Le décompte quotidien
Personnel : 1 180. C’est le chiffre qui frappe en premier. Le plus gros. Le plus humain. Chaque unité de ce nombre portait un prénom. Avait une mère. Peut-être un enfant. Probablement un téléphone dans sa poche avec des messages non lus.
Systèmes d’artillerie : 26. Vingt-six canons qui ne tireront plus. Vingt-six équipages neutralisés. Vingt-six sources d’obus qui tombaient sur des positions où des soldats ukrainiens essayaient de survivre. Chaque pièce détruite, c’est une pluie de métal en moins sur quelqu’un. C’est une vie sauvée — peut-être. Temporairement.
Chars : 4. Quatre masses de quarante tonnes d’acier réduites à des carcasses fumantes. Quatre équipages de trois ou quatre hommes. Quatre fois l’effroi glacé que représente un blindé pour un fantassin dans sa tranchée — cet effroi-là ne viendra plus.
Et puis le reste. Des véhicules blindés. Des systèmes de défense aérienne. Des drones. L’inventaire est long, méthodique, exhaustif. Chaque ligne est un fragment de la machine de guerre russe qui s’est brisé ce jour-là. Chaque ligne est aussi un fragment de vie humaine qui s’est éteint.
Le cumul qui donne le vertige
Depuis le 24 février 2022, les pertes russes estimées par l’état-major ukrainien dépassent les 825 000 personnels. Huit cent vingt-cinq mille. Prenez une seconde. Essayez de visualiser ce nombre. Vous ne pouvez pas. Personne ne peut. Le cerveau humain n’est pas câblé pour appréhender la disparition à cette échelle.
825 000, c’est la population d’une grande ville. C’est Québec et Lévis réunies, effacées. Comme si chaque habitant — chaque homme, chaque femme, chaque enfant, chaque vieillard — s’évanouissait. Tous. En quatre ans.
Et ce chiffre augmente de plus de mille par jour. Chaque jour. Sans exception. Le compteur ne s’arrête jamais.
Je me suis assis devant mon écran et j’ai essayé un exercice stupide. Compter jusqu’à 1 180. À voix haute. Un par seconde. Ça prend presque vingt minutes. Vingt minutes à dire des chiffres. Et chaque chiffre, c’est quelqu’un qui ne rentrera pas chez lui. J’ai arrêté à 347. Pas parce que j’étais fatigué. Parce que ma voix s’est cassée. Parce qu’à 347, j’ai réalisé que je n’étais même pas au tiers. Et que demain, il faudrait recommencer.
L'attrition — ce que les chiffres signifient vraiment
Le rythme de la boucherie
1 180 en un jour, ce n’est pas un accident. Ce n’est pas une bataille décisive. Ce n’est pas un événement. C’est un tempo. Une cadence. Le battement régulier, prévisible, quasi industriel de la mort sur le front ukrainien. Et c’est précisément cette régularité qui devrait nous glacer jusqu’aux os.
En février 2022, quand les premiers bilans tombaient, un chiffre de 100 pertes par jour provoquait des manchettes dans le monde entier. Les chaînes d’information en continu interrompaient leur programmation. Les analystes parlaient de « carnage ». Sur les réseaux sociaux, l’indignation explosait. Cent morts par jour, c’était insoutenable.
En février 2026, 1 180 morts par jour ne font même plus la une. Le chiffre a été multiplié par douze. L’attention du monde, elle, a été divisée par cent. Équation obscène. Plus le conflit tue, moins on regarde.
La soutenabilité de l’horreur
Voici ce que les analystes stratégiques disent quand les caméras sont éteintes : ce rythme de pertes est soutenable pour la Russie. Pas indéfiniment. Pas sans conséquences. Mais suffisamment longtemps pour que les hostilités continuent. La Russie dispose d’un réservoir démographique immense. Elle recrute. Elle mobilise. Elle envoie des hommes — souvent des hommes des régions les plus pauvres, les plus éloignées, les plus oubliées — vers le front. Et le front les avale.
Ce que cela signifie est simple et terrible : demain, un nouveau bilan tombera. Il sera similaire à celui d’aujourd’hui. Peut-être un peu plus haut. Peut-être un peu plus bas. Et le jour d’après. Et celui d’après. La machine tourne. Le communiqué sera publié. Le gabarit sera identique. Seuls les chiffres changeront.
La mort a un format. Elle a une mise en page. Elle a un horaire de publication. Et c’est peut-être ça, le détail le plus glaçant de tout ce conflit.
Il y a quelque chose qui provoque un malaise sourd, presque physique, dans un communiqué de pertes qui utilise le même canevas depuis quatre ans. Les mêmes catégories. Le même ordre. Personnel, chars, véhicules blindés, artillerie, drones. Comme un formulaire fiscal. Comme un relevé bancaire. La bureaucratie de la mort. Je ne sais pas qui rédige ces communiqués chaque matin. Je ne sais pas comment cette personne dort la nuit. Mais je sais que ce format identique, jour après jour, est la preuve la plus silencieuse et la plus accablante que nous avons normalisé l’innommable.
Vingt-six canons qui ne tireront plus
Ce que représente un système d’artillerie
Vingt-six systèmes d’artillerie détruits en une journée. Le chiffre semble abstrait. Technique. Lointain. Alors laissez-moi le rendre concret.
Un système d’artillerie, c’est un canon. Un canon qui tire des obus de 152 millimètres — des projectiles qui pèsent plus de quarante kilos chacun, qui parcourent des dizaines de kilomètres, et qui explosent en projetant des fragments de métal brûlant dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres. Un seul obus peut détruire un bâtiment. Tuer une section entière dans une tranchée. Transformer un véhicule en brasier.
Un système d’artillerie peut tirer des dizaines d’obus par jour. Vingt-six systèmes, c’est potentiellement des centaines de projectiles quotidiens qui ne s’abattront plus sur des positions ukrainiennes. Des centaines de fois où un soldat dans une tranchée ne sera pas déchiqueté. Des centaines de fois où un village ne sera pas pilonné.
Vingt-six canons en moins. Un soulagement temporaire pour ceux qui subissent le feu. Aussi une goutte d’eau dans un océan, parce que la Russie en possède des milliers d’autres.
Les chars — quatre mastodontes en moins
Quatre blindés lourds. Quatre. Le chiffre paraît dérisoire à côté des 1 180 personnels. Mais un char sur un champ de bataille, c’est une présence qui change tout. Le bruit d’abord — un grondement sourd qui fait vibrer le sol avant même qu’on le voie. Le poids ensuite — quarante tonnes de blindage qui avancent vers votre position et contre lesquelles votre fusil d’assaut ne peut rien. La terreur enfin — cette certitude viscérale que si le canon pivote vers vous, vous avez quelques secondes.
Quatre chars détruits, c’est quatre fois cette panique animale qui s’éteint. Quatre équipages — douze à seize hommes — qui ne rentreront pas.
Douze à seize hommes.
Et quelque part sur le front, un fantassin ukrainien qui a vu le blindé exploser et qui a respiré pour la première fois depuis des heures.
Mais combien de chars la Russie a-t-elle encore ? Combien sont en route ? Combien sortiront des usines cette semaine ? Le répit ne dure pas. Il ne dure jamais.
Je pense souvent à ce soldat ukrainien — celui qu’on ne nomme pas, celui qui n’est dans aucun communiqué — qui a vu le char exploser devant sa tranchée. Ce moment précis. La seconde où la masse de métal qui fonçait vers lui s’est transformée en boule de feu. Le silence après la déflagration. Le soulagement qui dure une seconde. Puis la pensée qui suit immédiatement : « Le prochain arrive quand ? » C’est ça, la guerre d’attrition. Pas un répit. Une succession de sursis.
La nuit des 400 drones
L’attaque massive du 16 février
Le ciel ukrainien était en feu. Pendant que le bilan des pertes était compilé, la nuit précédente, la Russie a lancé une offensive aérienne combinée — environ 400 drones et des missiles de croisière dirigés vers des cibles à travers l’Ukraine. Quatre cents. Le chiffre est si énorme qu’il en devient presque abstrait. Quatre cents engins volants, chacun porteur de mort, chacun programmé pour frapper quelque chose — une infrastructure, un bâtiment, une vie.
Les forces de défense aérienne ukrainiennes ont répondu. Et le bilan défensif est, à première vue, remarquable : tous les missiles de croisière ont été détruits. Tous. Chaque missile lancé cette nuit-là a été intercepté avant d’atteindre sa cible. Les systèmes de défense ont fonctionné. Les opérateurs ont fait leur travail. La technologie a tenu.
Et puis les drones. 367 abattus sur environ 400. Un taux d’interception de plus de 90 %. Le résultat de quatre ans d’apprentissage, d’adaptation, d’investissement dans la protection aérienne. La preuve que l’Ukraine a développé une capacité de bouclier qui n’existait pas en 2022.
367 sur 400.
Les 33 qui sont passés
Faites le calcul. 400 moins 367, ça fait 33.
Trente-trois drones qui ont traversé les défenses. Trente-trois engins qui ont atteint quelque chose. Quelqu’un. Quelque part.
Le communiqué ne dit pas où ils ont frappé. Il ne dit pas ce qu’ils ont touché. Il ne dit pas combien de personnes étaient dans le bâtiment. Il ne dit pas si c’était une infrastructure énergétique, un hôpital, une école, un immeuble résidentiel. Le silence est assourdissant.
Et c’est ce silence qui devrait vous empêcher de dormir. Pas les 367 abattus — ceux-là sont une victoire. Les 33 qui sont passés. Ceux dont on ne parle pas. Ceux qui ont frappé dans le noir pendant que des familles dormaient ou se terraient dans des abris. Ceux qui ont trouvé leur cible.
On célèbre les 90 % d’interception. Et on a raison. Mais les pourcentages ne protègent pas les 10 % qui passent. Les pourcentages ne reconstruisent pas un mur. Les pourcentages ne ramènent pas un enfant.
Je me suis arrêté sur ce chiffre — 33 — et j’ai ressenti quelque chose que je n’arrive pas tout à fait à nommer. Du soulagement d’abord, oui, pour les 367 abattus. Puis une espèce de nausée lente, rampante. Parce que 33 drones, c’est 33 explosions quelque part dans la nuit ukrainienne. Et je ne sais pas où. Et personne ne me le dit. Et ce vide d’information est plus lourd que n’importe quel chiffre. Ce sont les histoires qu’on ne raconte pas qui pèsent le plus. Les cibles qu’on ne nomme pas. Les dégâts qu’on ne montre pas. Quelque part, ce matin, quelqu’un déblayait les décombres de ce que les 33 ont laissé. Et nous, on regardait le 367 en se disant : « Pas mal. »
Les robots au front — 7 000 missions en janvier
L’innovation née de la nécessité
Voici un chiffre d’un autre ordre. En janvier 2026, les systèmes robotiques au sol déployés par les forces ukrainiennes ont effectué plus de 7 000 missions de combat et de logistique sur la ligne de front. Sept mille. Ce n’est plus de l’expérimentation. Ce n’est plus un gadget technologique qu’on teste dans un coin. Du quotidien. Une composante intégrée des opérations.
Ces machines font ce que les humains faisaient avant elles. Elles transportent des munitions vers les positions avancées. Elles évacuent des blessés. Elles effectuent des reconnaissances dans des zones trop dangereuses pour y envoyer un homme. Elles avancent là où un pas humain signifie la mort.
Sept mille missions, c’est sept mille fois où un soldat n’a pas eu à risquer sa vie pour une tâche logistique. Sept mille fois où un corps humain n’a pas été exposé au feu ennemi pour transporter une caisse de munitions ou ramener un camarade blessé. Une révolution silencieuse, pragmatique, née non pas de l’ambition technologique mais de la nécessité absolue de préserver des vies.
Le progrès qui n’en est pas un
Mais il y a l’autre face de cette médaille. Si les robots accomplissent ces tâches, c’est parce que le front est trop mortel pour les humains. Chaque automate déployé est un aveu. Chaque mission robotique est la preuve que l’environnement est devenu si létal, si saturé de drones, de mines, de tirs d’artillerie, que même traverser quelques centaines de mètres à découvert est un arrêt de mort.
L’Ukraine innove. L’Ukraine s’adapte. L’Ukraine développe des capacités que des armées beaucoup plus riches et beaucoup plus anciennes n’ont pas. Et c’est admirable. Indéniablement. Mais ce respect a un goût amer, parce qu’il naît de la souffrance. Parce que chaque avancée technique sur ce front est le fruit d’une leçon payée en sang. Parce qu’on n’invente pas des robots pour aller chercher ses blessés quand le chemin est sûr.
L’ingéniosité humaine déployée pour survivre à l’inhumanité. C’est peut-être la phrase qui résume le mieux cette guerre.
Il y a un paradoxe qui me hante dans ces 7 000 missions robotiques. On applaudit l’innovation — et on a raison. On salue l’ingéniosité — et on a raison. Mais chaque fois qu’un robot traverse un champ de bataille à la place d’un homme, c’est la preuve que ce champ de bataille est devenu un enfer. Un enfer si parfait dans sa létalité que même les êtres humains les plus courageux ne peuvent plus y mettre le pied. Alors on envoie des machines. Et les machines reviennent — parfois. Et les hommes restent en vie — parfois. Et on appelle ça du progrès. Je ne sais pas si c’est du progrès. Je sais que c’est de la survie.
Artem — l'homme que la médecine avait déclaré inapte
Trois mots sur un formulaire
« Inapte au service militaire. »
Trois mots. Un verdict médical. Un tampon officiel. Un formulaire qui dit : « Votre corps n’est pas assez solide pour la guerre. Restez chez vous. Personne ne vous en voudra. Vous avez fait votre part en essayant. »
Artem a regardé ce formulaire. Et il a dit non.
Non, il ne resterait pas chez lui. Non, il n’accepterait pas ce verdict. Non, il ne laisserait pas un tampon sur un papier décider de sa place dans ce conflit. Il a insisté pour être réévalué. Il a demandé une seconde chance. Et il l’a obtenue. Et il est parti. Volontairement. Vers le front. Vers le feu. Vers les corps brisés qu’il allait devoir recoudre sous les obus.
Artem est médecin de combat. Son travail consiste à sauver des vies dans les pires conditions imaginables. Sous le pilonnage. Sous les drones. Dans la boue, le sang, le vacarme. Avec des moyens limités et un temps compté. Chaque seconde qui passe est une seconde de moins pour le blessé qui saigne devant lui.
« Pour sauver quelqu’un, il faut être là — même sous un feu nourri »
C’est sa phrase. Celle d’Artem. Pas celle d’un général dans un bureau climatisé. Pas celle d’un politicien devant un micro. Celle d’un homme dont le corps a été jugé trop fragile par l’institution militaire, et qui a choisi d’aller là où les corps se brisent.
« Pour sauver quelqu’un, il faut être là — même sous un feu nourri. »
Lisez cette phrase encore une fois. Lentement. Chaque mot pèse. « Pour sauver » — c’est l’intention. « Il faut être là » — c’est le choix. « Même sous un feu nourri » — c’est le prix.
Artem est quelque part sur la ligne de front en ce moment. Pendant que vous lisez ces mots. Pendant que je les écris. Il est là. Les mains dans le sang de quelqu’un d’autre. Le dos courbé sous les déflagrations. Le cœur battant à tout rompre. Le cerveau focalisé sur une seule chose : garder en vie l’homme ou la femme qui saigne devant lui.
Un homme que la médecine avait jugé inapte. Qui porte un corps blessé alors que son propre corps a été déclaré insuffisant. Qui sauve des vies alors que personne ne lui a demandé de risquer la sienne.
Je ne connais pas Artem. Je ne connais pas son nom de famille. Je ne sais pas d’où il vient, s’il a des enfants, s’il aime le café le matin ou s’il préfère le thé. Je sais seulement qu’un médecin a regardé son dossier et a écrit « inapte ». Et qu’Artem a fait rayer ces mots. Et qu’il est parti. Et qu’il est là-bas, maintenant, quelque part dans la boue et le froid et le fracas, en train de faire ce que la plupart d’entre nous ne ferions jamais. Je voudrais lui dire quelque chose. Mais quoi ? « Merci » semble dérisoire. « Reviens » semble naïf. « Tiens bon » semble cruel. Alors je ne dis rien. J’écris son prénom. Artem. Et j’espère que ça suffit. Ça ne suffit pas.
Les drones à Lyman — quand la défense ressemble à la destruction
L’unité Phoenix et l’élimination des troupes d’assaut
Après Artem qui recoud les corps, il y a ceux qui les brisent. Le conflit ne permet pas de choisir un seul rôle.
Dans la direction de Lyman, les pilotes de l’unité « Phoenix » des gardes-frontières ukrainiens ont éliminé des troupes d’assaut russes. Le communiqué original ukrainien utilise une formule qui ne se traduit pas facilement : « Vécu dans le péché, mort de façon drôle. » C’est le titre qu’ils ont donné à la vidéo de l’opération. Un titre qui oscille entre le sarcasme et le désespoir.
Les pilotes de drones sont devenus l’une des armes les plus redoutables de cette guerre. Depuis un écran, parfois à des kilomètres du front, ils guident de petits engins volants vers des cibles. Ils voient. Ils identifient. Ils frappent. Et sur leur écran, des silhouettes humaines cessent de bouger.
De la défense, oui. Les troupes d’assaut russes avançaient vers des positions ukrainiennes. Les neutraliser, c’est protéger les soldats qui tiennent ces positions. Empêcher une percée. Préserver un village, une ligne, un secteur. La logique militaire est implacable et nécessaire.
L’ambivalence qu’on n’a pas le droit d’ignorer
Mais il y a autre chose. Quelque chose de plus inconfortable. Ces troupes d’assaut russes étaient des êtres humains. Probablement jeunes. Probablement terrifiés. Probablement envoyés là par un commandement qui les considérait comme du matériel consommable. Certains étaient peut-être des conscrits qui n’avaient pas choisi d’être là. D’autres étaient peut-être des volontaires convaincus par la propagande. On ne sait pas. On ne saura jamais. Parce qu’ils sont morts.
Et leur mort a été filmée. Par un drone. Et la vidéo a été diffusée. Avec un titre sarcastique. Et quelque part, un pilote de drone a regardé son écran et a vu des hommes mourir. Et il a probablement ressenti du soulagement — parce que ses camarades sont en sécurité. Et peut-être autre chose aussi. Quelque chose qu’on ne nomme pas dans les communiqués.
La guerre moderne a cette particularité terrifiante : elle permet de tuer à distance, avec précision, en regardant. La mort n’est plus anonyme. Elle est filmée, horodatée, partagée. Et cette proximité visuelle combinée à la distance physique crée une dissonance que personne n’a encore appris à gérer.
Je ne vais pas juger les pilotes de l’unité Phoenix. Ils font leur travail. Ils protègent les leurs. Ils éliminent une menace qui, si elle n’était pas neutralisée, tuerait des Ukrainiens. Mais je refuse de célébrer. Je refuse le triomphalisme. Parce que derrière chaque silhouette qui s’effondre sur un écran de drone, il y a un être humain qui a été envoyé mourir par un régime qui ne prononcera jamais son nom. La tragédie n’est pas que ces hommes aient été tués. La tragédie est qu’ils aient été envoyés là. Et que personne, dans leur pays, ne comptera jamais leurs morts à voix haute.
La Crimée — frapper loin pour dire « on ne lâche rien »
Un hélicoptère Ka-27 et trois points de contrôle
Le même jour, loin du front terrestre, les forces de défense ukrainiennes ont frappé en Crimée. Un hélicoptère naval Ka-27 russe a été touché. Trois points de contrôle de drones ennemis ont été détruits.
Un Ka-27, c’est un appareil de la marine russe. Le frapper en Crimée, c’est envoyer un message qui dépasse largement la valeur militaire de l’engin. C’est dire : « Vous n’êtes en sécurité nulle part. Pas sur le front. Pas en Crimée. Pas dans vos bases navales. Nulle part. »
Quant aux trois points de contrôle de drones — leur destruction est encore plus significative. Neutraliser les stations depuis lesquelles la Russie pilote ses propres drones, c’est frapper le cerveau de la machine. Pas les drones eux-mêmes, mais ceux qui les dirigent. De la guerre chirurgicale. De la stratégie en profondeur.
La détermination froide canalisée en méthode
Il y a quelque chose de remarquable dans la capacité ukrainienne à mener des opérations en profondeur le même jour où elle encaisse une offensive aérienne de 400 drones. Pensez-y. Dans la même période de 24 heures, l’Ukraine a subi un bombardement massif, intercepté des centaines de drones et de missiles, publié un bilan de 1 180 pertes ennemies sur le front terrestre, ET frappé un hélicoptère naval et des installations de contrôle en Crimée.
Pas du désespoir. Pas de la réaction. De la méthode. Une armée qui, après quatre ans de guerre, a appris à opérer simultanément sur plusieurs dimensions — défense aérienne, combat terrestre, frappes en profondeur, guerre électronique. Une armée qui ne se contente pas de survivre. Elle dégrade méthodiquement la capacité de son adversaire.
Pas de triomphalisme. Pas d’exclamation. Du fait. Du résultat. De la résolution froide transformée en efficacité opérationnelle.
Ce qui me frappe dans cette frappe en Crimée, c’est le timing. Le même jour. Le même jour où 400 drones volent vers vos villes, vous frappez un hélicoptère naval dans la péninsule que l’ennemi considère comme son territoire. Il y a là-dedans quelque chose qui ressemble à du défi. Pas le défi bruyant, pas la bravade. Le défi silencieux. Celui qui dit : « Vous nous bombardez la nuit, nous vous frappons le jour. Vous nous envoyez 400 drones, nous détruisons vos stations de contrôle. » C’est le conflit comme conversation. Et l’Ukraine refuse de se taire.
Le nom au milieu des chiffres — et le prix de l'aguerrissement
Dmytro Labutkin — le jour des correspondants militaires
Le 16 février est le Jour des correspondants militaires en Ukraine. La date n’a pas été choisie au hasard. Elle a été choisie en mémoire de Dmytro Labutkin.
Dmytro Labutkin était correspondant militaire. Il a péri ce jour-là — un 16 février — pendant les hostilités dans l’est de l’Ukraine. Il faisait le travail que peu de gens ont le courage de faire : aller là où les balles volent, non pas avec un fusil, mais avec un stylo. Ou un micro. Ou une caméra. Documenter. Témoigner. Raconter ce que le monde ne veut pas voir.
Il n’est pas revenu.
Et maintenant, son nom est un jour du calendrier. Sa disparition est devenue une date. Sa mémoire est devenue une commémoration officielle. C’est à la fois beau — on se souvient — et terrible — on a besoin de se souvenir parce qu’il y a tellement de morts qu’on pourrait oublier.
Le contraste qui déchire
Regardez le contraste. Le même jour — le 16 février 2026 — deux choses se passent. D’un côté, un bilan : 1 180 personnels ennemis éliminés. Des chiffres. Des catégories. Des pourcentages. De l’autre côté, une commémoration : un nom. Dmytro Labutkin. Un seul nom.
1 180 anonymes d’un côté. Un prénom de l’autre. Le gouffre entre le chiffre et le nom est le gouffre de cette guerre tout entière. Les morts russes sont des unités dans un tableau. Les morts ukrainiens sont des noms sur des monuments. Et les deux sont des tragédies. Les deux sont des vies perdues. Les deux sont des familles brisées.
Mais seul l’un des deux camps nomme ses morts. L’autre les compte — quand il les compte. Et souvent, il ne les compte pas.
La Russie ne publie pas ses chiffres de pertes. Les familles russes apprennent la mort de leur fils par l’absence. Par le silence. Par le téléphone qui ne sonne plus. Par la lettre qui n’arrive pas. Quelque part en Sibérie, dans l’Oural, dans le Caucase, dans les villages oubliés de la Fédération, des mères attendent. Et elles attendront longtemps.
Peut-être toujours.
Ce que dit Bradley Crawford
Bradley Crawford est un ancien militaire américain, conseiller international en combat, fondateur du Tactical Combat Advisory Group. Un professionnel. Un homme qui a vu des armées de près, qui les a formées, qui les a évaluées. Et voici ce qu’il dit de l’Ukraine : « L’Ukraine sortira de cette guerre comme l’une des armées les plus aguerries d’Europe. »
Un compliment. Une reconnaissance. La validation professionnelle d’un expert qui observe ce que quatre ans de conflit ont fait de l’armée ukrainienne — une force qui a appris à combiner drones, robots, défense aérienne, frappes en profondeur, guerre électronique dans un ensemble cohérent et efficace. Une armée qui innove sous le feu. Qui s’adapte en temps réel. Qui transforme chaque leçon en capacité.
Crawford a raison. L’armée ukrainienne de 2026 est une armée transformée. Elle n’a plus rien à voir avec celle de 2022. Plus agile, plus technologique, plus létale, plus résiliente.
Le prix de l’aguerrissement
Mais voici ce que Crawford ne dit pas — ou ce qu’il dit autrement, dans le langage clinique des professionnels militaires : chaque compétence acquise a été payée en sang. Chaque leçon tactique a un coût humain. Chaque adaptation est née d’un échec, d’une embuscade, d’une position perdue, d’un camarade tombé.
« L’une des armées les plus aguerries d’Europe. » Aguerrie. Le mot vient de « guerre ». Rendue experte par la guerre. C’est un mot qui porte en lui sa propre violence. On ne s’aguerrit pas dans une salle de classe. On s’aguerrit en perdant des amis. En survivant à ce qui aurait dû vous tuer. En apprenant, obus après obus, drone après drone, jour après jour, comment ne pas mourir.
L’Ukraine sera forte après cette guerre. Plus forte que la plupart des armées européennes. C’est probable. C’est même certain. Mais cette force sera construite sur des tombes. Sur des milliers de tombes. Sur des dizaines de milliers de tombes. Et la fierté de cette force sera toujours mêlée de deuil.
C’est l’espoir le plus tranchant qui soit. Un espoir à double lame. Celui qui dit : « Oui, il y aura un après. » Et qui ajoute, dans un murmure : « Mais l’après portera les cicatrices du pendant. Pour toujours. »
Dmytro Labutkin. Je prononce son nom à voix haute dans mon bureau. Dmytro. Labutkin. Ça prend deux secondes. Deux secondes pour dire le nom d’un homme qui est allé mourir pour que d’autres sachent. Et dans le bilan du même jour, 1 180 hommes n’ont pas de nom. Nulle part. Ils sont des chiffres. Du « personnel ». Le mot le plus froid de la langue militaire pour désigner des êtres humains qui avaient des visages, des voix, des rêves. Et quand Bradley Crawford dit « l’une des armées les plus aguerries d’Europe », je tourne cette phrase dans ma tête et je ne sais pas si elle me rassure ou si elle me brise. Parce qu’elle contient une promesse — il y aura un après, et l’Ukraine y sera forte. Mais elle contient aussi un aveu — cette force a été forgée dans le feu, et le feu brûle. Combien de Labutkin pour devenir « aguerri » ? Je veux croire que ça en vaut la peine. Mais je suis assis dans mon bureau à Montréal, et je n’ai pas le droit de décider si le prix est acceptable. Seuls ceux qui le paient ont ce droit.
Jour 1 454 — le bilan qui ne finit jamais
Le temps qui use plus que les obus
Nous sommes le 16 février 2026. La guerre a commencé le 24 février 2022. Ça fait 1 454 jours. Presque quatre ans. Quatre hivers. Quatre printemps. Quatre étés où les champs de tournesols ont poussé entre les cratères d’obus. Quatre automnes où la boue a englouti les tranchées.
En quatre ans, un enfant qui avait 10 ans au début du conflit en a maintenant 14. Il ne se souvient plus vraiment de ce que c’était, avant. Avant les sirènes. Avant les abris. Avant les nuits interrompues. La guerre est devenue son normal. Et c’est peut-être la chose la plus cruelle de toutes.
Le rythme des pertes ne faiblit pas. Les innovations continuent. Les commémorations s’accumulent. Les bilans tombent chaque matin. Et le monde regarde — de moins en moins. L’attention internationale s’est érodée comme une falaise sous les vagues. Lentement. Inexorablement. Chaque jour un peu moins de couverture. Chaque semaine un peu moins d’indignation. Chaque mois un peu moins de solidarité.
L’ennemi invisible : notre indifférence
La Russie le sait. La lassitude du monde est une arme aussi efficace qu’un missile de croisière. Peut-être plus efficace. Un missile peut être intercepté. La lassitude, non. Elle s’infiltre silencieusement. Elle transforme l’horreur en bruit de fond. Elle fait de 1 180 morts par jour une donnée parmi d’autres dans le flux d’information.
Combien de temps encore lirez-vous ces bilans ? Honnêtement. Combien de temps avant que 1 180 ne soit plus qu’un chiffre que vos yeux survolent sans s’arrêter ? Combien de temps avant que la prochaine offensive aérienne de 400 drones ne mérite même plus un haussement de sourcils ?
Je ne vous accuse pas. Je m’accuse aussi. Parce que moi aussi, j’ai eu des matins où j’ai lu le bilan en diagonale. Des matins où « 1 100 pertes » n’a provoqué aucune réaction physique. Aucun serrement au ventre. Rien. Et c’est dans ce « rien » que la guerre gagne son combat le plus insidieux — pas sur le front, mais dans nos consciences anesthésiées.
Le temps est l’allié de l’agresseur quand le monde se lasse. Chaque jour qui passe sans réaction est un jour gagné pour celui qui compte sur notre fatigue. Et nous sommes fatigués. Nous le sommes tous. Quatre ans de conflit, ça use — même ceux qui ne le vivent pas. Surtout ceux qui ne le vivent pas. Parce que ceux qui le vivent n’ont pas le luxe de se lasser. Ils n’ont pas le choix.
Artem n’a pas le choix. Les opérateurs de défense aérienne qui ont abattu 367 drones cette nuit-là n’avaient pas le choix. Les pilotes de Phoenix n’avaient pas le choix. Les familles dans les abris n’avaient pas le choix. Nous, oui. Et c’est ce choix — regarder ou détourner les yeux — qui définit ce que nous sommes.
Demain, un nouveau communiqué
Demain matin, l’état-major des Forces armées d’Ukraine publiera un nouveau bilan. Le format sera identique. Les catégories seront les mêmes. Personnel. Chars. Véhicules blindés. Artillerie. Drones. Le gabarit de la mort ne changera pas. Seuls les chiffres bougeront — un peu plus haut, un peu plus bas, toujours dans les mêmes ordres de grandeur.
Et quelque part sur le front, Artem sera toujours là. Les mains dans le sang. Le dos courbé. Le cœur battant. Déclaré inapte. Présent quand même.
Et quelque part en Crimée, les débris du Ka-27 refroidiront lentement.
Et quelque part dans un village russe, un téléphone ne sonnera pas.
Et quelque part dans une ville ukrainienne, quelqu’un déblayera les décombres laissés par l’un des 33 drones qui sont passés.
Et quelque part, un enfant de 14 ans essaiera de se souvenir du silence d’avant.
La seule question qui compte
1 180. C’est le chiffre d’aujourd’hui. Ce n’est pas le chiffre de demain. Demain aura le sien. Et le jour d’après. Et celui d’après. Le compteur ne s’arrête pas. Le communiqué ne s’interrompt pas. La guerre ne fait pas de pause.
Vous avez lu jusqu’ici. C’est déjà quelque chose. C’est déjà un refus — le refus de laisser 1 180 n’être qu’un chiffre. Le refus de laisser Artem n’être qu’un prénom. Le refus de laisser Labutkin n’être qu’une date sur un calendrier. Le refus de laisser les 33 drones qui sont passés disparaître dans le silence.
Mais lire ne suffit pas si on oublie demain. L’attention est un acte. Un acte minuscule, dérisoire peut-être, mais un acte quand même. Le contraire de l’indifférence. Le contraire de l’anesthésie. Le contraire de ce que l’agresseur espère.
Demain, un nouveau bilan tombera.
Le lirez-vous ?
Je me souviens du premier bilan que j’ai lu, en février 2022. Je me souviens de la secousse. Du choc physique. De cette sensation que le monde venait de basculer. C’était il y a 1 454 jours. Et ce matin, j’ai lu « 1 180 » et j’ai failli passer à autre chose. Failli. Je me suis rattrapé. Mais le « failli » est le mot le plus important de cette phrase. Parce que le jour où je ne me rattraperai plus, le jour où 1 180 ne sera plus qu’un bruit de fond, ce jour-là, j’aurai perdu quelque chose d’essentiel. Et ce quelque chose, c’est ce qui fait de moi un être humain. Je finis ce billet et je ne sais pas si j’ai accompli quoi que ce soit. Je n’ai pas arrêté la guerre. Je n’ai pas sauvé Artem. Je n’ai pas ramené Labutkin. Je n’ai pas intercepté les 33 drones. J’ai fait la seule chose que je sais faire — écrire. Mettre des mots sur des chiffres pour que les chiffres redeviennent des gens. C’est peu. C’est presque rien. Mais c’est la seule chose qui sépare l’information de l’indifférence. Et si ces mots vous ont fait ressentir quelque chose — n’importe quoi — alors ne laissez pas cette émotion s’évaporer. Gardez-la. Elle est précieuse. Elle est la preuve que vous n’êtes pas encore anesthésié. Pas encore.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
ArmyInform — Agence d’information du ministère de la Défense de l’Ukraine — Communiqué officiel de l’état-major général des Forces armées d’Ukraine, bilan des pertes russes du 16 février 2026, données cumulatives du 24.02.2022 au 16.02.2026.
État-major général des Forces armées d’Ukraine — Rapports quotidiens sur les pertes ennemies et la situation opérationnelle sur le front, publiés via les canaux officiels du ministère de la Défense ukrainien.
Sources secondaires
ArmyInform — « All cruise missiles destroyed, shot down: Air Force reveals details of repelling the night’s massive attack » — Détails de l’attaque combinée massive de drones et missiles de croisière du 16 février 2026, bilan de l’interception par les forces de défense aérienne ukrainiennes.
ArmyInform — « To save a person, you must be there — even under heavy fire: the path of combat medic Artem » — Portrait du médecin de combat Artem, déclaré inapte au service militaire puis volontaire pour le front, 16 février 2026.
ArmyInform — « In Crimea, Defense Forces Hit a Russian Ka-27 Helicopter » — Rapport sur la frappe ukrainienne contre un hélicoptère naval Ka-27 et trois points de contrôle de drones ennemis en Crimée, 16 février 2026.
ArmyInform — « In January, Ground Robotic Systems Completed Over 7,000 Combat and Logistics Tasks on the Frontline » — Rapport sur le déploiement des systèmes robotiques au sol par les forces ukrainiennes, bilan de janvier 2026.
ArmyInform — « Ukraine will emerge from this war as one of the most combat-ready armies in Europe: An interview with an American military advisor » — Entrevue avec Bradley Crawford, conseiller militaire américain et fondateur du Tactical Combat Advisory Group (TCAG), février 2026.
ArmyInform — « Today in Ukraine — Day of Military Journalists » — Commémoration du Jour des correspondants militaires ukrainiens, en mémoire de Dmytro Labutkin, 16 février 2026.
ArmyInform — « Lived Sinfully, Died Funny — Our Drone Drew Fire From an Occupant in an Unexpected Place » — Opération de l’unité Phoenix des gardes-frontières ukrainiens dans la direction de Lyman, élimination de troupes d’assaut russes par drones, février 2026.
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