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CHRONIQUE : Quand la US Navy coule ses propres navires pour terrifier la Russie et la Chine
Crédit: Adobe Stock

Ce que signifie vraiment couler un navire à coups de missiles

Le concept du SINKEX est aussi ancien que la marine moderne. Depuis plus d’un siècle, la US Navy coule ses propres navires désarmés pour tester ses armes et former ses équipages dans des conditions qui se rapprochent autant que possible du combat réel. Car il y a une différence fondamentale entre tirer un missile antinavire sur une cible simulée dans un ordinateur et le tirer sur une vraie coque d’acier flottant sur une vraie mer. Le simulateur ne vous dit pas comment la superstructure se déforme sous l’impact. Il ne vous montre pas la colonne d’eau qui jaillit quand une torpille explose sous la ligne de flottaison. Il ne vous apprend pas combien de temps il faut à un navire de dix mille tonnes pour chavirer, se briser et disparaître sous la surface. Seul un SINKEX peut offrir ces données, et ces données sont inestimables.

L’exercice est encadré par des règles environnementales strictes. Avant qu’un navire ne soit désigné comme cible, il est entièrement nettoyé. Tous les hydrocarbures sont retirés. Les matériaux contenant du mercure, des polychlorobiphényles ou des fluorocarbures sont neutralisés. Les déchets sont évacués. La coque doit couler à une profondeur minimale de mille huit cents mètres, à plus de quatre-vingt-treize kilomètres des côtes, conformément aux réglementations de l’Environmental Protection Agency. La zone doit être entièrement dégagée de tout navire civil. Le public est averti longtemps à l’avance. Chaque SINKEX fait l’objet d’un rapport détaillé soumis à l’EPA avant et après l’exercice. Car même dans la destruction, la US Navy s’impose une discipline qui reflète la complexité de l’exercice de la puissance dans un monde conscient de son empreinte écologique.

Il y a une beauté paradoxale dans cette rigueur. La marine qui s’apprête à pulvériser un navire avec des missiles commence par le nettoyer comme on prépare un patient pour une opération chirurgicale. On retire les toxines, on protège les récifs coralliens, on s’assure que les habitats marins ne seront pas endommagés. Puis on ouvre le feu avec tout ce que la puissance militaire américaine a dans son arsenal. C’est la dualité profonde d’une démocratie en armes : la capacité de destruction la plus absolue, encadrée par des lois environnementales parmi les plus strictes du monde.

Les données récoltées valent leur pesant de missiles

Chaque impact est minutieusement analysé. Les ingénieurs navals étudient l’emplacement exact de chaque frappe, la taille de la brèche dans la coque, la vitesse à laquelle l’eau envahit les compartiments, les déformations structurelles causées par l’onde de choc. Ces données alimentent directement la conception des futurs navires. Elles permettent de comprendre quels matériaux résistent le mieux, quelles configurations de compartimentage retardent le naufrage, quelles zones du navire sont les plus vulnérables. En 2005, la Navy a mis quatre semaines à couler le USS America (CV-66), un porte-avions de soixante mille tonnes, avant de devoir le saborder. Cet exercice exceptionnel, le plus grand SINKEX jamais réalisé, a fourni des informations capitales sur la résilience des porte-avions face à des attaques multiples et prolongées, des données qui ont directement influencé la conception de la classe Gerald R. Ford.

Pour les équipages, le SINKEX offre une expérience irremplaçable. La plupart du temps, les artilleurs et les opérateurs de systèmes d’armes s’entraînent sur des simulateurs. Ils n’ont jamais l’occasion de tirer un missile Harpoon, un LRASM ou une torpille MK-48 sur une vraie cible. Le SINKEX leur donne cette chance unique. Ils apprennent à coordonner des attaques multiples, à gérer le stress d’un tir réel, à évaluer les résultats en temps réel. Cette expertise opérationnelle est exactement ce qui ferait la différence entre la victoire et la défaite dans un conflit naval réel.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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