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BILLET : Vovchansk en ruines, l’Ukraine tient bon face à l’acharnement russe
Crédit: Adobe Stock

De la vie urbaine au champ de bataille

Avant février 2022, Vovchansk était une ville comme tant d’autres dans l’est de l’Ukraine. Ses quelque 18 000 habitants vivaient du commerce, de l’agriculture, des petites industries locales qui font le tissu économique de ces territoires frontaliers. Les enfants allaient à l’école, les familles se retrouvaient autour de repas festifs, les vieillards racontaient des histoires d’un autre temps. La proximité de la frontière russe était perçue comme une curiosité géographique, peut-être un avantage économique pour le commerce transfrontalier, certainement pas comme une menace existentielle. Tout a changé en quelques semaines, lorsque les colonnes blindées russes ont déferlé depuis Belgorod, transformant cette paisible bourgade en ligne de front puis en ruines fumantes.

L’histoire récente de Vovchansk épouse les contours chaotiques de cette guerre qui a surpris le monde par sa durée et sa brutalité. Occupée dès les premiers jours de l’invasion, la ville a été libérée en septembre 2022 lors de la contre-offensive éclair qui a repoussé les forces russes vers la frontière. Pendant plusieurs mois, ses habitants ont cru pouvoir reconstruire, panser les plaies, retrouver une forme de normalité. Mais le destin en a décidé autrement. En mai 2024, une nouvelle offensive russe a de nouveau menacé la ville, déclenchant des combats d’une violence inouïe qui ont transformé Vovchansk en un champ de bataille urbain comparable aux pires épisodes de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, ce qui reste de la ville ressemble à ces images de Stalingrad ou de Varsovie après le soulèvement, un paysage de désolation où chaque bâtiment encore debout porte les stigmates des combats.

Les témoignages des soldats sur place évoquent une destruction quasi biblique. Les immeubles résidentiels sont réduits à des carcasses de béton armé, les écoles et les hôpitaux ont été méthodiquement pilonnés, les infrastructures de la ville ont cessé de fonctionner depuis longtemps. Il n’y a plus d’eau courante, plus d’électricité, plus de chauffage dans cette ville qui affronte pourtant des hivers rigoureux. Les rues sont devenues impraticables, jonchées de gravats et de vestiges de la vie d’avant. Et pourtant, au milieu de ce décor apocalyptique, les forces ukrainiennes continuent de se battre avec une énergie qui semble inépuisable, défendant des ruines comme s’il s’agissait des remparts de leur propre dignité.

Le paradoxe d’une défense sur les décombres

C’est peut-être ce qui frappe le plus dans le récit de Viktor Trehubov : ce paradoxe apparent qui veut que des hommes risquent leur vie pour défendre des positions qui ne sont plus que des amas de pierres et de ferraille. Pourquoi tant d’efforts pour tenir des ruines ? La réponse réside dans la compréhension de ce que représente Vovchansk dans l’économie générale du front ukrainien. Cette ville n’est pas qu’un point sur une carte, c’est un verrou stratégique qui protège l’axe menant vers Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine. Perdre Vovchansk, c’est ouvrir une brèche vers l’ouest, permettre à l’ennemi de menacer directement les faubourgs de la métropole régionale. Chaque position tenue à Vovchansk, aussi détruite soit-elle, représente donc une ligne de protection pour des centaines de milliers de civils qui vivent plus à l’ouest.

Les tactiques russes à Vovchansk illustrent parfaitement la brutalité de cette guerre. Plutôt que de chercher à préserver les infrastructures ou à épargner les populations, l’approche semble avoir été de raser systématiquement tout obstacle à la progression. L’artillerie tire sans discrimination sur les quartiers résidentiels, les bombes aériennes détruisent des îlots entiers, et les assauts d’infanterie sont lancés sans considération pour les pertes. Cette méthode a produit les résultats visibles aujourd’hui : une ville fantôme où chaque bâtiment a été transformé en fortification improvisée par les défenseurs, où chaque cave peut abriter une position de tir, où chaque tas de gravats offre une couverture contre les tirs ennemis. Dans ce contexte, défendre Vovchansk devient un acte de résistance presque existentiel, un refus de céder du terrain même lorsqu’il ne reste plus rien à protéger matériellement.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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