Un acharnement quotidien contre les civils
Nikopol. Ce nom devrait résonner dans la conscience collective internationale avec la même gravité que Marioupol ou Bakhmout. Située sur la rive droite du Dniepr, en face de la centrale nucléaire de Zaporijjia occupée par les forces russes, cette ville de quelque 100 000 habitants subit un bombardement quasi quotidien depuis le début de l’invasion à grande échelle. Le 15 février, les forces russes ont de nouveau frappé le centre-ville, ainsi que les communautés de Pokrovske et de Marhanets, avec de l’artillerie et des drones FPV kamikazes. Des véhicules de tourisme et utilitaires ont été endommagés. Un homme de quarante ans a été blessé.
La veille, le bilan de la journée précédente faisait état de seize attaques contre les districts de Pavlohrad et de Nikopol, avec des drones, de l’artillerie et des systèmes de lance-roquettes multiples Grad. Une dizaine de maisons privées, des dépendances et un commerce avaient été touchés. Le 12 février, c’est la ville de Dnipro elle-même qui avait été frappée par des missiles et des drones, provoquant des coupures de courant dans plusieurs quartiers. Et le lendemain, dans la région voisine de Sumy, un drone avait percuté un immeuble résidentiel, blessant un civil. À Kyiv, environ 500 foyers restaient sans chauffage à la suite de l’attaque russe du 12 février, selon le maire Vitali Klitschko.
On pourrait remplir des encyclopédies entières avec la liste des bombardements que subissent les habitants de Nikopol et de sa région. Chaque jour apporte son lot de destruction, chaque nuit son cortège d’explosions. Et pourtant, les gens restent. Ils réparent, ils reconstruisent, ils s’obstinent à vivre dans un endroit que la Russie semble déterminée à rayer de la carte. Il y a dans cette obstination quelque chose de profondément humain, de profondément noble, que les salles feutrées de la diplomatie internationale ne parviendront jamais à saisir.
Quand les secouristes deviennent des cibles
Un détail de l’attaque du 15 février mérite une attention particulière. Dans la communauté de Mezhova, au sein du district de Synelnykove, un drone ennemi a frappé une zone où se trouvent des bâtiments de services d’urgence. Ce n’est pas un cas isolé. En janvier dernier, six personnes avaient été blessées dans la communauté de Vasylkivka, et le bâtiment d’une unité de pompiers-secouristes avait été endommagé par le souffle d’une explosion, avec des fenêtres et des portes arrachées. Les secouristes n’avaient pas été blessés cette fois-là, mais le message était clair : personne n’est à l’abri, pas même ceux dont la mission est de sauver des vies.
Human Rights Watch a documenté cette tactique de manière approfondie. Les frappes à double impact, où une deuxième attaque vise délibérément les équipes de secours arrivées après la première frappe, sont devenues une méthode systématique des forces armées russes. Entre décembre 2024 et novembre 2025, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies a vérifié des pertes parmi 22 travailleurs humanitaires et 116 membres des services d’urgence en Ukraine. L’Organisation mondiale de la santé a quant à elle vérifié 577 attaques contre des infrastructures de santé au cours de la même période. Depuis février 2022, au moins 2 665 établissements de santé et membres du personnel médical ont été touchés par les frappes russes.
Synelnykove sous le feu des bombes planantes
La communauté de Mykolaivka frappée de plein fouet
Le district de Synelnykove occupe une position géographique qui en fait une cible privilégiée. Situé entre le front et la ville de Dnipro, il constitue un nœud logistique important pour les forces ukrainiennes. Mais ce sont les civils qui paient le prix de cette importance stratégique. Le 15 février, les forces russes ont utilisé des bombes planantes — ces KAB (bombes aériennes guidées) larguées par des avions à distance de sécurité — contre la communauté de Mykolaivka. Une maison privée a été détruite, deux autres ont été endommagées, et un incendie s’est déclaré. C’est dans la communauté de Pokrovske, toujours dans le même district, qu’une fillette de treize ans a reçu des éclats d’obus, nécessitant une intervention médicale immédiate.
Les bombes planantes représentent l’une des armes les plus dévastatrices de l’arsenal russe dans cette guerre. Fabriquées à partir d’anciennes bombes de l’ère soviétique auxquelles on ajoute un kit de guidage et des ailettes, elles peuvent être larguées depuis des avions Su-34 à des dizaines de kilomètres de leur cible, hors de portée de la plupart des systèmes de défense antiaérienne ukrainiens. Leur charge explosive, qui peut atteindre plusieurs centaines de kilogrammes, cause des destructions considérables dans les zones résidentielles. Le 14 février, deux personnes avaient déjà été blessées dans la localité de Zarichne, frappée elle aussi par des bombes planantes.
Il y a quelque chose d’obscène à voir une technologie militaire du vingt et unième siècle utilisée pour transformer les maisons de gens ordinaires en décombres fumants. Ces bombes ne sont pas des armes de précision au service d’objectifs militaires légitimes. Ce sont des instruments de terreur massive déployés contre des villages, des communautés, des lieux de vie. Et chaque fois qu’une de ces bombes s’écrase sur un quartier résidentiel, c’est la notion même de civilisation qui recule d’un pas.
Un schéma de destruction systématique
En analysant les données des dernières semaines, un schéma émerge avec une clarté troublante. La région de Dnipropetrovsk est visée de manière quasi quotidienne, avec une alternance méthodique entre les différents districts et les différents types d’armements. Le 4 février, c’est Gubinikha qui avait été frappée par des drones de type Geranium. Le 12 février, Oliferovka et l’autoroute Pavlograd-Krasnoarmeysk avaient été attaquées. Le 13 février, Pavlohrad avait subi des explosions continues pendant presque toute la nuit, avec des frappes rapportées sur des sites de déploiement temporaire. Les infrastructures énergétiques sont également ciblées de manière systématique, avec des frappes contre des sous-stations électriques qui plongent des quartiers entiers dans l’obscurité.
Selon les données compilées par Russia Matters de l’université Harvard, la capacité de production électrique de l’Ukraine est passée de 33,7 gigawatts au début de l’invasion à grande échelle à environ 14 gigawatts en janvier 2026. Les coupures d’électricité atteignent parfois plusieurs jours consécutifs dans certaines régions du pays. À Kyiv, les habitants font face à des périodes allant jusqu’à seize heures par jour sans courant. Environ 600 000 personnes auraient quitté la capitale en raison de ces conditions de vie devenues insoutenables. C’est une guerre d’usure contre les infrastructures civiles, menée avec une détermination méthodique qui ne laisse aucun doute sur les intentions de Moscou.
Une fillette de treize ans, symbole d'une génération sacrifiée
Les enfants dans la ligne de mire
Elle a treize ans. On ne connaît pas son nom, et c’est peut-être mieux ainsi. Mais on sait qu’elle se trouvait dans la communauté de Pokrovske, dans le district de Synelnykove, quand les obus ont commencé à pleuvoir. On sait que des éclats de métal ont pénétré son corps. On sait que les médecins sont arrivés rapidement et qu’ils l’ont prise en charge. On sait que son état est suivi par les équipes médicales. Ce qu’on ne sait pas, c’est ce que cette enfant pensait au moment où le monde a explosé autour d’elle. Ce qu’on ne sait pas, c’est combien de nuits elle passera désormais à se réveiller en sursaut au moindre bruit.
En 2025, au moins 96 enfants ont été tués par les frappes russes en Ukraine, et environ 1 000 ont été blessés. Ce sont des chiffres vérifiés, documentés, recoupés. Les chiffres réels sont certainement plus élevés. En février 2026, l’attaque sur Shakhtarske, dans le même district de Synelnykove, avait déjà blessé neuf personnes, dont une fillette de treize ans également. Un immeuble d’appartements de trois étages avait pris feu, avec des dommages au toit et aux planchers, et des fenêtres soufflées dans un bâtiment voisin. Le parallèle est saisissant et révoltant : les mêmes types d’attaques, dans les mêmes zones, touchant les mêmes populations vulnérables, avec une régularité qui exclut toute notion d’accident ou de dommage collatéral.
On peut débattre de géopolitique, de sphères d’influence, de garanties de sécurité et de lignes de cessez-le-feu. On peut philosopher sur l’équilibre des puissances et les intérêts nationaux. Mais quand un éclat d’obus se loge dans le corps d’une enfant de treize ans, tous ces débats deviennent des abstractions cruelles. Il n’y a pas de contexte géopolitique qui justifie cela. Il n’y a pas de revendication territoriale qui légitime cela. Il n’y a que la douleur d’une enfant, la terreur d’une famille, et l’indifférence coupable de ceux qui détournent le regard.
Le traumatisme invisible d’une génération
Au-delà des blessures physiques, c’est tout le tissu psychologique d’une génération qui est en train de se déchirer. Les enfants ukrainiens qui grandissent sous les bombes portent des cicatrices que les statistiques ne captent pas. Le stress post-traumatique, l’anxiété chronique, la peur permanente, la perte de repères — ce sont des blessures qui mettront des décennies à guérir, si tant est qu’elles guérissent un jour. Chaque attaque comme celle du 15 février ajoute une couche supplémentaire de traumatisme à des esprits déjà meurtris. Et pendant ce temps, le monde continue de débattre du calendrier des prochaines négociations.
La communauté internationale a une responsabilité directe dans cette situation. Non pas parce qu’elle est responsable des bombes russes, mais parce qu’elle dispose des moyens de les rendre moins efficaces. Les systèmes de défense antiaérienne que l’Ukraine réclame depuis des années pourraient intercepter une partie significative des drones et des missiles qui s’abattent sur des quartiers résidentiels. Chaque jour de retard dans la livraison de ces systèmes se traduit en vies perdues, en enfants blessés, en familles détruites. C’est un calcul simple, brutal, incontestable.
Le cynisme des bombardements à la veille des pourparlers
Genève dans deux jours, les bombes aujourd’hui
Le 17 février, soit deux jours après ces attaques, un nouveau cycle de négociations sur le conflit ukrainien doit s’ouvrir à Genève. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio l’a confirmé lors de la Conférence de sécurité de Munich, précisant que l’envoyé spécial Steve Witkoff et le gendre du président Trump, Jared Kushner, y participeront côté américain. La délégation russe, dirigée par Vladimir Medinsky et incluant le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Galouzine, comptera au moins quinze personnes. Les parties auraient, selon Rubio, réussi à réduire la liste des points de désaccord, même si les questions les plus difficiles restent en suspens.
Mais le calendrier diplomatique et le calendrier militaire sont en contradiction flagrante. Pendant que les diplomates préparent leurs dossiers pour Genève, les forces armées russes intensifient leurs frappes sur les régions civiles d’Ukraine. Le 12 février, une attaque massive avait frappé les infrastructures énergétiques de Kyiv et de la région de Dnipropetrovsk. Le 14 février, le Centre de protection des données ukrainien avertissait que la Russie continuerait ses frappes sur les infrastructures ukrainiennes tout au long du mois de février. Le même jour, Zelenskyy révélait qu’une des lignes de production des missiles ukrainiens Flamingo avait été détruite par une frappe russe.
Voilà le paradoxe insoutenable de cette guerre : on négocie d’un côté, on bombarde de l’autre. La Russie envoie des délégations à Genève et des bombes planantes sur les maisons de Synelnykove. Elle parle de paix dans les couloirs feutrés de la diplomatie et sème la destruction dans les rues de Nikopol. Ce n’est pas de la diplomatie. C’est du chantage militaire habillé en costume-cravate. Et tant que la communauté internationale acceptera ce double jeu, les bombes continueront de tomber sur les têtes des enfants ukrainiens.
Rubio à Munich : des paroles sans garanties
Les déclarations de Marco Rubio à Munich méritent d’être examinées avec un scepticisme mesuré. Le secrétaire d’État américain a affirmé que les États-Unis feraient tout leur possible pour mettre fin au conflit, tout en reconnaissant ne pas savoir si les Russes sont sérieux dans leur volonté de paix. Il a évoqué des progrès techniques, mais a admis que les questions les plus difficiles restaient sans réponse. Et il a annulé une réunion sur l’Ukraine avec les dirigeants européens, provoquant de vives réactions.
Pendant ce temps, les forces russes progressent lentement mais régulièrement dans plusieurs secteurs du front, notamment dans les directions de Pokrovsk, de Zaporizhzhia et du Donbass. La Russie a conquis environ 2 171 miles carrés de territoire ukrainien en 2025. Le nombre de drones lancés par la Russie en décembre 2025 a triplé par rapport à décembre 2024, passant de 1 881 à 5 649. Cette escalade constante rend les promesses diplomatiques d’autant plus creuses.
L'infrastructure énergétique comme arme de guerre
Un pays plongé dans le noir
L’attaque du 15 février sur la région de Dnipropetrovsk ne peut être comprise isolément. Elle s’inscrit dans une campagne systématique de destruction des infrastructures énergétiques ukrainiennes qui dure depuis des mois et qui a transformé le quotidien de millions de personnes en un exercice de survie permanent. Trois jours plus tôt, les frappes russes contre Kyiv avaient frappé une centrale thermique, et les travaux de réparation prendraient au moins deux mois, selon le maire Klitschko. Dans le quartier de Troieshchyna, les équipes municipales s’affairaient encore le 14 février à rétablir le chauffage pour les résidents, en plein cœur de l’hiver.
L’Ukraine a perdu environ soixante-dix pour cent de sa capacité de production électrique depuis le début de l’invasion, selon les estimations du fournisseur d’énergie DTEK. Certains civils ne disposent que de trois à quatre heures d’électricité par jour. L’Institute for the Study of War estimait en décembre 2025 que la campagne de frappes russes était proche de diviser le réseau électrique ukrainien en deux, les régions orientales étant au bord du blackout total. La Russie a par ailleurs détruit soixante pour cent de la production gazière ukrainienne avant l’hiver 2025-2026. Les attaques contre le réseau ferroviaire ont causé 5,8 milliards de dollars de dommages depuis le début de l’invasion. C’est une guerre menée contre les conditions mêmes de la vie civile.
Quand on coupe le courant, le chauffage et le gaz à des millions de personnes en plein hiver, on ne mène pas une opération militaire. On mène une opération de punition collective. On cherche à briser la volonté d’un peuple en le privant des conditions minimales de dignité humaine. Et cette stratégie, documentée, dénoncée, connue de tous, se poursuit jour après jour dans une indifférence qui confine à la complicité.
Les conséquences humanitaires invisibles
Derrière les chiffres de la destruction énergétique, il y a des réalités humaines que les bulletins d’information ne capturent pas. Des personnes âgées qui grelottent dans des appartements sans chauffage. Des hôpitaux qui fonctionnent sur des générateurs de secours à capacité limitée. Des systèmes d’approvisionnement en eau paralysés. La consommation globale d’électricité de l’Ukraine a chuté d’environ trente pour cent depuis le début de l’invasion, non pas par vertu mais par contraction forcée de la qualité de vie. L’énergie est devenue le nerf de la guerre, au sens propre comme au sens figuré, et chaque frappe sur une sous-station ou une centrale est un coup porté directement au moral et à la résilience de tout un peuple.
Le front de Dnipropetrovsk : une menace qui se rapproche
Des avancées territoriales inquiétantes
Les bombardements sur la région de Dnipropetrovsk ne sont pas seulement une campagne de terreur. Ils s’inscrivent dans un contexte militaire plus large où les forces russes cherchent à étendre leur contrôle territorial vers l’ouest. Les résumés opérationnels du ministère russe de la Défense mentionnent régulièrement des frappes contre des formations ukrainiennes dans les localités de Novopavlovka, Gavrilovka et Novopodgorodny, toutes situées dans la région de Dnipropetrovsk. Dans la direction de Zaporizhzhia, les forces russes progressent lentement mais sûrement vers des localités situées à seulement sept kilomètres de la capitale régionale, une ville de 670 000 habitants.
Selon le groupe d’analyse DeepState, au 21 janvier 2026, les forces russes occupaient 116 310 kilomètres carrés de territoire ukrainien, soit 19,27 pour cent de la superficie du pays. La pression sur le secteur de Pokrovsk reste la plus intense, avec 129 attaques enregistrées dès la matinée du 15 février. La guerre d’usure que mène la Russie combine des offensives terrestres avec des campagnes de bombardement systématiques visant à épuiser les défenses et le moral ukrainiens.
Ce qui se joue dans la région de Dnipropetrovsk dépasse largement la question locale. C’est la viabilité même de l’Ukraine en tant qu’État fonctionnel qui est en jeu. Chaque kilomètre gagné par les forces russes, chaque infrastructure détruite, chaque civil blessé ou tué rapproche le pays d’un point de non-retour. Et les négociations de Genève, si elles n’aboutissent pas à des résultats concrets et rapides, ne seront qu’un baume diplomatique sur une plaie qui continue de s’élargir.
La résilience des forces de défense
Face à cette pression constante, les forces de défense ukrainiennes continuent de résister avec une détermination qui force le respect. Les unités de défense antiaérienne de la région de Dnipropetrovsk interceptent régulièrement des drones ennemis — plusieurs ont été abattus au-dessus de la région le 15 février. Au niveau national, le taux d’interception des drones a considérablement augmenté : en décembre 2025, l’Ukraine a réussi à neutraliser 4 659 drones sur les 5 649 lancés par la Russie, soit un taux de 82,5 pour cent, contre seulement 54 pour cent un an plus tôt. Le Service de sécurité de l’Ukraine a annoncé avoir éliminé la moitié des systèmes de défense antiaérienne Pantsir russes neutralisés en 2025 grâce à des frappes à longue portée.
Mais ces succès défensifs, aussi remarquables soient-ils, ne suffisent pas à protéger la population civile de l’ampleur des frappes russes. Le volume considérable de munitions que la Russie est capable de déployer — des milliers de drones par mois, combinés à des missiles balistiques, des missiles de croisière et des bombes planantes — dépasse les capacités d’interception de n’importe quel système de défense antiaérienne. C’est pourquoi chaque frappe qui passe à travers les mailles du filet se traduit en destructions, en blessures, en traumatismes. Et c’est pourquoi les appels de l’Ukraine pour recevoir davantage de systèmes Patriot, de NASAMS et d’autres moyens de protection restent d’une urgence absolue.
Trois ans d'invasion : le bilan accablant
Des chiffres qui défient l’entendement
L’attaque du 15 février sur Dnipropetrovsk s’inscrit dans le bilan effroyable de bientôt trois années d’invasion à grande échelle. Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies, au 31 décembre 2025, 14 999 civils ukrainiens avaient été tués et 40 601 blessés dans les territoires contrôlés par le gouvernement de Kyiv. L’organisation reconnaît que les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés. Du côté militaire, les estimations du CSIS en janvier 2026 font état d’environ 1,2 million de pertes russes (tués, blessés et disparus) et de 500 000 à 600 000 pertes ukrainiennes depuis le début du conflit.
Ces chiffres sont si énormes qu’ils deviennent presque abstraits. C’est le piège de la statistique massive : elle anesthésie au lieu de révolter. Et c’est pourquoi il faut revenir, encore et toujours, aux histoires individuelles. À cette fillette de treize ans de Synelnykove. À cet homme de quarante ans de Nikopol. À cette femme de 78 ans soignée en ambulatoire après un bombardement de la communauté de Marhanets. À ces pompiers dont la caserne a été soufflée par une explosion. Ce sont ces visages, ces destins, ces souffrances singulières qui donnent chair aux statistiques et rappellent que derrière chaque chiffre, il y a un être humain dont la vie a été fracassée.
Près de 15 000 civils tués. Plus de 40 000 blessés. Ces chiffres devraient hanter les nuits de chaque dirigeant mondial qui a la capacité d’agir et qui choisit de ne pas le faire. Ils devraient être inscrits au fronton de chaque salle de négociation, de chaque sommet international, de chaque conférence de presse où l’on parle de paix en termes abstraits. Parce que la paix, ce n’est pas un communiqué diplomatique. C’est l’absence de bombes sur la tête d’une enfant de treize ans.
La qualification juridique des attaques
La question de la qualification juridique de ces attaques est depuis longtemps tranchée par les organisations internationales. Human Rights Watch, le HCDH des Nations Unies et de multiples rapports du Mécanisme de Moscou de l’OSCE ont documenté des preuves de crimes de guerre systématiques commis par les forces russes. L’utilisation de drones et de bombes planantes contre des zones résidentielles, la tactique des frappes à double impact contre les secouristes, et la destruction systématique des infrastructures civiles répondent aux critères de crimes contre l’humanité.
Depuis février 2022, les procureurs ukrainiens ont ouvert près de 200 000 dossiers liés à des crimes de guerre. La Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt, dont celui contre le président Vladimir Poutine. Mais les mécanismes de justice internationale sont lents face à l’urgence des souffrances quotidiennes. Et tant que les responsables ne rendront pas de comptes, le cycle de la violence aveugle continuera de se reproduire.
La communauté internationale face à ses responsabilités
L’Europe à la croisée des chemins
La Conférence de sécurité de Munich a été le théâtre de déclarations contrastées. Marco Rubio y a affirmé que l’ère de la domination occidentale touchait à sa fin. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a annoncé que les alliés européens fourniraient à l’Ukraine 15 milliards de dollars d’armements en 2026, payés par l’Europe. Le premier ministre hongrois Viktor Orban a prévenu que ce siècle pourrait devenir celui de l’humiliation du continent.
Mais les paroles ne protègent pas les habitants de Synelnykove ou de Nikopol. Ce dont l’Ukraine a besoin, ce sont des systèmes de défense antiaérienne supplémentaires, des munitions, des capacités de frappe à longue portée, et un engagement politique ferme. Le président Zelenskyy ne cesse de le répéter : chaque jour de retard dans l’aide se traduit en vies perdues, en blessés, en familles brisées.
L’Europe est à un tournant. Elle peut continuer à observer passivement la destruction méthodique d’un pays qui frappe à sa porte depuis des années, en se contentant de déclarations de solidarité et de promesses d’aide toujours en retard. Ou elle peut décider que la sécurité de ses propres citoyens commence à Nikopol, à Synelnykove, à Mykolaivka, là où des enfants sont blessés par des bombes lancées par un régime autoritaire qui ne cache plus ses ambitions impériales.
L’aide militaire : jamais assez, jamais assez vite
Les livraisons d’armes occidentales à l’Ukraine ont permis de freiner l’avancée russe. Les chars Abrams américains et les véhicules blindés suédois sont déployés sur le terrain. Mais le déséquilibre reste considérable. La Russie dispose d’une base industrielle militaire capable de produire des milliers de drones par mois, soutenue par des transferts technologiques iraniens. Face à cette production de masse, l’aide occidentale reste insuffisante en volume et trop lente en cadence de livraison. Les États-Unis n’ont pas l’intention de fournir de garanties de sécurité à Kyiv tant qu’un accord n’aura pas été conclu avec Moscou, ce qui soulève de sérieuses questions sur l’engagement réel de Washington.
Quand la terreur devient routine
La normalisation de l’inacceptable
Le plus dangereux dans la situation actuelle n’est pas seulement la violence des frappes russes, mais leur normalisation progressive dans la perception internationale. Quand les bombardements quotidiens contre des zones résidentielles ne font plus la une des journaux internationaux, quand la blessure d’une enfant de treize ans n’occupe que quelques lignes dans les dépêches d’agence, quand les bilans de destruction se fondent dans le bruit de fond médiatique, c’est la capacité même de la communauté internationale à réagir qui s’émousse. L’habitude de l’horreur est le plus grand allié de ceux qui la perpétuent.
Les médias ont une responsabilité particulière dans ce processus. Chaque article sur les bombardements en Ukraine, aussi bref soit-il, est un acte de résistance contre l’oubli et l’indifférence. Chaque nom de ville mentionné — Synelnykove, Nikopol, Mykolaivka, Pokrovske, Marhanets — est un rappel que des êtres humains vivent, souffrent et résistent dans ces endroits. Et chaque récit de la souffrance civile est un témoignage qui sera un jour porté devant les tribunaux de l’histoire, que les responsables le veuillent ou non.
Je refuse la normalisation. Je refuse que le bombardement quotidien de villes ukrainiennes devienne un fait divers banal, un paragraphe perdu dans le flot continu de l’actualité. Chaque bombe qui tombe sur un quartier résidentiel est un scandale. Chaque enfant blessé est une urgence absolue. Et chaque jour qui passe sans que la communauté internationale agisse avec la détermination requise est un jour de trop. On ne s’habitue pas à l’inacceptable. On le combat.
Le devoir de témoigner
Le chef de l’administration militaire régionale de Dnipropetrovsk, Oleksandr Hanzha, continue de publier ses bilans quotidiens sur Telegram avec une rigueur qui force l’admiration. Chaque communauté touchée est nommée, chaque type d’armement identifié, chaque dommage documenté. C’est un travail de mémoire en temps réel qui servira un jour de preuve devant les instances judiciaires internationales. Les près de 200 000 dossiers ouverts par les procureurs ukrainiens sont les fondations d’une justice future qui finira par rattraper ceux qui ont ordonné ces attaques contre des populations civiles.
Conclusion : Le prix de chaque heure perdue
L’urgence d’agir maintenant
Ce 15 février 2026, tandis que j’écris ces lignes, les forces russes continuent de bombarder l’Ukraine. Les districts de Synelnykove et de Nikopol pansent les plaies de la matinée en attendant les prochaines frappes, qui viendront aussi sûrement que la nuit suit le jour. Une fillette de treize ans est soignée quelque part dans un hôpital de la région. Un homme de quarante ans tente de comprendre comment sa vie a basculé en une fraction de seconde. Des familles contemplent les ruines de ce qui était leur foyer quelques heures plus tôt. Et le monde entier se prépare à parler de paix à Genève, dans deux jours.
La paix ne se construit pas seulement autour de tables de négociation. Elle se construit dans la volonté concrète de protéger les civils, de fournir les moyens de défense nécessaires, de sanctionner effectivement les responsables des crimes de guerre, et de refuser toute concession qui récompenserait l’agression armée. Chaque heure perdue en tergiversations diplomatiques a un coût humain mesurable, quantifiable, irréversible. Ce coût, ce sont des vies. Des vies d’enfants, de femmes, d’hommes, de personnes âgées qui n’ont commis d’autre faute que de vivre dans un pays que leur voisin a décidé de détruire.
Aux négociateurs qui prendront place autour de la table à Genève le 17 février, je voudrais dire ceci : chaque minute que vous passez en discussions abstraites, des bombes tombent sur des maisons ukrainiennes. Chaque compromis que vous envisagez avec un agresseur qui bombarde des enfants est un compromis avec l’humanité elle-même. Soyez à la hauteur de ce moment. Soyez à la hauteur de cette fillette de treize ans qui ne vous connaît pas mais dont l’avenir dépend de vos décisions.
Une dernière pensée pour ceux qui restent
Je veux terminer ce billet en rendant hommage à ceux qui restent. Aux habitants de Nikopol qui reconstruisent leurs maisons bombardées encore et encore. Aux secouristes qui se précipitent sur les lieux des frappes sachant qu’une deuxième bombe peut les viser. Aux médecins qui soignent les blessés dans des hôpitaux fonctionnant sur générateurs. Aux enseignants qui tentent de maintenir un semblant de normalité pour des enfants dont l’enfance a été volée. Aux soldats qui tiennent le front dans des conditions que la plupart d’entre nous ne peuvent même pas imaginer. Ce sont eux, les véritables héros de cette histoire. Et c’est pour eux, d’abord et avant tout, que la communauté internationale doit agir. Pas demain. Pas après les prochaines négociations. Maintenant.
Parce que quelque part dans la région de Dnipropetrovsk, une fillette de treize ans attend que le monde se souvienne d’elle.
La dignité humaine ne se négocie pas. Elle se défend. Et elle se défend maintenant, pas au prochain sommet, pas au prochain cycle de discussions, pas quand les conditions seront plus favorables. Maintenant. Parce que chaque instant compte quand les bombes pleuvent sur les innocents.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Déclaration de transparence
Ce billet exprime le point de vue personnel de l’auteur, Maxime Marquette, fondé sur des faits vérifiés et recoupés auprès de sources multiples, notamment Ukrinform, l’agence de presse nationale ukrainienne UNN, Human Rights Watch, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies, et les rapports d’analyse de Russia Matters (Harvard), de l’Institute for the Study of War et du CSIS. Les données chiffrées proviennent de sources institutionnelles et ont été vérifiées par recoupement. L’auteur n’a aucun lien financier ni intérêt personnel dans le conflit en Ukraine. Les passages éditoriaux, clairement identifiés en italique, reflètent des opinions personnelles et ne prétendent pas à la neutralité. Le lecteur est invité à consulter les sources primaires référencées pour se forger sa propre opinion sur les événements décrits.
Dans un monde saturé de désinformation et de propagande, la transparence n’est pas une option mais une obligation. Chaque fait avancé dans ce texte est vérifiable. Chaque opinion est clairement identifiée comme telle. C’est le minimum que l’on doit au lecteur, et c’est le minimum que l’on doit aux victimes dont nous racontons l’histoire.
Sources
Sources primaires
Ukrinform — Russian forces attack two districts of Dnipropetrovsk region, 13 février 2026
Human Rights Watch — World Report 2026: Ukraine, janvier 2026
Sources secondaires
Russia Matters (Harvard) — The Russia-Ukraine War Report Card, 4 février 2026
Russia Matters (Harvard) — The Russia-Ukraine War Report Card, 21 janvier 2026
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