31 700 pertes en un mois : le seuil de non-retour
Les chiffres du général Syrskii ne sont pas des estimations. Ce sont des pertes confirmées — tués et blessés graves — pour le seul mois de janvier 2026. 31 700 soldats. Plus d’un millier par jour. Pour mettre ce nombre en perspective : c’est l’équivalent d’une ville entière qui disparaît chaque mois. Et ces pertes surviennent alors que le recrutement russe a atteint environ 22 700 hommes sur la même période. Le déficit est de 9 000 soldats. En décembre 2025, les pertes et le recrutement s’équilibraient à peu près. Un mois plus tard, la balance a basculé.
Ce que ces chiffres signifient concrètement : la Russie rétrécit. Non pas en territoire — ses lignes sont relativement stables — mais en substance humaine. Les unités au front sont remplies de fantômes : des postes nominalement occupés, mais vides dans les faits. Le Centre d’études stratégiques et internationales estime que les pertes réelles pourraient représenter entre 45 % et 65 % du total comptabilisé — ce qui signifie que le bilan véritable est probablement bien supérieur aux chiffres officiels ukrainiens. Et pourtant, même les chiffres conservateurs sont accablants.
On ne gagne pas une guerre avec des cadavres. On la perd. Et Moscou empile les cadavres comme si c’était une stratégie.
Le prix que personne ne veut payer à Moscou
Volodymyr Zelensky a lui-même levé le voile sur le coût ukrainien de cette guerre lors d’une interview à France 2 : 55 000 soldats ukrainiens officiellement tués au combat depuis le 24 février 2022. Un chiffre que certains experts, comme le CSIS, estiment largement sous-évalué — jusqu’à 140 000 morts selon leurs projections. Zelensky a aussi évoqué un « grand nombre » de disparus dont le sort reste inconnu. Mais voilà le contraste qui donne le vertige : même en prenant les chiffres les plus hauts côté ukrainien, le ratio reste écrasant. La Russie perd des hommes à un rythme que rien dans l’histoire moderne ne justifie, pour des gains territoriaux qui se mesurent en centaines de mètres.
En février 2025, Zelensky avait cité un bilan de 46 000 morts. Un an plus tard, 9 000 de plus. L’Ukraine paie un prix effroyable. Mais elle le paie pour sa survie. La Russie, elle, paie ce prix pour quoi? Pour un couloir terrestre vers la Crimée que personne ne reconnaît? Pour la vanité d’un homme qui refuse d’admettre que son « opération de trois jours » dure depuis près de quatre ans?
Starlink coupé : quand les yeux de la Russie s'éteignent
Comment Moscou a volé les yeux du ciel
L’ironie est cinglante. Starlink, le réseau de satellites d’Elon Musk, avait été initialement déployé pour sauver l’Ukraine — offrir des communications là où les infrastructures avaient été détruites par les bombes russes. Mais la Russie, fidèle à sa doctrine du parasitisme technologique, a trouvé le moyen de détourner le système. Des milliers de terminaux Starlink ont été contrebandés via des républiques ex-soviétiques et le Moyen-Orient, notamment Dubaï, en utilisant des documents falsifiés et des activations dans des pays où le service est légal.
Ces terminaux volés servaient à tout : piloter des drones de reconnaissance, guider des frappes de Shaheds iraniens, coordonner les assauts d’infanterie, recevoir les ordres du commandement. En d’autres termes, l’armée russe avait bâti une partie de son infrastructure de communication tactique sur un réseau qu’elle n’avait pas le droit d’utiliser. Le château de cartes était magnifique. Jusqu’à ce que quelqu’un souffle dessus.
Voler la technologie de l’ennemi pour faire la guerre à l’ennemi. Puis perdre cette technologie en un clic. Il y a une leçon dans cette histoire. Moscou ne l’apprendra pas.
Le jour où SpaceX a appuyé sur le bouton
Le ministre ukrainien de la Défense Mykhailo Fedorov a créé une « liste blanche » — les terminaux utilisés par les forces armées ukrainiennes — et l’a transmise à Elon Musk avec une demande simple : garder ceux-ci actifs, couper tout le reste. SpaceX a exécuté. En quelques heures, des milliers de terminaux utilisés par les forces russes sont devenus des boîtiers inertes. L’impact a été immédiat et mesurable. L’état-major ukrainien a enregistré une chute brutale de l’activité offensive russe : 56 attaques le 5 février, contre 80 à 110 les jours précédents. Et pourtant, Moscou a continué de nier sa dépendance à un réseau américain.
Les conséquences tactiques sont dévastatrices. Les forces russes « ont largement perdu la capacité de diriger efficacement les drones d’attaque, y compris les Shaheds, et de mener des opérations de reconnaissance », selon des responsables ukrainiens. Sur le front de Zaporizhzhia, un officiel de l’OTAN a confirmé que l’Ukraine avait progressé dans les secteurs où les Russes avaient perdu leur accès Starlink. Les petits groupes d’infiltration russes, qui dépendaient de ces communications satellitaires pour se coordonner, opèrent désormais à l’aveugle.
L'embargo total : l'Europe coupe le pétrole russe
Du plafonnement à l’interdiction : la fin d’une demi-mesure
Pendant des mois, l’Occident a joué un jeu hypocrite avec le pétrole russe. Le mécanisme de plafonnement des prix — fixé à 60 dollars le baril — était censé limiter les revenus de Moscou tout en maintenant le flux mondial de brut. En réalité, la Russie a contourné ce plafond avec une efficacité redoutable, grâce à une flotte fantôme de pétroliers vieillissants, des assurances douteuses et des intermédiaires complaisants. Le 6 février 2026, la Commission européenne a décidé que la comédie avait assez duré.
La proposition est radicale : un embargo maritime total sur les services liés au pétrole russe. Plus de plafonnement. Plus de zone grise. Une interdiction complète pour toute entreprise européenne de fournir des services d’assurance, de transport maritime ou d’accès portuaire aux navires transportant du brut russe. La Commission l’a dit sans détour : « Cela réduira encore les revenus énergétiques de la Russie et rendra plus difficile la recherche d’acheteurs pour son pétrole. » Et pourtant, cette mesure aurait dû être prise il y a deux ans.
Quatre ans pour comprendre que vendre du pétrole à un pays en guerre, c’est financer les bombes qui tombent sur des ambulances. Quatre ans. Certaines évidences mettent du temps à traverser les corridors de Bruxelles.
640 navires sanctionnés : la flotte fantôme sous pression
L’UE ajoutera 43 nouveaux navires à sa liste de sanctions, portant le total à 640 pétroliers désignés. Ces navires — souvent âgés de 20 à 30 ans, sans assurance valide, opérant sous des pavillons de complaisance — constituent ce que les experts appellent la « flotte fantôme » de la Russie. Ils sillonnent les océans en transportant du brut qui finance chaque missile, chaque drone, chaque bombe qui tombe sur l’Ukraine. L’interdiction s’étendra aussi à la maintenance et à l’entretien des pétroliers russes de gaz naturel liquéfié et des brise-glaces.
L’objectif est d’avoir ces mesures approuvées par tous les États membres d’ici le 23 février — la veille du quatrième anniversaire de l’invasion. Le symbolisme est voulu. Mais au-delà du symbole, les conséquences économiques sont considérables. Sans assurance européenne, la plupart des grands ports mondiaux refuseront d’accueillir ces navires. Sans services de maintenance, la flotte fantôme — déjà dans un état pitoyable — deviendra un danger environnemental flottant. Chaque pétrolier rouillé est une marée noire en puissance. Mais Moscou s’en moque. Le pétrole doit couler. Comme le sang.
Jour 1 449 sur le terrain : quand la mort frappe les innocents
Synelnykove : une famille effacée en un instant
Dans la région de Dnipropetrovsk, le 12 février, les frappes russes ont tué quatre personnes et blessé trois autres dans le district de Synelnykove. Parmi les morts : un couple âgé et leur fils de 45 ans. Trois générations sous un même toit. Trois vies arrachées en une seule frappe. Le fils avait probablement grandi dans cette maison. Il y était peut-être revenu pour protéger ses parents. La protection n’a servi à rien. Dans une frappe séparée, un homme a été tué et sa femme blessée. Les noms ne sont pas dans les gros titres. Ils ne le seront jamais. Ce sont des gens ordinaires, dans des maisons ordinaires, tués par des armes qui ne font pas la différence.
Ce qui rend ces morts insupportables, c’est leur banalité. Au jour 1 449, mourir dans sa cuisine en Ukraine est devenu un non-événement médiatique. Quatre morts à Synelnykove ne font même pas la une. Ils sont une ligne dans un rapport quotidien. Un paragraphe entre deux autres paragraphes. Et demain, il y aura d’autres noms, d’autres familles, d’autres cuisines détruites. Le compteur continuera de tourner. 1 449. 1 450. 1 451.
Un couple âgé et leur fils de 45 ans. Trois assiettes sur la table. Trois chaises vides désormais. La guerre ne compte pas les couverts qu’elle retire.
Kharkiv : un drone contre une ambulance
Le même jour, dans la région de Kharkiv, un drone russe a frappé une ambulance sur l’autoroute Kyiv-Kharkiv-Dovzhanskyi, près du village de Borshchivka. Le véhicule transportait cinq personnes — des travailleurs médicaux et des civils. Parmi les passagers : des patients d’hémodialyse qui rentraient chez eux après un traitement à Kharkiv. Une femme de 63 ans a été tuée. Quatre autres ont été blessés. L’ambulance a pris feu sous l’impact.
Frapper une ambulance. Il faut s’arrêter sur ce mot. Une ambulance. Un véhicule marqué d’une croix rouge, protégé par les conventions de Genève, transportant des malades qui venaient de recevoir un traitement de dialyse. Des personnes dont les reins ne fonctionnent plus, qui dépendent de machines pour rester en vie, et qui ont été ciblées sur le chemin du retour. Le parquet ukrainien a ouvert une enquête pour crimes de guerre en vertu de l’article 438 du Code pénal. Comme si une enquête de plus allait changer quoi que ce soit. Et pourtant, il faut documenter. Chaque frappe. Chaque ambulance. Chaque nom.
142 affrontements en 24 heures : le front qui ne dort jamais
Pokrovsk et Huliaipole : les axes de la pression maximale
Le 12 février, les forces ukrainiennes ont enregistré 142 affrontements avec les troupes russes sur l’ensemble du front. 142. En une seule journée. Les axes les plus actifs étaient Pokrovsk et Huliaipole, deux secteurs où la Russie concentre ses efforts offensifs depuis des mois, grignotant le terrain mètre par mètre, au prix de pertes considérables. Chaque affrontement, c’est du bruit, de la poussière, des obus, des corps. Multipliez par 142.
Malgré la perte de Starlink, malgré les pertes qui dépassent le recrutement, les assauts continuent. C’est la logique absurde de cette guerre : la Russie avance parce qu’elle refuse de s’arrêter, même quand avancer signifie mourir. Les soldats envoyés en première ligne sont souvent des conscrits venus de régions éloignées — Bouriatie, Daguestan, Touva — des hommes dont la disparition ne fera pas de vagues à Moscou. La chair à canon a une géographie. Elle n’est jamais moscovite.
142 combats en un jour. Pas un seul ne fera la une d’un journal occidental. Pas un seul ne changera le cours d’un dîner à Paris ou à Montréal. Et pourtant, dans chacun de ces 142 combats, quelqu’un est mort pour la dernière fois.
L’attrition comme stratégie : le calcul macabre de Kyiv
La stratégie ukrainienne repose sur un pari froidement rationnel : si les pertes russes atteignent 50 000 par mois, le système de recrutement de Moscou s’effondre. En janvier, on était à 31 700. Le gap se creuse, mais le seuil critique n’est pas encore atteint. Le général Syrskii note que la taille globale des forces russes déployées est restée stable à 712 000 hommes pendant six mois — ce qui signifie que Moscou parvient encore à combler une partie de ses pertes. Mais combler ne veut pas dire remplacer. Un vétéran de deux ans de front ne se remplace pas par un recruté de trois semaines.
Le dilemme de Poutine est mathématique. Pour maintenir la pression sur l’Ukraine, il doit envoyer plus d’hommes. Mais chaque homme envoyé augmente les pertes, ce qui exige encore plus d’hommes. C’est un cercle vicieux dont la seule sortie est soit la mobilisation générale — politiquement explosive — soit la négociation — idéologiquement inacceptable pour le Kremlin. Alors il choisit la troisième option : continuer. Envoyer. Perdre. Remplacer. Envoyer. Perdre. Le cycle de la mort comme politique d’État.
L'assaut massif du 7 février : 447 projectiles dans le ciel ukrainien
408 drones, 39 missiles : la nuit la plus longue
Quelques jours avant le jour 1 449, dans la nuit du 7 février, la Russie a lancé ce qui restera comme l’une des attaques aériennes les plus massives de la guerre : 408 drones et 39 missiles, soit un total de 447 projectiles lancés simultanément sur le territoire ukrainien. La défense aérienne ukrainienne a abattu ou neutralisé 382 drones et 24 missiles — un taux d’interception remarquable de plus de 90 %. Mais les 21 drones et 13 missiles qui ont touché leurs cibles ont frappé 19 localités à travers le pays.
Les régions de Volyn, Ivano-Frankivsk, Lviv et Rivne — dans l’ouest de l’Ukraine, loin du front — ont subi des dégâts. Le président Zelensky a confirmé que les attaques visaient une fois de plus le secteur énergétique, en plein milieu d’une vague de froid brutal. Bombarder les centrales électriques quand il fait moins vingt degrés, c’est transformer chaque foyer ukrainien en chambre froide. C’est utiliser l’hiver comme une arme. C’est frapper ceux qui ne portent pas d’uniforme.
447 projectiles en une nuit. Le ciel de l’Ukraine est devenu un champ de tir. Et chaque matin, les Ukrainiens regardent ce ciel en se demandant ce qui va tomber cette nuit.
Le secteur énergétique comme cible de guerre
Cette stratégie de destruction systématique des infrastructures énergétiques n’est pas nouvelle. Elle est devenue la signature de la guerre russe depuis l’hiver 2022-2023. Mais en février 2026, elle atteint un niveau d’intensité qui défie l’entendement. Frapper l’énergie, c’est frapper les hôpitaux qui fonctionnent à l’électricité. C’est frapper les appareils de dialyse — les mêmes dont dépendaient les patients de cette ambulance à Kharkiv. C’est frapper les couveuses dans les maternités. C’est frapper les systèmes de chauffage dans les maisons de retraite. Chaque transformateur détruit est un acte de guerre contre des civils.
Et la communauté internationale regarde. Documente. Condamne. Avec des mots soigneusement calibrés pour ne froisser personne. « Préoccupation. » « Inquiétude. » « Appel à la retenue. » Des mots qui ne réchauffent pas les maisons. Des mots qui ne rallument pas les lumières. Des mots qui ne sauvent personne.
Le Board of Peace : quand la paix devient un jeu de dupes
La Pologne et l’Italie disent non
Pendant que l’Ukraine compte ses morts, la diplomatie joue ses propres parties. Le président américain Donald Trump a créé un « Board of Peace » — un organe censé résoudre les conflits mondiaux. Le problème : la Russie et le Bélarus ont été invités à y siéger. L’idée qu’un agresseur puisse siéger dans un organe de paix est tellement absurde qu’elle ne mériterait même pas d’être commentée. Et pourtant, elle est réelle. Le Premier ministre polonais Donald Tusk a décliné l’invitation, citant des « doutes nationaux concernant la structure du conseil ». L’Italie a invoqué des raisons constitutionnelles.
Derrière le langage diplomatique, le message est clair : les alliés de l’Ukraine ne feront pas semblant de s’asseoir à une table avec ceux qui bombardent des ambulances. L’Italie a argué que sa constitution ne permet la participation à des organisations internationales que « sur un pied d’égalité » entre les États — une condition que le Board of Peace, qui accorderait au président américain une autorité exécutive étendue, ne remplit pas. Certains pays craignent aussi que ce conseil devienne un rival de l’ONU — une ONU déjà paralysée par le veto russe.
On invite l’agresseur à la table de la paix. On lui offre un siège, un micro, une légitimité. Et on s’étonne que les alliés des victimes refusent de jouer ce jeu. L’absurdité a atteint un niveau que Kafka lui-même n’aurait pas osé écrire.
Zelensky à Washington : la dernière carte diplomatique
Zelensky a annoncé qu’il avait accepté l’offre de Washington d’accueillir le prochain cycle de négociations de paix aux États-Unis. Il a aussi démenti un article du Financial Times selon lequel il prévoyait d’annoncer une élection présidentielle le 24 février et un référendum sur un accord de paix. La politique ukrainienne reste en guerre, comme tout le reste. Mais le fait que des pourparlers se déplacent à Washington montre que le centre de gravité diplomatique a changé. Ce n’est plus Genève. Ce n’est plus Istanbul. C’est l’Amérique de Trump qui tient les clés.
Et c’est là que réside le danger. Un président américain qui crée un Board of Peace avec la Russie et le Bélarus. Qui invite l’agresseur et la victime à la même table. Qui parle de « deal » comme s’il s’agissait d’une transaction immobilière. L’Ukraine n’a pas le luxe de refuser. Elle a besoin des armes américaines, de la protection américaine, du soutien américain. Mais accepter de négocier ne signifie pas accepter de perdre. Et la ligne entre les deux n’a jamais été aussi fine.
Le front invisible : la guerre des communications
Des terminaux contrebandés depuis Dubaï
L’histoire de la contrebande Starlink mérite qu’on s’y attarde. Starlink ne fournit pas de services en Russie. C’est un fait. Mais l’armée russe a trouvé une parade : faire transiter des milliers de terminaux par des pays tiers — républiques ex-soviétiques, Émirats arabes unis, Turquie — en les activant dans des pays où le service est légal, puis en les acheminant vers le front. Des documents falsifiés, des entreprises écrans, des réseaux de passeurs. Toute une économie parallèle bâtie pour voler une technologie civile et la transformer en arme de guerre.
Ces terminaux ont offert aux troupes russes quelque chose qu’elles n’avaient jamais eu : une connexion fiable sur le champ de bataille. Dans un pays où les lignes téléphoniques sont coupées, où les tours cellulaires sont détruites, Starlink était devenu le système nerveux de l’armée russe au front. Coordonner un assaut. Recevoir un ordre. Piloter un drone. Tout passait par ces petites antennes blanches posées dans les tranchées. Et tout s’est arrêté quand Musk a appuyé sur un bouton.
L’armée russe a construit sa guerre sur un réseau volé. Quand le réseau a disparu, elle s’est retrouvée où elle a toujours été : dans le noir. L’obscurité n’est pas un bug du système russe. C’est une fonctionnalité.
L’impact tactique : de 110 à 56 attaques par jour
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avant la coupure Starlink, l’état-major ukrainien enregistrait entre 80 et 110 attaques quotidiennes sur les différents axes du front. Le 5 février, premier jour après la déconnexion massive, ce chiffre est tombé à 56. Une baisse de près de 50 %. En termes militaires, c’est un séisme. Cela signifie que la moitié de la capacité offensive russe dépendait directement de terminaux qu’elle n’avait pas le droit de posséder.
Sur le front de Zaporizhzhia, les conséquences ont été encore plus visibles. Un officiel de l’OTAN a confirmé que l’Ukraine avait réalisé des avancées dans les zones où les forces russes avaient perdu leur accès Starlink. Les drones russes, privés de leur guidage satellite, tournent désormais sans direction. Les groupes d’assaut, privés de coordination, avancent en désordre. La Russie essaie de combler le vide avec des systèmes de communication alternatifs — mais rien ne remplace la couverture mondiale et la fiabilité de Starlink. Pas dans un délai de semaines.
L'étau se resserre : trois crises simultanées
Quand les morts, les yeux et l’argent disparaissent en même temps
Ce qui rend le jour 1 449 différent des 1 448 précédents, c’est la convergence. Perdre des soldats, la Russie sait faire — c’est même sa spécialité historique. Perdre ses communications, c’est nouveau et dévastateur. Perdre son principal levier économique, c’est potentiellement fatal. Mais perdre les trois en même temps? C’est un scénario que le Kremlin n’avait pas anticipé.
Les revenus pétroliers financent la machine de guerre. Sans pétrole, pas d’armes. Pas de soldes. Pas de munitions. Les communications coordonnent les opérations. Sans Starlink, les ordres ne passent plus, les drones sont aveugles, les assauts sont chaotiques. Et les hommes? Les hommes meurent plus vite qu’ils n’arrivent. Trois piliers de la guerre russe sont attaqués simultanément. Et pour la première fois, aucun des trois ne peut être facilement remplacé.
Le pétrole, les yeux, les hommes. Retirez n’importe lequel de ces trois éléments et l’armée russe vacille. Retirez les trois? Le mot n’est plus vacillement. C’est effondrement.
Le spectre de la mobilisation générale
La question que tout le monde se pose à Moscou — sans oser la poser à voix haute : quand Poutine décrètera-t-il une nouvelle mobilisation? La première, en septembre 2022, a provoqué un exode massif — des centaines de milliers de Russes ont fui le pays. Une deuxième mobilisation, dans le contexte actuel, serait un aveu d’échec qui pourrait ébranler les fondations du régime. Le contrat social tacite entre Poutine et la population russe repose sur une idée simple : « la guerre ne vous concerne pas. » La mobilisation briserait ce pacte.
Mais l’alternative n’est guère meilleure. Sans mobilisation, les effectifs continuent de fondre. Les unités au front reçoivent des recrues de moins en moins qualifiées. Le niveau de formation diminue. La cohésion des unités se désintègre. L’armée russe de février 2026 n’est plus celle de février 2022. C’est une armée qui tient par l’inertie, la peur et les ordres. Pas par la conviction. Et une armée sans conviction est une armée qui peut craquer.
Conclusion : Ce que le jour 1 449 nous dit sur le jour 1 500
Le temps comme arme et comme sentence
La guerre d’attrition est une guerre de patience. L’Ukraine le sait. La Russie commence à le comprendre. Chaque jour qui passe réduit la capacité russe à maintenir la pression. Chaque soldat perdu est un soldat de plus que le système ne peut plus remplacer. Chaque terminal Starlink coupé est un drone de moins dans le ciel. Chaque pétrolier sanctionné est un rouble de moins dans les caisses de la guerre. Le temps travaille contre Moscou. Pas vite. Pas spectaculairement. Mais inexorablement.
Au jour 1 449, la guerre n’est pas finie. Elle ne le sera pas au jour 1 500. Ni probablement au jour 1 600. Mais quelque chose a changé. Le rapport de force, lentement, pivote. Non pas parce que l’Ukraine est devenue plus forte — elle saigne elle aussi, 55 000 soldats morts au bas mot — mais parce que la Russie est devenue plus fragile. Plus dépendante de technologies volées. Plus vulnérable aux sanctions. Plus exposée à ses propres mensonges.
Le jour 1 449 n’est pas un tournant. C’est un symptôme. Le symptôme d’une machine de guerre qui consomme plus qu’elle ne produit. Et en guerre comme en économie, ce déséquilibre a un nom : la faillite.
Ce qui reste quand les chiffres se taisent
Derrière les 1 252 020 pertes russes, derrière les 55 000 soldats ukrainiens tombés, derrière les 640 navires sanctionnés et les 142 combats quotidiens, il y a quelque chose que les chiffres ne capturent pas. Il y a un couple âgé à Synelnykove qui ne verra pas le printemps. Il y a une femme de 63 ans qui est morte dans une ambulance en feu sur le chemin du retour de sa dialyse. Il y a des patients qui ne recevront plus de traitement parce que l’électricité a été coupée par un missile. Il y a des enfants qui grandissent sous terre, dans des abris, en comptant les explosions comme d’autres comptent les étoiles.
Le jour 1 449 finira. Le jour 1 450 commencera. Et quelque part en Ukraine, quelqu’un se réveillera en se demandant si ce sera le dernier. Cette question, 1 449 jours qu’ils se la posent. 1 449 matins avec cette incertitude dans le ventre. Maintenant vous savez. La question, c’est ce que vous allez en faire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte un positionnement éditorial assumé : la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine constitue une violation fondamentale du droit international et des principes de souveraineté. L’auteur considère que la neutralité face à une agression documentée n’est pas de l’objectivité — c’est un choix moral. Ce texte prend le parti des victimes civiles, du droit international et de la vérité documentée.
Les opinions exprimées dans les passages éditoriaux sont celles de l’auteur et n’engagent que lui. Elles sont distinguées des faits par l’usage de l’italique et reposent sur une analyse critique des événements rapportés par des sources fiables.
Méthodologie et sources
Les faits rapportés dans cette chronique proviennent de sources internationales reconnues, principalement Al Jazeera, l’état-major ukrainien, la Commission européenne, et des agences de presse internationales. Les chiffres de pertes russes sont ceux communiqués par l’état-major ukrainien — ils constituent des estimations qui peuvent différer des chiffres réels, comme le souligne le texte lui-même.
Les informations sur la déconnexion Starlink sont corroborées par plusieurs sources indépendantes, dont CNN, The Moscow Times et l’OTAN. Les détails de l’embargo pétrolier proviennent des communications officielles de la Commission européenne et de Bloomberg.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique — un genre journalistique qui combine le rapport factuel et l’analyse éditoriale. Il ne prétend pas à la neutralité, mais à l’honnêteté. Les faits sont vérifiables. Les opinions sont identifiées. Le lecteur est invité à former son propre jugement en consultant les sources listées ci-dessous.
L’auteur reconnaît que la brume de guerre affecte toutes les parties et que certains chiffres — notamment les pertes militaires des deux côtés — font l’objet de contestations légitimes. Les estimations indépendantes, lorsqu’elles existent, sont mentionnées pour offrir une perspective plus complète.
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,449 (12 février 2026)
Defense Express — 1449 Days of Russia-Ukraine War: Russian Casualties in Ukraine (12 février 2026)
Sources secondaires
Ukrainska Pravda — Russian battlefield losses outpace recruitment in January (12 février 2026)
MercoPress — Poland and Italy decline to join Trump’s Board of Peace (11 février 2026)
ABC News — Russia launches more than 440 drones, missiles at Ukraine overnight (7 février 2026)
UNN — Russian UAV attacked an ambulance in Kharkiv region, one person killed (12 février 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.