Drones : 2,5 milliards pour changer la guerre
Le poste le plus significatif de cette enveloppe : 2,5 milliards de dollars pour les drones. L’Allemagne contribue à elle seule plus d’un milliard d’euros pour l’achat de drones et finance des unités d’assaut par drones. La Norvège ajoute 1,4 milliard de dollars. Le message est clair : la guerre de 2026 se gagnera dans les airs, pas avec des chars.
Les drones FPV ukrainiens ont révolutionné le champ de bataille. Pour quelques centaines de dollars, un opérateur de drone peut détruire un char à 3 millions. L’asymétrie économique est dévastatrice pour la Russie. Mais les drones sont des consommables. L’Ukraine en utilise des milliers par jour. Sans approvisionnement constant, cette arme miracle s’éteint.
2,5 milliards pour des drones. Il y a trois ans, personne n’aurait imaginé cette phrase dans un communiqué de l’OTAN. Les drones ukrainiens ont réécrit les manuels militaires du monde entier. Et maintenant, le monde paie pour continuer à apprendre.
Défense aérienne : 2 milliards plus le PURL
2 milliards de dollars dédiés aux systèmes de défense aérienne. Plus 500 millions pour le programme PURL — un fonds spécifiquement créé pour financer les missiles Patriot et les radars avancés à longue portée. Le Royaume-Uni contribue 500 millions de livres pour la défense aérienne et 150 millions pour le PURL. La Norvège ajoute 700 millions de dollars. Les Pays-Bas engagent 90 millions d’euros.
Ces chiffres répondent à une réalité quotidienne. Chaque nuit, la Russie lance des vagues de missiles de croisière, de missiles balistiques et de drones kamikazes sur les villes ukrainiennes. Les intercepteurs Patriot coûtent 4 millions de dollars pièce. L’Ukraine en tire des dizaines par semaine. Sans le PURL, les batteries Patriot se retrouveraient à sec en quelques mois.
Les contributions pays par pays
L’Allemagne : 11,5 milliards et un virage historique
L’Allemagne a annoncé un budget d’aide militaire de 11,5 milliards d’euros pour l’Ukraine. C’est colossal. C’est sans précédent dans l’histoire de la Bundeswehr d’après-guerre. Ce montant inclut plus d’un milliard pour les drones, le financement du projet de dôme de défense aérienne et le soutien aux unités d’assaut ukrainiennes.
Pour un pays qui, il y a encore trois ans, refusait d’envoyer des casques à l’Ukraine par peur de « provoquer » la Russie, cette transformation est spectaculaire. L’Allemagne n’envoie plus des casques. Elle envoie des milliards. Le fantôme de la Zeitenwende — le tournant historique proclamé par Olaf Scholz en février 2022 — prend enfin corps.
Et pourtant, il a fallu 1 449 jours de guerre, des dizaines de milliers de morts civils et la menace d’un effondrement du front pour que Berlin passe des discours aux actes. L’Allemagne fait enfin ce qu’il faut. Mais combien de vies auraient été sauvées si elle l’avait fait plus tôt?
Le Royaume-Uni : 3 milliards de livres sterling
Londres reste le partenaire le plus fiable de l’Ukraine en Europe. 3 milliards de livres d’aide militaire totale, incluant 500 millions pour la défense aérienne et 150 millions pour le PURL. Le Royaume-Uni a été le premier pays européen à envoyer des missiles antichar à l’Ukraine, le premier à envoyer des chars lourds, le premier à envoyer des missiles à longue portée Storm Shadow.
Cette constance britannique n’est pas accidentelle. Elle reflète une lecture géopolitique claire : si la Russie gagne en Ukraine, la prochaine cible sera un membre de l’OTAN. Et à ce moment-là, les coûts ne se compteront plus en milliards, mais en divisions blindées et en vies britanniques.
Les surprises de la coalition
La Norvège : 7 milliards de dollars
La Norvège, avec ses 5 millions d’habitants, contribue 7 milliards de dollars. Sept milliards. Soit 1 400 dollars par habitant norvégien consacrés à la défense de l’Ukraine. Ce chiffre est stupéfiant. Il inclut 1,4 milliard pour les drones, 700 millions pour la défense aérienne, 200 millions pour l’artillerie et 125 millions pour le PURL.
Pourquoi la Norvège? Parce que la Norvège partage une frontière avec la Russie. Parce que la Norvège sait ce que signifie vivre à côté d’un prédateur. Et parce que la Norvège comprend que chaque rouble dépensé par la Russie en Ukraine est un rouble qui ne sera pas dépensé pour menacer l’Arctique.
La Norvège, 5 millions d’habitants. 7 milliards de dollars. Puis regardez la France, 68 millions d’habitants. Cherchez son montant dans la liste. La solidarité n’est pas proportionnelle à la taille. Elle est proportionnelle au courage.
L’Islande, la Slovénie et les petits géants
L’Islande — un pays sans armée — a contribué 8 millions de dollars au programme PURL et 2,4 millions pour l’achat d’armement. La Slovénie a ajouté 5 millions de dollars. Le Portugal a engagé des fonds pour le PURL, l’initiative tchèque de munitions, des véhicules blindés et des drones. La Belgique a annoncé un milliard d’euros d’aide militaire.
Ces montants peuvent sembler modestes comparés aux 11,5 milliards allemands. Mais leur valeur symbolique est immense. Quand l’Islande, un pays de 375 000 habitants, contribue à la défense de l’Ukraine, le message est limpide : cette guerre n’est pas ukrainienne. Elle est européenne. Elle est mondiale.
Le programme PURL : les Patriot au centre de tout
Qu’est-ce que le PURL?
Le PURL — Patriot and Advanced Radar Long-Range Air-Defense System — est un fonds multinational créé spécifiquement pour financer les missiles Patriot et les systèmes radar avancés destinés à l’Ukraine. C’est une innovation financière autant que militaire. Au lieu que chaque pays achète et expédie séparément des missiles Patriot, le PURL mutualise les contributions et coordonne les livraisons.
Les contributeurs au PURL incluent le Royaume-Uni (150 millions), la Norvège (125 millions), les Pays-Bas (90 millions d’euros), la Suède (100 millions), l’Islande (8 millions), la Lituanie (30 millions), l’Australie et le Portugal. Lors de ce Ramstein, les partenaires ont également conclu un accord pour la livraison urgente de missiles Patriot depuis les stocks existants européens.
Les Patriot sont les gardiens du ciel ukrainien. Sans eux, les missiles balistiques russes atteignent les centrales électriques, les hôpitaux, les immeubles résidentiels. Le PURL n’est pas un programme militaire abstrait. C’est un programme qui détermine combien d’enfants ukrainiens dormiront en sécurité cette nuit.
La livraison urgente depuis les stocks européens
L’annonce la plus significative de ce Ramstein n’est pas dans les chiffres. Elle est dans une phrase : livraison urgente de missiles Patriot depuis les stocks existants. Cela signifie que des pays européens vont puiser dans leurs propres réserves pour envoyer des intercepteurs à l’Ukraine. Pas dans six mois, quand les usines auront produit de nouvelles unités. Maintenant. Le plus vite possible.
C’est un changement de paradigme. Pendant des mois, les alliés ont hésité à entamer leurs propres stocks, arguant qu’ils devaient maintenir leur capacité de défense. Mais la réalité mathématique est implacable : si l’Ukraine tombe, les stocks européens ne serviront qu’à retarder l’inévitable, pas à l’empêcher.
La Suède, le Danemark et les pays nordiques
La Suède : 3,7 milliards d’euros
La Suède, nouveau membre de l’OTAN, a engagé 3,7 milliards d’euros pour l’Ukraine, incluant un paquet d’aide de 1,2 milliard d’euros et 100 millions pour le PURL. Cette contribution est d’autant plus remarquable que la Suède a maintenu sa neutralité pendant 200 ans avant que l’invasion russe de l’Ukraine ne la pousse dans les bras de l’OTAN.
Le Danemark a augmenté sa contribution de 425 millions de dollars pour atteindre un total de 2 milliards. L’Estonie et la Lettonie ont chacune engagé 0,25 % de leur PIB pour la défense ukrainienne. Ces pays baltes savent mieux que quiconque ce que signifie vivre sous la menace russe. Ils l’ont vécue pendant 50 ans d’occupation soviétique.
Et pourtant, certains grands pays européens brillent par leur discrétion. La solidarité des petits pays nordiques et baltes expose l’inertie des grandes puissances. Quand l’Estonie donne 0,25 % de son PIB, elle donne plus, proportionnellement, que des nations dix fois plus riches.
Le modèle danois et le Canada
Le Canada a contribué 50 millions de dollars pour le « modèle danois » — un mécanisme où les fonds sont versés directement aux fabricants d’armes pour produire du matériel destiné à l’Ukraine — et 45 millions pour le soutien médical. La Turquie a engagé des fonds pour la défense aérienne. L’Espagne a annoncé 1,2 milliard de dollars.
Chaque contribution compte. Chaque million se traduit en munitions, en missiles intercepteurs, en gilets pare-balles, en véhicules blindés, en systèmes de communication. Et chaque système livré se traduit en vies sauvées. La corrélation n’est pas abstraite. Elle est directe, mesurable, quotidienne.
Ce que 38 milliards achètent vraiment
Les chiffres traduits en capacité
38 milliards de dollars pour 2026. Que peut-on acheter avec cette somme? Environ 9 500 missiles Patriot PAC-3 à 4 millions pièce. Ou 380 000 drones FPV à 100 000 dollars l’unité. Ou 760 batteries NASAMS. Ou une combinaison de tout cela, adaptée aux besoins opérationnels du terrain.
En face, la Russie dépense environ 120 milliards de dollars par an pour sa machine de guerre. 38 milliards, c’est un tiers du budget militaire russe. Concentrés sur la défense, l’interception et les frappes de précision plutôt que sur l’envoi de vagues humaines. Dollar pour dollar, le soutien occidental est infiniment plus efficace que la dépense militaire russe.
La Russie dépense 120 milliards pour tuer. L’Occident en dépense 38 pour protéger. Le ratio dit tout. La valeur d’un investissement ne se mesure pas à son montant. Elle se mesure à ce qu’il sauve.
L’effet multiplicateur de l’aide
Chaque dollar d’aide à l’Ukraine a un effet multiplicateur. Un drone FPV à 500 dollars détruit un char russe à 3 millions. Un missile antichar Javelin à 175 000 dollars neutralise un véhicule blindé à 2 millions. Un système HIMARS à 5 millions détruit un dépôt de munitions qui en contenait pour 50 millions.
Cette asymétrie est le cauchemar stratégique de Moscou. La Russie ne peut pas gagner une guerre d’attrition économique contre l’ensemble de l’Occident. Chaque rouble dépensé en Ukraine est un rouble perdu. Chaque dollar occidental investi en Ukraine détruit dix roubles de capacité militaire russe.
Les absents et les insuffisants
Qui manque à l’appel?
La liste des contributeurs est impressionnante. Mais les absences le sont tout autant. Où est la France dans le détail des contributions? Où est l’Italie? Où est l’Autriche? Où sont les pays qui proclament leur attachement aux valeurs européennes dans les discours du dimanche mais disparaissent quand il faut signer les chèques du lundi?
La Hongrie de Viktor Orbán est absente, évidemment. Mais l’absence hongroise est attendue. Ce sont les absences inattendues qui blessent. Les grands pays européens qui pourraient donner dix fois plus mais qui se cachent derrière des formules diplomatiques et des engagements vagues.
38 milliards, c’est beaucoup. Mais c’est aussi le reflet d’un monde où la solidarité est inégale. Où l’Islande sans armée donne plus proportionnellement que des puissances nucléaires. Où la Norvège avec 5 millions d’habitants surpasse des nations de 60 millions. Les chiffres ne mentent pas. La solidarité non plus.
La question américaine
Derrière ce Ramstein record, il y a une ombre. Celle des États-Unis. L’administration Trump souffle le chaud et le froid sur l’aide à l’Ukraine. Les signaux contradictoires de Washington — négociations de paix d’un côté, soutien militaire de l’autre — créent une incertitude qui empoisonne la planification ukrainienne. Les 38 milliards européens sont aussi une police d’assurance : si les Américains se retirent, l’Europe devra tenir seule.
Le vice-secrétaire à la Défense, Elbridge Colby, aurait opposé la livraison de missiles de défense aérienne à l’Ukraine. Si cette information se confirme, elle jette une lumière crue sur la fragilité du soutien américain. Et elle rend les 38 milliards européens d’autant plus essentiels.
L'impact stratégique sur la Russie
L’hémorragie économique russe
La Russie perd actuellement 800 soldats par jour en Ukraine. 35 000 en décembre. 30 000 en janvier. Le chef de l’OTAN, Mark Rutte, l’a dit sans détour : « Cette guerre tue la Russie. » Chaque mois de guerre coûte à Moscou des milliards de dollars en équipement détruit, en compensations aux familles, en production militaire qui remplace celle détruite la veille.
Les 38 milliards de Ramstein prolongent cette hémorragie. Ils donnent à l’Ukraine les moyens de continuer à détruire la machine de guerre russe plus vite que la Russie ne peut la reconstruire. C’est la logique d’attrition à son état le plus pur. Et c’est une logique que la Russie ne peut pas gagner face à une coalition qui représente 60 % du PIB mondial.
Et pourtant, certains en Occident plaident pour un cessez-le-feu qui gèlerait le conflit et laisserait la Russie reconstituer ses forces. Les 38 milliards de Ramstein sont la réponse à ces voix : pas de pause. Pas de répit pour l’agresseur. Pas de récompense pour l’invasion.
Le signal envoyé à Pékin
Les 38 milliards ne sont pas seulement un message pour Moscou. Ils sont un message pour Pékin. La Chine observe la guerre en Ukraine avec une attention chirurgicale, calculant les coûts et les bénéfices d’une éventuelle invasion de Taïwan. Si l’Occident abandonne l’Ukraine, la Chine en conclura que l’Occident abandonnera Taïwan. Si l’Occident tient, la Chine recalculera.
38 milliards en une seule réunion. C’est le genre de chiffre qui fait réfléchir les planificateurs militaires chinois. Parce qu’il démontre que l’Occident, quand il se mobilise, peut soutenir un effort de guerre presque indéfiniment.
Conclusion : L'argent ne gagne pas les guerres, mais il les empêche de se perdre
La promesse et la réalité
Les promesses ne protègent pas les villes. Seules les livraisons le font. Les 38 milliards annoncés à Ramstein devront se transformer en missiles réels, en drones réels, en systèmes réels livrés sur le terrain réel. L’histoire de cette guerre est parsemée de promesses non tenues, de délais rallongés et de conditions changeantes. La méfiance est justifiée.
Mais ce Ramstein est différent. Les engagements sont précis. Les montants sont détaillés. Les mécanismes de livraison sont en place. Et la pression politique pour honorer ces engagements n’a jamais été aussi forte. Parce que le monde entier regarde.
38 milliards de dollars. C’est le prix de la liberté en 2026. C’est le prix que le monde paie pour empêcher un dictateur de redessiner les frontières de l’Europe par la force. C’est beaucoup. Et pourtant, comparé au coût de l’inaction — en vies humaines, en stabilité mondiale, en crédibilité démocratique — c’est presque rien.
Le monde qui regarde
Dans les tranchées de Pokrovsk, un soldat ukrainien charge son drone FPV. Le drone est financé par un contribuable norvégien. Le missile qui protège sa position est payé par un contribuable britannique. Le radar qui détecte les menaces est fourni par un contribuable allemand. La guerre en Ukraine est la première guerre où la solidarité internationale se mesure en milliards et se manifeste en armes.
38 milliards. Ce n’est pas un chiffre. C’est une décision. La décision que l’Europe libre ne se rendra pas. Pas aujourd’hui. Pas demain. Pas jamais.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette analyse adopte une posture favorable au soutien militaire occidental envers l’Ukraine. L’auteur considère que l’aide militaire est la condition sine qua non de la survie ukrainienne et que la solidarité financière des partenaires est un investissement stratégique, pas une charité.
Méthodologie et sources
Les données financières proviennent du communiqué officiel du Groupe de contact pour la défense de l’Ukraine (format Ramstein) et de la couverture d’ArmyInform. Les montants par pays ont été recoupés avec les annonces gouvernementales respectives. Les estimations de coûts unitaires (Patriot, drones FPV, HIMARS) sont basées sur des données publiques du Pentagone et des analystes de défense.
Nature de l’analyse
Ce texte est une analyse journalistique qui contextualise les engagements financiers de Ramstein dans le paysage stratégique de la guerre. Les comparaisons économiques et les projections stratégiques sont des interprétations de l’auteur fondées sur les données disponibles.
Sources
Sources primaires
Ukrinform — War update: 218 combat engagements on front line over past day
Sources secondaires
The Moscow Times — Ukraine War Is « Killing Russia » – Rutte to MT
Al Jazeera — Russia faces Ukraine casualties, broken communications and total oil ban
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