Un géant pétrolier au service de l’armée
La raffinerie d’Ilsky n’est pas n’importe quelle installation industrielle. Située à 30 kilomètres de Krasnodar, elle bénéficie d’une position géographique privilégiée dans les flux logistiques du sud de la Russie. À proximité immédiate des plus grands ports de la mer Noire et de la mer d’Azov : Novorossiysk, Touapsé, Temriouk, Ieïsk. Ces ports sont les poumons de l’exportation énergétique russe. Et Ilsky en est le cœur qui pompe. Sa capacité de traitement — 6,5 millions de tonnes annuelles — en fait l’une des installations clés du District fédéral du Sud. Mais c’est son rôle militaire qui la rend stratégiquement incontournable. Cette raffinerie approvisionne en carburant les unités militaires du District militaire Sud de la Russie. Elle fournit le diesel qui fait tourner les chars, les camions, les blindés qui opèrent en Ukraine occupée.
On peut débattre de stratégie militaire pendant des heures. Mais la guerre, au fond, se résume à une équation simple : pas de carburant, pas de mouvement. Pas de mouvement, pas de guerre. Chaque litre de diesel qui ne sort pas d’Ilsky, c’est un char qui ne roule pas. Un convoi qui ne part pas. Une offensive qui s’essouffle.
La logistique du mal : de la raffinerie au front
Le pétrole brut arrive à Ilsky. Il est raffiné. Transformé en diesel militaire, en essence, en fioul lourd. Puis il repart par pipeline, par train, par camion-citerne, vers les bases militaires du sud. Vers la Crimée occupée. Vers le Donbass. Vers les lignes de front où, chaque jour, des soldats ukrainiens se battent pour chaque mètre de terre. Frapper Ilsky, c’est frapper la chaîne d’approvisionnement à la source. C’est couper le sang qui irrigue la machine de guerre. Les stratèges ukrainiens l’ont compris depuis longtemps. Et pourtant, chaque frappe sur une raffinerie russe est traitée dans les médias occidentaux comme un incident isolé. Comme si on ne voyait pas le schéma. Comme si on ne comprenait pas la stratégie.
L'effet domino : cinq aéroports fermés, une nuit de chaos
Quand les drones paralysent le ciel russe
La frappe sur Ilsky n’était pas un acte isolé. Dans la nuit du 16 au 17 février 2026, des drones ont frappé plusieurs régions de Russie simultanément. L’ampleur de l’opération a forcé les autorités russes à fermer cinq aéroports. Krasnodar. Sotchi. Guelendjik. Kazan. Nijhnekamsk. Pendant au moins quatre heures, les vols ont été suspendus. Des alertes aériennes ont été déclenchées à Novorossiysk et à Slaviansk-sur-Kouban. Des explosions ont été signalées aux abords de Kazan, en République du Tatarstan, à plus de 1 500 kilomètres du front. L’usine chimique Metafrax, à Goubakha, dans le territoire de Perm, a également été touchée. Un incendie s’y est déclaré.
Cinq aéroports fermés en une seule nuit. Que l’on prenne un instant pour mesurer ce que cela signifie. L’Ukraine, un pays en guerre depuis bientôt quatre ans, un pays dont les villes sont bombardées quotidiennement, parvient à paralyser le trafic aérien de la Russie sur des milliers de kilomètres. Ce n’est plus de la résistance. C’est de la projection de puissance.
Le Tatarstan dans le viseur : la profondeur stratégique de l’Ukraine
Kazan, capitale du Tatarstan, se trouve à plus de 1 500 kilomètres de la frontière ukrainienne. C’est comme si, depuis Paris, on frappait Madrid. Les drones ukrainiens atteignent désormais des cibles que Moscou pensait hors de portée. Des pannes de courant ont été signalées à Kazan dans la nuit. Les résidents ont filmé les explosions depuis leurs fenêtres. À 3 heures du matin, heure locale, la nuit de Kazan a été déchirée. Le mythe de l’invulnérabilité du territoire russe se fissure un peu plus à chaque frappe. Et pourtant, la propagande russe continue de parler de victoire imminente. De contrôle total. De supériorité écrasante. Pendant que ses aéroports ferment et que ses raffineries brûlent.
La campagne systématique : l'Ukraine frappe le portefeuille de Poutine
De Volgograd à Ilsky : la stratégie du serpent qui étouffe
La frappe sur Ilsky s’inscrit dans une campagne méthodique qui a changé de dimension depuis 2024. Le 11 février 2026, quelques jours à peine avant Ilsky, des drones ukrainiens avaient frappé la raffinerie de Volgograd, propriété de Lukoil. Résultat : la première fermeture majeure d’une raffinerie russe en 2026. L’unité de distillation touchée représentait 40 % de la capacité de l’installation, soit environ 140 000 barils par jour. La raffinerie de Volgograd avait traité 13,5 millions de tonnes de pétrole en 2024 — environ 5 % du raffinage russe total. Elle avait produit 6 millions de tonnes de diesel et 1,9 million de tonnes d’essence. Tout cela, suspendu. Des sources de marché ont indiqué à Reuters que la raffinerie suspendrait ses livraisons de carburant jusqu’en mars.
Volgograd. Ilsky. Deux frappes en moins d’une semaine. Ce n’est pas de la chance. Ce n’est pas du hasard. C’est un plan. Méthodique. Calculé. L’Ukraine ne frappe pas au hasard. Elle frappe là où ça fait mal. Là où le pétrole coule. Là où l’argent de la guerre se fabrique.
Les chiffres qui font trembler le Kremlin
Début 2025, les frappes ukrainiennes avaient déjà neutralisé environ 10 % de la capacité de raffinage russe. Depuis janvier de cette année-là, 21 des 38 raffineries majeures de Russie ont été touchées — une augmentation de 48 % par rapport à l’ensemble de l’année 2024. Selon le Carnegie Endowment for International Peace, certaines estimations évoquent jusqu’à 38 % de la capacité de raffinage affectée. Les cibles se sont diversifiées : raffineries, dépôts de stockage, pipelines, ports d’exportation, infrastructures de forage offshore. Les ports de Novorossiysk et Touapsé sur la mer Noire, ainsi que Oust-Louga sur la Baltique, ont été frappés à plusieurs reprises. Le pipeline Droujba, qui achemine le pétrole russe vers les quelques pays de l’Union européenne qui en dépendent encore, a été touché cinq fois depuis août. L’Ukraine ne mène pas une guerre. Elle mène un siège économique.
Le prix de la douleur : l'essence russe flambe
Quand les files d’attente racontent la guerre
En septembre et octobre 2025, des vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des files de voitures devant les stations-service russes. Des queues. En Russie. Un pays qui possède les deuxièmes réserves prouvées de pétrole au monde. Un pays qui exporte des millions de barils par jour. Et dont les citoyens font la queue pour remplir leur réservoir. Le gouvernement russe a réagi en interdisant les exportations d’essence jusqu’à la fin de l’année. Une mesure d’urgence qui en dit plus long que n’importe quel communiqué officiel. Quand un pétrostat rationne son propre carburant, quelque chose s’est brisé dans la mécanique.
Il y a un détail dans cette image qui me hante. Des Russes ordinaires, dans des villes ordinaires, qui attendent pour faire le plein. Pas dans une zone de guerre. Chez eux. Dans leur propre pays. Le pays qui possède plus de pétrole que presque n’importe qui sur Terre. Et ils attendent. Parce que les drones ukrainiens ont frappé là où personne ne pensait qu’ils pouvaient frapper.
La hausse des prix, ce séisme silencieux
Après la frappe sur Volgograd, le prix de gros de l’essence AI-92 en Russie a bondi de 6,9 % en une semaine, atteignant 62 431 roubles la tonne métrique. La plus forte hausse hebdomadaire depuis juillet dernier. Et ce n’est que le début. Chaque raffinerie touchée, chaque pipeline endommagé, chaque dépôt incendié pousse les prix un peu plus haut. L’inflation énergétique n’est plus un risque théorique pour la Russie. C’est une réalité en cours. Et pourtant, la télévision d’État russe continue de montrer des chars qui avancent, des drapeaux qui flottent, des victoires qui s’enchaînent. Elle ne montre pas les files d’attente. Elle ne montre pas les prix qui montent. Elle ne montre pas les raffineries qui brûlent.
Black Iskra : la résistance qui frappe de l'intérieur
Quand les drones ne sont pas seuls
La raffinerie d’Ilsky n’en est pas à sa première blessure. Le 7 septembre 2025, un événement remarquable s’y était produit. Le mouvement de résistance Black Iskra, opérant en coopération avec les Forces des opérations spéciales d’Ukraine, avait mis hors service le complexe Yelou-AT-6 de la raffinerie. Ce complexe de traitement primaire, d’une capacité de 6 millions de tonnes de pétrole brut par an, assure la déshydratation et la dessalinisation du brut pour la production d’essence, de diesel et d’autres produits. En clair : le cœur même de la raffinerie, saboté de l’intérieur. Par des Russes. Des citoyens de la Fédération de Russie qui refusent cette guerre et agissent.
Black Iskra. L’étincelle noire. Un nom de mouvement de résistance qui sonne comme un avertissement. Il y a des gens, en Russie même, qui risquent leur vie pour saboter la machine de guerre de leur propre gouvernement. Leur courage est immense. Leur existence est la preuve que la résistance au régime de Poutine n’est pas qu’un vœu pieux d’Occidentaux. Elle est réelle. Elle est active. Elle brûle.
Novembre 2025 : les oiseaux de Magyar frappent à leur tour
Le 19 novembre 2025, c’était au tour des Magyar Birds, les drones des Forces des systèmes sans pilote d’Ukraine, de frapper Ilsky. Puis février 2026. La raffinerie est devenue une cible récurrente. Un symbole. Chaque fois réparée. Chaque fois frappée à nouveau. Les stratèges ukrainiens appliquent une méthode documentée par les analystes de Kpler : une raffinerie est touchée, les équipes de réparation interviennent, et avant que le site ne puisse se rétablir, une nouvelle frappe suit. Le cycle se répète toutes les deux à trois semaines. C’est une guerre d’usure ciblée. Pas la destruction totale. La dégradation permanente. Maintenir la pression constante. Empêcher la récupération. Forcer l’adversaire à dépenser des ressources pour réparer ce qui sera détruit à nouveau.
La station Kropotkinskaïa : l'autre frappe que personne n'a vue
Un maillon du pipeline caspien coupé
Dans le tumulte de la nuit du 16 au 17 février, une autre cible a été touchée dans le Krasnodar. La station de pompage pétrolière de Kropotkinskaïa, qui fait partie du Consortium du pipeline caspien (CPC). Andrii Kovalenko, chef du Centre de lutte contre la désinformation d’Ukraine, a confirmé la frappe via Telegram. La station a été mise hors service. Le CPC est une infrastructure majeure : c’est le pipeline qui achemine les exportations de pétrole du Kazakhstan vers les marchés internationaux via le territoire russe. Toucher cette station, c’est perturber non seulement l’infrastructure énergétique russe, mais aussi le transit pétrolier international qui passe par la Russie.
Deux frappes dans la même région, la même nuit. La raffinerie d’Ilsky et la station de pompage de Kropotkinskaïa. L’une produit le carburant. L’autre le transporte. Frapper les deux simultanément, c’est attaquer la chaîne complète. Du brut au produit fini. De l’extraction à l’exportation. Ce n’est pas du terrorisme. C’est de la stratégie.
Le message aux partenaires commerciaux de Moscou
En frappant le CPC, l’Ukraine envoie un message aux clients du pétrole russe. À la Chine. À l’Inde. À la Turquie. À tous ceux qui continuent d’acheter le pétrole de Poutine malgré les sanctions. Le message est limpide : votre approvisionnement n’est pas garanti. Les routes d’exportation traversent des zones que l’Ukraine peut atteindre. Les ports ne sont pas sûrs. Les pipelines ne sont pas sûrs. Les raffineries ne sont pas sûres. Rien n’est sûr. Et chaque baril de pétrole acheté à la Russie finance une bombe qui tombera sur une école, un hôpital, un immeuble résidentiel ukrainien.
La doctrine du drone : comment l'Ukraine réinvente la guerre asymétrique
Les sanctions à longue portée
Vladyslav Vlasiouk, le commissaire aux sanctions de l’Ukraine, a inventé une expression qui résume tout : les sanctions à longue portée. Là où les sanctions économiques occidentales peinent à étrangler l’économie russe — contournées, diluées, ignorées —, les drones ukrainiens frappent directement les infrastructures qui génèrent les revenus. Pas besoin d’attendre que l’Europe se mette d’accord sur un treizième paquet de sanctions. Pas besoin de négocier avec la Hongrie ou la Turquie. Un drone traverse la nuit. Une raffinerie s’embrase. L’argent de la guerre part en fumée. Littéralement.
Il y a une ironie mordante dans cette situation. L’Occident débat pendant des mois pour adopter des sanctions que la Russie contourne en semaines. L’Ukraine, elle, envoie un drone qui fait plus de dégâts économiques en une nuit que six mois de négociations diplomatiques. La leçon est cruelle. Mais elle est vraie.
L’évolution de la campagne : du ponctuel au systématique
La campagne de drones contre les raffineries russes a commencé par des frappes sporadiques en 2023. En 2024, elle s’est intensifiée. En 2025, elle est devenue systématique. En 2026, elle est dévastatrice. L’Atlantic Council a documenté comment les drones ukrainiens ont neutralisé environ 10 % de la capacité de raffinage russe. Kpler, la société d’analyse énergétique, a décrit comment les frappes sont entrées dans une phase délibérée et coordonnée, avec une stratégie visant à maintenir le système de raffinage russe sous pression constante. Et les cibles s’élargissent. Ce ne sont plus seulement les raffineries. Ce sont les pipelines. Les dépôts. Les ports d’exportation. Les infrastructures de forage offshore. L’Ukraine s’attaque à l’ensemble de la chaîne de valeur pétrolière qui finance la guerre contre elle.
Ilsky dans l'histoire : une raffinerie qui refuse de mourir
Le calendrier des frappes
2023 : première frappe. 2024 : nouvelle attaque. Février 2025 : incendie majeur de produits pétroliers. 7 septembre 2025 : Black Iskra et les Forces spéciales ukrainiennes détruisent le complexe Yelou-AT-6. 19 novembre 2025 : les Magyar Birds frappent. 17 février 2026 : nouvelle frappe par drones, 700 mètres carrés en feu. Six attaques documentées en trois ans. Six fois, les équipes de réparation ont reconstruit. Six fois, l’Ukraine est revenue. La raffinerie d’Ilsky est devenue le symbole d’un bras de fer sans fin. La Russie répare. L’Ukraine frappe. La Russie répare. L’Ukraine frappe.
Il y a quelque chose de sisyphéen dans cette répétition. La Russie pousse le rocher de la réparation en haut de la colline, et à chaque fois, un drone ukrainien le fait redégringoler. La différence avec Sisyphe, c’est que chaque cycle coûte des millions de roubles à Moscou. Et chaque cycle démontre que l’Ukraine ne renoncera pas.
Le coût invisible de la réparation permanente
Chaque réparation mobilise des ingénieurs, des matériaux spécialisés, des équipements lourds. Des ressources qui, en temps de sanctions, sont plus difficiles à obtenir. Des composants qui venaient autrefois d’Europe et qui doivent maintenant être importés de Chine ou fabriqués localement, souvent à des coûts supérieurs et avec des délais allongés. Chaque réparation détourne des ressources qui pourraient aller à l’effort de guerre. Chaque réparation est une victoire ukrainienne invisible. On ne la voit pas dans les décomptes de territoire. On ne la voit pas sur les cartes du front. Mais elle existe. Elle pèse. Elle saigne l’économie russe goutte à goutte.
La géographie de la vulnérabilité : pourquoi le sud est le talon d'Achille
Le corridor énergétique du Krasnodar
Le Krasnodar n’est pas une région comme les autres dans l’architecture énergétique russe. C’est un corridor. Un point de convergence. Les pipelines qui acheminent le pétrole vers les terminaux d’exportation de la mer Noire traversent cette région. Les raffineries qui transforment le brut en produits utilisables s’y concentrent. Les ports qui chargent les pétroliers à destination du monde entier s’y trouvent. Frapper le Krasnodar, c’est frapper le nœud nerveux du système pétrolier sud de la Russie. Et l’Ukraine le sait. La proximité relative de la région avec le territoire ukrainien — comparée à des installations plus au nord — la rend accessible aux drones à longue portée. Mais même cette notion de proximité relative est devenue obsolète. Les drones ukrainiens frappent désormais Kazan, à 1 500 kilomètres. La Russie n’a plus de profondeur stratégique sûre.
La Russie est le plus grand pays du monde. 17 millions de kilomètres carrés. Et elle ne parvient pas à protéger ses raffineries. Pas parce qu’elle manque de défenses anti-aériennes. Mais parce qu’on ne peut pas défendre 17 millions de kilomètres carrés contre des drones qui coûtent une fraction du prix d’un missile S-400. La démocratisation de la guerre aérienne est en train de redessiner les règles du conflit. Et la Russie, malgré sa taille, est du mauvais côté de cette équation.
Novorossiysk et Taman : les ports dans la mire
Les ports de Novorossiysk et de Taman sont les principaux terminaux d’exportation pétrolière de la Russie sur la mer Noire. Ils sont situés à proximité immédiate de la raffinerie d’Ilsky. Les pétroliers qui chargent dans ces ports transportent du pétrole russe vers l’Inde, la Chine, la Turquie et d’autres acheteurs. Des frappes répétées sur Novorossiysk ont déjà perturbé les opérations portuaires à plusieurs reprises. La logique stratégique est implacable : si l’on ne peut pas empêcher la production, on perturbe le transport. Si l’on ne peut pas empêcher le transport, on perturbe l’exportation. Chaque maillon de la chaîne est un point de vulnérabilité.
Ce que le monde devrait voir dans ces flammes
L’Ukraine ne subit plus — elle impose
Pendant des mois, le récit dominant a présenté l’Ukraine comme une nation qui subit. Qui encaisse. Qui résiste, certes, mais en position défensive. Les bombardements quotidiens sur Kharkiv, Odessa, Kiev. Les missiles sur les immeubles résidentiels. Les drones Shahed qui s’écrasent sur les infrastructures civiles. Ce récit n’est pas faux. Mais il est incomplet. Parce que l’Ukraine, en parallèle, mène une offensive stratégique contre le système énergétique russe qui est en train de produire des résultats mesurables. Des raffineries fermées. Des prix en hausse. Des pénuries locales. Des aéroports paralysés. L’Ukraine ne se contente plus de se défendre. Elle attaque la capacité de la Russie à financer sa propre agression.
Et c’est peut-être là le récit le plus important de cette guerre en ce début de 2026. Pas les lignes de front qui bougent de quelques kilomètres dans un sens ou dans l’autre. Pas les négociations qui n’aboutissent jamais. Mais cette guerre invisible, nocturne, menée par des drones silencieux qui traversent des centaines de kilomètres pour aller frapper le portefeuille de Poutine. C’est cette guerre-là qui pourrait, à terme, changer le cours du conflit.
Le symbole des 700 mètres carrés
700 mètres carrés. C’est la superficie officielle de l’incendie à Ilsky. Environ la taille d’un grand appartement. Dans l’échelle des catastrophes industrielles, c’est modeste. Et pourtant, ces 700 mètres carrés ont mobilisé 72 personnes et 21 véhicules. Ces 700 mètres carrés ont forcé la fermeture de trois aéroports dans le Krasnodar. Ces 700 mètres carrés sont la sixième blessure infligée à la même installation en trois ans. Les chiffres officiels russes minimisent toujours. C’est dans leur ADN communicationnel. Mais 700 mètres carrés de produits pétroliers en flammes, ça ne s’éteint pas avec un extincteur. On n’envoie pas un train anti-incendie pour un petit feu.
Conclusion : Quand le pétrole brûle, la vérité éclaire
Le feu qui ne s’éteindra pas
Les flammes d’Ilsky finiront par s’éteindre. Les 72 secouristes feront leur travail. Le train anti-incendie complètera sa mission. Les équipes de réparation reviendront. Les ouvriers remplaceront le réservoir endommagé. La raffinerie reprendra ses opérations. Le diesel coulera à nouveau vers les chars et les blindés. Jusqu’à la prochaine frappe. Parce qu’il y aura une prochaine frappe. C’est la réalité que la Russie refuse d’admettre. On ne peut pas mener une guerre d’agression pendant près de quatre ans sans que l’adversaire ne trouve le moyen de frapper en retour. L’Ukraine l’a trouvé. Et elle ne s’arrêtera pas.
Dans la nuit du 16 au 17 février 2026, des drones ont traversé le ciel russe. Ils ont frappé une raffinerie. Ils ont fermé des aéroports. Ils ont secoué Kazan. Ils ont enflammé Goubakha. Et dans les villages du Krasnodar, des résidents ont regardé l’horizon brûler en se demandant jusqu’où cette guerre irait. La réponse est dans les flammes. Aussi loin qu’il le faudra.
Maintenant, vous savez. Vous savez que la raffinerie d’Ilsky alimente les chars qui tuent des Ukrainiens. Vous savez qu’elle a été frappée six fois et qu’elle le sera encore. Vous savez que les drones ukrainiens atteignent désormais des cibles à 1 500 kilomètres de la frontière. Vous savez que les prix de l’essence grimpent en Russie et que les files d’attente s’allongent. La question, désormais, n’est plus de savoir si l’Ukraine peut frapper le système pétrolier russe. C’est de savoir combien de temps la Russie peut encaisser avant que la mécanique ne se grippe pour de bon.
Le dernier mot revient aux flammes
Il y a cette image, filmée par un résident d’Ilsky dans la nuit. Un ciel noir traversé par une lueur orange. Le grondement sourd d’un incendie industriel. Et le silence des gens qui regardent. Personne ne dit rien. Ils regardent leur raffinerie brûler. Ils regardent la guerre qui, pour la première fois, éclaire leur ciel à eux. Pas le ciel de Kharkiv. Pas le ciel de Marioupol. Pas le ciel d’Odessa. Leur ciel. Celui du Krasnodar. Celui qu’ils croyaient intouchable.
Et pourtant, il brûle.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Xinhua News Agency).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (The Washington Post, The New York Times, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Le Monde, The Guardian).
Les données statistiques, économiques et géopolitiques citées proviennent d’institutions officielles : Agence internationale de l’énergie (AIE), Organisation mondiale du commerce (OMC), Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale, instituts statistiques nationaux.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Cette analyse s’inscrit dans un moment décisif de la guerre en Ukraine. La campagne contre les infrastructures énergétiques russes n’est pas une série d’incidents isolés. C’est une stratégie délibérée qui vise le système économique finançant l’agression. Les sources ci-dessous documentent chaque fait, chaque chiffre utilisé dans cette analyse. La transparence est un devoir quand on traite de sujets qui engagent la vie de millions de personnes. Le lecteur mérite de pouvoir vérifier et se forger sa propre conviction.
Sources
Sources primaires
UNITED24 Media — Drone Strike Sets Strategic Ilsky Refinery Ablaze in Southern Russia, Video
Militarnyi — Drones strike Ilsky oil refinery in Russia
UNITED24 Media — Ukraine’s Drone Strike Triggers First Major Russian Refinery Shutdown of 2026
Sources secondaires
Atlantic Council — Ukrainian drones reportedly knock out 10 percent of Russian refining capacity
Kpler — Ukraine’s evolving drone campaign against Russian refining infrastructure
Militarnyi — Ukrainian Drones Strike Ilsky, Largest Refinery in Southern Russia
The Moscow Times — Russian Wholesale Gasoline Prices Jump on Refinery Drone Strikes
Al Arabiya — Fire at Russia’s Ilsky refinery after drone attack, officials say
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