Des pourparlers après 1 455 jours — la question qui brûle
Des pourparlers. À Genève. Troisième round. Le format s’élargit au-delà du cadre d’Abu Dhabi. Une présence européenne, cette fois. Le ministre ukrainien de la Défense Umerov parle de travailler « sans attentes excessives ». Six mots qui en disent plus que n’importe quel communiqué optimiste — six mots qui portent le poids d’une prudence usée par 1 455 jours.
Qu’est-ce qui a changé pour que quelqu’un accepte de s’asseoir ? Pas la bonne volonté de Moscou — la Russie vient de proposer un cessez-le-feu d’un jour pour organiser un vote national. Un jour. L’Ukraine en demande 60 pour un référendum. Zelenskyy a qualifié l’offre d’« absurde ». Il a raison. Un jour de cessez-le-feu après 1 455 jours de conflit, c’est comme proposer un pansement à quelqu’un qui se vide de son sang.
Mais Genève existe. La table est là. Et le fait que des gens s’y assoient — même sans y croire vraiment, même en sachant que le piège informationnel est déjà tendu — raconte quelque chose sur l’état du monde au jour 1 455. C’est moins de l’espoir que de l’inertie lucide : on continue parce qu’on ne sait pas quoi d’autre faire. Pourtant, l’inertie, c’est mieux que l’immobilité. C’est mieux que le silence total. C’est un pied à la porte, même si la porte reste presque fermée.
21 400 raisons de ne pas être naïf
Pendant que les diplomates préparaient leurs dossiers pour Genève, la Russie préparait autre chose. 21 400 posts de désinformation en trois jours. Pas des commentaires spontanés. Pas des opinions divergentes. Des armes. Une opération synchronisée, calibrée, massive. Le narratif : l’Ukraine est un État failli, un ingrat, un terroriste. L’objectif : fracturer l’OTAN, empoisonner l’opinion publique européenne, saboter les pourparlers avant même qu’ils ne commencent.
Trois jours. 21 400 posts. Faites le calcul. C’est une moyenne de 300 posts toutes les heures — une cadence industrielle de désinformation. Pendant que vous dormiez, pendant que vous preniez votre café du matin, pendant que vous scrolliez distraitement votre fil d’actualité — ces messages étaient là. Ils se glissaient entre une recette de cuisine et une vidéo de chat. Ils ressemblaient à des opinions. Ils avaient l’air vrais. Et c’est précisément le problème : la désinformation ne porte jamais d’étiquette.
Combien en avez-vous croisés sans le savoir ?
L’espoir, au jour 1 455, n’est plus ce qu’il était au jour 1. Il ne bondit plus. Il ne court plus. Il marche, lentement, en boitant, avec les yeux grands ouverts, tétanisé par la conscience de sa propre fragilité. L’espoir de Genève est un espoir qui a des cicatrices. Il sait que des mains invisibles travaillent à le tuer dans l’œuf. Il sait que 21 400 messages empoisonnés circulent dans les veines numériques de l’Europe pendant qu’on parle de paix. Mais il marche quand même.
Pourtant, il marche. Et c’est peut-être ça, le courage — pas l’absence de méfiance, mais la décision d’avancer malgré elle, les dents serrées. Pas de naïveté. Juste une détermination qui refuse de s’éteindre.
Munich 2026 : l'Europe découvre qu'elle est le front
D’un salon diplomatique à un signal d’alarme
Munich 2022 : on discutait de sanctions. Munich 2024 : on discutait d’armement. Munich 2026 : on discute de survie.
La conférence de Munich sur la sécurité vient de livrer un verdict que personne ne peut ignorer. L’Ukraine n’est plus simplement un « État de première ligne ». Elle est désormais un pilier central du système de sécurité européen. Ce ne sont pas mes mots. Ce sont ceux des communiqués officiels, des déclarations conjointes, des accords industriels signés en marge des panels. L’Ukraine et l’Europe créent des bases industrielles communes. Des soldats ukrainiens vont former la Bundeswehr aux réalités du combat de haute intensité — drones, frappes de masse, guerre électronique.
Relisez cette phrase. Des soldats ukrainiens vont enseigner aux soldats allemands comment survivre dans le type de conflit que l’Europe pensait ne plus jamais voir sur son sol.
Le mur entre « leur guerre » et « notre sécurité » s’effondre
Il y a quelque chose de vertigineux et nauséant dans ce basculement. Pendant des mois, le conflit en Ukraine était « là-bas ». Un problème ukrainien. Une crise régionale. Quelque chose qu’on pouvait suivre de loin, avec la distance confortable de celui qui regarde un incendie depuis l’autre côté de la rivière.
Munich 2026 dit que la rivière n’existe plus. Que l’incendie est de ce côté-ci aussi. Qu’un missile Oreshnik qui tombe près de la frontière polonaise ne concerne pas seulement Varsovie — il concerne Berlin, Paris, Bruxelles. Que la pénurie de missiles de défense aérienne allemands n’est pas un problème ukrainien — c’est un symptôme de la vulnérabilité européenne.
Un soldat ukrainien, cité par Euromaidan Press, pose la question autrement. Pour lui, la guerre EST la meilleure garantie de sécurité de l’Europe — tant que l’Ukraine se bat, la Russie ne peut pas aller plus loin. Et c’est précisément pour ça, dit-il, que certains en Europe ne sont pas pressés de mettre une pression rapide sur Moscou. Parce que tant que l’Ukraine saigne, l’Europe est protégée. À bon marché.
Si l’Ukraine tombe, la prochaine ligne de front passe par…
Je pense à ce soldat ukrainien qui regarde l’Europe et qui comprend, avec une lucidité qui écorche, que sa souffrance est notre bouclier. Que chaque jour qu’il tient dans sa tranchée est un jour de paix pour un Berlinois, un Parisien, un Montréalais qui ne saura jamais son nom. C’est une vérité insoutenable. Pourtant, il la porte. Il la porte depuis 1 455 jours. Et nous, on fait quoi avec cette vérité ? On la regarde. On hoche la tête. Et on passe à autre chose. Mais quelque part, quelqu’un refuse de passer à autre chose. Quelqu’un écrit. Quelqu’un parle. C’est peut-être ça, la vraie obscénité de cette guerre — pas les bombes, mais notre capacité à nous y habituer, à transformer l’horreur en simple arrière-plan de notre vie quotidienne. Et la résistance à cette habituation.
L'Oreshnik à la frontière polonaise : le seuil qu'on ne voulait pas voir
Pas sur la Pologne. Pas loin.
L’Oreshnik est tombé. Pas sur la Pologne. Pas loin.
Un missile balistique russe de nouvelle génération, conçu pour être l’arme de la terreur stratégique, a frappé à proximité de la frontière polono-ukrainienne. Pas à Kharkiv, pas à Zaporizhzhia, pas dans les profondeurs du territoire ukrainien. Près de la Pologne. Près de l’OTAN. Près de l’Article 5.
Combien de kilomètres séparent un « incident » d’un « acte de guerre » ? Personne ne veut vraiment le savoir.
Le président polonais a été interrogé sur la réaction de Moscou aux plans nucléaires de Varsovie. Sa réponse a balayé la préoccupation. Mais le fait même que la question soit posée — que le mot « nucléaire » soit prononcé dans la bouche d’un chef d’État européen en réponse à un missile russe — marque un seuil. Un seuil qu’on ne voulait pas voir. Un seuil qu’on ne peut plus ignorer.
La peur comme arme — et la peur de la peur
Il faut saisir ce que Moscou fait avec l’Oreshnik. Ce n’est pas un missile qui vise un objectif militaire précis. C’est un missile qui vise nos nerfs. C’est un message envoyé en métal et en explosif : nous pouvons frapper n’importe où, n’importe quand, y compris à la porte de l’OTAN.
Et ça fonctionne. Pas parce que l’OTAN est faible. Pas parce que l’Europe est lâche. Mais parce que la peur est une arme qui ne coûte qu’un missile et qui rapporte des mois de paralysie politique. Chaque hésitation, chaque « il faut éviter l’escalade » prononcé dans un parlement européen après un tir d’Oreshnik est une victoire pour Moscou. Pas une victoire militaire. Une victoire psychologique.
Varsovie, elle, a choisi de transformer sa peur en politique. Le nucléaire est sur la table. Pas comme une menace. Comme une réponse à une menace qui existe déjà. Pourtant, cette réponse elle-même révèle à quel point nous sommes au bord du précipice.
Nucléaire. Le mot est là, maintenant. Posé sur la table européenne comme un objet qu’on n’ose pas toucher mais qu’on ne peut plus cacher sous le tapis. Je ne suis pas stratège militaire. Je suis un chroniqueur qui regarde le monde et qui essaie de comprendre. Et ce que je comprends, c’est que quand un président polonais parle de nucléaire parce qu’un missile russe est tombé à quelques kilomètres de sa frontière, on n’est plus dans la dissuasion abstraite des manuels de guerre froide. On est dans le concret. Le concret qui raidit les mâchoires et qui fait trembler les mains. Et je me demande combien de temps encore on peut rester suspendu dans cette attente. Combien de missiles il faudra encore pour que quelqu’un dise enfin : assez.
« Nous n'en avons tout simplement plus » : l'aveu qui coûte des vies
Six mots et un gouffre
« Nous n’en avons tout simplement plus. »
C’est le ministre allemand des Affaires étrangères, Wadephul, qui prononce ces mots. Il parle de missiles de défense aérienne. L’Allemagne n’en a plus. Plus un seul à donner à l’Ukraine. Les missiles nouvellement produits partent directement au front — mais il n’y en a pas assez. Il n’y en a jamais assez.
Six mots. Dits avec le calme d’un fonctionnaire qui annonce une rupture de stock. Sauf que cette « rupture de stock », ce sont des vies. Chaque missile absent, c’est un drone Shahed qui passe. Chaque drone qui passe, c’est un immeuble, un hôpital, une école, une famille.
Cette nuit, quand un Shahed traversera le ciel de Kharkiv, il n’y aura rien entre lui et un immeuble de six étages. Rien. Et tout le monde le sait.
Le « si » qui sépare la capacité de la volonté
Voici l’ironie qui devrait faire hurler. Rheinmetall — le plus grand fabricant d’armes d’Europe, une entreprise allemande — dit publiquement qu’elle est prête à inonder l’Ukraine de munitions. Maintenant. Pas dans six mois. Pas après une étude de faisabilité. Maintenant. La capacité industrielle existe. Les chaînes de production tournent. Les obus sont prêts.
Mais il y a un « si ». Si les gouvernements occidentaux débloquent le financement.
Ce « si » est un gouffre. D’un côté, une entreprise qui peut produire. De l’autre, des gouvernements qui hésitent. Entre les deux, des civils ukrainiens qui meurent chaque nuit parce que le ciel au-dessus de leur tête est vide.
Le problème n’est pas industriel. Il est politique. Il est moral. C’est un choix. Quelqu’un, quelque part dans un bureau climatisé de Berlin ou de Bruxelles, a décidé que ce « si » pouvait attendre. Que les munitions pouvaient attendre. Que les gens pouvaient attendre. Pourtant, Rheinmetall dit non. L’entreprise dit : nous pouvons. Maintenant.
Chaque obus qui n’est pas là cette nuit, c’est un trou de plus dans la défense. C’est une mère qui ne dormira pas.
L’initiative tchèque : la preuve que c’est possible
Pendant que l’Allemagne avoue son impuissance, la République tchèque prouve que la volonté politique peut faire des miracles. 4,4 millions d’obus livrés. L’initiative tchèque représente plus de la moitié de toutes les livraisons de munitions de gros calibre à l’Ukraine. Le président Pavel le dit lui-même.
Un pays de dix millions d’habitants fait plus, proportionnellement, que la première économie d’Europe. Ce n’est pas un reproche — c’est un constat. Et ce constat devrait hanter chaque dirigeant européen qui prononce le mot « solidarité » sans y mettre les moyens.
« Nous n’en avons tout simplement plus. » Je tourne cette phrase dans ma tête depuis des heures. Je la retourne. Je la regarde sous tous les angles. Et chaque fois, elle me coupe le souffle avec une acuité qui refuse de s’émousser. Pas parce qu’elle est surprenante — on savait que les stocks étaient bas. Mais parce qu’elle est dite avec une telle normalité. Comme si « plus de missiles » était un problème administratif et pas une condamnation à mort pour des gens qui dorment ce soir sous un ciel sans protection. Je pense à une mère à Kharkiv qui couche ses enfants. Elle ne sait pas que l’Allemagne n’a plus de missiles. Elle sait juste que le sifflement peut revenir à n’importe quelle heure. Et que personne ne l’arrêtera. Et je me demande si elle dort, et combien de nuits elle a déjà perdues. Mais ailleurs, un obus tchèque vole vers le front. Ailleurs, la volonté existe. Elle existe juste pas au bon endroit au bon moment.
Des canons nord-coréens tirent sur Kupiansk : quand la guerre dépasse l'absurde
Un Koksan dans l’Oblast de Luhansk, pointé vers une ville ukrainienne
Un canon automoteur Koksan de 170 mm. Fabriqué en Corée du Nord. Déployé dans l’Oblast de Luhansk occupé. Pointé vers Kupiansk, une ville ukrainienne. Tirant activement.
La caméra thermique d’un drone de reconnaissance ukrainien a capté l’image. Le tube du canon est blanc de chaleur. Il vient de tirer. L’image est nette, presque clinique dans sa précision technique. On voit la chaleur résiduelle, la signature infrarouge, le métal incandescent. Au bout de cette trajectoire, il y a des maisons. Des rues. Des gens.
Trois drones FPV ont été envoyés. Ils ont frappé le Koksan trois fois.
Mais le fait demeure. La Corée du Nord tire sur une ville européenne. Pas par procuration. Pas par livraison d’armes. Directement. Avec ses canons. Avec ses artilleurs. Sur le sol européen.
Le conscrit qui n’a jamais choisi
Derrière ce Koksan, il y avait des hommes. Probablement jeunes. Probablement des conscrits nord-coréens qui n’ont jamais choisi d’être là. Qui ne savent peut-être même pas exactement où ils se trouvent sur une carte. Qui n’ont jamais vu l’Europe, jamais entendu parler de Kupiansk, jamais imaginé qu’ils mourraient dans une guerre qui n’est pas la leur, sur un continent qu’ils n’ont jamais vu.
Un garçon de 22 ans, peut-être, derrière un tube brûlant. Trois drones FPV en approche. Il ne les voit pas. Ou il les voit trop tard.
La colère, ici, ne sait plus où se poser. Elle se fragmente. Indignation glacée envers Moscou qui utilise des soldats nord-coréens comme chair à canon. Dégoût sourde envers Pyongyang qui les vend. Honte brûlante face au monde qui regarde et qui laisse faire. Perplexité devant l’équation géopolitique qui fait qu’en 2026, un régime stalinien asiatique tire des obus sur une ville ukrainienne pour le compte d’un impérialisme russe qui prétend « dénazifier » un pays.
Depuis quand est-il normal que Pyongyang tire sur Kupiansk ?
L’image thermique du tube de Koksan me hante. Pas parce qu’elle est violente — elle ne l’est pas. Elle est technique, froide, précise. C’est un tube blanc sur fond noir. Mais ce tube blanc, c’est la chaleur d’un obus qui vient de partir vers une ville où des gens vivent, mangent, dorment, aiment. Et l’homme qui a tiré cet obus vient d’un pays où il n’a probablement jamais eu le droit de choisir quoi que ce soit — ni ce qu’il mange, ni ce qu’il pense, ni où il meurt. Deux victimes dans la même image. Celle qui tire et celle qui reçoit. Et au-dessus d’eux, des régimes qui les utilisent comme des pièces sur un échiquier qu’ils ne voient même pas. C’est une pitié qui crispe, qui rend les poings serrés. Et je me demande si ce garçon nord-coréen savait, avant de mourir, ce qu’il défendait vraiment. Ou si, quelque part dans un abri à Kupiansk, une famille pense à lui aussi — à ce jeune homme qui n’a jamais voulu être là.
Bryansk, Ilsky, Crimée : quand l'Ukraine frappe là où ça fait mal
La raffinerie qui brûle, l’hélicoptère qui n’existe plus
Ilsky brûle. La raffinerie de Krasnodar, celle qui alimente l’occupation, est en feu pour la énième fois. Un réservoir de pétrole en flammes. 72 pompiers sur place. Un train anti-incendie dépêché en urgence. La fumée noire monte dans le ciel russe comme un signal que personne ne peut ignorer.
Ka-27 détruit à Kamyshly. Un hélicoptère naval russe, l’un des plus rares de la flotte, pulvérisé en Crimée occupée. Irremplaçable. La Russie n’en fabrique plus. Chaque Ka-27 perdu est un trou permanent dans sa capacité navale.
S-300VM pulvérisé près de Mariupol. Un lanceur de missiles de défense aérienne — l’un des systèmes les plus avancés de l’arsenal russe — réduit en pièces. Là aussi, irremplaçable à court terme.
Une nuit. Deux des actifs militaires les plus rares de la Russie, éliminés. Plus des concentrations de troupes, des entrepôts logistiques dans le Donetsk, un nœud de communications. La précision chirurgicale de ces frappes raconte une histoire que les communiqués officiels russes ne peuvent pas cacher.
Bryansk : « l’attaque la plus puissante jamais subie »
Bryansk. La ville russe d’où partent les missiles qui frappent Kyiv en quelques minutes. La Russie elle-même reconnaît que c’est « l’attaque la plus puissante » jamais subie par la région. Des civils russes sans électricité. L’infrastructure énergétique touchée.
Un expert cité par Euromaidan Press le dit sans détour : « Les civils sans électricité ne sont pas l’objectif principal. Mais ce sont des conséquences. Et les citoyens russes doivent ressentir le poids complet de la guerre. »
C’est brutal. C’est vrai. Et c’est la logique implacable d’une guerre que la Russie a choisie. Quand vous lancez des missiles depuis Bryansk vers Kyiv pendant 1 455 jours, il arrive un moment où Kyiv frappe en retour. Ce n’est pas de la vengeance. C’est de la stratégie. Détruire les capacités de lancement, couper la logistique, forcer la Russie à ressentir ce qu’elle inflige.
Mais ne vous y trompez pas. Ces frappes ne sont pas des victoires. Ce sont des actes de survie. Chaque missile ukrainien tiré vers Bryansk est un missile qui ne protège pas un civil à Kharkiv. Chaque drone envoyé vers Ilsky est un drone qui ne surveille pas le front de Kupiansk. L’Ukraine se bat sur tous les fronts simultanément, avec des ressources qui s’amenuisent, contre un adversaire qui a la masse. Pourtant, elle frappe. Elle frappe quand même.
Il y a quelque chose de douloureusement complexe dans l’admiration. Quand je lis que l’Ukraine a détruit un Ka-27 et un S-300VM en une seule nuit, une partie de moi veut applaudir. La précision. L’audace. La capacité de frapper les actifs les plus rares de l’ennemi. Mais l’autre partie de moi sait que ces pilotes, ces opérateurs de drones, ces soldats qui planifient ces frappes ne devraient pas avoir à être des héros. Si le système fonctionnait — si l’Europe avait livré à temps, si les missiles de défense aérienne n’étaient pas à zéro, si le monde avait agi au jour 100 au lieu du jour 1 455 — leur héroïsme serait inutile. Et c’est peut-être ça, le plus cruel. Leur bravoure révèle notre défaillance. Chaque succès ukrainien nous crie à la face ce que nous aurions dû faire. Et demain, il y aura un nouveau succès, et une nouvelle révélation de notre inaction. Mais aussi : demain, il y aura un nouveau succès. Ils ne s’arrêtent pas. Nous, on peut au moins faire pareil.
9,5 km en une semaine : ce que Zaporizhzhia révèle
Deux mois effacés en sept jours
Les chiffres racontent l’histoire mieux que n’importe quel commentaire. Deux mois d’avancée russe dans l’Oblast de Zaporizhzhia. Sept jours de contre-attaque ukrainienne. Résultat : jusqu’à 9,5 kilomètres repris. Plus d’une douzaine de localités libérées. La chronologie d’une hypothétique opération russe vers Orikhiv et Zaporizhzhia, perturbée.
Ce n’est pas un miracle. C’est de l’obstination. Mètre par mètre. Maison par maison. Tranchée par tranchée. L’armée ukrainienne qui tombe et qui se relève. Qui perd du terrain pendant 60 jours et qui le reprend en sept. Pas avec une supériorité numérique — elle ne l’a pas. Pas avec une supériorité aérienne — elle ne l’a pas non plus. Avec de la tactique, de la volonté, et l’énergie du désespoir lucide.
La douche froide de Mashovets
Mais il faut écouter Mashovets. L’analyste militaire ukrainien prévient : l’Ukraine n’a pas les forces pour aller au-delà de la stabilisation tactique. La contre-attaque de Zaporizhzhia est un succès. Mais c’est un succès limité. Il n’y a pas assez de troupes pour transformer cette percée en offensive stratégique. Pas assez de réserves. Pas assez de profondeur.
C’est la réalité du jour 1 455. L’Ukraine peut reprendre du terrain. Elle peut surprendre. Elle peut frapper avec une précision qui humilie l’armée russe. Mais elle ne peut pas gagner la guerre seule. Pas sans les missiles que l’Allemagne n’a plus. Pas sans le financement que les gouvernements occidentaux hésitent à débloquer. Pas sans la volonté politique qui transforme les discours de Munich en actes concrets.
9,5 kilomètres. C’est à la fois beaucoup et dérisoire. Beaucoup parce que chaque mètre repris est un mètre où des civils peuvent revenir. Dérisoire parce que la ligne de front fait plus de mille kilomètres et que 9,5 km ne changent pas l’équation stratégique.
9,5 km. Je regarde ce chiffre et j’essaie de le traduire en quelque chose de concret. 9,5 km, c’est la distance entre chez moi et le centre-ville. C’est une promenade d’une heure et demie à pied. C’est rien. Et c’est tout. Parce que ces 9,5 km, des soldats ukrainiens les ont payés avec leur sang, leur sommeil, leurs os. Ils les ont arrachés à un ennemi qui avait mis deux mois à les prendre. Et demain, ils recommenceront. Pas pour la gloire. Pour que quelqu’un, quelque part dans un village dont je ne connais pas le nom, puisse rentrer chez soi. C’est ça, la guerre au jour 1 455. Pas des grandes batailles épiques. Des mètres. Des maisons. Des vies, une à une. Et une obstination qui n’a pas de fin en vue. Mais aussi : une obstination qui existe. Qui existe toujours. Et je me demande combien de fois encore on peut raconter cette histoire avant qu’elle ne change vraiment. Ou si le changement, c’est juste de continuer à la raconter.
F-16 internationaux, obus tchèques, pétrole hongrois : le vrai visage de l'alliance
Les pilotes qui ont choisi
Des vétérans américains et néerlandais. Des pilotes de F-16 à la retraite qui ont décidé de revenir aux commandes. Pas pour l’argent. Pas pour l’aventure. Pour un choix moral qui transcende les frontières nationales.
Ils sont décrits comme des « spécialistes des capteurs high-tech » utilisés pour détecter et cibler les missiles russes. Des experts dont les compétences sont irremplaçables — des hommes qui ont quitté la vie civile pour monter dans des cockpits au-dessus d’une zone de guerre. Probablement la cinquantaine, probablement avec des familles qui les attendent, ils ont regardé cette guerre depuis leurs salons et ils ont décidé que regarder ne suffisait pas.
Un escadron international de F-16 défend Kyiv. Des Américains, des Néerlandais, dans des cockpits au-dessus de l’Ukraine. Ce n’est pas une coalition officielle avec traités et communiqués de presse. C’est quelque chose de plus rare et de plus fragile : de la solidarité incarnée. Des individus qui font ce que leurs gouvernements hésitent à faire. Des hommes qui risquent leur vie non pas parce qu’on les y oblige, mais parce qu’ils ont décidé que c’était juste.
Orbán, le pétrole, et la trahison feutrée
Pendant que des pilotes volontaires risquent leur vie, Viktor Orbán protège ses pipelines. L’analyse est sans appel : la Hongrie survivrait sans pétrole russe. Le régime d’Orbán, non. La piste de l’argent — de Moscou à MOL à Bruxelles — explique pourquoi Budapest bloque, freine, sabote chaque tentative européenne de renforcer les sanctions.
Deux visions de l’Europe dans le même paragraphe. D’un côté, un pilote américain à la retraite qui risque sa vie dans un F-16 au-dessus de Kyiv. De l’autre, un premier ministre européen qui protège les intérêts pétroliers de Moscou depuis son bureau de Budapest.
Quand un pilote américain à la retraite fait plus que certains gouvernements européens en exercice, que dit-on de l’alliance ? Qu’elle est fragile. Qu’elle tient par des fils de volonté individuelle plutôt que par des structures d’État. Pourtant, le pilote vole. Et les obus tchèques partent. La volonté existe. Elle existe juste pas partout.
Et puis il y a la Chine. Pékin supprime les tarifs douaniers pour 53 nations africaines — pendant que Trump dénonce le libre-échange. La Chine promet de l’aide énergétique à l’Ukraine tout en armant les drones russes. Le double jeu est à peine dissimulé. Le monde est un échiquier où chaque pièce joue sa propre partie, et l’Ukraine est le carré central sur lequel tout le monde marche.
Je pense à ce pilote américain. La cinquantaine, peut-être. Retraité. Il avait le droit de rester chez lui. De regarder la guerre à la télé. De secouer la tête en disant « c’est terrible » et de changer de chaîne. Il a choisi de monter dans un cockpit. De voler au-dessus d’un pays en guerre. De risquer sa vie pour des gens qu’il n’a jamais rencontrés. Et pendant ce temps, Viktor Orbán négocie des rabais sur le pétrole russe. Il y a des moments où la rage se cristallise en silence, où les mots semblent insultants face au contraste. Pas parce que je ne sais pas quoi dire. Mais parce que le contraste est si profond qu’aucun mot ne semble suffisant. Un pilote et un politicien. Deux choix. Deux mondes. Et je me demande lequel des deux dormira mieux ce soir. Mais aussi : le pilote dort probablement mal. Et c’est peut-être pour ça qu’il vole.
21 400 posts en trois jours : la guerre que personne ne voit
Le front invisible
21 400 posts de désinformation en trois jours.
Posez ce chiffre. Regardez-le. Ne passez pas à la suite tout de suite.
Trois jours. Avant Genève. Ce n’est pas un hasard.
Le narratif est calibré avec une précision militaire. Fracturer l’OTAN. Présenter l’Ukraine comme un État failli. La qualifier de terroriste. Réactiver le récit de « l’Ukraine ingrate » qui prend l’argent européen sans reconnaissance. Chaque post est une balle dans une guerre que vous ne voyez pas — mais qui vous atteint quand même.
Et ça fonctionne. Pas sur tout le monde. Pas tout le temps. Mais suffisamment pour que le doute s’installe. Suffisamment pour que dans un bar de Bruxelles ou un bureau de Montréal, quelqu’un dise : « Quand même, on leur donne beaucoup, non ? » Cette phrase-là — anodine, raisonnable en apparence — est le produit fini d’une chaîne de production informationnelle qui commence à Moscou et finit dans votre tête.
Starlink coupé, Gazprom en panne : la guerre numérique a des conséquences physiques
Pendant que la désinformation inonde les réseaux occidentaux, une autre guerre numérique se joue sur le front. Les renseignements ukrainiens ont intercepté des communications de soldats russes qui galèrent avec les terminaux Gazprom — les remplaçants de Starlink après sa coupure. Le mot utilisé par les soldats russes eux-mêmes est éloquent : « C’est de la merde. »
Le système Gazprom tourne sur cinq satellites géostationnaires dont la capacité est principalement mobilisée pour les abonnés civils en Russie. Les unités de première ligne se retrouvent sans flux vidéo stables, sans liens de drones fiables. La guerre numérique a des conséquences physiques — des soldats perdent le contact, des drones perdent leur signal, des opérations échouent.
Mais ne vous réjouissez pas trop vite. La désinformation, elle, ne souffre d’aucune panne de satellite. Les 21 400 posts n’ont pas besoin de Starlink. Ils ont besoin de votre attention. Et ils l’ont. Pourtant, vous lisez ceci. Vous pensez. Vous refusez de croire. La désinformation fonctionne parce qu’elle cible ceux qui baissent la garde. Pas vous. Pas si vous lisez ces mots.
Combien de ces 21 400 posts avez-vous croisés sans le savoir ? La question me dérange autant qu’elle vous dérange. Parce que la réponse honnête est : je ne sais pas. Personne ne sait. C’est le génie de la désinformation — elle ne porte pas d’étiquette. Elle ne dit pas « je suis un mensonge fabriqué à Moscou ». Elle ressemble à une opinion. Elle a l’air raisonnable. Elle se glisse entre deux articles légitimes et elle plante une graine de doute corrosif. Et cette graine, si personne ne l’arrache, devient une forêt. Le jour 1 455, la guerre ne se joue pas seulement sur les champs de bataille ukrainiens. Elle se joue dans votre fil d’actualité. Dans votre perception. Dans votre capacité à distinguer le vrai du fabriqué. Vous n’êtes pas spectateur. Vous êtes terrain. Et personne ne vous a demandé votre permission. Sauf que vous avez le choix. Vous pouvez vérifier. Vous pouvez refuser. Vous pouvez continuer à penser.
Semyon Gluzman (1946-2026) : dix ans de goulag pour avoir dit la vérité
L’homme dont la seule monnaie était la vérité
Semyon Gluzman est mort. Il avait 79 ans.
En 1972, ce psychiatre ukrainien a fait quelque chose d’impensable dans l’Union soviétique. Il a diagnostiqué un général soviétique comme sain d’esprit. Un dissident que le régime voulait faire interner en hôpital psychiatrique — la méthode classique du KGB pour éliminer les voix dissidentes sans les fusiller. Gluzman a refusé de jouer le jeu. Il a dit la vérité.
Pour ça, il a passé dix ans au goulag. Dix ans. Pour avoir dit qu’un homme sain était sain.
La vérité comme arme, hier et aujourd’hui
Robert van Voren, qui lui rend hommage, le décrit comme un homme « dont la seule monnaie était la vérité ».
1972 : condamné pour avoir dit la vérité. 2026 : mort pendant une guerre où la vérité est encore l’arme la plus dangereuse.
Il y a une ligne directe entre le goulag de Gluzman et les 21 400 posts de désinformation du chapitre précédent. Le mensonge d’État n’a pas changé de nature. Il a changé de support. En 1972, il passait par des psychiatres corrompus et des dossiers médicaux falsifiés. En 2026, il passe par des bots, des trolls, des algorithmes. Mais le principe est le même : détruire la vérité pour détruire la résistance.
Gluzman a résisté. Pendant dix ans de goulag, il a résisté. Et après, pendant les décennies qui ont suivi, il a continué. Il est mort au jour 1 455 d’une guerre qui est, dans son essence, la continuation du combat qu’il menait : la vérité contre le mensonge d’État.
Sa mort n’est pas seulement la perte d’un homme. C’est la fin d’une génération. Celle qui a vu l’URSS de l’intérieur, qui a payé le prix de la dissidence dans sa chair, et qui pouvait témoigner — avec l’autorité de la souffrance vécue — que ce qui se passe aujourd’hui n’est pas nouveau. Que la Russie de Poutine est la fille de l’URSS de Brejnev. Que les méthodes changent mais que l’intention reste la même. Pourtant, d’autres se lèvent. D’autres disent non. D’autres refusent de mentir.
Il y a des silences qui sont plus bruyants que des cris. La mort de Semyon Gluzman en est un. Je n’ai pas connu cet homme. Je n’ai jamais serré sa main. Mais je sais ce qu’il a fait. Il a regardé un système totalitaire dans les yeux et il a dit non. Pas avec une arme. Pas avec une armée. Avec un diagnostic. Avec la vérité. Et le système l’a broyé pendant dix ans pour ça. Dix ans. Et il est ressorti debout. Il est mort à 79 ans, au jour 1 455 d’une guerre qui prouve que son combat n’était pas fini. Que la vérité est encore la monnaie la plus précieuse — et la plus menacée. Que quelque part, dans un bureau de Moscou, quelqu’un fabrique encore des mensonges pour détruire des hommes qui disent vrai. Gluzman n’est pas du passé. Il est du présent. Et son silence, maintenant qu’il est parti, crie une accusation muette à chaque mensonge qui passe. Et je me demande qui écoutera. Mais aussi : quelque part, quelqu’un écoute. Quelque part, quelqu’un refuse de mentir. Gluzman n’est pas seul.
Les enfants, les réfugiés, le traître : ce que la guerre fait aux gens
2 000 enfants ramenés — des dizaines de milliers encore captifs
L’Ukraine a ramené 2 000 enfants de la captivité russe grâce à l’initiative Bring Kids Back. Zelenskyy le confirme. Le travail continue.
2 000. C’est un chiffre qui devrait faire la une de tous les journaux du monde. Des enfants enlevés, déportés, retenus par un État étranger. Ramenés chez eux après des mois, parfois des années de séparation. Des retrouvailles qu’on n’ose pas imaginer — la mère qui retrouve un enfant qui a grandi sans elle, qui parle peut-être une autre langue, qui a peut-être oublié son visage.
Mais 2 000, c’est aussi un rappel brutal : des dizaines de milliers restent sous contrôle russe. Des enfants ukrainiens, arrachés à leurs familles, dispersés dans l’immensité de la Fédération de Russie. Certains ont été adoptés par des familles russes. Certains ont reçu de nouveaux noms. Certains ne savent plus qu’ils sont ukrainiens.
100 000 réfugiés de plus, un traître condamné à vie
La Russie peut maintenir cette guerre jusqu’à sa treizième année, selon les analystes. Plus de 100 000 Ukrainiens pourraient fuir à nouveau cet hiver, la plupart vers l’Europe. Après quatre ans de conflit, même la résilience et la détermination ne peuvent pas soutenir des familles à travers un autre hiver de coupures d’électricité et de températures glaciales.
Et pendant que des familles fuient, un informaticien de Kyiv vient d’être condamné à la prison à vie. Il a aidé la Russie à frapper le réseau électrique qui chauffe sa propre ville. Il a donné les coordonnées de l’entreprise de défense où travaillait son beau-père. Il a rapporté si les frappes avaient atteint leurs cibles.
Un homme qui a aidé à détruire le chauffage de ses propres voisins. De ses propres concitoyens. En plein hiver. La trahison a un visage, et ce visage vivait dans le même immeuble que ses victimes.
2 000 enfants ramenés. Je devrais me réjouir. Et je me réjouis — sincèrement, profondément. Mais la joie est immédiatement avalée par le chiffre qui suit : des dizaines de milliers encore là-bas. Des enfants dont les mères ne dorment pas. Des enfants qui grandissent loin de chez eux, dans une langue qui n’est pas la leur, sous un drapeau qui n’est pas le leur. Et je pense à cette phrase terrible : la Russie peut maintenir cette guerre jusqu’à sa treizième année. Treize ans. Un enfant enlevé à trois ans en aurait seize. Il ne se souviendrait plus de rien. Ni de sa mère. Ni de sa maison. Ni de son nom. C’est ça, le crime le plus silencieux de cette guerre. Pas les bombes. L’effacement systématique. L’oubli imposé. Et quelque part, une mère attend. Elle attend depuis 1 455 jours. Et elle attendra peut-être 4 745 jours de plus. Mais aussi : 2 000 enfants sont rentrés. 2 000 mères ont retrouvé leurs enfants. 2 000 histoires qui ont changé. Et demain, il y en aura 2 001.
Les sanctions, la Bundeswehr, et les signaux faibles
Beriev : quand les sanctions mordent pour de vrai
Les sanctions fonctionnent. Pas toujours. Pas partout. Mais parfois, les chiffres parlent. Le complexe aéronautique Beriev — celui qui fabrique les avions de surveillance A-50 de la Russie — est passé d’un profit de 15 millions de dollars à une perte de 65 millions en un an. Un basculement de 80 millions de dollars. En 12 mois.
L’A-50 est l’œil de la Russie dans le ciel. Sans lui, la capacité de surveillance aérienne russe s’effondre. Et l’entreprise qui le fabrique est en hémorragie financière. Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas une explosion filmée par un drone. Mais c’est peut-être plus dévastateur à long terme qu’un missile. Parce que on ne remplace pas une chaîne de production aéronautique avec un discours patriotique.
La Bundeswehr apprend, l’Ukraine enseigne
Il y a un détail dans l’actualité du jour 1 455 qui mérite qu’on s’y arrête. Des soldats ukrainiens vont former la Bundeswehr. L’armée allemande — celle du plus grand pays d’Europe, celle qui n’a « plus de missiles » — va recevoir des leçons de combat de haute intensité de la part de soldats qui vivent cette réalité depuis quatre ans.
Drones. Frappes de masse. Guerre électronique. Tout ce que les manuels militaires européens décrivent en théorie, les Ukrainiens le vivent chaque jour. Et maintenant, ils vont l’enseigner. À ceux-là mêmes qui n’ont plus de missiles à leur donner.
L’Ukraine construit parallèlement une logistique numérique aux standards OTAN pour sa guerre électronique. La plateforme est déjà utilisée par 90 % des armées de l’OTAN. Transparence, maintenance rapide, coordination fluide. L’Ukraine ne se contente pas de se battre — elle se modernise en pleine guerre. Elle construit l’armée du futur pendant qu’elle survit au présent.
Il y a quelque chose de profondément ironique — et profondément triste — dans l’image de soldats ukrainiens formant la Bundeswehr. L’Ukraine, pays en guerre, pays qui manque de tout, pays dont les alliés avouent ne plus avoir de missiles à lui donner, va enseigner à l’armée allemande comment survivre dans le monde réel. Pas dans un exercice. Pas dans une simulation. Dans le monde où les drones tombent du ciel et où les obus ne s’arrêtent pas à l’heure du déjeuner. C’est à la fois admirable et accablant comme une responsabilité imposée. Admirable parce que l’Ukraine transforme sa souffrance en expertise. Accablant parce que cette expertise n’existerait pas si le monde avait fait son travail. Pourtant, elle enseigne. Elle partage. Elle élève les autres au lieu de se replier sur elle-même. Et je me demande ce que penseront les soldats allemands en écoutant un commandant ukrainien leur expliquer comment survivre à ce qu’ils ne pensaient jamais affronter. Peut-être qu’ils comprendront enfin.
Jour 1456 — la question qui reste
Tout converge — et rien ne se résout
Résumons. Tout converge, simultanément au jour 1 455 : des pourparlers s’ouvrent à Genève. Un missile Oreshnik tombe près de la Pologne. L’Allemagne n’a plus de missiles de défense aérienne. La Corée du Nord tire sur Kupiansk. 21 400 posts de désinformation inondent l’Europe. L’Ukraine contre-attaque à Zaporizhzhia. Bryansk subit sa pire attaque. Des pilotes américains défendent Kyiv. Orbán protège ses pipelines. 2 000 enfants sont ramenés de captivité. 100 000 réfugiés de plus s’annoncent. Semyon Gluzman meurt. Les sanctions mordent Beriev. La Bundeswehr va apprendre de l’Ukraine.
Ce n’est pas une liste. C’est une configuration. Un nœud de contradictions vivantes. L’espoir et le gouffre dans la même phrase. La négociation et l’escalade dans le même jour. La solidarité et la trahison dans le même continent.
La question que personne ne peut trancher
Le jour 1 455 marque-t-il le début d’une transition — de la guerre d’usure vers une architecture de sécurité européenne — ou n’est-il qu’un jour de plus dans l’interminable ?
Je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas. Et je me méfie de quiconque prétend savoir. Munich dit que quelque chose change. Genève dit que quelqu’un écoute. Zaporizhzhia dit que l’Ukraine tient. Mais « nous n’en avons tout simplement plus » dit que l’Europe n’est pas prête. L’Oreshnik dit que Moscou n’a pas peur d’escalader. Les 21 400 posts disent que la guerre de l’information est déjà perdue si on ne la combat pas.
Demain, ce sera le jour 1456. Le temps s’accumule. Les bombes ne s’arrêtent pas. Les enfants captifs ne rentrent pas tous. Les missiles manquants ne se matérialisent pas par magie. Et quelque part à Kupiansk, une femme se couchera ce soir en se demandant si le prochain obus sera nord-coréen ou russe — comme si ça changeait quelque chose quand il tombe sur votre maison.
Gluzman est mort. Sa monnaie était la vérité. Cette monnaie n’a jamais eu autant de valeur — et n’a jamais été aussi menacée.
Le temps s’accumule. La question est de savoir qui écoute — et si nous avons encore le droit de détourner les yeux.
Je termine ce billet et je suis submergé. Pas d’une seule émotion. De plusieurs qui se heurtent. Rage cristallisée devant l’inaction. Admiration blessée pour ceux qui agissent. Honte corrosive de ma propre impuissance. Peur diffuse de ce qui vient. Détermination fragile de ne pas détourner les yeux. Je sais que demain, il y aura un jour 1456. Et un 1457. Et que je serai encore là, à essayer de donner du sens à ce qui n’en a pas. À essayer de ne pas détourner les yeux. Parce que détourner les yeux, c’est exactement ce que veulent ceux qui tirent les missiles, qui fabriquent les mensonges, qui vendent le pétrole. Ils comptent sur notre lassitude. Ils comptent sur notre silence. Pourtant, je suis là. Vous êtes là. Quelque part, un pilote vole. Quelque part, des obus tchèques partent. Quelque part, une mère attend son enfant. Alors non. Pas de silence. Pas aujourd’hui. Pas demain. Pas au jour 1456. Et si je dois revenir ici au jour 1500, au jour 1700, au jour 2000, je reviendrai. Parce que quelqu’un doit continuer à regarder. Quelqu’un doit continuer à dire non. Et si ce quelqu’un, c’est moi, alors que ça soit moi. Pas par héroïsme. Par honnêteté.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Euromaidan Press — Third round of Ukraine-Russia-US talks opens in Geneva with European presence, 17 février 2026
Euromaidan Press — Munich-2026 marks shift: Ukraine is no longer just frontline state but core pillar of Europe’s security system, 17 février 2026
Euromaidan Press — Oreshnik missile lands near Ukraine-Poland border — now Warsaw weighs nukes, 16 février 2026
Euromaidan Press — « We simply don’t have any left »: Germany has run out of air defense missiles for Ukraine, 17 février 2026
Euromaidan Press — North Korean artillery caught firing at Kupiansk, hit three times by drones, 17 février 2026
Euromaidan Press — 21,400 disinformation posts in three days: Russia returns « ungrateful Ukraine » narrative ahead of Geneva talks, 16 février 2026
Euromaidan Press — Russia offered Ukraine a one-day ceasefire to hold a national vote — Zelenskyy called it « absurd », 17 février 2026
Euromaidan Press — It’s easier for Trump to publicly pressure Ukraine than Russia, Zelenskyy says, 17 février 2026
Sources secondaires
Euromaidan Press — One night, two of Russia’s scarcest military assets gone — Ka-27 helicopter and S-300VM SAM launcher, 17 février 2026
Euromaidan Press — Russia spent two months advancing in Zaporizhzhia Oblast — Ukraine clawed back up to 9.5 km in a week, 16 février 2026
Euromaidan Press — US, Dutch veterans join international F-16 squadron defending Kyiv, 17 février 2026
Euromaidan Press — Hungary will survive without Russian oil — but Orbán’s regime will not, 18 février 2026
Euromaidan Press — 4.4 million shells and counting: the Czech initiative Ukraine’s artillery depends on, 17 février 2026
Euromaidan Press — Germany’s arms giant says it can flood Ukraine with ammo right now — if Western governments unlock funding, 17 février 2026
Euromaidan Press — Russia’s Ilsky refinery is burning again, 17 février 2026
Euromaidan Press — Russia says Bryansk experienced « most powerful » attack ever, 16 février 2026
Euromaidan Press — In memoriam: Semyon Gluzman (1946–2026), sentenced to 10 years for diagnosing a Soviet general as sane, 17 février 2026
Euromaidan Press — Ukraine’s intelligence intercepts Russian troops struggling with Gazprom terminals after Starlink shutdown, 17 février 2026
Euromaidan Press — Sanctions working: Russia’s Beriev aircraft complex swings from $15M profit to $65M loss, 16 février 2026
Euromaidan Press — Ukraine brings 2,000 children home from Russian captivity, 17 février 2026
Euromaidan Press — Russia can keep war going into 13th year: Over 100,000 Ukrainians may flee again this winter, 17 février 2026
Euromaidan Press — Ukraine builds NATO-standard digital logistics for EW, 17 février 2026
Euromaidan Press — Ukraine’s battle-hardened soldiers to teach Bundeswehr, 17 février 2026
Euromaidan Press — While Trump denounces free trade, China opens its markets to an entire continent, 17 février 2026
Euromaidan Press — Kyiv IT worker jailed for life for helping Russia strike the power grid, 17 février 2026
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