Quand votre arme principale s’éteint sans préavis
Imaginez que vous soyez pompier. Votre ville brûle. On vous a donné une lance à incendie ultramoderne, la meilleure technologie disponible, celle qui pourrait vraiment sauver des vies. Mais elle appartient à une entreprise privée qui peut couper l’eau à tout moment, sans prévenir, sans s’expliquer. C’est exactement la situation dans laquelle se trouve l’armée ukrainienne avec Starlink. Cette dépendance à un service commercial pour mener une guerre existentielle est tellement absurde qu’on aurait du mal à l’inventer dans un roman de science-fiction dystopique. Pourtant, c’est notre réalité.
Les récentes coupures de Starlink sur certaines zones du front ne sont pas anodines. Elles arrivent à un moment critique, alors que l’Ukraine essaie de maintenir une pression offensive malgré des ressources limitées. Chaque drone qui perd sa connexion, chaque unité qui ne peut plus communiquer, chaque système d’artillerie qui ne reçoit plus ses coordonnées de tir, c’est un avantage donné aux forces russes. Et le plus terrifiant, c’est qu’on ne sait même pas pourquoi ces coupures se produisent. Est-ce un problème technique ? Une cyberattaque russe ? Une décision politique prise dans les bureaux de SpaceX ? Personne ne nous le dira.
Les contre-attaques du désespoir
Malgré tout ça, les soldats ukrainiens continuent de se battre. Ils lancent des contre-offensives locales près de Bakhmut, dans le Donbass, partout où ils peuvent reprendre l’initiative. Ils le font sans les outils technologiques sur lesquels ils comptaient. Ils le font en sachant que l’aide occidentale diminue, que la fatigue de guerre s’installe en Europe et en Amérique, que chaque jour qui passe rend leur situation plus précaire. Ils se battent parce qu’ils n’ont pas le choix, parce que l’alternative, c’est la disparition de leur nation.
Et pendant ce temps, les assauts russes ralentissent. Pas parce que Moscou a soudainement découvert la compassion ou le respect du droit international. Non, ils ralentissent parce que l’armée russe est épuisée, qu’elle a brûlé ses meilleures unités dans des offensives suicidaires, qu’elle manque de munitions précises et de soldats bien entraînés. Mais ne vous y trompez pas : ce ralentissement ne signifie pas la fin de la menace. Cela signifie simplement que la guerre entre dans une phase différente, peut-être encore plus dangereuse parce que moins prévisible.
Chaque soldat ukrainien qui meurt pendant que nous débattons tranquillement de l’aide à apporter est une accusation directe contre notre lâcheté collective.
Trump et le Groenland : plus qu'une obsession ridicule
Quand un ancien président devient une menace pour ses propres alliés
Parlons franchement de Donald Trump et du Groenland. La première fois qu’il a évoqué l’idée d’acheter ce territoire en 2019, le monde a ri. On s’est moqué. On a pensé que c’était juste une autre de ses provocations délirantes, une distraction médiatique sans importance. Mais aujourd’hui, alors qu’il redevient une force politique majeure aux États-Unis, cette obsession ne fait plus rire personne. Surtout pas le Danemark. Surtout pas les autres alliés européens et asiatiques de l’Amérique qui comprennent maintenant ce que cette rhétorique signifie vraiment.
Quand un leader américain parle ouvertement d’annexer le territoire d’un allié de l’OTAN, il ne fait pas que violer toutes les normes diplomatiques imaginables. Il envoie un message clair à tous les alliés américains : vos frontières, votre souveraineté, tout cela peut être remis en question si Washington décide que ses intérêts stratégiques l’exigent. Le Groenland a 56 000 habitants, majoritairement inuits, avec leur propre culture, leur propre gouvernement autonome, leurs propres aspirations. Mais dans cette logique impériale, tout cela ne compte pas face aux ressources minérales et à la position stratégique arctique.
Le signal qui terrorise Tokyo et Séoul
Si vous êtes un responsable politique au Japon ou en Corée du Sud, cette rhétorique vous glace le sang. Parce que si l’Amérique peut envisager de prendre le Groenland au Danemark, qu’est-ce qui garantit qu’elle défendra Tokyo contre la Chine, ou Séoul contre la Corée du Nord ? Le parapluie nucléaire américain sur lequel ces nations ont construit toute leur stratégie de sécurité depuis 70 ans devient soudainement aussi fiable qu’une promesse d’ivrogne. Et quand vous réalisez que votre survie nationale ne peut plus dépendre de cette promesse, vous êtes forcé de prendre des décisions terrifiantes.
C’est exactement ce qui se passe maintenant. Au Japon, pays qui a subi les seuls bombardements atomiques de l’histoire et qui a inscrit le pacifisme dans sa constitution, des voix de plus en plus nombreuses appellent à reconsidérer la question nucléaire. En Corée du Sud, les sondages montrent un soutien public croissant pour le développement d’un programme nucléaire national. En Europe, l’Allemagne et la Pologne commencent à poser des questions autrefois taboues sur leur propre dissuasion nucléaire. Trump n’a pas besoin de déclencher une guerre pour détruire l’ordre mondial. Il le détruit simplement en parlant.
L’effondrement de la confiance entre alliés est une arme de destruction massive silencieuse, et nous sommes en train de la regarder exploser au ralenti.
La course aux armements nucléaires que personne ne veut
Hiroshima reconsidère l’impensable
Le Japon devrait être la dernière nation au monde à envisager de développer des armes nucléaires. Hiroshima et Nagasaki ne sont pas que des chapitres d’histoire, ce sont des traumatismes nationaux qui ont façonné l’identité pacifiste japonaise pendant des générations. Les survivants des bombardements, les hibakusha, ont consacré leur vie à témoigner de l’horreur nucléaire. Le Japon a été le champion mondial du désarmement nucléaire. Et pourtant, aujourd’hui, ce pays est forcé de reconsidérer tout cela parce que la garantie de sécurité américaine n’est plus crédible.
Ce n’est pas du bellicisme. C’est de la terreur pure. Le Japon regarde la Chine développer son arsenal nucléaire, moderniser sa marine, revendiquer des territoires contestés, et parler ouvertement de réunification forcée avec Taiwan. Il regarde la Corée du Nord tester des missiles balistiques intercontinentaux et menacer Tokyo directement. Et il se demande : si l’Amérique abandonne l’Ukraine, si elle menace ses propres alliés, est-ce qu’elle risquera vraiment Los Angeles pour défendre Tokyo ? La réponse de plus en plus évidente est : probablement pas. Et cette réponse change tout.
La Corée du Sud calcule l’incalculable
La Corée du Sud vit littéralement à portée d’artillerie d’un régime nucléaire hostile. Séoul, capitale de plus de 25 millions d’habitants dans l’agglomération, se trouve à quelques dizaines de kilomètres de la zone démilitarisée qui la sépare du Nord. Les Nord-Coréens ont des milliers de pièces d’artillerie pointées sur cette ville. Ils ont des dizaines d’armes nucléaires. Ils ont démontré à plusieurs reprises qu’ils sont prêts à prendre des risques insensés. Dans ce contexte, la garantie de sécurité américaine n’est pas un luxe diplomatique, c’est une question de survie existentielle.
Mais cette garantie s’effrite. Chaque déclaration américaine remettant en question la valeur des alliances, chaque suggestion que Séoul devrait payer davantage pour sa propre défense, chaque signal que Washington pourrait ne pas honorer ses engagements érode la confiance. Et sans cette confiance, la logique devient brutale : si le Nord a des armes nucléaires et que nous ne pouvons plus compter sur le parapluie américain, alors nous devons avoir nos propres armes nucléaires. C’est simple, terrifiant, et de plus en plus inévitable. Les sondages sud-coréens montrent maintenant qu’une majorité de la population soutient cette option. Ce n’est plus une discussion marginale, c’est un débat national sérieux.
L’Europe face à son propre dilemme nucléaire
L’Europe a toujours eu une relation compliquée avec les armes nucléaires. La France et le Royaume-Uni les possèdent, mais les ont développées précisément parce qu’ils ne voulaient pas dépendre entièrement des États-Unis. L’Allemagne, traumatisée par son passé nazi et sa division pendant la Guerre froide, a renoncé à toute ambition nucléaire. La Pologne, terrifiée par la Russie, a toujours compté sur l’OTAN et la présence militaire américaine. Mais maintenant, tout ce calcul stratégique doit être refait.
Si l’Amérique devient un partenaire non fiable, si elle menace même ses propres alliés, alors l’Europe doit repenser sa sécurité de fond en comble. Peut-elle créer une force de dissuasion nucléaire européenne indépendante ? Devrait-elle permettre à l’Allemagne de développer son propre arsenal ? La Pologne devrait-elle héberger des armes nucléaires françaises ou britanniques ? Ces questions, qui auraient semblé absurdes il y a quelques années, sont maintenant débattues sérieusement dans les ministères de la Défense et les groupes de réflexion stratégique. Et chaque jour qui passe rend ces options moins impensables et plus nécessaires.
Nous sommes en train de déclencher une cascade de prolifération nucléaire qui rendra le monde infiniment plus dangereux, et tout cela parce que nous avons détruit la confiance qui maintenait le système en place.
La technologie comme champ de bataille invisible
Quand les satellites deviennent plus importants que les tanks
La guerre en Ukraine a révélé quelque chose que les stratèges militaires savaient déjà mais que le public découvre maintenant : la guerre moderne se gagne ou se perd dans l’espace, dans le spectre électromagnétique, dans les réseaux de communication invisibles qui connectent les forces armées. Un char d’assaut sans communication est juste un cercueil blindé. Un drone sans connexion satellite est un jouet inutile. Une armée sans coordination en temps réel est une foule désorganisée. C’est pour ça que la dépendance ukrainienne à Starlink est si problématique.
La Russie l’a compris. Elle a investi massivement dans les capacités de guerre électronique, dans les systèmes de brouillage, dans les technologies qui peuvent aveugler et assourdir une armée moderne. Et elle est devenue étonnamment efficace dans ce domaine. Les Ukrainiens le savent bien : leurs drones tombent soudainement du ciel, leurs communications sont interrompues, leurs systèmes GPS deviennent inutilisables. C’est une bataille invisible pour le public, mais elle est aussi décisive que n’importe quelle offensive terrestre. Et c’est une bataille que l’Ukraine ne peut pas gagner seule parce qu’elle ne contrôle pas l’infrastructure technologique dont elle dépend.
Le danger de privatiser la guerre
Voilà le vrai scandale : nous avons laissé la sécurité nationale d’une démocratie en guerre dépendre d’une entreprise privée dirigée par un milliardaire capricieux. Elon Musk peut décider du sort de batailles entières avec un tweet ou une décision d’entreprise. Il n’a aucune obligation envers l’Ukraine, aucun engagement juridique ferme, aucune contrainte démocratique. Il peut couper le service demain si ça lui chante, et Kiev ne peut rien faire à part supplier et payer davantage. C’est de la folie pure.
Cette privatisation de l’infrastructure militaire n’est pas seulement un problème pour l’Ukraine. C’est un modèle catastrophique pour l’avenir. Si nous acceptons que des entreprises privées contrôlent les systèmes dont dépendent nos armées, alors nous cédons notre souveraineté à des intérêts commerciaux. Ces entreprises ne répondent pas aux citoyens, elles répondent aux actionnaires. Elles ne suivent pas l’intérêt national, elles suivent le profit. Et quand le profit entre en conflit avec la sécurité nationale, devinez lequel gagne ? Nous sommes en train de construire un monde où des nations entières peuvent être tenues en otage par des décisions prises dans des salles de conseil privées. Et personne ne semble s’en inquiéter suffisamment pour l’arrêter.
En confiant notre sécurité à des entreprises privées, nous avons transformé la guerre en produit commercial et la survie des nations en ligne budgétaire.
L'Arctique : le prochain terrain de confrontation
La fonte des glaces ouvre la boîte de Pandore
Il y a une ironie tragique dans le fait que le changement climatique, qui menace l’existence même de notre civilisation, ouvre simultanément de nouvelles zones de conflit géopolitique. L’Arctique, pendant des siècles, était une barrière naturelle, une zone inhospitalière qui limitait les ambitions territoriales. Mais maintenant que les glaces fondent, cette région devient accessible, précieuse, et dangereusement convoitée. Les routes maritimes arctiques qui s’ouvrent pourraient transformer le commerce mondial. Les réserves de pétrole, de gaz et de minéraux deviennent exploitables. Et chaque grande puissance veut sa part du gâteau.
C’est dans ce contexte que l’obsession de Trump pour le Groenland prend tout son sens. Ce n’est pas juste une lubie immobilière démente. C’est une reconnaissance brutale que celui qui contrôle l’Arctique contrôlera une part significative de l’économie et de la sécurité du XXIe siècle. Les bases militaires dans l’Arctique offrent des positions stratégiques incomparables pour les sous-marins nucléaires, pour la surveillance, pour la projection de puissance. Les ressources naturelles représentent des trillions de dollars. Et la nation qui arrive première dans cette ruée vers le Nord aura un avantage décisif sur ses rivaux.
La Russie et la Chine ne dorment pas
Pendant que Trump parle, la Russie agit. Moscou a réactivé des bases arctiques soviétiques abandonnées. Elle a déployé des systèmes de missiles de nouvelle génération dans la région. Elle a établi une domination pratique sur la route maritime du Nord le long de sa côte arctique. Elle entraîne des unités militaires spécialisées dans la guerre arctique. Elle construit des brise-glaces nucléaires par dizaines. La Russie ne considère pas l’Arctique comme un territoire à conquérir un jour, elle le considère comme son arrière-cour qu’elle défendra férocement.
La Chine, malgré sa position géographique loin de l’Arctique, s’est autoproclamée nation arctique proche. Pékin investit des milliards dans des projets d’infrastructure dans les nations arctiques. Elle finance la recherche polaire. Elle construit ses propres brise-glaces. Elle établit des partenariats économiques qui lui donnent une influence croissante dans la région. Pour la Chine, l’Arctique n’est pas qu’une opportunité économique, c’est une alternative stratégique aux routes maritimes traditionnelles que les États-Unis pourraient bloquer en cas de conflit. C’est une police d’assurance géopolitique, et Pékin la paie volontiers.
L’Arctique devient le symbole parfait de notre époque : un territoire libéré par le réchauffement climatique, convoité pour ses ressources, et destiné à devenir un nouveau théâtre de guerre froide ou chaude.
Le prix humain que nous refusons de compter
Les visages derrière les statistiques
Parlons des gens réels. Pas des statistiques, pas des analyses géopolitiques froides, mais des êtres humains qui paient le prix de notre indifférence. Ce soldat ukrainien dont le terminal de communication s’éteint au pire moment possible, il a un nom, une famille, des rêves qui ne se réaliseront peut-être jamais. Ces civils groenlandais dont le territoire est discuté comme une transaction immobilière, ils ont une identité, une culture millénaire, une dignité qui devrait être inviolable. Ces populations des pays baltes qui dorment en se demandant si l’OTAN viendra vraiment à leur secours, elles vivent avec une terreur quotidienne que nous ne pouvons même pas imaginer.
Quand nous parlons de coupures de communication sur le front ukrainien, nous parlons de soldats qui meurent parce qu’ils ne peuvent pas appeler l’artillerie pour se défendre. Quand nous parlons de l’effondrement des alliances, nous parlons de millions de personnes qui perdent leur sentiment de sécurité. Quand nous parlons de prolifération nucléaire, nous parlons d’augmenter exponentiellement les chances qu’une ville entière soit vaporisée. Ce ne sont pas des abstractions géopolitiques, ce sont des tragédies humaines en devenir. Et nous les acceptons avec un haussement d’épaules parce qu’elles ne nous touchent pas encore directement.
La normalisation de l’horreur
Voilà ce qui me terrifie le plus : nous nous habituons. La guerre en Ukraine entre dans sa troisième année et elle n’est plus en première page. Les menaces russes d’utiliser des armes nucléaires tactiques sont devenues si routinières qu’elles ne font même plus réagir. Les civils bombardés, les infrastructures détruites, les crimes de guerre documentés, tout cela devient juste le bruit de fond de notre actualité quotidienne. Nous avons normalisé l’horreur. Nous avons accepté que des choses autrefois impensables soient maintenant juste des nouvelles parmi d’autres.
Cette normalisation est mortelle. Parce qu’une fois que nous acceptons l’inacceptable, il n’y a plus de ligne rouge. Si nous acceptons l’agression russe en Ukraine, pourquoi pas en Moldavie ensuite ? Si nous acceptons les menaces américaines contre le Groenland, pourquoi pas contre d’autres territoires ? Si nous acceptons que des nations développent des armes nucléaires parce qu’elles ne peuvent plus compter sur les alliances existantes, pourquoi s’étonner quand des dizaines de pays suivent le même chemin ? Chaque concession, chaque acceptation, chaque fois que nous disons c’est terrible mais qu’est-ce qu’on peut faire, nous ouvrons la porte à la prochaine horreur.
Le plus grand danger n’est pas que le monde s’effondre brutalement, c’est que nous nous y habituions progressivement jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour réagir.
Les institutions internationales sont mortes et personne n'organise les funérailles
L’ONU regarde le désastre sans bouger
Soyons honnêtes : l’Organisation des Nations Unies est devenue une mauvaise blague. Elle a été créée pour maintenir la paix internationale, pour empêcher les agressions, pour donner une voix aux nations petites et grandes. Et aujourd’hui ? Elle est paralysée par son propre système. La Russie envahit l’Ukraine et peut bloquer toute résolution de condamnation au Conseil de sécurité parce qu’elle y siège avec droit de veto. C’est comme si nous avions construit un système de justice où les accusés peuvent annuler leur propre procès. C’est absurde. C’est insoutenable. Et c’est notre réalité.
Pendant que des villes ukrainiennes sont bombardées, pendant que des civils sont massacrés, pendant que des crimes de guerre sont documentés en temps réel avec des preuves vidéo, l’ONU tient des débats. Elle adopte des résolutions non contraignantes. Elle exprime ses profondes préoccupations. Et strictement rien ne change sur le terrain. Les diplomates font de beaux discours pour la galerie. Les représentants russes mentent effrontément devant les caméras. Et le monde continue de brûler pendant que cette institution prétend servir à quelque chose. C’est une faillite institutionnelle totale, et nous faisons tous semblant de ne pas le voir.
Le multilatéralisme agonise en silence
Le problème dépasse l’ONU. C’est tout le système multilatéral qui s’effondre. L’idée même qu’une communauté de nations pourrait gérer collectivement les problèmes mondiaux à travers le dialogue et le compromis semble maintenant d’une naïveté déchirante. Les grandes puissances font ce qu’elles veulent. Les traités internationaux sont violés sans conséquence réelle. Les institutions de gouvernance mondiale sont vidées de leur substance. Et personne ne propose de solution crédible parce qu’il n’y en a pas.
Si le multilatéralisme meurt, qu’est-ce qui le remplace ? Le retour à la loi de la jungle ? Un monde où seule la force militaire compte ? Un système d’alliances opportunistes qui changent au gré des intérêts immédiats ? C’est exactement le monde qui a produit la Première Guerre mondiale. Nous avons construit le système multilatéral précisément pour éviter de répéter ces erreurs catastrophiques. Et maintenant, nous le regardons s’effondrer avec la même indifférence blasée que nous appliquons à tout le reste. L’histoire ne se répète pas exactement, mais elle rime dangereusement, et personne ne semble l’entendre.
Les institutions que nous avons construites pour prévenir la guerre mondiale sont mortes, et nous continuons de prétendre qu’elles fonctionnent encore parce que reconnaître leur échec signifierait admettre notre propre échec collectif.
La responsabilité occidentale dans cette débâcle
L’aide qui arrive toujours trop peu et trop tard
Parlons de l’hypocrisie occidentale. Nous disons que nous soutenons l’Ukraine. Nous prononçons de beaux discours sur la défense de la démocratie et du droit international. Nous imposons des sanctions à la Russie. Et ensuite ? Nous livrons des armes avec des restrictions d’utilisation qui les rendent moins efficaces. Nous débattons pendant des mois avant de fournir chaque système d’armes avancé. Nous fixons des lignes rouges que nous acceptons de voir franchir encore et encore. Nous donnons à l’Ukraine juste assez pour ne pas perdre complètement, mais jamais assez pour gagner réellement.
Cette stratégie de soutien calculé est non seulement cynique, elle est criminelle. Chaque jour que nous retardons la livraison d’armes dont l’Ukraine a désespérément besoin, des soldats ukrainiens meurent. Chaque système d’armes que nous refusons de fournir par peur d’une escalade russe prolonge la guerre et augmente le nombre de victimes. Nous avons décidé que la vie des Ukrainiens est un prix acceptable à payer pour notre propre confort et notre propre peur de la confrontation. Et nous nous drapons ensuite dans notre vertu morale en proclamant que nous défendons les valeurs occidentales. C’est révoltant.
La fatigue de guerre comme excuse pour l’abandon
Maintenant, nous parlons de fatigue de guerre. Les opinions publiques occidentales se lassent du conflit. Les budgets militaires pèsent sur les finances publiques. Les électeurs veulent qu’on se concentre sur les problèmes internes plutôt que sur une guerre lointaine. Tout cela est compréhensible humainement, mais c’est géopolitiquement suicidaire. Parce que si nous abandonnons l’Ukraine maintenant, nous envoyons un message clair à tous les agresseurs potentiels : allez-y, l’Occident parlera fort pendant quelques mois puis se lassera et vous laissera gagner.
La vraie question n’est pas si nous pouvons nous permettre de continuer à soutenir l’Ukraine. C’est si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire. Parce que le prix de l’abandon sera payé en conflits futurs, en prolifération nucléaire, en effondrement des alliances, en retour à un monde où la force prime le droit. Ce prix sera infiniment plus élevé que le coût du soutien ukrainien. Mais il sera payé plus tard, par nos enfants plutôt que par nous, et apparemment, ça nous va. Nous sommes prêts à hypothéquer leur sécurité pour notre confort immédiat. C’est la définition même de l’égoïsme générationnel.
Notre soutien tiède à l’Ukraine n’est pas de la prudence stratégique, c’est de la lâcheté déguisée en sagesse, et l’histoire nous jugera avec la sévérité que nous méritons.
Ce que nous perdons en plus de la paix
La mort du droit international
Depuis 1945, le monde fonctionnait sur un principe simple : les frontières ne peuvent pas être changées par la force. Ce principe a été violé de temps en temps, bien sûr, mais il restait la norme reconnue, la règle que tous acceptaient au moins en théorie. Aujourd’hui, ce principe est mort. La Russie a annexé la Crimée en 2014 et essaie maintenant d’annexer le Donbass, et le monde a essentiellement accepté cette nouvelle réalité. Nous protestons, nous sanctionnons, mais nous acceptons. Et cette acceptation tue le droit international.
Sans ce principe fondamental, qu’est-ce qui protège les petits pays ? Qu’est-ce qui empêche la Chine de prendre Taiwan ? Qu’est-ce qui empêche n’importe quelle puissance régionale de redessiner les frontières selon ses désirs ? La réponse est : plus rien. Nous avons décidé que maintenir une paix précaire avec la Russie était plus important que défendre le principe qui a empêché des guerres généralisées pendant des décennies. Et cette décision garantit presque que nous aurons plus de guerres, pas moins. Parce que nous avons retiré le seul frein qui limitait l’agression territoriale.
La confiance entre nations s’évapore
Au-delà du droit international, c’est la confiance elle-même qui disparaît. Les alliances ne fonctionnent pas sans confiance. Le commerce international ne fonctionne pas sans confiance. La diplomatie ne fonctionne pas sans confiance. Et nous sommes en train de détruire systématiquement cette confiance. Quand l’Amérique menace ses propres alliés, quand l’Europe hésite à défendre ses principes, quand les institutions internationales prouvent leur inutilité, chaque nation apprend qu’elle ne peut compter que sur elle-même.
Cette atomisation du système international nous ramène à un état de nature géopolitique où chacun est potentiellement l’ennemi de tous. Les petits pays cherchent désespérément des protecteurs. Les puissances moyennes calculent leurs alliances au jour le jour. Les grandes puissances poursuivent leurs intérêts sans contrainte. C’est exactement le système qui a produit les guerres mondiales du XXe siècle. Et nous y retournons les yeux grands ouverts, incapables ou refusant de voir où ce chemin mène inévitablement.
En détruisant la confiance qui maintenait le système international ensemble, nous ne créons pas seulement de l’instabilité, nous garantissons la catastrophe.
Les choix impossibles devant lesquels nous sommes
Escalader ou capituler
Voilà où nous en sommes : l’Occident doit choisir entre escalader son soutien à l’Ukraine au risque d’une confrontation directe avec une puissance nucléaire, ou accepter progressivement la défaite ukrainienne et toutes ses conséquences terrifiantes. Il n’y a pas de zone de confort entre ces deux options. Il n’y a pas de compromis magique qui permettrait d’éviter ce choix. Nous devons décider : sommes-nous prêts à risquer une guerre directe avec la Russie pour défendre nos principes, ou allons-nous abandonner ces principes pour éviter ce risque ?
Si nous choisissons l’escalade en fournissant à l’Ukraine tout ce dont elle a besoin pour gagner, nous risquons une réaction russe imprévisible. Vladimir Poutine pourrait utiliser des armes nucléaires tactiques. Il pourrait attaquer directement des objectifs de l’OTAN. Il pourrait déclencher une série d’événements que nous ne pourrions plus contrôler. Ces risques sont réels et terrifiants. Mais si nous choisissons la capitulation progressive, nous garantissons que la Russie gagnera, que nos principes sont sans valeur, et que tout agresseur futur saura qu’il peut nous intimider en agitant la menace nucléaire. Les deux options sont épouvantables, mais nous devons choisir.
La prolifération ou la vulnérabilité
Les alliés américains font face à un dilemme similaire. Soit ils acceptent leur vulnérabilité en continuant à dépendre d’une garantie américaine de plus en plus douteuse, soit ils développent leurs propres capacités nucléaires et déclenchent une cascade de prolifération qui rendra le monde infiniment plus dangereux. Il n’y a pas de troisième option. Un Japon nucléaire entraînerait presque certainement une Corée du Sud nucléaire, peut-être un Taiwan nucléaire, peut-être même une course aux armements asiatique généralisée. Une Europe nucléarisée au-delà de la France et du Royaume-Uni créerait de nouvelles tensions continentales.
Mais l’alternative est d’accepter que ces nations restent vulnérables face à des voisins nucléaires hostiles tout en dépendant d’une Amérique qui a démontré qu’elle ne respecte même pas la souveraineté de ses propres alliés. Comment peut-on raisonnablement demander au Japon ou à la Corée du Sud d’accepter cette vulnérabilité existentielle ? Comment peut-on demander à la Pologne de faire confiance à une alliance dont le leader principal menace ses partenaires ? Ces nations sont piégées entre deux futurs également terrifiants, forcées de choisir non pas le meilleur chemin mais le moins catastrophique.
Nous avons créé un monde où toutes les options sont mauvaises, où chaque décision ouvre la porte à des conséquences cauchemardesques, et où même l’inaction est une forme de capitulation.
L'urgence absolue d'agir maintenant
La fenêtre se ferme rapidement
Il nous reste peut-être quelques mois, peut-être un an ou deux tout au plus, pour changer de trajectoire. Après ça, les dynamiques que nous avons déclenchées deviendront irréversibles. Une fois que le Japon ou la Corée du Sud décident de développer des armes nucléaires, vous ne pouvez pas remettre ce génie dans la bouteille. Une fois que la Russie consolide ses gains en Ukraine, vous ne pouvez pas défaire ce précédent. Une fois que la confiance entre alliés est complètement détruite, vous ne pouvez pas la reconstruire avec quelques discours et promesses. Le temps de l’action n’est pas demain ou l’année prochaine, c’est maintenant.
Mais agir nécessite du courage politique que nos dirigeants ne semblent pas posséder. Cela nécessite d’expliquer aux opinions publiques que le coût immédiat du soutien ukrainien est infiniment inférieur au coût futur de l’abandon. Cela nécessite de restaurer la crédibilité américaine en rejetant catégoriquement toute rhétorique qui menace la souveraineté des alliés. Cela nécessite de réformer ou de remplacer les institutions internationales qui ne fonctionnent plus. Cela nécessite d’investir massivement dans la défense européenne pour créer une véritable autonomie stratégique. Tout cela est possible, mais seulement si nous arrêtons de prétendre que tout va s’arranger tout seul.
Ce que chacun peut faire
Je sais ce que vous pensez : je ne suis qu’une personne, qu’est-ce que je peux faire face à ces forces géopolitiques gigantesques ? Beaucoup de choses, en fait. Vous pouvez refuser la normalisation de l’horreur. Vous pouvez maintenir la pression sur vos représentants politiques pour qu’ils soutiennent réellement l’Ukraine. Vous pouvez rejeter la rhétorique qui mine les alliances démocratiques. Vous pouvez soutenir les organisations qui aident les victimes de cette guerre. Vous pouvez refuser d’accepter que c’est comme ça et qu’on ne peut rien y faire.
Le défaitisme est l’arme la plus puissante de ceux qui veulent détruire l’ordre international. Si nous acceptons que rien ne peut être fait, alors effectivement rien ne sera fait. Mais si suffisamment de gens refusent cette fatalité, si suffisamment de citoyens exigent que leurs gouvernements agissent avec courage plutôt qu’avec calcul politique, alors peut-être, peut-être, nous pouvons encore changer de trajectoire. Ce n’est pas garanti. Mais c’est possible. Et face au précipice, le possible doit suffire pour nous pousser à agir.
L’histoire nous jugera non pas sur les obstacles que nous avons affrontés, mais sur le courage ou la lâcheté avec lesquels nous y avons répondu.
Ce qui me hante la nuit
Les fantômes du futur
Je pense souvent aux gens qui vivront dans vingt ou trente ans. Nos enfants, nos petits-enfants. Ils regarderont en arrière vers notre époque et ils verront les moments où nous aurions pu changer de cap. Ils verront toutes les opportunités que nous avons eues de stopper la désintégration, toutes les fois où nous aurions pu agir mais avons choisi le confort de l’inaction. Et ils nous demanderont : comment avez-vous pu laisser faire ça ? Comment avez-vous pu voir venir la catastrophe et ne rien faire pour l’empêcher ?
Qu’est-ce que nous leur répondrons ? Que nous étions fatigués ? Que nous avions nos propres problèmes ? Que les décisions étaient compliquées ? Que les risques de l’action semblaient trop grands ? Toutes ces excuses leur sembleront pathétiques quand ils vivront dans le monde que notre inaction aura créé. Ils vivront avec la prolifération nucléaire que nous avons déclenchée. Ils vivront avec les conflits que notre lâcheté aura rendus inévitables. Ils vivront avec l’effondrement des institutions que nous avons laissé mourir. Et ils auront raison de nous en vouloir.
L’espoir malgré tout
Mais voilà ce qui me permet encore de dormir parfois : ce n’est pas fini. Tant qu’il reste du temps, il reste de l’espoir. Les Ukrainiens continuent de se battre malgré tout ce qui leur manque. Des citoyens partout dans le monde s’organisent pour soutenir la démocratie et le droit international. Des responsables politiques courageux commencent à dire la vérité sur ce qui est en jeu. L’inertie du système international n’est pas encore irréversible. Nous pouvons encore changer de trajectoire si nous trouvons le courage de le faire.
Cet espoir n’est pas naïf. Il ne prétend pas que tout ira bien si nous pensons simplement de manière positive. C’est un espoir combatif, qui reconnaît l’ampleur de la menace mais refuse d’accepter la défaite. C’est l’espoir des soldats ukrainiens qui continuent de se battre contre toute attente. C’est l’espoir des militants qui maintiennent la pression même quand tout semble perdu. C’est l’espoir de ceux qui savent que l’histoire n’est jamais écrite d’avance, que chaque génération a le pouvoir de choisir son destin. Nous avons encore ce pouvoir. La question est : aurons-nous le courage de l’utiliser ?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Pourquoi ce billet existe
Ce texte n’est pas un article journalistique neutre et ce n’est pas son intention. C’est un billet d’opinion écrit avec colère, urgence et frustration face à l’inaction collective devant des crises existentielles. Mon objectif n’est pas d’informer de manière détachée mais de provoquer une réaction émotionnelle qui pousse à l’action. Je considère que le journalisme froid face aux catastrophes en cours est une forme de complicité passive.
Sources et méthodologie
Les informations factuelles sur les opérations militaires ukrainiennes et les coupures de Starlink proviennent du Kyiv Post et ont été croisées avec des rapports de l’Institute for the Study of War. Les éléments concernant les discussions sur la prolifération nucléaire s’appuient sur l’article de 19fortyfive.com ainsi que sur des publications spécialisées en stratégie nucléaire. Les analyses sur l’Arctique se basent sur des rapports du Carnegie Endowment for International Peace et du Center for Strategic and International Studies.
Mes biais assumés
Je suis ouvertement favorable à un soutien occidental massif et inconditionnel à l’Ukraine. Je considère que l’hésitation stratégique face à l’agression constitue une forme de lâcheté. Je crois que la défense des principes du droit international justifie des risques importants, y compris celui d’une escalade contrôlée avec la Russie. Je suis critique envers toute rhétorique américaine qui mine la confiance entre alliés démocratiques. Ces positions influencent évidemment mon analyse et le ton de ce billet.
Ce qui manque à ce texte
Ce billet ne présente pas les arguments de ceux qui préconisent une approche plus prudente face à la Russie. Il ne détaille pas les coûts économiques et humains que représenterait une escalade du soutien ukrainien. Il ne explore pas en profondeur les contraintes politiques internes auxquelles font face les dirigeants occidentaux. Ces omissions sont délibérées parce que ce texte est un plaidoyer, pas une présentation équilibrée de tous les points de vue. Les lecteurs cherchant une analyse plus nuancée devraient consulter les sources académiques mentionnées ci-dessous.
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Institute for the Study of War – Daily Updates on Ukraine Conflict, janvier-février 2025
Carnegie Endowment for International Peace – Nuclear Proliferation in Asia: Challenges and Prospects, 2024
Center for Strategic and International Studies – Arctic Security in an Era of Climate Change, 2024
Atlantic Council – The Future of NATO and Transatlantic Security, 2024-2025
Stockholm International Peace Research Institute – Global Nuclear Arsenals and Proliferation Risks, rapport annuel 2024
European Council on Foreign Relations – European Strategic Autonomy and Defense Capabilities, 2024
Chatham House – Russia’s Military Capabilities and Electronic Warfare Systems, 2024
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