Des hommes jetables
En novembre, la Russie avait encore réussi à recruter plus de soldats qu’elle n’en perdait. Mais décembre a marqué un tournant. 33 200 morts ou blessés contre seulement 27 400 nouvelles recrues. Les chiffres sont glacants, mais ils ne disent pas tout. Ils ne parlent pas des blessés abandonnés, des déserteurs traqués, des familles qui reçoivent un cercueil scellé, sans même savoir ce qu’il contient.
Le Kremlin tente de colmater les brèches : lois sur la conscription élargie, chasse aux migrants, pression sur les régions pauvres. Mais à quel prix ? Celui d’une société tout entière transformée en usine à soldats, où chaque homme en âge de combattre devient une cible.
On parle de « ressources humaines » comme on parle de charbon ou de pétrole. Sauf que le charbon, lui, ne saigne pas. Sauf que le pétrole, lui, ne crie pas.
L’Europe regarde, mais agit-elle assez ?
Sir Richard Moore a été clair : « Nous devrions aider les Ukrainiens plus extensivement. » Pourtant, les tergiversations continuent. Les promesses de livraisons d’armes traînent, les formations de soldats ukrainiens en Europe peinent à se concrétiser. L’Occident semble attendre que la Russie s’effondre d’elle-même. Mais pendant ce temps, des villes ukrainiennes sont plongées dans le noir, des familles gèlent, et des enfants meurent sous les drones.
L’Europe a enfin identifié des sites pour former des soldats ukrainiens sur place. Deux centres. Deux. Face à une machine de guerre qui avale des milliers de vies par mois.
Kharkiv, symbole de l’horreur
Trois enfants, un père, une mère enceinte
Le 10 février, un drone russe a frappé un immeuble résidentiel à Bohodukhiv, près de Kharkiv. Bilan : trois enfants tués, un père mort, une mère enceinte grièvement blessée. Deux jumeaux de deux ans, une fillette d’un an, un homme de 34 ans. Leur crime ? Vivre dans une zone que Poutine veut « libérer ».
La mère, 35 semaines de grossesse, a été tirée des décombres. Elle a survécu. Mais à quel prix ? Traumatisme crânien, brûlures, surdité partielle. Et surtout, le poids insupportable d’avoir perdu toute sa famille en une fraction de seconde. Et pourtant, le monde continue de tourner.
Je me demande parfois à quel moment nous avons décidé que certaines vies valaient moins que d’autres. À quel moment nous avons accepté que des enfants deviennent des « dommages collatéraux ».
La guerre des drones et des refineries
L’Ukraine frappe aussi. Une raffinerie à Volgograd, des casernes en Crimée occupée. Mais ces victoires, aussi symboliques soient-elles, ne ramèneront pas les morts. Elles ne réchaufferont pas les maisons plongées dans le noir par les frappes russes sur le réseau électrique. Elles ne guériront pas les blessures, physiques et morales, d’un pays qui se bat depuis quatre ans.
La Russie, elle, tente de recruter des Ukrainiens pour enregistrer des terminaux Starlink. Une ironie macabre : utiliser les outils de la résistance ukrainienne pour mieux la combattre.
Le piège de la "victoire"
Poutine, dos au mur
Le dictateur russe est acculé. Ses pertes sont insoutenables, son économie suffoque sous les sanctions, son armée s’essouffle. Mais un animal blessé est encore plus dangereux. Les wargames de l’OTAN le montrent : le Kremlin pourrait tenter un coup désespéré, une attaque contre un pays membre pour forcer l’Occident à négocier.
Et pendant ce temps, les Ukrainiens gèlent. Littéralement. Avec des températures à -26°C et des coupures de courant, la survie devient un combat quotidien. La guerre de Poutine ne se contente plus de tuer. Elle congèle, elle affame, elle épuise.
Je repense à cette image d’un soldat ukrainien, les doigts gelés, qui tente de réchauffer une gamelle sur un feu de fortune. Quel genre de « victoire » justifie cela ?
L’hypocrisie occidentale
Les États-Unis et l’Europe parlent de « démocratie » et de « liberté », mais quand il s’agit d’agir, les calculs politiques prennent le dessus. Zelensky ne peut pas organiser d’élections en temps de guerre. Pourtant, on lui reproche son « manque de légitimité ». Comme si la démocratie pouvait fleurir sous les bombes.
La Russie, elle, n’a même plus besoin de cacher ses méthodes. Elle recrute des travailleurs indiens pour combler ses manques de main-d’œuvre, elle censure Telegram pour mieux contrôler ses soldats, elle puise dans les réserves de ses banques pour financer la guerre.
Le silence des tombes
30 000 noms
Chaque chiffre est un nom. Chaque nom, une histoire. Une enfance, des rêves, des espoirs réduits à néant. 30 000 tombes, creusées en un mois. Et demain ? 40 000 ? 50 000 ? À quel moment le monde décidera-t-il que c’est assez ?
Les cimetières russes s’agrandissent. Les hôpitaux ukrainiens débordent. Les réfugiés s’entassent dans des camps de fortune. Et les dirigeants occidentaux continuent de peser le pour et le contre, comme s’il s’agissait d’un simple problème logistique.
Je me souviens d’une phrase de Vasily Grossman : « Le mal ne triomphe pas parce que les méchants sont forts, mais parce que les bons ne font rien. » Aujourd’hui, le mal triomphe. Et nous regardons.
L’urgence d’agir
Sir Richard Moore a raison : il faut ajouter de la pression. Il faut donner à l’Ukraine les moyens de se défendre. Il faut cesser de tergiverser, de négocier avec des tyrans, de croire que Poutine reculera par la raison. Il ne recule que sous la force.
Mais pour cela, il faudrait que l’Occident cesse de voir cette guerre comme un lointain conflit, et qu’il la considère pour ce qu’elle est : un combat pour l’avenir de l’Europe, pour la survie de valeurs que nous prétendons défendre.
Conclusion : Le choix qui nous reste
Regarder ou agir ?
Nous sommes à un carrefour. Soit nous laissons Poutine continuer son œuvre de mort, soit nous agissons. Soit nous acceptons que des milliers d’hommes meurent chaque mois pour une cause perdue, soit nous mettons fin à cette boucherie.
L’histoire nous jugera non pas sur nos paroles, mais sur nos actes. Et aujourd’hui, nos actes sont insuffisants.
Je ne veux pas vivre dans un monde où 30 000 morts en un mois deviennent une simple ligne dans un rapport. Je ne veux pas expliquer à mes enfants, dans vingt ans, pourquoi nous avons laissé faire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce billet exprime une indignation personnelle face à l’ampleur des pertes humaines en Ukraine et à l’inaction relative de l’Occident. Il ne prétend pas à la neutralité, mais à l’honnêteté : face à une telle horreur, la neutralité serait une complicité.
Méthodologie et sources
Les données proviennent de déclarations officielles (MI6, gouvernement ukrainien), de rapports de terrain (Kyiv Independent, The Independent) et d’analyses géopolitiques. Les témoignages humains sont tirés de reportages et de comptes rendus de journalistes sur place.
Nature de l’analyse
Il s’agit d’un billet engagé, mêlant faits vérifiés et réflexion personnelle, dans le but de provoquer une prise de conscience et une réaction.
Sources
Sources primaires
Kyiv Independent — Russian losses in Ukraine ‘astonishing,’ former MI6 chief says
Kyiv Independent — Putin has already lost, X-MI6 chief Sir Richard Moore says
The Independent — Ukraine-Russia war latest: Russian drone strike kills Ukrainian father and three children
Sources secondaires
Jamestown Foundation — Russia Experiencing a New ‘Afghan Syndrome’
Sky News — Interview de Sir Richard Moore
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