L’obsession groenlandaise
Trump veut le Groenland. Il ne s’en cache pas. Il l’a dit publiquement. Plusieurs fois. Et ce qui distingue son deuxième mandat de son premier, c’est qu’il ne se contente plus de le dire. Il agit. Il a menacé le Danemark. Il a laissé entendre que les États-Unis pourraient utiliser la force. Il a envoyé son fils au Groenland dans une visite provocatrice.
Le Groenland est un territoire autonome danois. Le Danemark est membre de l’OTAN depuis 1949. C’est un allié fondateur. Et le président des États-Unis menace de lui prendre un territoire. Par la force. C’est surréaliste. C’est sans précédent. Et c’est exactement ce que la Russie fait en Ukraine.
Trump menace de prendre le Groenland au Danemark. Poutine a pris la Crimée à l’Ukraine. La différence? Il n’y en a pas. C’est la même logique : le plus fort prend ce qu’il veut. La seule chose qui change, c’est le drapeau sur les chars.
Les implications pour le Danemark
Le Danemark se retrouve dans une position impossible. Son allié principal — celui dont le parapluie nucléaire est censé le protéger — menace son intégrité territoriale. Comment un petit pays de 6 millions d’habitants peut-il se défendre contre les États-Unis? Réponse : il ne le peut pas. Pas conventionnellement.
Et c’est là que la logique nucléaire entre en jeu. Si les États-Unis ne sont plus un protecteur mais une menace, alors le Danemark — et d’autres alliés dans la même situation — doit envisager des moyens de dissuasion indépendants. Des moyens que seule l’arme nucléaire peut fournir.
La prolifération comme conséquence
Le calcul qui change
Pendant 80 ans, le calcul des alliés américains était simple. Pourquoi dépenser des dizaines de milliards pour développer ses propres armes nucléaires quand les États-Unis vous protègent gratuitement? Ce calcul reposait sur une hypothèse : les États-Unis sont fiables. Cette hypothèse est morte.
Le nouveau calcul est différent. Si les États-Unis peuvent menacer leurs propres alliés, alors aucun pays n’est en sécurité sous le parapluie américain. La seule garantie absolue contre une agression — qu’elle vienne de la Russie, de la Chine ou des États-Unis eux-mêmes — est la dissuasion nucléaire autonome.
Et pourtant, c’est exactement ce que les traités de non-prolifération étaient censés empêcher. La boucle est bouclée. Le pays qui a créé le système de non-prolifération est celui qui le détruit. L’ironie serait savoureuse si elle n’était pas terrifiante.
Les pays qui recalculent
Kelly identifie plusieurs pays qui pourraient être poussés vers la nucléarisation. La Corée du Sud — mentionnée à plusieurs reprises — est la candidate la plus avancée. Séoul dispose de la technologie, du budget et de l’expertise pour développer une arme nucléaire en quelques mois. La menace nord-coréenne justifiait déjà ce débat. L’imprévisibilité américaine l’accélère.
Le Japon possède assez de plutonium pour fabriquer des centaines d’armes nucléaires. L’Allemagne a la technologie. La Pologne pourrait chercher ses propres garanties. L’Arabie saoudite a déjà financé le programme nucléaire pakistanais. Chaque pays qui recalcule augmente le risque d’un monde à 15, 20 ou 30 puissances nucléaires.
Le Canada dans la ligne de mire
Les menaces militaires contre Ottawa
Le Danemark n’est pas le seul allié menacé. Trump a également visé le Canada — avec des menaces voilées d’annexion, des provocations rhétoriques et une pression économique constante. Le Canada, deuxième plus grand pays du monde par sa superficie, partage avec les États-Unis la plus longue frontière terrestre non défendue de la planète.
Cette frontière est non défendue parce que les deux pays sont des alliés. Mais quand l’allié commence à se comporter comme un prédateur, l’absence de défense frontalière n’est plus un signe de confiance. C’est une vulnérabilité.
Le Canada sans défense face aux États-Unis. Le Danemark sans recours contre Washington. L’ordre mondial d’après-guerre reposait sur l’idée que les démocraties ne s’attaquent pas entre elles. Trump est en train de prouver que cette idée était naïve. Que la puissance prime toujours. Que le plus fort prend.
La fin de l’innocence
Pour le Canada, comme pour le Danemark, la question nucléaire se pose désormais en termes concrets. Pas comme un exercice intellectuel. Comme une nécessité potentielle. Le Canada possède de l’uranium en abondance. Il possède la technologie nucléaire civile la plus avancée au monde (les réacteurs CANDU). La transition vers une capacité militaire serait techniquement réalisable.
Personne n’en parle ouvertement. Pas encore. Mais dans les bureaux du ministère de la Défense nationale à Ottawa, dans les think tanks de Copenhague, dans les instituts de recherche de Séoul, le calcul a commencé. Le génie nucléaire est sorti de la bouteille. Et c’est Trump qui a enlevé le bouchon.
L'érosion de la non-prolifération
Le Traité sur la non-prolifération en danger
Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), signé en 1968, repose sur un grand compromis. Les cinq puissances nucléaires reconnues — États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni, Chine — s’engagent à désarmer progressivement. Les autres pays s’engagent à ne pas proliférer. En échange, ils reçoivent une protection.
Ce compromis est moribond. Les puissances nucléaires n’ont jamais vraiment désarmé. La Russie menace d’utiliser l’arme nucléaire en Ukraine. La Corée du Nord développe ses missiles balistiques intercontinentaux. Et maintenant, les États-Unis menacent leurs propres alliés. Le TNP n’est plus un traité. C’est un souvenir.
Et pourtant, le monde continue de faire semblant que le TNP fonctionne. Que la non-prolifération est respectée. Que les puissances nucléaires tiennent leurs promesses. Personne ne veut admettre que le système est cassé. Parce qu’admettre que le système est cassé, c’est admettre que le monde est beaucoup plus dangereux qu’on ne le prétend.
Le scénario cauchemar : 20 puissances nucléaires
Le pire scénario n’est pas la guerre nucléaire. C’est la prolifération nucléaire incontrôlée. Un monde où 20 ou 30 pays possèdent l’arme atomique. Où chaque conflit régional porte le risque nucléaire. Où chaque crise diplomatique peut dégénérer en échange thermonucléaire.
Ce scénario n’est plus de la science-fiction. Il est le prolongement logique de la politique trumpienne. Si les alliés ne peuvent plus compter sur les États-Unis, ils développeront leurs propres armes. Si l’Arabie saoudite se nucléarise, l’Iran le fera. Si l’Iran le fait, la Turquie suivra. Si la Turquie le fait, l’Égypte aussi. C’est la cascade. Et personne ne peut l’arrêter une fois qu’elle commence.
Les « adultes dans la pièce » ont disparu
Le premier mandat vs le deuxième
Durant le premier mandat Trump (2017-2021), des personnalités comme le général Mattis, le général McMaster, le secrétaire Tillerson servaient de contrepoids. Ils modéraient les impulsions. Ils rassuraient les alliés. Ils maintenaient une apparence de continuité dans la politique étrangère américaine.
Ces garde-fous n’existent plus. Le secrétaire à la Défense est un ancien animateur de télévision. Le vice-secrétaire est un stratège obsédé par la Chine qui considère l’Europe comme un théâtre secondaire. Le secrétaire d’État, Marco Rubio, est un politicien de parti, pas un diplomate de carrière. Il n’y a plus d’adultes dans la pièce. Il n’y a que Trump.
Quand il n’y a plus d’adultes dans la pièce, les enfants jouent avec les allumettes. Et dans cette pièce-là, les allumettes sont nucléaires. Le monde doit espérer que les quatre prochaines années se passent sans incident majeur. Parce que les mécanismes qui empêchaient l’incident majeur ont été démontés, un par un, par l’homme qui tient les codes nucléaires.
L’imprévisibilité comme doctrine
Trump considère l’imprévisibilité comme un atout. Les analystes militaires considèrent l’imprévisibilité comme un danger existentiel. La dissuasion nucléaire repose sur la prévisibilité. Sur la certitude que chaque action entraîne une réaction proportionnelle et calculée. Quand le président des États-Unis est imprévisible, la dissuasion s’effondre.
Les adversaires ne savent plus ce que les États-Unis feront. Mais les alliés non plus. Et c’est le vrai danger. Parce que les alliés, face à l’incertitude, ne restent pas passifs. Ils se préparent. Ils s’arment. Et certains d’entre eux finiront par se procurer l’arme ultime. Pas par ambition. Par peur.
Conclusion : Le prix de la méfiance
Le monde que Trump construit
Trump veut un monde où les États-Unis sont libres de toute obligation envers leurs alliés. Où ils prennent ce qu’ils veulent — le Groenland, le canal de Panama — sans conséquence. Où la puissance prime sur le droit.
Le monde qu’il construit réellement est différent. C’est un monde où chaque pays se méfie de tous les autres. Où les alliances s’effritent. Où la prolifération nucléaire devient inévitable. Où le risque d’une guerre nucléaire — par accident, par erreur de calcul, par escalade — augmente chaque jour.
Le prix de la méfiance se paie en bombes. Pas aujourd’hui. Pas demain. Mais un jour. Quand un petit pays sans allié fiable décidera que sa seule protection est un champignon atomique. Ce jour-là, on se souviendra que tout a commencé avec un président américain qui voulait acheter une île. Et qui a détruit l’ordre mondial en essayant.
La question sans réponse
Le Dr Kelly pose la question. Les alliés du monde entier se la posent. Et personne n’a de réponse satisfaisante : comment fait-on confiance à un pays dont le président menace de prendre votre territoire?
On ne fait plus confiance. On se prépare. Et la préparation, pour les États sans armes nucléaires, commence par une question que personne ne voulait poser : faut-il qu’on en fabrique?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Ce commentaire critique la politique étrangère de Trump envers les alliés américains et alerte sur les risques de prolifération nucléaire qu’elle engendre. L’auteur considère que la fiabilité des alliances est le pilier de la sécurité mondiale et que son érosion constitue une menace existentielle.
Méthodologie et sources
L’analyse s’appuie principalement sur l’article du Dr Robert Kelly publié par 19FortyFive. Les données sur le TNP et la non-prolifération proviennent de sources académiques et de l’AIEA. Les informations sur les menaces de Trump envers le Danemark et le Canada sont issues de déclarations publiques et de couvertures médiatiques internationales.
Nature de l’analyse
Ce texte est un commentaire journalistique qui explore les conséquences de la politique de Trump sur l’architecture de sécurité mondiale. Les scénarios de prolifération sont des projections analytiques, pas des prédictions.
Sources
Sources primaires
19FortyFive — Why Trump’s Push for Greenland is Forcing U.S. Allies to Consider Their Own Nukes
Sources secondaires
European Pravda — How US wants to reform NATO and what Europe thinks about it
The Moscow Times — Ukraine War Is « Killing Russia » – Rutte to MT
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