Quand un pays fait la guerre avec les armes de ses grands-parents
Pour comprendre l’ampleur du décalage technologique entre la Russie et l’Occident, il faut plonger dans la généalogie des équipements que Moscou envoie sur le champ de bataille. Le T-62, dont nous avons parlé, date de 1961. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Le BMP-1, véhicule de combat d’infanterie massivement utilisé, a été conçu en 1966. Le BMP-2, sa version améliorée, date de 1980. Les obusiers automoteurs 2S3 Akatsiya datent de 1971. Les lanceurs de roquettes multiples BM-21 Grad ont été introduits en 1963. Une grande partie de l’artillerie tractée russe utilise des canons dont la conception remonte aux années 1940 et 1950. Ce n’est plus une armée. C’est un musée roulant de la technologie militaire soviétique, un musée dont les pièces d’exposition sont envoyées mourir sous le feu de technologies nées des décennies après elles.
Le renseignement militaire ukrainien a rapporté en juin 2025 que les réserves d’équipements des années 1970 s’épuisent, forçant la Russie à recourir à des modèles encore plus anciens. Les T-62 qui arrivent au front sont pour la plupart restés entreposés en plein air pendant des décennies sans entretien. Leur état est tellement dégradé que de nombreux exemplaires sont inutilisables malgré les efforts de remise en état. L’usine d’Atamanovka a reçu la mission de moderniser environ 800 T-62, mais même les versions modernisées restent fondamentalement inadaptées au combat du vingt-et-unième siècle. Leur canon de 115 mm ne peut pas rivaliser avec le 125 mm des chars plus modernes, sans parler du 120 mm des chars occidentaux. Leur blindage, même renforcé par du blindage réactif explosif, est incapable de résister aux missiles antichars modernes. Leur système de visée, même amélioré, reste une génération ou deux derrière les standards occidentaux.
Il y a quelque chose de profondément poignant dans le spectacle de ces vieux chars sortis de leur sommeil de béton pour aller mourir dans les plaines d’Ukraine. Ils sont comme des vétérans qu’on sortirait de leur maison de retraite pour les renvoyer au front, avec leur arthrite et leurs souvenirs de guerres anciennes. Sauf que les vétérans humains peuvent refuser. Les chars, eux, n’ont pas le choix. Et les jeunes hommes qu’on met dedans non plus.
Le cimetière des illusions blindées
Selon les données de l’armée américaine, la Russie a subi entre 121 et 143 pour cent de pertes par rapport à son parc de chars opérationnels au début de l’invasion. Autrement dit, elle a perdu plus de chars qu’elle n’en avait au moment où elle a décidé d’envahir l’Ukraine. Ce chiffre extraordinaire n’a été rendu possible que par la mobilisation massive des réserves soviétiques, ces milliers de véhicules entreposés depuis la fin de la Guerre froide. Mais ces réserves ne sont pas illimitées. L’IISS estime que les équipements encore en stockage sont très probablement en état de détérioration avancée. Les analystes indépendants observent une diminution constante du nombre de chars russes engagés au combat, signe que les stocks disponibles s’amenuisent.
Le chercheur islandais Ragnar Gudmunsson, qui suit les pertes de chars russes par type, a documenté une tendance révélatrice : les pertes de chars plus anciens comme les T-72 et les T-62 ont diminué au cours des derniers mois, non pas parce qu’ils sont mieux protégés, mais parce qu’il y en a moins à envoyer. L’analyste britannique Richard Vereker a noté que les T-80 représentent désormais une proportion croissante des pertes, signe que la Russie est forcée d’engager des véhicules qu’elle essayait jusqu’ici de préserver. Le message est clair : le fond du baril est en vue, et la Russie commence à racler la rouille qui s’y est accumulée.
Dans le ciel, un combat entre l'aigle et le moineau
Le Su-57, un chasseur fantôme qui n’existe presque pas
Transportons-nous maintenant dans les airs, où le contraste entre la Russie et l’Occident est peut-être encore plus dramatique. Le Sukhoi Su-57 Felon, présenté par Moscou comme sa réponse au F-22 Raptor et au F-35 Lightning II, est un appareil qui impressionne sur les vidéos promotionnelles et lors des salons aéronautiques. Ses évolutions acrobatiques, rendues possibles par sa poussée vectorielle, sont spectaculaires. Son design est futuriste. Ses spécifications théoriques sont respectables. Mais la réalité opérationnelle est tout autre. En 2025, la Russie ne dispose que d’environ 25 à 35 Su-57 en service, dont beaucoup ne sont guère plus que des prototypes avancés avec des capacités opérationnelles limitées.
L’objectif initial de 76 Su-57 d’ici 2027 est devenu une chimère. La production a été paralysée par les sanctions occidentales qui ont coupé l’accès aux composants électroniques avancés nécessaires aux systèmes avioniques et aux capteurs. Les moteurs définitifs du Su-57, les AL-51F1 Product 30, sont encore en phase de développement, ce qui signifie que la plupart des appareils en service utilisent des moteurs de génération précédente. L’intégration avec le drone furtif S-70 Okhotnik-B et les nouvelles munitions guidées est à un stade préliminaire. En résumé, le Su-57 n’a pas encore pleinement réalisé ses capacités théoriques de chasseur de cinquième génération, et il est peu probable qu’il y parvienne dans un avenir prévisible compte tenu des contraintes industrielles et financières de la Russie.
Le Su-57 est devenu le symbole parfait de la Russie militaire contemporaine. Impressionnant dans les démonstrations aériennes, fantomatique dans la réalité opérationnelle. Un avion qui existe davantage dans les présentations PowerPoint du Kremlin que sur les pistes des bases aériennes russes. Un chasseur que la Russie n’ose même pas risquer au-dessus de l’Ukraine, de peur de perdre l’un de ses rares exemplaires et de subir l’humiliation supplémentaire de voir sa technologie la plus avancée analysée par les services de renseignement occidentaux.
L’armada de F-35 : une force qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire
En face de ces quelques dizaines de Su-57, l’Occident déploie une force aérienne d’une envergure sans précédent. Le F-35 Lightning II a dépassé les 1 300 exemplaires livrés fin 2025, après une année record de 191 livraisons. Ce chiffre est tellement écrasant qu’il dépasse le total combiné de tous les autres chasseurs de cinquième génération jamais produits dans le monde. Le F-35 est opérationnel dans les forces armées de plus de 14 nations alliées, créant un réseau interopérable de puissance aérienne qui couvre l’ensemble du globe. Contrairement au Su-57 qui reste un concept largement théorique, le F-35 a fait ses preuves en combat, depuis les frappes israéliennes en Iran jusqu’à l’interception de drones russes par les pilotes polonais.
Et le F-35 n’est même pas le chasseur le plus avancé de l’arsenal américain. Le F-22 Raptor, dont 187 exemplaires ont été construits, reste le roi incontesté du combat aérien air-air. Le programme NGAD de sixième génération, dont les détails sont classifiés, promet un saut technologique comparable à celui qu’a représenté le passage de la quatrième à la cinquième génération. Les drones de combat collaboratifs, conçus pour opérer en essaim aux côtés des chasseurs pilotés, représentent une nouvelle dimension de la guerre aérienne que la Russie n’est tout simplement pas en mesure de reproduire. Le B-21 Raider, bombardier furtif de sixième génération, pourra lui-même servir de centre de commandement volant pour diriger des escadrilles de drones autonomes. C’est une vision de la guerre aérienne qui appartient au vingt-et-unième siècle. La Russie, elle, se bat encore avec les concepts du vingtième.
Le B-2 a 35 ans : la porte ouverte sur l'inconnu technologique
Quand le passé révèle l’ampleur du secret présent
Il existe un argument qui, à lui seul, suffit à démontrer l’abîme technologique qui sépare les États-Unis de la Russie. Le bombardier furtif B-2 Spirit, avec sa silhouette d’aile volante venue d’un autre monde, a effectué son premier vol le 17 juillet 1989. Plus de 35 ans se sont écoulés depuis. 35 années de progrès exponentiels en informatique, en intelligence artificielle, en science des matériaux, en propulsion avancée, en technologies spatiales. 35 années pendant lesquelles le budget noir du Pentagone a englouti des centaines de milliards de dollars dans des programmes classifiés dont nous ne connaissons rien. 35 années pendant lesquelles les Skunk Works de Lockheed Martin, les Phantom Works de Boeing et les laboratoires secrets de Northrop Grumman ont travaillé sans relâche sur des technologies que le public ne découvrira que dans des décennies.
Le B-21 Raider, dévoilé en 2022, nous donne un aperçu de ce que ces décennies de recherche ont produit. Mais le B-21 est, par définition, la technologie que le Pentagone accepte de montrer. C’est ce qui est suffisamment ancien pour être déclassifié, suffisamment éprouvé pour être révélé. La vraie question est : que possèdent les États-Unis dans les hangars de la Zone 51, dans les installations souterraines de l’Edwards Air Force Base, dans les laboratoires de recherche avancée de la DARPA? L’histoire des programmes noirs américains nous enseigne que la réponse est invariablement la même : quelque chose de stupéfiant, quelque chose qui semblait impossible au moment de sa conception, quelque chose qui ne sera révélé au public que longtemps après avoir été remplacé par quelque chose d’encore plus avancé.
Cette réflexion me hante depuis des années. Si en 1989, sans ordinateurs puissants, sans intelligence artificielle, sans les matériaux d’aujourd’hui, des ingénieurs américains ont créé un avion invisible aux radars de 52 mètres d’envergure, que sont-ils capables de créer aujourd’hui? La réponse, quelle qu’elle soit, devrait empêcher Vladimir Poutine de dormir. Car quoi que la Russie développe, les États-Unis l’ont probablement déjà dépassé il y a dix ans. Et ce qu’ils développent aujourd’hui rendra obsolète tout ce que nous connaissons actuellement.
Les chiffres de la disproportion totale
Quand les budgets racontent la vérité que les discours cachent
Les chiffres du SIPRI pour 2024 constituent l’acte d’accusation le plus implacable contre le mythe de la puissance militaire russe. Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars, un record absolu. Les États-Unis mènent avec 997 milliards, soit 37 pour cent du total mondial. La Russie arrive troisième avec 149 milliards, en hausse de 38 pour cent par rapport à 2023 en raison de la guerre en Ukraine. Mais c’est quand on compare la Russie à l’OTAN dans son ensemble que les proportions deviennent vertigineuses. Les dépenses totales des 32 membres de l’alliance atteignent 1 506 milliards de dollars, soit 55 pour cent des dépenses militaires mondiales. La Russie, avec ses 149 milliards, représente moins d’un dixième de ce montant.
Et ces chiffres officiels ne racontent qu’une partie de l’histoire. Le budget noir américain, destiné aux programmes classifiés, ajoute plus de 50 milliards de dollars par an au budget de défense officiel. Les budgets de renseignement combinés des États-Unis dépassent les 100 milliards par an. En comparaison, le budget militaire total de la Russie, 149 milliards, est inférieur au budget noir américain combiné au budget de renseignement. Autrement dit, ce que les États-Unis dépensent en programmes secrets dépasse ce que la Russie dépense pour l’ensemble de sa défense nationale. C’est une disproportion qui ne peut être compensée par aucune quantité de rhétorique agressive ou de défilés militaires impressionnants.
Les chiffres sont impitoyables. Ils n’ont pas d’agenda politique, pas de fierté nationale à défendre, pas de propagande à servir. Ils disent simplement la vérité. Et la vérité, c’est que la Russie joue dans une ligue où elle n’a tout simplement pas les moyens de concourir. C’est David contre Goliath, sauf que dans cette version, David n’a même pas de fronde. Il a juste un très gros mégaphone.
Le fardeau insoutenable de la guerre sur l’économie russe
Ce qui rend la situation encore plus critique pour la Russie, c’est que cet effort de défense écrase son économie. La Russie consacre 7,1 pour cent de son PIB à la défense, contre 3,4 pour cent pour les États-Unis. Cela signifie que la Russie fournit un effort proportionnellement deux fois plus important que l’Amérique pour obtenir un résultat six à sept fois inférieur en termes absolus. 19 pour cent de toutes les dépenses gouvernementales russes sont consacrées à l’armée. Chaque rouble investi dans un T-62 rénové est un rouble qui n’est pas investi dans un hôpital, une école, une route ou une retraite. L’Ukraine, à titre de comparaison extrême, consacre 34 pour cent de son PIB à la défense, un effort de guerre total financé en grande partie par l’aide étrangère. Mais l’Ukraine est un pays en guerre de survie. La Russie est censée être l’agresseur triomphant.
La marine russe, un naufrage au ralenti
Du croiseur Moskva aux drones navals : l’humiliation en mer
Le domaine naval offre un autre chapitre de cette chronique de la décomposition militaire russe. Le 14 avril 2022, le croiseur Moskva, navire amiral de la flotte de la mer Noire, a sombré après avoir été frappé par deux missiles Neptune de fabrication ukrainienne. C’était le plus gros navire de guerre coulé en combat depuis la Seconde Guerre mondiale. L’image de ce géant de 12 000 tonnes penché sur le flanc, la fumée s’élevant de sa coque, est devenue le symbole mondial de la vulnérabilité russe en mer. Depuis, la flotte russe de la mer Noire a été tellement malmenée par les drones navals et les missiles ukrainiens qu’elle a dû quitter ses bases traditionnelles de Sébastopol pour se réfugier dans des ports plus éloignés, cédant de facto la maîtrise de la mer à un pays qui, en février 2022, ne possédait pour ainsi dire pas de marine de combat.
Le contraste avec les forces navales occidentales est saisissant. Les États-Unis opèrent 11 groupes aéronavals, chacun centré autour d’un porte-avions nucléaire capable de projeter une puissance de feu supérieure à celle de la marine entière de la plupart des pays. Le dernier-né, l’USS Gerald R. Ford, est un monument de technologie avancée avec ses catapultes électromagnétiques, ses systèmes d’armes intégrés et sa capacité d’embarquer plus de 75 aéronefs. La Russie, elle, ne possède qu’un seul porte-avions, l’Amiral Kouznetsov, un vieux bâtiment à propulsion conventionnelle qui est en réparation quasi permanente depuis des années et qui est devenu la risée des marines du monde entier à cause de la fumée noire qui s’échappe en permanence de ses cheminées.
L’image de l’Amiral Kouznetsov traversant la Manche en 2016, suivi d’un remorqueur de secours et crachant une fumée noire digne d’une locomotive du dix-neuvième siècle, restera gravée dans la mémoire collective comme le moment où le monde a commencé à douter sérieusement de la puissance navale russe. C’était un présage de ce qui allait se passer en mer Noire six ans plus tard. La rouille ne ment pas.
L'innovation stagne, les cerveaux fuient
La Russie perd la guerre des talents
Au-delà des équipements et des budgets, il existe un facteur encore plus fondamental qui condamne la Russie à un décrochage technologique irréversible : la fuite des cerveaux. Depuis l’invasion de l’Ukraine, des centaines de milliers de Russes éduqués et qualifiés ont quitté le pays. Parmi eux, des ingénieurs, des informaticiens, des scientifiques, des chercheurs, exactement les personnes dont l’industrie de défense russe a désespérément besoin pour innover et moderniser ses systèmes d’armes. Le rapport de Chatham House identifie cette fuite des talents comme l’un des facteurs structurels qui condamnent l’industrie militaire russe à la stagnation de l’innovation.
En comparaison, les États-Unis continuent d’attirer les meilleurs esprits du monde entier. Les universités américaines dominent les classements mondiaux en sciences, en ingénierie, en intelligence artificielle et en technologies avancées. Les entreprises de défense américaines, Lockheed Martin, Northrop Grumman, Raytheon, Boeing, General Dynamics, disposent chacune de divisions de recherche et développement dont les budgets dépassent ceux de nombreux pays. L’écosystème d’innovation américain, qui intègre les universités, l’industrie privée, les agences gouvernementales comme la DARPA et les forces armées, n’a tout simplement pas d’équivalent au monde. Et certainement pas en Russie, où le système universitaire s’est considérablement dégradé et où la liberté intellectuelle, moteur fondamental de l’innovation, est systématiquement réprimée.
On ne peut pas emprisonner des journalistes, museler des chercheurs, censurer Internet et supprimer toute forme de dissidence, et en même temps espérer produire l’innovation nécessaire pour rivaliser avec des sociétés libres et ouvertes. L’Union soviétique a essayé pendant 70 ans. Elle a échoué. La Russie de Poutine emprunte exactement le même chemin, avec les mêmes résultats prévisibles. L’histoire ne se répète pas toujours, mais elle rime souvent.
Le nucléaire, la dernière carte d'un joueur en difficulté
Même la dissuasion ultime montre des fissures
Face à cette infériorité conventionnelle accablante, la Russie se raccroche à son arsenal nucléaire comme un naufragé à sa bouée de sauvetage. C’est le seul domaine où elle peut prétendre à la parité avec les États-Unis, et c’est pourquoi les menaces nucléaires sont devenues le refrain quasi quotidien de la diplomatie russe. Mais même cette forteresse se fissure. Le Carnegie Endowment a documenté en janvier 2025 que la modernisation des forces nucléaires stratégiques russes est au point mort. La proportion d’armes modernes dans les Forces de missiles stratégiques est restée identique entre 2023 et 2024, à 88 pour cent, signe que le remplacement des systèmes soviétiques par des systèmes russes modernes a calé.
Le programme du bombardier stratégique furtif PAK DA, qui devait être l’équivalent russe du B-21 Raider, est au point mort. Son prototype n’a jamais vu le jour. L’atelier de production prévu a été reconverti pour la fabrication d’avions civils. Les deux Tu-160M modernisés qui devaient être livrés en 2024 ne l’ont pas été. Les sous-marins nucléaires de classe Borei-A sont en retard, les chantiers navals ne trouvant pas de substitut aux composants étrangers bloqués par les sanctions. Le missile intercontinental Sarmat, que Poutine a présenté comme l’arme ultime capable de frapper n’importe quel point du globe, n’est toujours pas pleinement opérationnel. En clair, même dans le domaine où la Russie est censée être la plus forte, elle perd du terrain technologique face à un Occident qui modernise activement l’ensemble de sa triade nucléaire.
Les menaces nucléaires de Poutine ont un effet paradoxal. Elles sont supposées terrifier l’Occident, mais elles révèlent en réalité la profondeur de la faiblesse russe. Un pays qui possède une armée conventionnelle capable de rivaliser avec ses adversaires n’a pas besoin de brandir l’arme nucléaire à chaque occasion. Seul un pays qui sait qu’il perdrait un affrontement conventionnel a recours à cette rhétorique de l’apocalypse. C’est le symptôme, pas la maladie.
L'OTAN, ce colosse que Poutine a rendu plus fort
L’ironie suprême de la stratégie russe
L’une des conséquences les plus ironiques de l’invasion de l’Ukraine est le renforcement spectaculaire de l’alliance que la Russie prétendait vouloir affaiblir. L’OTAN a accueilli la Finlande et la Suède, deux pays militairement compétents dont la neutralité historique servait les intérêts stratégiques russes. La frontière OTAN-Russie a doublé de longueur avec l’adhésion finlandaise. Les dépenses de défense européennes ont bondi de 17 pour cent en 2024 pour atteindre 693 milliards de dollars. L’Allemagne, longtemps la grande muette de la défense européenne, est devenue le quatrième plus grand dépensier militaire au monde avec 88,5 milliards. 18 pays de l’OTAN consacrent désormais au moins deux pour cent de leur PIB à la défense, contre seulement 11 en 2023.
La mobilisation industrielle de l’Europe est tout aussi impressionnante. Les usines d’armement tournent à plein régime. La France produit des systèmes d’artillerie CAESAR à un rythme accéléré. La Pologne investit massivement dans des chars sud-coréens K2 et des avions de combat. L’Allemagne commande des F-35 et développe sa propre capacité de production d’obus. Le Royaume-Uni renforce sa marine et sa force nucléaire. Toute l’Europe se réarme à un rythme qui n’a pas été vu depuis les années 1950. Et tout cela est directement attribuable à l’action de Vladimir Poutine, qui a réussi l’exploit stratégique de transformer l’OTAN d’une alliance en questionnement existentiel en la force militaire la plus déterminée et la mieux financée de la planète.
Si un stratège militaire avait voulu délibérément renforcer l’OTAN, il n’aurait pas pu faire mieux que ce que Poutine a accompli depuis février 2022. Élargissement de l’alliance, réarmement européen massif, cohésion politique renforcée, modernisation accélérée des forces armées occidentales. C’est comme si le loup avait non seulement échoué à manger les trois petits cochons, mais qu’il les avait convaincus de construire une forteresse en béton armé. L’ironie serait comique si les conséquences humaines n’étaient pas aussi tragiques.
La vérité nue derrière la peinture fraîche
Ce que cette chronique nous apprend sur la Russie
Au terme de cette exploration de la réalité militaire russe, un constat s’impose avec la force de l’évidence. La Russie n’est pas la superpuissance qu’elle prétend être. C’est un pays qui maquille ses faiblesses sous une couche de propagande, qui repeint ses chars rouillés et les envoie mourir dans les plaines d’Ukraine, qui compte ses Su-57 sur les doigts de deux mains pendant que l’Occident aligne des milliers de chasseurs furtifs, qui brandit la menace nucléaire parce qu’elle n’a rien d’autre à brandir. La peinture fraîche des chars T-62 ne peut pas masquer 60 ans d’obsolescence. Les défilés militaires de la Place Rouge ne peuvent pas compenser un ratio de dépenses de 1 contre 10 face à l’OTAN. Les discours enflammés de Poutine ne peuvent pas transformer une industrie de défense en régression en rivale des géants technologiques occidentaux.
Mais cette chronique veut aussi lancer un avertissement. La faiblesse conventionnelle de la Russie ne la rend pas inoffensive. Elle la rend différemment dangereuse. Un pays qui sait qu’il ne peut pas gagner un conflit conventionnel peut être tenté par des options plus extrêmes. La guerre hybride, la désinformation, les cyberattaques, l’ingérence électorale, la manipulation des marchés énergétiques, et en dernière extrémité, la menace nucléaire, sont les armes des faibles face aux forts. La Russie les utilise toutes avec une efficacité qui compense partiellement son infériorité matérielle. C’est pourquoi la lucidité sur la réalité du rapport de forces ne doit jamais se transformer en complaisance ou en arrogance.
La vérité est que nous vivons dans un monde paradoxal où la puissance militaire conventionnelle est devenue à la fois indispensable et insuffisante. La Russie ne peut pas battre l’OTAN sur un champ de bataille conventionnel. Mais elle peut encore causer d’immenses souffrances à travers d’autres moyens. C’est cette dualité que nous devons comprendre et à laquelle nous devons nous préparer.
L’avenir appartient à ceux qui innovent, pas à ceux qui repeignent
L’avenir de la compétition stratégique entre la Russie et l’Occident est tracé avec une clarté presque mathématique. Chaque année qui passe creuse le fossé technologique. Chaque char T-62 envoyé au front est un aveu de faiblesse. Chaque Su-57 non livré est un signe de déclin industriel. Chaque missile Sarmat en retard est un indicateur de stagnation. Pendant ce temps, l’Occident produit des F-35 par centaines, développe le B-21 Raider, investit des dizaines de milliards dans des programmes secrets, et renforce ses alliances à un rythme jamais vu depuis la Guerre froide.
La Russie a le choix entre deux voies. Continuer sur la voie actuelle, qui mène inexorablement à un épuisement stratégique total, ou accepter la réalité de sa position et chercher une sortie diplomatique qui préserve un minimum de dignité nationale. L’histoire suggère que Poutine choisira la première option, par orgueil, par obstination, par incapacité à admettre l’erreur. Et le peuple russe en paiera le prix, en vies, en prospérité, en avenir. C’est la tragédie de ce début de siècle, et c’est ce qui rend cette chronique si amère à écrire.
Je terminerai par cette image qui résume tout. Quelque part en Sibérie, un ouvrier applique une couche de peinture verte sur un char T-62 de 1962. Quelque part en Californie, un ingénieur travaille sur un système d’arme dont nous ne connaîtrons l’existence que dans 20 ans. L’un repeint le passé. L’autre invente l’avenir. Et entre les deux, il y a un gouffre que toute la propagande du Kremlin ne pourra jamais combler.
Conclusion : la bourrique peinte et le pur-sang invisible
Le dernier acte d’une illusion qui s’effondre
Cette chronique a tenté de dessiner, avec des faits vérifiables et des chiffres sourcés, le portrait réel de la puissance militaire russe face à l’Occident. C’est le portrait d’un pays qui vit dans le souvenir de sa grandeur passée, qui maquille ses faiblesses présentes sous des couches de propagande et qui refuse d’accepter que le monde a changé, que la technologie a avancé, et que repeindre un char de 1962 n’en fait pas un char de 2025. La Russie est une vieille bourrique peinte en étalon de guerre, et la peinture commence à craquer sous le poids de la réalité.
Face à elle, l’Occident n’est pas un étalon. C’est un pur-sang invisible, dont les capacités réelles dépassent ce que le public peut voir et ce que l’adversaire peut imaginer. Le B-2 de 1989 n’était que le début. Le B-21 de 2023 n’est qu’un aperçu. Ce qui existe dans les laboratoires secrets et les bases classifiées est au-delà de notre imagination. Et c’est précisément cette incertitude, cette impossibilité de savoir exactement ce que possède l’adversaire, qui constitue la force de dissuasion ultime de l’Amérique. La Russie sait ce qu’elle a. Elle sait aussi qu’elle ne sait pas ce que les États-Unis possèdent. Et c’est cette peur de l’inconnu qui, plus que n’importe quel missile ou char, garantit que le conflit entre la Russie et l’OTAN restera, espérons-le, dans le domaine de la dissuasion plutôt que de la confrontation.
Au final, cette chronique est un appel à la lucidité. Ne nous laissons pas impressionner par les fanfaronnades d’un régime qui envoie des chars de musée au combat. Mais ne tombons pas non plus dans la complaisance face à un adversaire qui possède des milliers d’armes nucléaires et un dirigeant dont la rationalité est de plus en plus questionnée. Le juste milieu entre la peur et l’insouciance s’appelle la vigilance. C’est notre meilleur bouclier.Et pour ceux qui douteraient encore : la prochaine fois que Poutine menacera l’Occident en brandissant son arsenal, rappelez-vous le T-62 rouillé d’Atamanovka, le Su-57 qu’on n’ose pas envoyer au combat et le Moskva au fond de la mer Noire. La réalité a un goût amer quand on a été nourri de propagande. Mais c’est précisément le goût de la vérité.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Déclaration de principes éditoriaux
Cette chronique est fondée sur des données vérifiables provenant d’institutions de recherche internationalement reconnues. Tous les chiffres cités ont été vérifiés dans plusieurs sources indépendantes. L’auteur n’a aucune affiliation avec des organisations militaires, gouvernementales ou de défense. Les institutions sources incluent le SIPRI, Chatham House, le Carnegie Endowment for International Peace, le CSIS, l’IISS et la base de données Oryx. Ce texte vise à informer le lecteur et à stimuler sa réflexion critique sur un enjeu géostratégique majeur de notre époque.
Sources
Sources primaires
SIPRI – Dépenses militaires mondiales 2024, rapport avril 2025
Chatham House – Russia’s struggle to modernize its military industry, juillet 2025
Carnegie Endowment – Modernisation nucléaire russe, janvier 2025
CSIS – Russia’s Battlefield Woes in Ukraine, août 2025
United States Army – Historical Armor Losses, décembre 2025
Oryx – Pertes d’équipements russes documentées, mis à jour en continu
Sources secondaires
Kyiv Post – Russia Forced to Deploy Outdated Soviet-era Tanks, juin 2025
Simple Flying – F-35 Production Record, janvier 2026
National Security Journal – 30 Su-57s vs 1000 F-35s, août 2025
Wikipedia – B-21 Raider, mis à jour 2025
Radio Free Europe – Production d’armes Russie vs OTAN, juillet 2025
Al Jazeera – Armée russe face à l’OTAN, septembre 2024
The National Interest – Chars anciens russes en première ligne, août 2025
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.