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CHRONIQUE : Derrière la peinture fraîche des chars russes, la rouille d’un empire en décomposition
Crédit: Adobe Stock

Quand un pays fait la guerre avec les armes de ses grands-parents

Pour comprendre l’ampleur du décalage technologique entre la Russie et l’Occident, il faut plonger dans la généalogie des équipements que Moscou envoie sur le champ de bataille. Le T-62, dont nous avons parlé, date de 1961. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Le BMP-1, véhicule de combat d’infanterie massivement utilisé, a été conçu en 1966. Le BMP-2, sa version améliorée, date de 1980. Les obusiers automoteurs 2S3 Akatsiya datent de 1971. Les lanceurs de roquettes multiples BM-21 Grad ont été introduits en 1963. Une grande partie de l’artillerie tractée russe utilise des canons dont la conception remonte aux années 1940 et 1950. Ce n’est plus une armée. C’est un musée roulant de la technologie militaire soviétique, un musée dont les pièces d’exposition sont envoyées mourir sous le feu de technologies nées des décennies après elles.

Le renseignement militaire ukrainien a rapporté en juin 2025 que les réserves d’équipements des années 1970 s’épuisent, forçant la Russie à recourir à des modèles encore plus anciens. Les T-62 qui arrivent au front sont pour la plupart restés entreposés en plein air pendant des décennies sans entretien. Leur état est tellement dégradé que de nombreux exemplaires sont inutilisables malgré les efforts de remise en état. L’usine d’Atamanovka a reçu la mission de moderniser environ 800 T-62, mais même les versions modernisées restent fondamentalement inadaptées au combat du vingt-et-unième siècle. Leur canon de 115 mm ne peut pas rivaliser avec le 125 mm des chars plus modernes, sans parler du 120 mm des chars occidentaux. Leur blindage, même renforcé par du blindage réactif explosif, est incapable de résister aux missiles antichars modernes. Leur système de visée, même amélioré, reste une génération ou deux derrière les standards occidentaux.

Il y a quelque chose de profondément poignant dans le spectacle de ces vieux chars sortis de leur sommeil de béton pour aller mourir dans les plaines d’Ukraine. Ils sont comme des vétérans qu’on sortirait de leur maison de retraite pour les renvoyer au front, avec leur arthrite et leurs souvenirs de guerres anciennes. Sauf que les vétérans humains peuvent refuser. Les chars, eux, n’ont pas le choix. Et les jeunes hommes qu’on met dedans non plus.

Le cimetière des illusions blindées

Selon les données de l’armée américaine, la Russie a subi entre 121 et 143 pour cent de pertes par rapport à son parc de chars opérationnels au début de l’invasion. Autrement dit, elle a perdu plus de chars qu’elle n’en avait au moment où elle a décidé d’envahir l’Ukraine. Ce chiffre extraordinaire n’a été rendu possible que par la mobilisation massive des réserves soviétiques, ces milliers de véhicules entreposés depuis la fin de la Guerre froide. Mais ces réserves ne sont pas illimitées. L’IISS estime que les équipements encore en stockage sont très probablement en état de détérioration avancée. Les analystes indépendants observent une diminution constante du nombre de chars russes engagés au combat, signe que les stocks disponibles s’amenuisent.

Le chercheur islandais Ragnar Gudmunsson, qui suit les pertes de chars russes par type, a documenté une tendance révélatrice : les pertes de chars plus anciens comme les T-72 et les T-62 ont diminué au cours des derniers mois, non pas parce qu’ils sont mieux protégés, mais parce qu’il y en a moins à envoyer. L’analyste britannique Richard Vereker a noté que les T-80 représentent désormais une proportion croissante des pertes, signe que la Russie est forcée d’engager des véhicules qu’elle essayait jusqu’ici de préserver. Le message est clair : le fond du baril est en vue, et la Russie commence à racler la rouille qui s’y est accumulée.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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