L’exode qui n’en finit pas
Ils sont des milliers à avoir fui. Des milliers d’autres à être restés, par choix ou par impossibilité. Les routes menant à l’ouest sont saturées, les convois humanitaires bloqués par les bombardements. Chaque départ est une déchirure. Une mère qui serre son enfant contre elle en se demandant si elle le reverra grandir. Un père qui regarde sa maison pour la dernière fois, sachant qu’elle sera réduite en cendres. Une grand-mère qui refuse de partir, parce que « ici, c’est chez moi, même si c’est en ruines ».
Les images satellites montrent une ville qui se vide, mais aussi une armée russe qui se rapproche inexorablement. Les frappes ciblent désormais les infrastructures civiles : centrales électriques, stations d’épuration, réserves d’eau. Ce n’est pas une guerre. C’est une extermination lente.
Les héros invisibles de Pokrovsk
Au milieu de ce chaos, des hommes et des femmes se battent pour sauver ce qui peut encore l’être. Les médecins de l’hôpital central opèrent à la lueur des bougies, les pompiers déblayent les décombres sous les tirs d’artillerie, les enseignants organisent des cours dans les abris anti-bombes. Ce sont eux, les véritables héros de cette guerre.
Prenez le cas de Olena Kovalenko, une pédiatre qui a transformé son cabinet en refuge pour les enfants traumatisés. « Ils dessinent des chars et des avions, même ceux qui ne savent pas encore écrire », raconte-t-elle dans un entretien accordé à The Kyiv Independent. « Le pire, c’est quand ils arrêtent de pleurer. Parce que ça signifie qu’ils ont perdu espoir. » Et nous, avons-nous perdu espoir, nous aussi ?
Je repense souvent à cette phrase d’un soldat ukrainien, interviewé en 2022 : « Nous ne nous battons pas pour un territoire. Nous nous battons pour que nos enfants n’aient pas à le faire. » Aujourd’hui, à Pokrovsk, ce sont les enfants qui paient le prix de notre indifférence.
LA STRATÉGIE RUSSE : UNE MACHINE À BROYER LES VILLES
Le modèle Marioupol, version 2.0
Les analystes militaires le savent : la Russie applique à Pokrovsk la même stratégie qu’à Marioupol, Grozny ou Alep. Une stratégie de l’épuisement. D’abord, couper les voies de communication. Ensuite, bombarder sans relâche les infrastructures civiles. Enfin, attendre que la population, affamée et terrorisée, se rende. C’est une guerre contre les civils, pas contre une armée.
Les chiffres sont glaçants. Selon le Projet de cartographie des conflits, les frappes russes sur les zones urbaines ont augmenté de 40 % depuis le début de l’année. Et Pokrovsk est en première ligne. Les drones russes survolent la ville en permanence, ajustant leurs cibles. Les obus de 152 mm s’abattent sur les marchés, les écoles, les hôpitaux. Chaque impact est une condamnation à mort pour des dizaines de personnes.
Pourquoi Pokrovsk ?
La réponse est simple : parce que c’est possible. Pokrovsk n’est pas Kiev, ni Kharkiv, ni Odessa. C’est une ville moyenne, sans valeur symbolique particulière pour l’Occident. Une ville que les médias internationaux ont à peine mentionnée jusqu’ici. Une ville que le monde a déjà oubliée.
Pourtant, sa chute aurait des conséquences dramatiques. Pokrovsk est un nœud logistique crucial pour l’Ukraine. Sa perte ouvrirait la voie à une avancée russe vers Dnipro, puis vers le reste du pays. C’est une domino stratégique. Et nous sommes en train de laisser tomber le premier.
L’OCCIDENT, COMPLICE PAR SON SILENCE
Les promesses non tenues
En 2022, les dirigeants occidentaux juraient que l’Ukraine ne serait jamais abandonnée. En 2023, ils parlaient de « soutien indéfectible ». En 2024, les mots se font plus rares, les livraisons d’armes plus lentes, les engagements plus flous. Pokrovsk est le test ultime de notre crédibilité.
Les États-Unis ont promis des F-16. Où sont-ils ? L’Europe a annoncé un fonds de 50 milliards d’euros pour l’Ukraine. Quand sera-t-il débloqué ? Les livraisons d’obus de 155 mm, vitales pour les défenses ukrainiennes, sont en retard de plusieurs semaines. Pendant ce temps, la Russie reçoit des missiles balistiques de l’Iran et des drones de la Corée du Nord.
Le cynisme des calculs politiques
Derrière les discours, il y a les réalités. Les élections américaines approchent, et l’aide à l’Ukraine est devenue un sujet de division. En Europe, certains pays freinent des quatre fers, préférant négocier avec Moscou plutôt que de soutenir Kiev. Pokrovsk est en train de payer le prix de ces calculs sordides.
Et les civils dans tout ça ? Ils ne comptent pas. Ils sont des dommages collatéraux dans une guerre qui n’est plus la leur. Des statistiques sur des rapports que personne ne lit. Des visages flous sur des photos que personne ne regarde. Nous avons déshumanisé cette guerre. Et c’est exactement ce que la Russie voulait.
Je me souviens d’une conversation avec un diplomate européen, il y a quelques mois. Il m’a dit, avec un cynisme désarmant : « Pokrovsk ? Ce n’est pas stratégique. Si elle tombe, on s’en remettra. » J’ai eu envie de lui crier que derrière ce nom, il y avait des vies, des rêves, des familles. Mais à quoi bon ? Les chiffres ne pleurent pas. Les cartes ne saignent pas.
CE QUI NOUS ATTEND SI POKROVSK TOMBE
Le scénario catastrophe
Si Pokrovsk tombe, ce ne sera pas une défaite militaire. Ce sera une catastrophe humanitaire. Des dizaines de milliers de civils seront pris au piège, sans eau, sans nourriture, sans médicaments. Les rapports des services de renseignement ukrainiens évoquent déjà des camps de filtration mis en place par les Russes aux abords de la ville. Des camps où les hommes seront interrogés, torturés, déportés. Où les femmes seront violées. Où les enfants seront endoctrinés.
Et ce ne sera qu’un début. La chute de Pokrovsk ouvrirait la voie à une offensive majeure vers Dnipro, puis vers le reste de l’Ukraine orientale. Ce serait le début de la fin. Pas seulement pour l’Ukraine, mais pour toute l’Europe. Parce qu’une Russie victorieuse ne s’arrêterait pas là. Elle aurait les mains libres pour menacer la Moldavie, les pays baltes, la Pologne. Et nous serions les prochains sur la liste.
L’effet domino psychologique
Mais le pire, ce ne sont pas les cartes militaires. Ce sont les esprits. La chute de Pokrovsk enverrait un message terrible aux Ukrainiens : personne ne viendra vous sauver. Personne. Ni les États-Unis, ni l’Europe, ni l’OTAN. Juste vous, face à la machine de guerre russe.
Imaginez l’effet sur le moral des troupes. Imaginez l’effet sur les civils, qui ont cru en nos promesses. Imaginez l’effet sur les autres pays frontaliers de la Russie, qui verraient dans cette défaite la preuve que l’Occident est un tigre de papier. Pokrovsk n’est pas qu’une ville. C’est un symbole. Un symbole de notre lâcheté, de notre indifférence, de notre incapacité à tenir nos engagements.
QUE POUVONS-NOUS FAIRE ?
Agir, enfin
Il n’est pas trop tard. Pas encore. Mais il faut agir maintenant. Pas dans trois mois, pas après les prochaines élections, pas quand il sera trop tard. Maintenant.
Voici ce qui doit être fait, immédiatement :
Accélérer les livraisons d’armes. Les F-16, les missiles ATACMS, les obus de 155 mm. Tout ce qui peut permettre à l’Ukraine de tenir.
Sanctionner la Russie comme jamais. Gel des avoirs, embargo total sur le pétrole et le gaz, exclusion du système SWIFT. Tout ce qui peut affaiblir son effort de guerre.
Soutenir les civils. Corridors humanitaires sécurisés, évacuations massives, aide médicale d’urgence. Parce que ce sont eux, les premières victimes.
Parler, crier, alerter. Écrire, partager, manifester. Faire pression sur nos dirigeants. Leur rappeler que nous ne les avons pas élus pour qu’ils ferment les yeux.
Ne pas oublier
Mais surtout, nous devons nous souvenir. Nous souvenir des visages de Pokrovsk. Des enfants qui jouent entre les décombres. Des médecins qui sauvent des vies avec des moyens dérisoires. Des soldats qui se battent contre un ennemi bien mieux équipé. Nous devons leur dire, par nos actes, qu’ils ne sont pas seuls.
Parce que si nous les oublions, si nous les abandonnons, alors nous aurons perdu bien plus qu’une bataille. Nous aurons perdu notre humanité. Et ça, aucune carte militaire ne pourra nous le rendre.
Je termine cet article avec une question qui me hante : si Pokrovsk était une ville européenne, une ville française, allemande ou polonaise, est-ce que nous agirions différemment ? Je connais la réponse. Et c’est cette réponse qui me glace le sang.
CONCLUSION : LE COMPTE À REBOURS EST LANCÉ
Pokrovsk, ou l’échec de notre civilisation
Pokrovsk est en train de devenir le symbole de notre époque. Une époque où les promesses ne valent plus rien. Où les vies humaines sont sacrifiées sur l’autel des calculs politiques. Où l’indifférence est devenue une seconde nature. Pokrovsk est notre honte.
Mais Pokrovsk peut aussi être notre réveil. Le moment où nous réalisons que cette guerre n’est pas une affaire lointaine, mais une bataille pour notre propre avenir. Le moment où nous comprenons que si nous ne défendons pas l’Ukraine aujourd’hui, nous devrons nous défendre nous-mêmes demain. Pokrovsk est notre dernière chance de prouver que nous valons mieux que ça.
Et maintenant ?
Les jours qui viennent seront décisifs. Les Ukrainiens se battent avec un courage qui force l’admiration. Mais ils ont besoin de nous. Pas de nos larmes, pas de nos discours. De nos actes. De notre détermination.
Alors la prochaine fois que vous entendrez parler de Pokrovsk, ne détournez pas les yeux. Ne changez pas de chaîne. Ne scrolliez pas. Regardez. Écoutez. Agissez. Parce que dans quelques semaines, il sera trop tard. Et nous devrons vivre avec cette honte pour le reste de nos vies.
Signé Maxime Marquette
ENCADRÉ DE TRANSPARENCE DU CHRONIQUEUR
Maxime Marquette est journaliste indépendant spécialisé dans les conflits armés et les crises humanitaires. Il a couvert la guerre en Ukraine depuis 2014, notamment les sièges de Marioupol et de Bakhmut. Ses reportages ont été publiés dans Le Monde, The Guardian et Der Spiegel. Il n’a aucun lien avec les gouvernements ukrainien ou russe, et ses analyses sont basées sur des sources ouvertes et des témoignages vérifiés. Pour le contacter : maxime.marquette@protonmail.com
SOURCES
Sources primaires
Ukrinform – Russians attempt to create ‘pincers’ to encircle Pokrovsk agglomeration (12 juin 2024)
Institute for the Study of War – Russian Offensive Campaign Assessment (12 juin 2024)
The Kyiv Independent – Ukraine’s Pokrovsk braces for Russian encirclement as evacuations intensify (10 juin 2024)
Reuters – Ukraine says Russia trying to encircle Pokrovsk (12 juin 2024)
BBC – Ukraine war: Russia steps up attacks in east as Pokrovsk faces encirclement (13 juin 2024)
Sources secondaires
Al Jazeera – Ukraine warns of Russian pincer movement around Pokrovsk (12 juin 2024)
The Guardian – Ukraine fears encirclement as Russia advances on Pokrovsk (13 juin 2024)
France 24 – Ukraine accuses Russia of trying to encircle Pokrovsk (12 juin 2024)
Deutsche Welle – Ukraine: Russia’s push to encircle Pokrovsk (13 juin 2024)
Le Monde – Guerre en Ukraine : les forces russes tentent d’encercler Pokrovsk (13 juin 2024)
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