Quatre missiles lancés depuis le nord de Sébastopol
Les quatre Zircon 3M22 ont été tirés depuis la Crimée occupée, au nord de Sébastopol. Cible principale identifiée par les canaux de surveillance occidentaux : la sous-station Kyivska-750, un noeud critique du réseau de distribution électrique relié à la centrale nucléaire de Rivne. Pas un bâtiment quelconque. Le coeur du réseau énergétique de la capitale.
Le 3M22 Zircon est un missile de croisière hypersonique propulsé par statoréacteur à combustion supersonique. Longueur : 9 mètres. Masse : 3 à 4 tonnes. Portée maximale : jusqu’à 1 000 kilomètres selon les trajectoires. Poutine l’avait présenté comme invincible. Et pourtant, la défense aérienne ukrainienne en a neutralisé deux sur quatre. Un taux d’interception de 50 % contre un missile censé être impossible à arrêter.
Invincible. Le mot favori du Kremlin. Invincibles, les Kinzhal — interceptés par un Patriot. Invincible, l’armée qui devait prendre Kiev en trois jours. Invincible, la flotte de la mer Noire — coulée par un pays sans marine. À force de lancer des armes « invincibles » qui se font abattre, Moscou finira par redéfinir le mot.
La sous-station Kyivska-750 : cible stratégique récurrente
Ce n’est pas la première fois que la sous-station Kyivska-750 est visée. Le 3 février 2026, des Zircon et des Kh-32 l’avaient déjà frappée. Des images satellitaires ont confirmé les dommages. Cette infrastructure relie le réseau de haute tension 750 kV qui alimente Kiev et sa région depuis la centrale nucléaire de Rivne.
La logique est d’une précision cruelle. Pas de bombardement aveugle. Un ciblage chirurgical des noeuds de distribution. Détruire une centrale prend du temps à reconstruire. Détruire un transformateur 750 kV coupe instantanément l’alimentation de millions de personnes. Et ces transformateurs sont des pièces rares, fabriquées sur commande, livrées en mois. La Russie ne vise pas au hasard. Elle vise ce qui fait le plus mal le plus longtemps.
L'Iskander-M : le balistique qui esquive
Un missile tiré depuis Briansk
L’Iskander-M 9K720 lancé depuis la région de Briansk ajoute une couche de complexité supplémentaire. Vitesse : Mach 6 à 7. Portée : 400 à 500 kilomètres. Altitude de croisière : 50 kilomètres. Mais ce qui rend l’Iskander redoutable, ce ne sont pas ses chiffres bruts. C’est sa phase terminale.
En plongée finale vers sa cible, l’Iskander-M effectue des manoeuvres évasives pouvant atteindre 20 à 30 G — des déplacements latéraux brutaux qui rendent l’interception extrêmement difficile. Le missile ne tombe pas en ligne droite. Il zigzague. Il plonge puis dévie. Précision d’impact : 5 à 7 mètres avec guidage optique. Une chirurgie balistique.
Cinq à sept mètres de précision. Quand on sait que ce missile est régulièrement tiré sur des immeubles d’habitation, des hôpitaux, des marchés, cette précision dit quelque chose de glaçant : les civils ne sont pas des dommages collatéraux. Ils sont dans le viseur. Littéralement.
Le cocktail mortel des vitesses différentielles
Un Zircon à Mach 5 et un Iskander à Mach 7 lancés à des intervalles calculés arrivent sur zone dans une fenêtre temporelle étroite. Le radar doit traiter deux menaces de nature différente — croisière hypersonique et balistique — sur deux trajectoires distinctes. Le Zircon arrive presque à l’horizontale. L’Iskander plonge presque à la verticale. Le système de défense doit pivoter, recalculer, réengager.
Et pendant que les opérateurs traitent les missiles, le Kh-31P — missile antiradar lancé depuis la Zaporijjia occupée — remonte la signature électromagnétique des radars de défense. Il ne vise pas une infrastructure. Il vise le bouclier lui-même. Éteindre le radar pour aveugler la défense. C’est la doctrine russe à l’état pur : frapper celui qui défend.
Les 62 drones : l'essaim qui épuise
Shaheds, Geran, Italmas — la saturation méthodique
62 drones de frappe. Dont une quarantaine de Shaheds. Le reste : des Geran et des Italmas, des variantes russes produites en masse. Coût unitaire d’un Shahed-136 : environ 20 000 à 50 000 dollars. Coût d’un missile d’interception : plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions. L’équation est asymétrique par design.
La Force aérienne ukrainienne en a détruit 52 sur 62 — un taux d’interception de 84 %. Aviation, unités de missiles antiaériens, guerre électronique, unités de drones, groupes mobiles de tir — tout l’arsenal défensif mobilisé. Et pourtant, neuf drones ont frappé leurs cibles. Neuf sur soixante-deux, ça peut sembler peu. Mais neuf drones qui touchent, c’est neuf explosions. Neuf bâtiments. Neuf familles qui ne dorment plus.
On peut lire 84 % d’interception comme un succès. On peut aussi le lire autrement. Quand l’ennemi envoie 62 drones et que 10 passent, il lui suffit d’en envoyer 620 pour que 100 passent. Le problème de la saturation n’est pas un problème de compétence. C’est un problème d’arithmétique. Et l’arithmétique ne ment pas.
La guerre électronique comme arme invisible
Parmi les 52 drones neutralisés, un nombre significatif l’a été par guerre électronique — brouillage GPS, leurrage des systèmes de navigation. Le drone perd son cap, tourne en cercle, s’écrase sans atteindre sa cible. Pas de missile tiré. Pas de munition consommée. C’est la méthode la plus économique d’interception.
Mais la Russie s’adapte. Les dernières générations de drones utilisent des systèmes de navigation inertiels moins vulnérables au brouillage. Certains volent en essaim coordonné avec une partie servant de leurres pendant que d’autres portent les charges. L’Ukraine neutralise. La Russie ajuste. L’Ukraine contre-ajuste. Ce cycle ne s’arrête jamais.
La « trêve énergétique » : le cynisme en temps réel
Frapper ce qu’on promet de protéger
Le 12 février 2026, le président Zelensky appelle à une trêve énergétique. Les États-Unis soutiennent la proposition. Des négociations trilatérales sont en cours. Le sujet doit être discuté à Genève. Et pourtant, quatre jours plus tard, des Zircon frappent la sous-station Kyivska-750 — l’un des noeuds les plus critiques du réseau électrique ukrainien.
Ce n’est pas une coïncidence. C’est un message. Pendant que les diplomates discutent de pauses humanitaires, les missiles frappent précisément ce que la trêve est censée protéger. Moscou négocie d’une main et frappe de l’autre. Trump a proposé une réunion trilatérale à Miami. Zelensky rapporte que « la Russie hésite ». Elle ne hésite pas. Elle envoie des Zircon.
On discute de trêve énergétique pendant que des missiles hypersoniques frappent les sous-stations qui alimentent des millions de foyers. L’absurdité n’est même plus tragique. Elle est devenue systémique. Négocier avec un belligérant qui frappe vos infrastructures entre deux sessions de négociation n’est pas de la diplomatie. C’est du théâtre.
Le schéma du 3 février reproduit
L’attaque du 16 février reproduit le schéma du 3 février presque à l’identique. Même cible — la sous-station Kyivska-750. Mêmes vecteurs — des Zircon depuis la Crimée. Le 3 février, c’était 450 drones et 71 missiles, dont des Zircon, des Kh-32 et des Iskander-M. En janvier 2026, 91 missiles balistiques — le record mensuel absolu.
La fréquence s’accélère. Les intervalles se réduisent. La Russie ne ralentit pas ses frappes pendant les négociations. Elle les intensifie. Chaque sous-station détruite est un fait accompli qui pèse sur la table des négociations. Moins l’Ukraine a d’électricité, plus elle est vulnérable. Plus elle est vulnérable, plus elle est poussée à accepter les conditions de Moscou. La destruction des infrastructures n’est pas séparée de la diplomatie. Elle en fait partie.
La défense aérienne ukrainienne : ce qui a tenu et ce qui a cédé
Le bilan chiffré de la nuit
2 Zircon neutralisés sur 4 — 50 %. 52 drones détruits sur 62 — 84 %. L’information sur 3 missiles reste non clarifiée à 9 h 00. Impacts confirmés à huit localités. Débris à deux sites supplémentaires. L’attaque était toujours en cours au moment du communiqué, avec plusieurs drones encore détectés dans l’espace aérien.
Contre les Zircon, seul le Patriot est capable d’engager. Le PAC-3 MSE — intercepteur cinétique à destruction par impact direct — est le seul outil dans l’arsenal ukrainien conçu pour neutraliser un objet filant à Mach 5 en phase terminale. Et pourtant, deux Zircon sur quatre ont atteint leur cible. Deux transformateurs ne produiront plus d’électricité demain.
Deux sur quatre interceptés. C’est à la fois un exploit technique remarquable et un constat terrible. Remarquable parce que ces missiles étaient conçus pour être impossibles à arrêter. Terrible parce que les deux qui sont passés ont frappé l’infrastructure dont des millions de personnes dépendent pour se chauffer en plein hiver. La guerre se gagne ou se perd dans cette fraction — dans ces deux missiles qui n’ont pas été arrêtés.
La coordination multicouche face aux salves mixtes
La réponse ukrainienne a mobilisé cinq composantes simultanément : aviation de chasse, unités de missiles antiaériens, guerre électronique, unités de drones d’interception et groupes mobiles de tir. Ce n’est pas un seul système qui défend. C’est un écosystème.
Le Patriot traite les hypersoniques et les balistiques. Les NASAMS et IRIS-T couvrent la couche intermédiaire. Les Gepard et les groupes mobiles fauchent les drones à basse altitude. La guerre électronique brouille les navigations. Chaque couche a sa mission. Chaque trou dans une couche est compensé — quand c’est possible — par une autre. Cette nuit, le système a tenu. Il a plié mais n’a pas rompu.
Conclusion : L'algorithme de survie
Ce que cette nuit révèle
Cette attaque du 16 février n’est pas un événement isolé. C’est un échantillon de la doctrine russe en 2026. Des hypersoniques pour percer. Des balistiques pour contourner. Des antiradars pour aveugler. Des essaims pour saturer. Chaque composante a un rôle. Chaque rôle est calculé. La violence est méthodique.
Face à cette méthodologie, l’Ukraine oppose une défense multicouche construite avec les moyens du bord — des systèmes occidentaux livrés au compte-gouttes, des opérateurs formés sous les bombes, une guerre électronique innovante. Deux Zircon abattus sur quatre, c’est la preuve que l’« invincible » peut être vaincu. Cinquante-deux drones détruits sur soixante-deux, c’est la preuve que la défense tient.
On vit dans un monde où la survie de millions de civils se joue chaque nuit dans un duel invisible entre des missiles à Mach 7 et des algorithmes d’interception. Où un opérateur quelque part en Ukraine fixe son écran à trois heures du matin en sachant que sa prochaine décision — en millisecondes — détermine si un quartier résidentiel dort en paix ou se réveille sous les décombres. Ce n’est pas de la géopolitique. C’est de la survie brute. Et cette nuit, ils ont tenu. La question qui hante : jusqu’à quand?
L’équation qui ne change jamais
La Russie produit. L’Ukraine consume pour rester en vie. Les alliés livrent « dès que possible ». Et chaque nuit, le même scénario se répète. Des missiles dans le ciel. Des opérateurs qui réagissent. Des intercepteurs qui s’épuisent. Des cibles qui sont touchées.
Et maintenant, que fait-on? Les Zircon frappent pendant que Genève discute. Les Shaheds volent pendant que les formulaires de livraison circulent entre ministères. L’Ukraine défend un continent qui, en échange, lui envoie des promesses. Cette histoire parle de missiles et de radars. Mais elle parle surtout de nous. De ce que nous acceptons. De ce que nous tolérons. Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette analyse est rédigée depuis une position claire : celle de la défense du droit international, de la souveraineté ukrainienne et de la protection des civils. L’auteur considère que l’invasion russe de l’Ukraine constitue une violation flagrante du droit international et que les frappes sur les infrastructures civiles constituent des crimes de guerre documentés.
Méthodologie et sources
Les données techniques sur les missiles proviennent de sources ouvertes militaires, de rapports de la Force aérienne ukrainienne et de canaux de surveillance occidentaux. Les spécifications des systèmes d’armes sont vérifiées par recoupement de plusieurs bases de données spécialisées. Le bilan d’interception reflète les données officielles ukrainiennes au moment de la publication.
Nature de l’analyse
Ce texte est une analyse technique et éditoriale. Il combine un décryptage factuel des systèmes d’armes et des tactiques employées avec une perspective critique sur le contexte géopolitique. Les passages en italique constituent des éditoriaux personnels de l’auteur et sont clairement identifiés comme tels.
Sources
Sources primaires
ArmyInform — Zircon, Iskander-M, Shaheds: details of the nighttime Russian attack (16 février 2026)
Ukrinform — Air defense neutralizes two Zircon missiles and 52 Russian drones (16 février 2026)
Sources secondaires
NV Ukraine — Russia fires Zircon, Iskander missiles and drones at Ukraine (16 février 2026)
Wikipedia — 3M22 Zircon : spécifications techniques
Wikipedia — 9K720 Iskander : spécifications techniques
UNN — Energy truce in action: Russia strikes infrastructure with missiles (février 2026)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.