Imaginez un instant
Fermez les yeux. Imaginez. Et soyez honnête avec vous-même — imaginez que vous aviez le pouvoir de cesser tout ça en un mot. Poutine annonce la victoire. La télévision d’État interrompt ses programmes. Les drapeaux tricolores russes flottent sur la Place Rouge. Les fanfares jouent. Les vétérans défilent. Les mères des soldats tombés reçoivent des médailles et des poignées de main présidentielles. La Grande Guerre patriotique 2.0 est terminée, et la Russie a triomphé.
Les discours coulent comme du miel. On parle de sacrifice héroïque. On parle de civilisation sauvée. On parle de l’Occident humilié. Les chaînes de télévision diffusent des documentaires sur la bravoure des soldats russes. Les écoliers dessinent des chars avec des étoiles rouges. Les restaurants servent des menus spéciaux pour célébrer la paix retrouvée.
Et dans les chancelleries occidentales, le soulagement est palpable. Washington applaudit. Bruxelles respire. Berlin se remet à acheter du gaz. Les sanctions s’assouplissent progressivement. Les marchés remontent. Le monde reprend son cours normal, ou du moins ce qu’il en reste.
Le monde possible que personne n’habitera
Ce scénario n’est pas un fantasme. Ce n’est pas de la science-fiction géopolitique. C’est une option concrète, réalisable, immédiate. Motyl le dit sans détour : Poutine a théoriquement le pouvoir et les moyens de déclarer victoire. Les gains territoriaux sont là. La narrative est prête. Le public est conditionné.
Mais ce monde n’existera pas. Pas demain. Pas la semaine prochaine. Probablement pas cette année. Peut-être jamais — du moins pas sous cette forme, pas avec cet homme aux commandes. Et c’est là que le vertige commence. Parce que la distance entre ce qui pourrait être et ce qui est, cette distance-là, elle se mesure en vies humaines. Chaque jour qui sépare le scénario fantôme de la réalité, c’est un jour de plus avec des obus, des tranchées, des cercueils.
Vous savez ce que ça fait, de voir un monde possible et de savoir qu’il ne viendra pas ? Ça fait exactement l’effet d’une noyade au ralenti. On voit la surface. On voit la lumière. On sait qu’il suffirait de tendre le bras. Et le bras ne se tend pas.
J’ai pensé aux rubans. Ces petits rubans de Saint-Georges que les Russes portent chaque neuf mai pour commémorer la victoire de 1945. Orange et noir. Fierté et deuil mêlés. Je me suis demandé combien de ces rubans sont déjà imprimés, stockés quelque part dans un entrepôt du ministère de la Défense, en attente du jour où Poutine prononcera le mot magique. Ils sont là. Ils attendent. Et pendant qu’ils attendent, des hommes de vingt ans creusent des trous dans la terre gelée du Donetsk pour y dormir — ou pour y mourir. Les rubans attendront encore longtemps.
Pourquoi c'est si évident : L'équation que tout le monde peut résoudre sauf un
Les termes du calcul
D’un côté, ce que la Russie a gagné : la Crimée entière, la majeure partie du Donbas, des morceaux significatifs de deux autres oblasts ukrainiens. En termes de territoire, c’est un gain net considérable par rapport à la situation d’avant février 2022. En termes de propagande, c’est amplement suffisant pour déclarer une victoire éclatante.
De l’autre côté : les centaines de milliers de soldats tués ou blessés. Les milliers de chars détruits. Les milliards de dollars engloutis. L’économie sous sanctions. L’isolement diplomatique qui s’aggrave. La fuite des cerveaux. Une démographie fragilisée qui s’effondre. Ce que la Russie a perdu pour obtenir ces gains n’a pas de prix — ou plutôt, il en a un, et ce prix est insoutenable.
N’importe quel comptable de province pourrait faire le calcul. N’importe quel étudiant en première année de sciences politiques pourrait rédiger le mémo. Le coût dépasse le gain. Chaque jour supplémentaire de conflit aggrave le déséquilibre. La solution rationnelle est d’une limpidité presque insultante : déclarer victoire, encaisser les gains, et passer à autre chose.
La question qui contient sa propre réponse
Alors pourquoi ? Si c’est si évident, si c’est si simple, si c’est si manifestement dans l’intérêt de la Russie, pourquoi Poutine ne le fait-il pas ?
Motyl identifie trois obstacles. Trois couches. Trois niveaux d’impossibilité qui s’empilent comme des strates géologiques. Et chaque couche est plus troublante que la précédente. Parce que chaque couche révèle un peu plus la vérité que personne ne veut entendre : l’homme le plus puissant de Russie n’est peut-être pas puissant du tout.
Il ne s’agit pas de folie. Ce serait presque rassurant, la folie. On pourrait se dire : c’est un fou, les fous font des choses folles, c’est dans leur nature. Non. Ce qui se passe est bien pire que la folie. C’est un mécanisme. Un engrenage. Une prison dont les murs sont faits de la propre fiction du prisonnier.
Et c’est cette mécanique que je veux démonter avec vous. Pièce par pièce. Parce que comprendre pourquoi Poutine ne peut pas interrompre cette guerre, c’est comprendre pourquoi des gens continuent de mourir chaque jour pour rien.
Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans la clarté. Quand un problème est confus, on peut se réfugier dans la confusion. On peut dire : c’est compliqué, je ne comprends pas, personne ne comprend vraiment. Mais quand le problème est limpide — quand la solution est là, visible, accessible, et qu’elle n’est pas saisie — alors il n’y a plus de refuge. Il ne reste que le constat nu. Et le constat nu, c’est celui-ci : la paix est à portée de main, et des gens meurent parce qu’un homme ne veut pas tendre le bras. Je ne sais pas comment on est censé vivre avec cette information. Je ne sais vraiment pas.
Première couche : Il ne voit pas
L’aveuglement du tsar
Commençons par le plus simple. Le plus troublant aussi, dans sa banalité. Il est possible — possible, pas certain — que Vladimir Poutine croie sincèrement que la Russie est en train de remporter cette guerre. Que la victoire totale est à portée de main. Que l’Ukraine est sur le point de s’effondrer.
Comment est-ce possible ? Comment le dirigeant de la plus grande puissance nucléaire du monde peut-il être aussi mal renseigné sur son propre conflit ? La réponse est d’une simplicité terrifiante : parce que personne ne lui dit la vérité.
C’est le piège classique de l’autocratie. Motyl le décrit avec précision : les subordonnés de Poutine lui servent des bulletins où les mauvaises nouvelles sont filtrées, atténuées, reformulées en jargon militaire rassurant. Les pertes massives deviennent des « ajustements tactiques ». Les retraites deviennent des « repositionnements stratégiques ». Les gains minuscules — quelques centaines de mètres gagnés au prix de milliers de vies — deviennent des avancées significatives.
Et Poutine, assis dans son bureau du Kremlin, à des milliers de kilomètres du front, regarde ces rapports et se dit : on gagne. Pourquoi arrêter maintenant, si la victoire totale est juste au coin de la rue ?
Le mur de la réalité
Le problème, c’est que la réalité ne se plie pas aux rapports. La Russie avance, oui. De quelques centaines de mètres par semaine. Parfois par jour, dans les bons jours. Et le lendemain, une contre-attaque ukrainienne reprend la moitié du terrain gagné. Les gains sont, comme le dit Motyl, minuscules et impermanents.
Mais le prix de ces gains, lui, est permanent. Les soldats morts ne reviennent pas. Les chars détruits ne se reconstruisent pas en un jour. Les familles endeuillées ne se consolent pas avec un bulletin de victoire lu par un présentateur à la mâchoire carrée sur la Première Chaîne.
Il est donc possible que le dirigeant de la Russie soit, en ce moment même, le citoyen le plus mal renseigné de son propre pays. Que le conscrit de 22 ans dans sa tranchée du Donetsk en sache plus sur la réalité de ce conflit que l’homme qui l’a déclenché. Que la mère qui reçoit un cercueil drapé de tricolore comprenne mieux la situation que celui qui a signé l’ordre d’envoi.
C’est un paradoxe qui devrait donner le vertige. L’homme le plus entouré de conseillers au monde est peut-être le plus isolé dans sa compréhension du réel. Et cette solitude, cette déconnexion, cette bulle hermétique de mensonges confortables — elle tue. Chaque jour. À chaque rapport filtré qui atterrit sur le bureau présidentiel, quelqu’un, quelque part, meurt pour entretenir l’illusion.
Je pense à ce conscrit. Celui dont personne ne connaît le nom. Andrei, peut-être, ou Dmitri. Vingt-deux ans, peut-être vingt-trois. Il est dans un trou boueux quelque part entre Avdiivka et Pokrovsk. Il sait — parce qu’il le vit dans sa chair — que le terrain gagné hier sera reperdu demain. Il sait que ses camarades tombent pour des lopins de terre qui ne valent rien. Il sait que Kolya, son ami du lycée, est tombé pour trois mètres de terrain que l’armée ukrainienne a repris la semaine suivante. Et il sait que quelque part, très loin, un homme assis dans un fauteuil de cuir regarde un rapport qui dit que tout va bien. Ce conscrit ne peut pas parler. Il ne peut même pas penser trop fort. Mais il sait. Et ce savoir silencieux, enfermé dans un corps de vingt-deux ans qui creuse des tranchées dans la boue — c’est peut-être la chose la plus tragique de toute cette guerre.
Deuxième obstacle : Il en est empêché
Le mythe de l’homme tout-puissant
Deuxième couche. Plus profonde. Plus dérangeante. Et c’est celle que Motyl identifie comme la plus importante des trois.
On nous a vendu une image de Vladimir Poutine pendant 25 ans. L’homme fort. Le stratège. Le joueur d’échecs. Le maître du Kremlin qui tire toutes les ficelles, qui contrôle tout, qui décide de tout. L’homme qui fait trembler l’Occident d’un haussement de sourcil. Le tsar moderne, omnipotent et omniscient.
Et si c’était faux ?
Pas entièrement faux. Poutine dispose d’un pouvoir réel, c’est indéniable. Mais le pouvoir autocratique n’est pas le pouvoir absolu. Le pouvoir autocratique repose sur un équilibre précaire entre le dirigeant et les élites qui le soutiennent. L’oligarque qui finance. Le général qui obéit. Le chef des services de sécurité qui surveille. Le gouverneur qui administre. Chacun de ces acteurs a ses propres intérêts, ses propres calculs, ses propres lignes rouges.
Et voici le paradoxe central, celui qui fait basculer toute notre compréhension de la situation : Poutine est peut-être trop vulnérable pour imposer la paix.
Le retournement du gant
Relisez cette phrase. Laissez-la infuser. L’homme qu’on croit tout-puissant est peut-être trop affaibli pour faire la chose la plus évidente de sa carrière politique.
Pourquoi ? Parce que déclarer victoire quand les élites savent que ce n’est pas une victoire, c’est s’exposer. C’est admettre, implicitement, que le conflit n’a pas atteint ses objectifs. C’est reconnaître que les centaines de milliers de morts sont tombés pour un résultat partiel. Et les élites russes — les oligarques, les siloviki, les hauts gradés — ne sont pas des imbéciles. Ils ont accès aux vrais chiffres. Ils connaissent les pertes réelles. Ils voient le fossé entre la propagande et la réalité.
Si Poutine déclare victoire et que les élites n’y croient pas, alors Poutine apparaît pour ce qu’il est : un homme qui a lancé un conflit catastrophique, qui a détruit l’économie russe, qui a tué des centaines de milliers de ses propres citoyens, et qui n’a même pas obtenu ce qu’il voulait. Vulnérable. Exposé. En danger.
Et dans le système russe, un dirigeant qui apparaît affaibli est un dirigeant qui est en péril.
Motyl le dit avec une précision dévastatrice : la logique elle-même suggère que l’image du Poutine omnipotent capable de manipuler ses subordonnés est fausse. Son régime apparaît aussi précaire que sa prise sur le pouvoir est ténue. Le régime est rigide — pas flexible, pas résilient — un matériau qui ne plie pas mais qui peut rompre d’un coup.
Il y a un mot en russe — vlast — qui signifie à la fois pouvoir et autorité. C’est un mot lourd, un mot qui pèse. Et je me demande si Poutine, la nuit, quand les conseillers sont partis et que les rapports sont rangés dans les tiroirs, je me demande s’il pèse encore ce mot. S’il sent encore son poids. Ou s’il sent, au contraire, que le mot se vide, lentement, comme un sablier dont personne ne retourne le verre. Il ne dirige pas. Il négocie sa survie. Et chaque jour de conflit supplémentaire n’est pas une démonstration de force — c’est un aveu de faiblesse déguisé en obstination.
Les élites : La fracture invisible
Ceux qui savent et qui se taisent
On parle des élites russes comme d’un bloc monolithique. Les oligarques. Les siloviki. Les hommes du système. On les imagine alignés derrière Poutine comme des soldats de plomb, obéissants, silencieux, interchangeables.
C’est une erreur. Les élites russes ne sont pas un bloc. Elles constituent un archipel de factions, d’intérêts divergents, de rivalités anciennes et de calculs permanents. Il y a ceux qui profitent du conflit — les industriels de l’armement, les mercenaires reconvertis en entrepreneurs, les profiteurs du marché noir des sanctions. Et il y a ceux qui la subissent — les hommes d’affaires dont les avoirs sont gelés à Londres et à Genève, les technocrates qui voient l’économie se décomposer, les diplomates qui ne peuvent plus mettre les pieds nulle part sans être traités en parias.
Ces deux camps coexistent. Pour l’instant. Mais la coexistence a un coût, et ce coût augmente chaque jour que le conflit dure.
Le silence comme stratégie de survie
Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans le système Poutine, le silence n’est pas un choix. C’est une condition de survie. Exprimer un désaccord, c’est se peindre une cible dans le dos. Suggérer que le conflit pourrait être une erreur, c’est signer son propre arrêt — politique au minimum, physique dans les cas extrêmes.
Alors les élites se taisent. Elles acquiescent. Elles hochent la tête dans les réunions du Conseil de sécurité. Elles applaudissent aux discours. Elles portent les rubans de Saint-Georges. Et derrière les portes fermées, dans les conversations chuchotées, dans les messages cryptés échangés sur des téléphones qu’on espère non surveillés, elles comptent.
Elles comptent les morts. Elles comptent les roubles. Elles comptent les jours. Et elles se posent toutes la même question, celle que personne n’ose formuler à voix haute : combien de temps encore ?
C’est cette question muette, cette question qui flotte dans l’air des couloirs du Kremlin sans jamais être prononcée, qui est peut-être la plus menaçante de toutes pour le régime. Parce qu’une question qu’on ne peut pas poser ne disparaît pas. Elle s’accumule. Elle fermente. Elle attend son moment.
Et Motyl le sait. C’est pour ça qu’il identifie la fragilité du soutien élitaire comme le facteur le plus important des trois. Parce que le jour où les élites cessent de se taire — le jour où le coût du silence dépasse le coût de la parole — ce jour-là, tout peut basculer.
Il y a des gens dans ce système qui voient. Qui savent. Qui comprennent exactement ce qui se passe. Des gens intelligents, cultivés, connectés au monde — des gens qui ont étudié à Oxford ou à la Sorbonne, qui ont des comptes en Suisse et des appartements à Monaco, et qui regardent leur pays se consumer dans un conflit qu’ils savent perdu. Et ils se taisent. Pas par lâcheté. Par calcul. Par instinct de survie. Parce que dans la Russie de Poutine, la vérité est un luxe que seuls les morts peuvent se permettre. Je ne sais pas si je les admire ou si je les plains. Peut-être les deux. Peut-être que c’est la même chose.
Troisième barrière : Il n'en a pas la maîtrise
Quand la propagande se heurte au réel
Troisième couche. La plus profonde. La plus humainement insoutenable.
Même si Poutine voulait interrompre le conflit. Même s’il pouvait convaincre les élites. Il resterait un problème. Un problème de 144 millions de personnes. Le peuple russe.
La propagande fonctionne. Elle fonctionne remarquablement bien, même. La télévision d’État martèle le message jour et nuit : la Russie se bat pour sa survie. L’Occident veut détruire la civilisation russe. Les Ukrainiens sont des nazis. La victoire est inévitable. Chaque sacrifice est nécessaire. Chaque mort est un héros.
Mais la propagande a une limite. Et cette limite, c’est le vécu.
Vous pouvez dire à une mère que son fils est mort en héros. Vous pouvez lui donner une médaille et une poignée de main présidentielles. Vous pouvez même lui verser une compensation financière — le prix d’une vie humaine converti en roubles, avec les taxes déduites. Mais vous ne pouvez pas lui rendre son fils. Et vous ne pouvez pas empêcher cette mère, la nuit, dans le silence de son appartement vide, de se demander pourquoi.
Le fossé qui s’élargit
Motyl pose la question avec une honnêteté rare : les Russes ont-ils été conditionnés mentalement ? Sont-ils prisonniers d’une culture politique autoritaire ? Ou grognent-ils intérieurement face aux tentatives du régime de peindre un joli tableau du conflit ?
La réponse honnête, c’est : on ne sait pas. On ne peut pas sonder l’opinion publique dans un pays où exprimer une opinion dissidente peut vous coûter 15 ans de prison. On ne peut pas mesurer le mécontentement dans une société où le mécontentement est criminalisé.
Mais on peut observer des indices. Les manifestations de femmes de soldats qui réclament le retour de leurs maris. Les vidéos clandestines de conscrits qui dénoncent leurs conditions. Les graffitis anti-conflit qui apparaissent sur les murs des villes russes et disparaissent avant le lever du jour. Les recherches Google sur « comment quitter la Russie » qui ont explosé depuis le début de la mobilisation.
Et surtout, on peut observer le fossé. Le fossé entre ce que dit la télévision et ce que vivent les gens. À la télévision, la Russie gagne. Dans les cimetières, les tombes s’alignent. À la télévision, l’économie résiste. Au supermarché, les prix augmentent. À la télévision, le moral est au plus haut. Dans les familles, on pleure en silence.
Ce fossé, Poutine le sait — ou devrait le savoir. Et c’est ce fossé qui l’empêche de déclarer victoire. Parce que déclarer victoire quand le peuple vit l’échec dans sa chair, c’est prendre le risque que la fiction s’effondre. Que le voile se déchire. Que des millions de personnes réalisent en même temps qu’on leur a menti. Et qu’elles se mettent en colère.
C’est ici que ça fait le plus mal. Pas dans les couloirs du Kremlin. Pas dans les salons des oligarques. Ici, dans les cuisines des appartements soviétiques de Novossibirsk, de Krasnoïarsk, de Volgograd. Là où une femme de 56 ans regarde le journal de 20 heures et entend que la Russie triomphe, puis se tourne vers la chaise vide de son fils et se demande de quel triomphe on parle. Les rubans de victoire sur les cercueils. La fête nationale dans un pays en deuil. Combien de temps peut-on faire croire à une mère que son fils est mort pour une victoire, quand la victoire ne vient jamais ?
Le piège se referme : Ni avancer, ni reculer, ni rester
L’engrenage sans frein
Poutine ne veut pas cesser — parce qu’il croit peut-être sincèrement que la victoire est proche. Poutine ne peut pas cesser — parce que les élites ne le laisseraient pas s’en tirer avec une fausse victoire. Poutine n’en a pas la maîtrise — parce que la propagande ne peut pas combler indéfiniment le fossé entre la fiction et le vécu.
Prenez les trois raisons. Empilez-les. Et regardez ce qui se dessine : il est piégé.
Piégé dans un conflit qu’il ne peut pas remporter au sens où il l’entend. Piégé dans un régime qu’il ne peut pas réformer sans se mettre en danger. Piégé dans une fiction qu’il ne peut pas abandonner sans que tout s’effondre. L’étau se referme. Chaque jour un peu plus.
La mécanique de l’impasse
C’est la mécanique de l’engrenage. Chaque jour de conflit supplémentaire aggrave chacun des trois problèmes. Chaque jour, la déconnexion du réel s’approfondit — parce que les rapports filtrés doivent être de plus en plus rassurants pour compenser des résultats de plus en plus amers. Chaque jour, la pression des élites augmente — parce que le coût du conflit s’accumule et que les bénéfices ne suivent pas. Chaque jour, le fossé entre propagande et vécu s’élargit — parce que les cercueils ne mentent pas.
Et Poutine ne peut pas sortir de cet engrenage. Il ne peut pas avancer — les pertes sont insoutenables et les gains dérisoires. Il ne peut pas reculer — ce serait admettre l’échec et s’exposer à la chute. Il ne peut pas rester immobile — le conflit dévore tout, l’économie, la démographie, la patience des élites, la crédulité du peuple.
Il est dans une pièce dont il a lui-même dessiné les murs. Et l’espace se rétrécit.
L’homme qui pourrait tout arrêter est trop prisonnier de sa propre fiction pour trouver la sortie. Et chaque jour qui passe, l’espace se rétrécit un peu plus.
Vous savez ce qui me frappe ? C’est que Poutine a construit ce piège lui-même. Pierre par pierre. Mensonge par mensonge. Chaque discours belliciste, chaque parade militaire, chaque minute de propagande télévisée — c’était une brique de plus dans les murs de sa propre prison. Et maintenant il est dedans. Et nous sommes tous dedans avec lui, d’une certaine façon. Parce que quand un homme piégé a le doigt sur le bouton nucléaire, sa prison devient la nôtre. Son vertige devient le nôtre. Son impasse devient celle du monde entier.
La fragilité du régime : Les fissures sous la façade
Brittle — le mot qui dit tout
Il y a un mot dans l’analyse de Motyl qui mérite qu’on s’y arrête. Un mot anglais dont l’équivalent français le plus proche serait « rigide » ou « inélastique ». Brittle désigne une fragilité très spécifique : pas flexible, pas capable de plier sous la pression et de revenir à sa forme initiale. Cassant comme du verre. Fragile comme de la glace mince. Un régime qui ne tolère aucune dissidence et qui, pour cette raison même, ne dispose d’aucun mécanisme d’absorption des chocs.
Les régimes démocratiques sont désordonnés, bruyants, inefficaces. Mais ils plient. Ils absorbent le mécontentement par les élections, par la presse libre, par le débat public. Un président impopulaire est remplacé. Une politique ratée est abandonnée. Le système s’adapte.
Les régimes autocratiques comme celui de Poutine ne plient pas. Ils tiennent. Ils tiennent. Ils tiennent. Et puis ils rompent. D’un coup. Sans préavis. L’Union soviétique n’a pas décliné lentement — elle s’est effondrée en quelques mois. Le régime de Ceausescu n’a pas été érodé — il a été balayé en quelques jours. Le mur de Berlin n’a pas été démonté brique par brique — il est tombé en une nuit.
Les signaux faibles de la rupture
Quels sont les signaux, aujourd’hui, que le régime Poutine approche de son point de rupture ? Motyl ne les énumère pas tous, mais il pointe vers l’essentiel : le soutien élitaire. C’est la variable clé. C’est le pilier central. Si les élites tiennent, le régime tient. Si les élites lâchent, le régime tombe.
Et les élites sont sous pression. Une pression croissante. Les sanctions occidentales frappent leurs portefeuilles. Le conflit consume les ressources de l’État. L’économie se contracte dans des secteurs clés malgré les chiffres officiels maquillés. Les perspectives à long terme sont sombres — qui veut investir dans un pays en conflit, sous sanctions, avec une population qui diminue ?
Pour l’instant, les élites calculent que le coût de la loyauté est inférieur au coût de la rébellion. Mais ce calcul change. Il change chaque jour. Chaque cercueil supplémentaire, chaque rouble perdu, chaque pont diplomatique brûlé — tout cela pèse dans la balance. Et le jour où la balance bascule, le jour où les élites décident collectivement que Poutine est devenu un passif plutôt qu’un actif, ce jour-là, le régime rigide et inélastique, sans capacité d’absorption des chocs, prendra tout son sens.
L’homme qui se présente comme le rempart de la Russie est peut-être la plus grande menace pour la Russie. Et quelque part dans les couloirs du Kremlin, quelqu’un est en train de faire exactement ce calcul.
Je repense à Prigojine. Juin 2023. Sa marche sur Moscou. 24 heures de chaos absolu. Le régime le plus puissant d’Eurasie, ébranlé par un chef de mercenaires avec une colonne de blindés et un compte Telegram. 24 heures pendant lesquelles le monde entier a retenu son souffle. Puis tout est rentré dans l’ordre. Prigojine a fait demi-tour. Deux mois plus tard, son avion explosait en vol. Affaire classée. Mais le précédent est là. La preuve que le système peut être secoué. Que la façade peut se fissurer. Que quelqu’un, un jour, pourrait ne pas faire demi-tour.
Le coup d'État : Possible, pas probable
Le mot qu’on n’ose pas prononcer
Alors posons-le. Le mot. Coup d’État.
Pas comme un fantasme. Pas comme un souhait. Pas comme une prédiction. Comme un diagnostic. Froid. Clinique. Dépassionné.
Motyl arrive à ce qu’il appelle lui-même une « conclusion possiblement optimiste » — et l’ironie de cette formulation dit tout. Quand la meilleure issue envisageable est un renversement violent, c’est-à-dire un acte illégal, dangereux, aux conséquences imprévisibles — quand c’est ÇA l’optimisme — alors on mesure la profondeur du gouffre dans lequel on se trouve.
Voici le raisonnement. Plus le conflit dure, plus l’opposition des élites grandit. Plus l’opposition grandit, plus le régime s’affaiblit. Plus le régime s’affaiblit, plus un renversement devient plausible. C’est une logique implacable. Mathématique, presque. A entraîne B, B entraîne C, C entraîne D.
Les conditions nécessaires ne sont pas les conditions suffisantes
Mais attention. Plausible ne veut pas dire probable. Et probable ne veut pas dire imminent. Les conditions nécessaires à un renversement sont peut-être en train de se réunir — élites fragmentées, conflit qui s’éternise, pertes insoutenables, économie qui souffre. Mais les conditions nécessaires ne sont pas les conditions suffisantes.
Un renversement requiert quelque chose de plus que du mécontentement. Il requiert de l’organisation. De la coordination. De la confiance entre conspirateurs — une denrée rare dans un régime où tout le monde surveille tout le monde. Il requiert quelqu’un qui soit prêt à risquer sa vie, sa famille, tout ce qu’il possède, sur un pari dont l’issue est radicalement incertaine.
L’histoire russe montre que les renversements sont rares. Celui contre Gorbatchev en 1991 a échoué lamentablement. Celui de Prigojine en 2023 s’est terminé par un demi-tour sur l’autoroute et un avion qui explose. Les précédents ne sont pas encourageants pour les aspirants putschistes.
Et pourtant. Et pourtant, la logique est là. Poutine est trop affaibli pour agir rationnellement aujourd’hui. Il sera encore plus vulnérable demain. Et après-demain. Et la semaine prochaine. La trajectoire est claire, même si le point d’arrivée ne l’est pas.
Qui, dans l’entourage de Poutine, est prêt à franchir le pas ? Qui est prêt à risquer sa vie pour interrompre ce conflit ? Qui est prêt à trahir un homme qu’il sert depuis des décennies pour sauver un pays qu’il regarde se consumer ? On ne le sait pas. On ne peut pas le savoir. Et c’est peut-être cette incertitude qui est, paradoxalement, la seule source d’espoir dans cette histoire.
Il y a quelque chose de vertigineux dans le fait d’espérer un renversement politique. Pensez-y une seconde. On en est là. On en est au point où la meilleure issue imaginable pour des millions de personnes — Russes, Ukrainiens, tous ceux qui vivent dans l’ombre de ce conflit — c’est qu’un groupe d’hommes en uniforme entre dans un bureau du Kremlin et dise : c’est fini. On en est au point où un acte de violence politique, un acte illégal, un acte qui pourrait déclencher le chaos — c’est l’espoir. L’espoir fragile. L’espoir qui ne pèse presque rien. Mais qu’on pose quand même sur la table, comme un dé qu’on n’ose pas lancer.
Ce que ça dit de nous : Le miroir inconfortable
Le rôle du témoin
Il y a un moment, dans toute analyse géopolitique, où il faut retourner le miroir. Où il faut cesser de regarder l’autre — le dictateur, le régime, les élites, le peuple opprimé — et se regarder soi-même. Et ce moment, c’est maintenant.
Parce que nous, les spectateurs, les analystes, les lecteurs de colonnes d’opinion, les consommateurs d’information en continu — nous avons un rôle dans cette histoire. Un rôle inconfortable. Celui du témoin qui comprend et qui ne peut rien faire.
Nous comprenons maintenant pourquoi Poutine ne peut pas interrompre ce conflit. Nous avons démonté le mécanisme. Nous avons identifié les trois obstacles. Nous avons vu les fissures dans la façade. Nous avons même entrevu une issue possible — le renversement. Et qu’est-ce que ça change ?
Demain matin, le conflit continuera. Des obus tomberont sur des villes ukrainiennes. Des conscrits russes mourront dans des tranchées. Des familles des deux côtés recevront des nouvelles qu’elles redoutaient. Et nous, nous aurons compris. Compris pourquoi. Compris comment. Compris la mécanique. Et cette compréhension ne sauvera personne.
La culpabilité du savoir
Il y a une forme de culpabilité spécifique à notre époque. Celle de savoir sans pouvoir agir. Celle d’avoir accès à toute l’information du monde — en temps réel, en haute définition, avec des analyses d’experts et des images satellite — et de ne rien pouvoir faire de cette information sinon la consommer, la digérer, et passer à autre chose.
Nous analysons. Eux meurent.
Cette phrase est brutale. Elle est injuste, peut-être. Parce que comprendre a de la valeur. Parce que nommer les choses a de la valeur. Parce que refuser de détourner les yeux, même quand on ne peut rien faire, c’est déjà quelque chose. C’est peut-être même tout ce qu’on a.
Mais ça ne suffit pas. Et le savoir que ça ne suffit pas — ce savoir-là, il pèse. Il pèse dans la poitrine, comme une pierre qu’on ne peut ni avaler ni recracher.
Je me suis demandé, en écrivant ces lignes, à quoi ça sert. Sincèrement. À quoi ça sert de décortiquer les raisons pour lesquelles Poutine ne peut pas interrompre ce conflit, si ça ne l’arrêtera pas ? À quoi ça sert de comprendre la mécanique d’un engrenage qui broie des vies, si on ne peut pas mettre la main dans l’engrenage pour le stopper ? Et la seule réponse que j’ai trouvée, c’est celle-ci : ça sert à ne pas oublier. À ne pas normaliser. À ne pas laisser le conflit devenir un bruit de fond, un fil d’actualité qu’on scrolle entre deux vidéos de chats. Ça sert à garder les yeux ouverts. Même quand ce qu’on voit est insoutenable.
Conclusion : L'homme qui pourrait tout arrêter
Le retour au paradoxe
Revenons au début. Revenons à la question qui contient tout.
Poutine pourrait interrompre ce conflit. Il a les gains territoriaux pour déclarer victoire. Il a la machine de propagande pour la célébrer. Il a le pouvoir théorique pour l’imposer. La paix est là, posée sur la table, emballée dans du papier doré, avec un ruban de Saint-Georges dessus.
Et il ne la prendra pas.
Pas parce qu’il est fou. Pas parce qu’il est un génie machiavélique qui voit des choses que nous ne voyons pas. Mais parce qu’il est prisonnier. Prisonnier de sa propre ignorance — ou de celle qu’on lui impose. Prisonnier de sa propre vulnérabilité — celle qu’il ne peut pas admettre. Prisonnier de sa propre propagande — celle qui a créé un monstre qu’il ne contrôle plus.
L’homme qui pourrait tout arrêter est trop prisonnier de sa propre fiction pour trouver la sortie.
L’étau se resserre — ce qui vient après
Qu’est-ce qu’on fait quand on a compris ? Quand on a démonté le mécanisme pièce par pièce, quand on a vu les trois obstacles, quand on a mesuré la précarité du régime et l’ampleur du piège ? Qu’est-ce qu’on fait avec cette compréhension ?
On ne détourne pas les yeux. C’est la première chose. On refuse de laisser ce conflit devenir un bruit de fond. On refuse de normaliser l’innommable. On refuse d’accepter que des gens meurent chaque jour parce qu’un homme est trop affaibli pour paraître fort.
On garde les yeux ouverts. On nomme les choses. On dit : cet homme pourrait interrompre ce conflit. Il ne le fera pas. Et chaque jour qui passe est un jour de trop.
Et on attend. On attend que l’étau se resserre suffisamment. On attend que le calcul des élites bascule. On attend que quelqu’un, quelque part dans les couloirs du Kremlin, décide que le prix du silence est devenu trop élevé.
On attend. Et pendant qu’on attend, des gens meurent.
C’est insoutenable. C’est la réalité. Et la réalité ne demande pas notre permission pour être insoutenable.
Poutine est trop affaibli pour agir rationnellement aujourd’hui. Il sera encore plus vulnérable demain. Et chaque jour qui passe, quelqu’un meurt en attendant.
Aujourd’hui, le régime tient. Les élites se taisent. La propagande fonctionne. L’armée obéit. Les conscrits creusent. Les mères pleurent en silence. Tout est en ordre. Tout est sous contrôle. C’est ce que disent les rapports. C’est ce que montrent les caméras. C’est ce que répètent les analystes prudents qui préfèrent avoir tort en restant conventionnels plutôt que raison en prenant des risques. Mais les rapports mentent. Les caméras ne voient pas tout. Et les analystes prudents sont ceux qui, en 1988, vous auraient dit que l’Union soviétique était là pour durer. Demain ? On verra bien. C’est tout ce qu’on peut dire. On verra bien. Et j’aimerais pouvoir vous dire que je suis optimiste. Je ne peux pas.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
BBC News — Couverture en direct du conflit en Ukraine et des déclarations officielles, 2025
BBC News — Analyse de l’occupation russe de la Crimée et des territoires ukrainiens, 2025
MSN / Pentagon — Déclarations du chef du Pentagone sur la préparation de Poutine à déclarer victoire malgré la situation sur le terrain, 2025
Al Jazeera — Discours de Poutine affirmant que la Russie croit en sa victoire en Ukraine, allocution du Nouvel An, 31 décembre 2025
Sources secondaires
19FortyFive — Alexander Motyl — Article source : Putin Could End the Ukraine War But Won’t. That Means a Coup In Russia Is Possible, février 2026
The Hill — Analyse du déclin de la Russie en tant que grande puissance, 2025
Financial Times — Analyse du soutien des élites russes au régime de Poutine, 2025
Atlantic Council — L’échec de l’offensive d’été de Poutine et la déconstruction du mythe de la victoire russe inévitable, 2025
Foreign Affairs — Analyse de la fragilité du régime de Poutine (Putin’s Brittle Regime), 2025
19FortyFive — La Russie échange d’innombrables vies pour des centimètres dans la guerre en Ukraine, janvier 2026
19FortyFive — La guerre en Ukraine pourrait bientôt atteindre deux millions de victimes, février 2026
19FortyFive — Les pertes matérielles russes : 4 300 chars et 8 700 véhicules blindés de combat d’infanterie, février 2026
Rutgers University — Profil académique du Dr. Alexander Motyl, professeur de sciences politiques, spécialiste de l’Ukraine et de la Russie
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.