L’armée la plus expérimentée d’Europe
Après 1 449 jours de guerre de haute intensité, l’armée ukrainienne est devenue la force militaire la plus expérimentée du continent européen. Aucune autre armée en Europe — ni la française, ni la britannique, ni l’allemande — ne possède cette expérience de combat. L’Ukraine a combattu des chars, des missiles balistiques, des drones kamikazes, des bombes planantes, des mines et de l’artillerie lourde à une échelle que l’Europe n’a pas connue depuis 1945.
Cette expérience a une valeur inestimable. Les officiers ukrainiens savent ce que la guerre moderne ressemble vraiment. Pas dans les simulations. Pas dans les exercices. Dans la réalité. Ils ont appris à intégrer les drones dans les opérations de combat. À coordonner l’artillerie avec les frappes de précision. À défendre des positions contre des assauts de vagues humaines.
L’armée ukrainienne a appris la guerre en la faisant. Pas dans des manuels. Pas dans des académies. Sous les bombes. Dans les tranchées. Au prix du sang. Cette école-là ne s’enseigne nulle part ailleurs. Et cette expertise, l’Ukraine propose de la partager.
Le capital militaire ukrainien
Le capital militaire de l’Ukraine ne se limite pas à l’expérience de combat. L’Ukraine a développé des technologies que personne d’autre ne possède. Des drones FPV qui changent le visage de la guerre terrestre. Des drones navals qui ont détruit la flotte russe en mer Noire. Des systèmes de guerre électronique improvisés mais efficaces. Le Shershen, ce système de défense aérienne multicalibres présenté à Riyad.
Des troupes ukrainiennes déployées à l’étranger n’apporteraient pas seulement des soldats. Elles apporteraient un savoir-faire. Une doctrine. Une culture opérationnelle forgée dans la guerre la plus intense du XXIe siècle. Pour les pays qui les accueilleraient, ce serait comme avoir un laboratoire militaire vivant sur leur territoire.
La dimension diplomatique
L’Ukraine comme partenaire, pas comme client
La proposition de Sybiha est un coup diplomatique brillant. En offrant de déployer ses troupes à l’étranger, l’Ukraine se repositionne dans la hiérarchie internationale. Elle n’est plus le pays qui quémande des armes. Elle est le pays qui offre sa protection. C’est un changement de narratif fondamental.
Pour les négociations de paix à venir, cette posture est stratégique. Un pays qui propose de contribuer à la sécurité régionale a plus de poids qu’un pays qui demande à être protégé. L’Ukraine dit à l’Europe : vous voulez nous protéger? Nous vous protégerons aussi. C’est le langage des alliés, pas des protégés.
Et pourtant, combien de temps faudra-t-il pour que l’Europe traite l’Ukraine en partenaire égal plutôt qu’en patient à soigner? Sybiha pose les bases. L’Ukraine offre ce que personne d’autre en Europe ne peut offrir : l’expérience du combat. La question est de savoir si l’Europe est assez mature pour accepter l’offre.
Le signal envoyé à Moscou
La déclaration de Sybiha envoie un message direct à Moscou. Ce message dit : l’Ukraine d’après-guerre ne sera pas un pays affaibli, isolé et vulnérable. Ce sera un pays dont les troupes seront stationnées chez ses alliés. Un pays dont la sécurité sera liée à celle de dizaines d’autres nations. Attaquer l’Ukraine une deuxième fois signifierait attaquer un pays dont l’armée est partout.
C’est le concept de la dissuasion par imbrication. Plus les liens militaires de l’Ukraine avec le reste du monde sont profonds, plus le coût d’une nouvelle agression russe est élevé. Des troupes ukrainiennes en Pologne, en Finlande, dans les pays baltes — ce serait le verrou que la Russie ne pourrait jamais forcer.
Les modèles possibles
Le modèle bilatéral
Le modèle le plus probable est celui des accords bilatéraux. L’Ukraine signe des traités de défense avec des pays partenaires. Chaque traité prévoit le stationnement réciproque de troupes. Des soldats polonais en Ukraine. Des soldats ukrainiens en Pologne. Des officiers finlandais à Kyiv. Des instructeurs ukrainiens à Helsinki.
Ce modèle a l’avantage de la flexibilité. Chaque accord est négocié séparément. Chaque pays détermine le nombre de troupes, les conditions de déploiement et les règles d’engagement. C’est plus lent que l’adhésion à l’OTAN. Mais c’est aussi plus réaliste — parce que l’adhésion à l’OTAN est bloquée tant que la guerre dure.
L’Ukraine ne peut pas attendre l’OTAN. L’OTAN n’ose pas l’accueillir. Alors l’Ukraine construit ses propres garanties. Brique par brique. Traité par traité. Soldat par soldat. C’est plus long. C’est plus fragile. Mais c’est ce qui est possible. Et possible vaut mieux que parfait reporté indéfiniment.
Le modèle multinational
L’autre option est un cadre multinational. Un groupement de forces où l’Ukraine contribue aux côtés de plusieurs pays. Des missions de maintien de la paix. Des forces de surveillance dans des zones de tension. Des coalitions de sécurité à géométrie variable.
Sybiha a évoqué la possibilité de mandats de maintien de la paix ou de groupes de surveillance. L’Ukraine pourrait participer à des missions de stabilisation en Afrique, au Moyen-Orient ou dans les Balkans. Des troupes qui ont survécu à 1 449 jours de guerre en Ukraine peuvent stabiliser n’importe quelle région du monde.
Les objections et les risques
L’Ukraine peut-elle se le permettre?
La première objection est légitime. L’Ukraine est en guerre. Elle perd des soldats chaque jour. Ses forces sont étirées sur 1 000 kilomètres de front. Comment peut-elle envisager d’envoyer des troupes à l’étranger alors qu’elle manque de soldats chez elle?
La réponse est dans le mot-clé : après la guerre. Sybiha ne propose pas de déployer des troupes maintenant. Il propose de les déployer une fois la paix établie. À ce moment-là, l’Ukraine aura des centaines de milliers de soldats démobilisés — des vétérans expérimentés qui auront besoin d’un emploi, d’une mission, d’un sens. Le déploiement à l’étranger offre tout cela.
La plus grande menace pour un pays d’après-guerre n’est pas l’ennemi extérieur. C’est les dizaines de milliers de vétérans qui rentrent chez eux sans mission. Sans emploi. Sans structure. Le déploiement à l’étranger transforme ce risque en ressource. Ces hommes et ces femmes ont des compétences uniques. Autant les mettre au service de la paix mondiale.
La réaction russe
La Russie verra dans cette proposition une provocation. Le Kremlin dénoncera l’« expansionnisme ukrainien ». La propagande russe parlera de « menace » pour la sécurité de la Russie. C’est prévisible. C’est automatique. Et c’est parfaitement hypocrite de la part d’un pays qui a des troupes en Syrie, en Libye, au Mali, en Centrafrique et qui envahit ses voisins.
La réaction russe ne devrait pas dicter la politique de sécurité européenne. Elle l’a fait trop longtemps. Chaque décision occidentale — livrer des chars? livrer des F-16? accepter l’Ukraine à l’OTAN? — a été paralysée par la peur de « provoquer » Moscou. Cette peur est le meilleur allié de la Russie. Et le pire ennemi de l’Europe.
Les troupes étrangères en Ukraine
La présence comme garantie
Sybiha a aussi abordé l’autre volet : la présence de troupes étrangères en Ukraine. Il décrit cette présence comme « une partie importante des futures garanties de sécurité ». Des soldats français, britanniques, polonais, nordiques stationnés en Ukraine constitueraient un fil-piège (tripwire) : toute attaque russe contre l’Ukraine toucherait automatiquement des soldats de pays de l’OTAN.
C’est le même mécanisme qui a protégé l’Allemagne de l’Ouest pendant la Guerre froide. Des troupes américaines, britanniques et françaises stationnées à Berlin-Ouest garantissaient que toute attaque soviétique serait une attaque contre l’OTAN. L’Ukraine propose le même modèle. Éprouvé. Testé. Efficace.
Et pourtant, certains hésitent encore. Déployer des troupes en Ukraine, c’est « risqué ». C’est « provocateur ». C’est « escalatoire ». Non. Ce qui est risqué, c’est de laisser l’Ukraine sans protection après la guerre. Ce qui est provocateur, c’est de montrer à Poutine que l’Europe ne défendra pas ses promesses. Ce qui est escalatoire, c’est la faiblesse.
L’investissement et la stabilité
Sybiha fait un lien crucial entre présence militaire et reprise économique. Des troupes étrangères en Ukraine ne protègent pas seulement contre la menace militaire. Elles envoient un signal aux investisseurs : ce pays est stable. Ce pays est protégé. Vous pouvez y investir sans craindre qu’il soit envahi à nouveau.
La reconstruction de l’Ukraine coûtera des centaines de milliards. Aucun investisseur privé ne mettra un centime dans un pays qui peut être envahi demain. La présence militaire alliée est la condition préalable à la reconstruction économique. Pas un luxe. Une nécessité absolue.
Conclusion : L'Ukraine contributrice de sécurité
Le renversement historique
En février 2022, l’Ukraine était le pays que le monde entier plaignait. Trois jours, disaient les experts. Trois jours et Kyiv tomberait. 1 449 jours plus tard, l’Ukraine ne tient pas seulement debout. Elle propose de protéger les autres.
C’est un renversement historique. Le pays qu’on donnait pour mort offre sa force au service de la sécurité collective. Le pays qui reçoit des armes propose d’envoyer des soldats. Le pays qui demande de l’aide propose d’en fournir. L’Ukraine n’est plus une victime. C’est un partenaire. Et il serait temps que l’Europe la traite comme tel.
L’Ukraine est prête à envoyer ses soldats protéger l’Europe. La question qui reste est simple : l’Europe est-elle prête à les accueillir? Ou va-t-elle encore hésiter, tergiverser, repousser? Le monde d’après-guerre se construit maintenant. Les décisions prises aujourd’hui détermineront la sécurité de demain. L’Ukraine a fait son choix. L’Europe doit faire le sien.
Le choix qui ne peut plus attendre
La proposition de Sybiha est sur la table. L’Ukraine offre ses soldats, son expérience, son expertise. En échange, elle demande ce que tout pays souverain mérite : la sécurité. La certitude qu’on ne l’envahira plus jamais.
C’est une offre raisonnable. C’est une offre généreuse. Et c’est une offre que l’Europe ne peut pas se permettre de refuser.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette opinion soutient la proposition de l’Ukraine de déployer ses troupes à l’étranger et plaide pour un partenariat de sécurité égalitaire entre l’Ukraine et l’Europe. L’auteur considère que l’expérience militaire ukrainienne est un atout stratégique que l’Europe devrait valoriser plutôt qu’ignorer.
Méthodologie et sources
Les déclarations de Sybiha proviennent de United24 Media et de la couverture de la Conférence de Munich sur la sécurité. Les analyses sur les capacités militaires ukrainiennes s’appuient sur les évaluations de l’IISS, de l’ISW et des experts de défense.
Nature de l’analyse
Ce texte est un article d’opinion qui argumente en faveur du déploiement réciproque de troupes entre l’Ukraine et ses partenaires. Les scénarios et projections sont des analyses personnelles de l’auteur.
Sources
Sources primaires
United24 Media — Ukraine May Deploy Troops Beyond Its Borders In Post-War Security Era, FM Says
Sources secondaires
European Pravda — How US wants to reform NATO and what Europe thinks about it
ArmyInform — $38 billion for Ukraine: results of one of the most successful Ramsteins
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.