Ce qui a été détruit
Les 10 frappes aériennes ont visé trois catégories de cibles. D’abord, les dépôts d’armes — les caches souterraines où l’État islamique stocke ses munitions, ses explosifs et ses armes légères. Ensuite, les nœuds de communication — les centres à partir desquels Daech coordonne ses opérations, transmet ses ordres et communique avec ses cellules dispersées. Enfin, les installations logistiques critiques — les bases d’où partent les combattants et où se préparent les attaques.
100 installations détruites. Le chiffre est considérable. Il révèle l’étendue de l’infrastructure que l’État islamique avait reconstituée dans le désert syrien. Malgré des années de frappes, malgré la perte de son « califat » en 2019, Daech avait réussi à rebâtir un réseau logistique suffisamment dense pour justifier 100 frappes sur 100 installations distinctes.
100 installations. Cela signifie que l’État islamique avait eu le temps de construire, d’organiser, de stocker. Dans le silence. Dans l’indifférence. Pendant que le monde regardait ailleurs. Hawkeye Strike n’est pas seulement une opération militaire. C’est un aveu : on avait baissé la garde.
La dimension humaine des frappes
Plus de 50 militants éliminés ou capturés. Le CENTCOM ne donne pas de détails sur l’identité des cibles. Pas de noms. Pas de grades. Pas de rôles dans la hiérarchie de Daech. Juste un chiffre. 50. Ce chiffre inclut des cadres opérationnels, des planificateurs d’attentats, des logisticiens et des combattants de première ligne.
La question que le CENTCOM ne pose pas : combien de ces 50 militants auraient planifié le prochain attentat en Europe? Combien auraient recruté le prochain loup solitaire à Paris, à Bruxelles, à Berlin? Les frappes en Syrie ne protègent pas seulement les soldats américains. Elles protègent les civils européens qui ne le savent même pas.
Le contexte syrien en 2026
La nouvelle Syrie de Damas
L’Opération Hawkeye se déroule dans un contexte syrien profondément transformé. Le nouveau gouvernement de Damas — issu de la transition politique qui a suivi des années de guerre civile — coopère avec Washington. Le secrétaire d’État Marco Rubio a noté la volonté de la Syrie de coordonner les efforts antiterroristes.
C’est un changement majeur. Pendant des années, les frappes américaines en Syrie se faisaient sans — et souvent contre — le gouvernement de Bachar al-Assad. Le départ d’Assad et l’arrivée d’un gouvernement plus coopératif ouvrent de nouvelles possibilités. Des opérations conjointes. Un partage de renseignement. Une coordination tactique qui était impensable il y a deux ans.
Et pourtant, la Syrie reste un terrain miné. Littéralement et figurativement. Le nouveau gouvernement est fragile. Les loyautés sont incertaines. L’État islamique prospère dans le vide — et le vide, en Syrie, n’a jamais manqué. La coopération avec Damas est une nécessité. Pas une garantie.
Le transfert des prisonniers vers l’Irak
Parallèlement aux frappes, les États-Unis ont supervisé le transfert de plus de 5 700 terroristes présumés des prisons syriennes vers l’Irak pour y être jugés. Ce chiffre est vertigineux. 5 700 détenus. Transférés en plein désert, sous escorte militaire, vers un système judiciaire irakien déjà surchargé.
Ces 5 700 détenus étaient enfermés dans des prisons syriennes — dont certaines sous contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS) kurdes. La sécurité de ces prisons a toujours été précaire. En 2022, une tentative d’évasion massive de la prison de Hasakah avait nécessité une intervention militaire de plusieurs jours. Transférer ces détenus vers l’Irak élimine ce risque. Mais crée d’autres questions.
L'État islamique en 2026 : la résurgence silencieuse
Le califat fantôme
L’État islamique a perdu son dernier territoire en mars 2019. La bataille de Baghouz a mis fin au « califat » physique. Mais Daech n’a jamais cessé d’exister. Il s’est transformé. D’une armée conventionnelle qui contrôlait un territoire, il est devenu une insurrection décentralisée qui opère dans les zones grises — les déserts, les montagnes, les régions où l’État est absent.
Les 100 installations détruites par Hawkeye Strike révèlent l’ampleur de cette résurgence. Daech avait reconstruit un réseau de dépôts, de centres de commandement et de bases logistiques dans le désert syrien. Pas un califat. Mais une infrastructure suffisante pour lancer des opérations, recruter des combattants et planifier des attentats.
L’État islamique est comme un virus. On ne le tue pas en détruisant ses symptômes. On le tue en éliminant les conditions qui lui permettent de prospérer : le vide politique, la pauvreté, l’exclusion, l’absence d’État. Les frappes aériennes traitent les symptômes. Le virus, lui, attend dans l’ombre.
La menace qui ne disparaît pas
Les experts en terrorisme le répètent depuis des années : l’État islamique n’est pas vaincu. Il est contenu. La différence est fondamentale. Un ennemi vaincu ne revient pas. Un ennemi contenu revient dès que la pression se relâche. Et la pression s’est relâchée. Pendant que les États-Unis se concentraient sur l’Ukraine et la Chine, pendant que l’Europe se préoccupait de ses propres crises, Daech a eu le temps de respirer.
L’embuscade de Palmyre était un signal d’alarme. Hawkeye Strike est la réponse. Mais une campagne de dix jours ne remplace pas une stratégie à long terme. Si les États-Unis frappent puis repartent, Daech reviendra. Comme il a toujours fait.
Les implications pour l'Europe
La Syrie, berceau du terrorisme européen
L’Europe a payé le prix du sang pour avoir ignoré la Syrie. Les attentats de Paris en 2015 — 130 morts. Les attentats de Bruxelles en 2016 — 32 morts. L’attentat de Nice — 86 morts. L’attentat de Manchester — 22 morts. Chacune de ces tragédies avait des liens — directs ou indirects — avec le conflit syrien. Des combattants formés en Syrie. Des réseaux financés depuis la Syrie. Une idéologie exportée de Syrie.
Les frappes américaines en Syrie protègent l’Europe. C’est une vérité inconfortable pour les Européens qui préfèrent critiquer la politique étrangère américaine plutôt que d’y contribuer. Mais c’est une vérité. Chaque cellule de Daech détruite en Syrie est une cellule qui n’enverra pas de combattant à Paris.
Et pourtant, l’Europe ne contribue presque pas à la lutte antiterroriste en Syrie. Les frappes sont américaines. Le renseignement est américain. Les risques sont portés par des soldats américains. L’Europe en bénéficie sans payer. C’est confortable. C’est aussi dangereux. Parce que le jour où les États-Unis décideront que ce n’est plus leur problème, ce sera le nôtre.
Les combattants étrangers
Parmi les 5 700 détenus transférés en Irak, combien sont des ressortissants européens? La question hante les services de renseignement du continent. Des centaines de citoyens français, belges, allemands, britanniques ont rejoint l’État islamique entre 2013 et 2019. Beaucoup sont morts. D’autres ont été capturés. D’autres encore ont disparu.
Le transfert vers l’Irak pose la question du rapatriement. Ces individus seront-ils jugés en Irak? Rendus à leurs pays d’origine? Libérés? Chaque option comporte des risques. Et chaque jour qui passe sans réponse claire augmente la probabilité que certains d’entre eux retrouvent leur liberté — et leur dangerosité.
La doctrine Cooper
La détermination inébranlable
L’amiral Brad Cooper a choisi ses mots avec soin : « détermination inébranlable ». « Où qu’ils se trouvent. » C’est une doctrine. Pas une réaction ponctuelle. Le CENTCOM affirme que les États-Unis poursuivront les terroristes partout dans le monde, sans limite géographique, sans date d’expiration.
Cette doctrine est crédible. Les États-Unis ont éliminé Oussama ben Laden au Pakistan. Abou Bakr al-Baghdadi en Syrie. Qassem Soleimani en Irak. La capacité américaine à frapper n’importe où, n’importe quand, est démontrée. Les militants de Daech qui se croient en sécurité dans le désert syrien se trompent.
La détermination inébranlable. Trois mots qui résonnent différemment selon l’endroit où vous les entendez. À Washington, c’est un engagement. À Raqqa, c’est un avertissement. Pour les familles des deux soldats tués à Palmyre, c’est la promesse que leur sacrifice n’a pas été vain. Que justice a été — en partie — rendue.
Les limites de la frappe aérienne
Mais les frappes aériennes ont des limites. Elles détruisent des infrastructures. Elles éliminent des combattants. Elles perturbent des réseaux. Mais elles ne résolvent pas les causes profondes du terrorisme. La pauvreté. L’exclusion. Le vide politique. L’absence d’espoir.
L’État islamique recrute parmi les désespérés. Les bombes ne créent pas d’espoir. Elles créent des cratères. Et parfois, dans ces cratères, poussent de nouvelles recrues pour le prochain groupe terroriste.
Conclusion : La guerre sans fin
Le cycle perpétuel
L’Opération Hawkeye Strike est la dernière d’une longue série de campagnes contre l’État islamique. Elle ne sera pas la dernière. Tant que les conditions qui permettent au terrorisme de prospérer existeront, les frappes seront nécessaires. Et insuffisantes.
10 frappes. 100 installations. 50 militants. 5 700 détenus transférés. Les chiffres impressionnent. Mais le désert syrien est vaste. Et Daech est patient. La guerre contre le terrorisme est une guerre sans front, sans traité de paix, sans victoire décisive. C’est une guerre d’endurance. Et elle ne fait que continuer.
Quelque part dans le désert syrien, cette nuit, un combattant de Daech regarde le ciel. Il sait que les drones américains volent. Il sait que les satellites surveillent. Il sait que le prochain missile peut arriver à n’importe quel moment. Mais il reste. Parce que les causes qui l’ont poussé là sont toujours là. Et tant que ces causes existent, cette guerre n’aura pas de fin. Pas de victoire. Juste un silence temporaire entre deux frappes.
Les deux soldats de Palmyre
Deux soldats américains sont morts à Palmyre en décembre. Leurs noms n’ont pas fait les gros titres bien longtemps. L’Opération Hawkeye est leur épitaphe militaire. 100 installations détruites en leur mémoire. 50 militants éliminés en leur nom.
Mais la vraie question reste : faudra-t-il d’autres morts pour que le monde se souvienne que Daech existe?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette analyse reconnaît la nécessité des frappes antiterroristes tout en questionnant leur efficacité à long terme. L’auteur considère que la lutte contre l’État islamique requiert une approche globale — militaire, politique et sociale — et que les seules frappes aériennes ne suffiront pas à éradiquer le terrorisme.
Méthodologie et sources
Les données sur l’Opération Hawkeye Strike proviennent de UNN relayant les communiqués du CENTCOM. Les informations sur le transfert de détenus et la coopération avec Damas sont issues des déclarations du secrétaire d’État Rubio.
Nature de l’analyse
Ce texte est une analyse journalistique qui contextualise les frappes américaines dans le paysage sécuritaire mondial. Les réflexions sur les limites de la stratégie antiterroriste sont des interprétations de l’auteur.
Sources
Sources primaires
UNN — US launches series of airstrikes on dozens of Islamic State targets in Syria
Sources secondaires
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,449
Al Jazeera — Russia faces Ukraine casualties, broken communications and total oil ban
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