dizaines de milliers de vies. N’est-ce pas ce qui devrait guider nos choix? La préservation de la vie humaine plutôt que la satisfaction de nos intérêts économiques?
Je rêve d’un dirigeant occidental qui aurait le cran de dire la vérité. De reconnaître que notre approche a échoué. Que nous devons changer de stratégie. Que la paix, même imparfaite, vaut mieux que la guerre sans fin. Ce dirigeant s’attirerait l’hostilité des lobbies, des faucons, des jusqu’au-boutistes. Mais il entrerait dans l’Histoire comme celui qui a eu le courage de choisir l’humanité plutôt que l’idéologie.
Nous avons encore le choix entre être complices d’une catastrophe annoncée ou artisans d’une paix difficile mais salvatrice. Ce choix nous définira collectivement pour les générations à venir.
Conclusion : Le poids de notre responsabilité
Ce que ce 12 février nous dit de nous-mêmes
Ce sommet de l’OTAN du 12 février 2026 est révélateur de tout ce qui ne fonctionne pas dans notre système. Il montre comment les intérêts économiques priment sur les considérations humanitaires. Comment les lobbies dictent les politiques publiques. Comment nous nous mentons à nous-mêmes en habillant notre égoïsme de nobles intentions. Cette mascarade diplomatique est un miroir tendu à notre civilisation, et le reflet est particulièrement laid.
Nous nous sommes habitués à cette guerre. Nous l’avons intégrée dans notre normalité. Le jour 1448 ne nous choque plus. Les listes d’événements clés nous laissent indifférents. Les bombardements sont devenus routine. Cette banalisation de l’horreur est peut-être notre échec le plus retentissant. Nous avons perdu la capacité de nous indigner, de nous révolter, d’exiger mieux de nos dirigeants.
L’urgence d’un sursaut
Il est encore temps de nous ressaisir. De refuser cette logique mortifère. De dire non à ces achats d’armes déguisés en aide humanitaire. De exiger une véritable stratégie pour la paix. De mettre nos dirigeants face à leurs responsabilités. Mais cela nécessite un engagement citoyen que nous semblons avoir abandonné. Cela exige de la lucidité, du courage, de la persévérance.
Le 12 février 2026 peut être soit un jour de plus dans cette interminable tragédie, soit le début d’un changement de cap. Le choix nous appartient encore. Collectivement. Individuellement. Chacun à son niveau. En refusant les mensonges. En exigeant la vérité. En se battant pour que l’humanité reprenne le dessus sur la cupidité. C’est notre dernière chance de prouver que nous valons mieux que ce que nous sommes devenus.
Nous sommes à la croisée des chemins. Soit nous continuons sur cette voie de cynisme et de lâcheté, soit nous trouvons en nous la force de changer. L’avenir jugera notre choix.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Mes biais et mes engagements
Je dois être transparent avec vous. Cet article est écrit avec une conviction profonde que la guerre est toujours un échec de l’humanité. Je ne crois pas aux solutions militaires. Je pense que la diplomatie, même difficile, même humiliante, vaut toujours mieux que le conflit armé. Ce biais pacifiste influence forcément mon analyse.
Je ne suis pas expert militaire. Je ne suis pas diplomate. Je suis un observateur révolté par ce que je vois depuis quatre ans. Révolté par l’hypocrisie des discours officiels. Révolté par la facilité avec laquelle nous acceptons la mort de dizaines de milliers de personnes. Révolté par la transformation de la tragédie en opportunité commerciale.
Certains me reprocheront d’être trop critique envers l’Occident et pas assez envers la Russie. C’est un reproche légitime. Mais je juge d’abord le camp auquel j’appartiens, celui dont je suis censé partager les valeurs. Et ce que je vois ne correspond pas aux principes que nous proclamons. Cette hypocrisie mérite d’être dénoncée sans complaisance.
Sources
Sources primaires
Al Jazeera – Russia-Ukraine war: List of key events, day 1448 – 11 février 2026
Sources secondaires
Organisation du Traité de l’Atlantique Nord – Site officiel
Stockholm International Peace Research Institute – Données sur les transferts d’armes
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