La ville qui ne veut pas mourir
Pokrovsk. Avant la guerre, une ville de 60 000 habitants dans l’oblast de Donetsk. Un noeud ferroviaire. Des écoles. Des marchés. Des enfants qui jouaient dans des cours d’immeubles soviétiques. Aujourd’hui, Pokrovsk est un mot que les analystes militaires prononcent en baissant la voix. La ville est devenue l’épicentre de l’offensive russe dans le Donbas. Les forces russes tentent de refermer un étau autour de Pokrovsk et de Myrnohrad, sa ville jumelle située à quelques kilomètres au nord-est. Selon les estimations du projet cartographique DeepState, le corridor entre les deux positions ukrainiennes s’est réduit à environ cinq kilomètres. Cinq kilomètres. La distance d’une promenade matinale. La distance entre la résistance et l’encerclement.
Le 16 février, l’armée russe a lancé 42 assauts dans le seul secteur de Pokrovsk. Les combats ont fait rage autour de Rodynske, Chervonyi Lyman, Kotlyne, Udachne, Novyi Donbas, Vilne, Shevchenko, Novooleksandrivka, Novopavlivka, Novopidhorodne et Filiia. Chaque nom est un point sur la carte. Chaque point, un enfer local. Les forces ukrainiennes rapportent avoir éliminé 167 soldats russes et blessé 19 autres dans ce seul secteur au cours des dernières 24 heures, en plus de la destruction de 13 véhicules, 43 drones, 15 abris et dépôts de munitions, et un char.
Quarante-deux assauts en une journée sur un seul secteur. C’est un assaut toutes les 34 minutes, sans pause, sans répit, du lever au coucher du soleil et au-delà. Comment décrit-on ça à quelqu’un qui n’a jamais entendu le son d’un obus? On ne le décrit pas. On compte les minutes entre les détonations et on prie pour que le prochain tombe ailleurs.
L’étau qui se resserre — et qui se desserre
L’épicentre des combats s’est déplacé vers Rodynske et Krasnyi Lyman, au nord de Pokrovsk. C’est là que la Russie intensifie sa pression, tentant de déployer de l’armement lourd supplémentaire et du personnel pour ce que les analystes décrivent comme une manoeuvre d’enveloppement. La tactique est lisible : couper les lignes d’approvisionnement terrestres, isoler les défenseurs, forcer la reddition ou le retrait. C’est la même tactique que la Russie a employée à Marioupol, à Bakhmut, à Avdiivka. Elle ne change pas de méthode. Elle change de cible.
Et pourtant, les forces ukrainiennes maintiennent le contrôle du nord de Pokrovsk. Les positions sont imbriquées. Russes et Ukrainiens occupent des bâtiments séparés par une rue, parfois par un mur. La guerre urbaine dans sa forme la plus crue. L’intelligence OTAN a été claire dans son évaluation : la capture de la ligne de front ne signifierait pas l’effondrement de la défense ukrainienne dans le secteur. Les positions sont profondes. Les réserves existent. La volonté est intacte.
Huliaipole : 37 attaques et une contre-offensive qui change la donne
Le deuxième front de l’enfer
Pendant que Pokrovsk absorbe le choc principal, Huliaipole brûle avec une intensité presque équivalente. 37 attaques russes en 24 heures, dirigées vers Dobropillia, Pryluky, Zaliznychne, Huliaipole, Sviatopetrivka, Zelene et Staroukrainka. Le secteur de Huliaipole, situé dans l’oblast de Zaporizhzhia, est devenu depuis l’été 2025 le deuxième point de pression majeur de l’offensive russe. Moscou y voit la porte d’entrée vers Zaporizhzhia-ville, la grande cité industrielle dont la prise permettrait de consolider le corridor terrestre reliant la Crimée au Donbas.
Mais c’est précisément ici, dans ce secteur que tout le monde surveillait avec anxiété, que quelque chose d’inattendu s’est produit. Le commandant en chef Oleksandr Syrskyi a annoncé que les forces ukrainiennes mènent des opérations offensives et d’assaut efficaces dans le secteur d’Oleksandrivka, près de Huliaipole. Le mot offensif est rare dans les communiqués ukrainiens de ces derniers mois. Il sonne comme un changement de tempo. Comme le moment où le boxeur qui encaissait depuis six rounds décide soudainement de placer un crochet.
Syrskyi a visité personnellement les postes de commandement des brigades engagées dans ces opérations. Ce détail compte. Un commandant en chef qui se rend sur la ligne de front, c’est un message. Pas seulement pour ses troupes. Pour Moscou. Pour le monde. Le message dit : nous ne sommes pas en train de mourir. Nous sommes en train de nous battre.
La priorité de Syrskyi : des vies, pas seulement du terrain
Ce que Syrskyi a dit lors de ses visites mérite d’être cité. « Libérer des territoires est extrêmement important », a-t-il déclaré, « mais la priorité doit être de préserver la vie des soldats et de maintenir la capacité combattante des unités. » Cette phrase est plus qu’une formule diplomatique. C’est une doctrine. La Russie jette ses hommes comme du combustible dans une fournaise. L’Ukraine compte les siens. La Russie avance par les corps empilés. L’Ukraine avance par l’intelligence tactique, les systèmes sans pilote, l’artillerie ciblée, la guerre électronique. Deux philosophies de la guerre. Deux rapports à la vie humaine.
Les forces de défense ukrainiennes emploient efficacement des systèmes de drones, de l’artillerie et des capacités de guerre électronique pour maintenir leurs positions tout en infligeant des pertes significatives en personnel et en équipement à l’ennemi. Syrskyi a également insisté sur l’affectation du personnel en fonction de ses qualifications professionnelles et de son expérience civile. Un ingénieur ne finit pas fantassin. Un informaticien opère les drones. La guerre moderne se gagne aussi dans les tableaux Excel des ressources humaines.
201 kilomètres carrés repris : le miracle silencieux de Zaporizhzhia
Quand l’Ukraine avance sans que personne ne regarde
Voici le fait le plus important de cette semaine de guerre. Le fait que presque personne n’a couvert. Entre le 11 et le 15 février 2026, les forces ukrainiennes ont repris 201 kilomètres carrés de territoire dans la région de Zaporizhzhia. Selon l’analyse de l’Institute for the Study of War (ISW), c’est le gain territorial le plus rapide depuis juin 2023. Plus rapide que n’importe quelle avancée des deux dernières années et demie. Le terrain repris se situe à environ 80 kilomètres à l’est de Zaporizhzhia-ville, dans une zone où les forces russes progressaient depuis l’été 2025.
Pour mettre ce chiffre en perspective : la Russie a conquis 244 kilomètres carrés sur l’ensemble du mois de décembre 2025. En cinq jours, l’Ukraine a repris l’équivalent de ce que la Russie a gagné en un mois. Cinq jours contre trente. Le ratio parle de lui-même. Les forces ukrainiennes ont également repris du terrain sur les fronts de Kharkiv, Kostiantynivka, Pokrovsk et Novopavlivka. France 24 a titré sur « le gain le plus rapide de l’Ukraine en 2 ans et demi ». AFP a confirmé les chiffres. Et pourtant, combien de unes occidentales ont relayé cette information? Combien de chaînes d’information en continu ont interrompu leur programmation pour annoncer que l’Ukraine venait de réaliser son plus grand exploit militaire depuis la contre-offensive de 2023?
Le silence médiatique autour de cette contre-offensive ukrainienne est assourdissant. Quand la Russie avance de 500 mètres, c’est une alerte. Quand l’Ukraine reprend 201 kilomètres carrés en cinq jours, c’est un entrefilet en page 12. Ce déséquilibre narratif n’est pas accidentel. Il fabrique du désespoir. Il fabrique l’idée que cette guerre est perdue. Elle ne l’est pas. Les faits sont là. Mais les faits ne font pas de bruit quand personne ne les amplifie.
L’effet Starlink : quand la technologie change la guerre
Comment expliquer ce retournement soudain? L’ISW pointe un facteur déterminant : le blocage de l’accès russe à Starlink. Depuis début février 2026, le ministère ukrainien de la Défense et SpaceX, la société d’Elon Musk, ont coupé l’accès des troupes russes au réseau Starlink qu’elles utilisaient pour opérer et contrôler leurs drones d’attaque au-dessus de l’Ukraine. Les blogueurs militaires russes ont confirmé l’impact : perte de connectivité, problèmes de communication, difficultés de commandement et de contrôle sur le terrain. Sans Starlink, les drones russes deviennent aveugles. Sans coordination en temps réel, les assauts deviennent chaotiques. L’avantage technologique, même temporaire, se traduit immédiatement en terrain repris.
Le 5 février, les observateurs militaires russes avaient noté la perte de connectivité. Le 11 février, les contre-attaques ukrainiennes commençaient à porter leurs fruits. Six jours entre la coupure et le basculement. Six jours qui montrent à quel point cette guerre se joue aussi dans l’espace, dans les satellites, dans les algorithmes. La boue des tranchées et les signaux numériques. Le XXIe siècle dans toute sa brutalité hybride.
Le prix russe : 1 255 340 pertes et un compteur qui ne s'arrête jamais
Les chiffres de l’abattoir
L’état-major ukrainien tient un décompte quotidien des pertes russes depuis le 24 février 2022. Au 17 février 2026, le chiffre total atteint 1 255 340 personnels. Un million deux cent cinquante-cinq mille trois cent quarante. Sur les seules dernières 24 heures, 890 soldats russes ont été mis hors de combat. En équipement : 11 678 chars détruits depuis le début de la guerre. 24 045 véhicules blindés. 37 323 systèmes d’artillerie. 136 073 drones. 4 288 missiles de croisière. 435 avions. 347 hélicoptères.
Ces chiffres sont contestés par Moscou, qui ne publie aucune donnée officielle sur ses propres pertes. Mais les sources indépendantes, de Mediazona aux estimations occidentales, confirment un ordre de grandeur compatible. Le général Petraeus, ancien commandant des forces américaines en Afghanistan et en Irak, a déclaré que la Russie a perdu plus de troupes en Ukraine que les États-Unis pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis ont perdu environ 405 000 hommes entre 1941 et 1945. La Russie dépasse le million en moins de quatre ans. Et le recrutement continue. Les mercenaires affluent des confins de la Fédération. Le prix humain ne compte pas quand la machine de guerre est pilotée par un homme qui ne verra jamais un champ de bataille de sa vie.
Un million deux cent cinquante-cinq mille. Ce chiffre est si énorme qu’il en devient abstrait. Alors ramenons-le à quelque chose de concret. C’est la population de la ville de Prague. C’est plus que la population d’Oslo, de Dublin, de Bruxelles. Imaginez une capitale européenne entière, vidée de ses habitants. Imaginez chaque rue silencieuse, chaque maison vide, chaque place déserte. C’est ça, le coût humain de l’obsession d’un seul homme.
L’équation impossible de Moscou
La question que personne ne pose assez fort : combien de temps la Russie peut-elle maintenir ce rythme? Les estimations occidentales suggèrent que le Kremlin recrute entre 25 000 et 30 000 hommes par mois, principalement dans les régions les plus pauvres de la Fédération, parmi les minorités ethniques, dans les prisons. Mais les pertes mensuelles, si l’on en croit les chiffres ukrainiens, tournent autour de 25 000 à 30 000 également. L’équation est un tapis roulant vers le néant. La Russie remplace ses morts au fur et à mesure qu’elle les produit. Chaque nouveau soldat arrive moins formé, moins équipé, moins motivé que celui qu’il remplace. La qualité se dégrade. La quantité reste. C’est le modèle soviétique dans sa version la plus cynique : le corps humain comme ressource renouvelable.
Vladimir Poutine parie sur le temps. Il parie que l’Occident se lassera avant que ses réserves ne s’épuisent. Il parie que les élections américaines, les crises économiques européennes, la fatigue compassionnelle mondiale joueront en sa faveur. Et pendant qu’il parie, 890 familles russes ont reçu, aujourd’hui, la visite qu’elles redoutaient.
Les 4 574 drones : le ciel ukrainien comme zone de tir
La pluie de métal
Il faut s’arrêter un instant sur ce chiffre. 4 574 drones kamikazes en 24 heures. C’est 190 drones par heure. Plus de 3 par minute. Toutes les 19 secondes, un drone kamikaze traverse le ciel ukrainien quelque part le long de la ligne de front. Ces drones ne sont pas tous des Shahed-136 iraniens. Beaucoup sont des FPV (First Person View) artisanaux, fabriqués en masse dans des ateliers russes, guidés par un opérateur qui voit à travers la caméra embarquée jusqu’à l’impact. Le coût unitaire est dérisoire. L’effet psychologique est dévastateur.
Les soldats ukrainiens décrivent le bruit comme un bourdonnement constant, un essaim qui ne se tait jamais. De jour, on les voit arriver. De nuit, on ne les entend qu’au dernier moment. Les systèmes de guerre électronique ukrainiens en neutralisent une partie. Les tireurs d’élite anti-drones en abattent d’autres. Mais le volume est tel que certains passent toujours. 614 drones ont été ajoutés au total des destructions ukrainiennes en une seule journée, portant le chiffre global à 136 073 depuis le début de la guerre. Mais combien ont atteint leur cible avant d’être comptabilisés dans les statistiques?
Un drone toutes les 19 secondes. Essayez de compter jusqu’à 19. Voilà. Pendant ces 19 secondes, quelque part sur la ligne de front ukrainienne, un soldat vient d’entendre le bourdonnement. Il a 19 secondes pour réagir. Pour se jeter dans un trou. Pour activer le brouilleur. Pour viser et tirer. Ou pour ne rien faire du tout parce que le drone est déjà là. C’est ça, la guerre moderne. Pas de trêve. Pas de nuit. Pas de silence.
Les 200 bombes guidées : le poids de la terreur
Aux drones s’ajoutent les 81 frappes aériennes qui ont largué 200 bombes planantes guidées (KAB) sur les positions ukrainiennes. Ces bombes, adaptées à partir de munitions soviétiques de 500 à 1 500 kilogrammes, sont équipées de kits de guidage UMPK qui leur permettent de planer sur des dizaines de kilomètres après avoir été larguées par des Su-34 ou des Su-35 restant hors de portée de la défense antiaérienne ukrainienne. L’impact d’une seule de ces bombes peut raser un immeuble de cinq étages. 200 en une journée. C’est un bombardement stratégique mené avec des moyens tactiques. C’est Guernica répété quotidiennement, sans que le monde ne peigne un tableau pour s’en souvenir.
L’aviation ukrainienne, de son côté, a frappé cinq zones de concentration de personnel russe. L’asymétrie est flagrante. Mais l’efficacité ne se mesure pas toujours au volume. Elle se mesure à la précision. Et les frappes ukrainiennes, même moins nombreuses, touchent les postes de commandement, les dépôts logistiques, les noeuds de communication. La guerre du chirurgien contre la guerre du boucher.
Le corridor de Myrnohrad : cinq kilomètres entre la vie et la mort
Le dernier passage
Myrnohrad. Le nom signifie « ville de paix » en ukrainien. L’ironie est si cruelle qu’elle n’a même plus besoin d’être soulignée. Cette ville de l’oblast de Donetsk, située à quelques kilomètres de Pokrovsk, est devenue le point focal de la stratégie russe d’encerclement. Les positions des deux armées sont imbriquées à l’intérieur même de la ville. Des Russes dans un immeuble. Des Ukrainiens dans le suivant. La ligne de front passe au milieu des rues, entre les carcasses de voitures calcinées et les façades éventrées.
Le corridor qui relie Myrnohrad aux lignes ukrainiennes fait environ cinq kilomètres de large. C’est par ce corridor que passent les munitions, les vivres, les renforts, les évacuations de blessés. Cinq kilomètres sous le feu constant de l’artillerie et des drones russes. Chaque convoi est un pari. Chaque véhicule qui entre dans le corridor sait qu’il a une chance sur deux d’en ressortir. Les forces russes tentent de couper cette ligne de communication terrestre, d’isoler les défenseurs. C’est la même tactique qu’à Debaltseve en 2015. La même qu’à Bakhmut en 2023. Étouffer. Affamer. Attendre.
Cinq kilomètres. Je reviens sur ce chiffre parce qu’il dit tout. Cinq kilomètres, c’est la distance entre la station Berri-UQAM et le Stade olympique, à Montréal. C’est une promenade de dimanche. C’est rien. Et c’est tout. Parce que ces cinq kilomètres sont la dernière artère qui maintient en vie une garnison entière. Coupez-les, et Myrnohrad meurt. Les soldats ukrainiens le savent. C’est pour ça qu’ils se battent avec cette férocité que les rapports militaires appellent pudiquement « résistance ».
La résistance dans les ruines
Les forces ukrainiennes maintiennent le contrôle du nord de Pokrovsk et de Myrnohrad, selon les derniers rapports disponibles. La Russie revendique la capture de la ville. L’Ukraine dément une occupation complète. La réalité est entre les deux : une guerre de positions où chaque étage d’immeuble change de mains, où chaque cave est une position de tir, où chaque escalier peut être piégé. Les forces ukrainiennes continuent d’infiltrer Myrnohrad, y compris occasionnellement avec des véhicules. La ville n’est pas tombée. Elle est disputée. Mètre par mètre. Brique par brique. Vie par vie.
Le renseignement OTAN a posé un cadre important : même la capture complète de la ligne de front à Pokrovsk et Myrnohrad ne signifierait pas un effondrement de la défense ukrainienne. Les positions défensives sont échelonnées en profondeur. Les réserves sont positionnées. La doctrine ukrainienne a évolué : elle ne s’accroche plus à chaque position jusqu’à la dernière cartouche. Elle défend, ralentit, inflige des pertes, et se replie sur des lignes préparées quand la situation l’exige. La flexibilité tactique contre la rigidité brutale. Le roseau contre le chêne.
L'arc de feu : 14 secteurs actifs simultanément
La cartographie de l’enfer
La journée du 16 février a vu des combats sur 14 secteurs distincts de la ligne de front. Du nord au sud : Slobojanchyna nord (secteur de Koursk, 7 affrontements), Slobojanchyna sud (11 tentatives près de Vovchansk), Koupiansk (6 attaques), Lyman (14 attaques), Sloviansk (7 tentatives repoussées), Kramatorsk (5 actions), Kostiantynivka (16 attaques), Pokrovsk (42 assauts), Huliaipole (37 attaques), Oleksandrivka (8 attaques), Orikhiv (1 attaque). Le secteur de Prydniprovske, sur la rive gauche du Dnipro, est le seul à n’avoir enregistré aucune action offensive.
Cette dispersion des combats n’est pas le fruit du hasard. C’est une stratégie délibérée de la Russie pour étirer les forces ukrainiennes sur un front de plus de 1 000 kilomètres. L’objectif : identifier les points faibles, concentrer les efforts là où la défense cède, exploiter les brèches. Mais l’étirement fonctionne dans les deux sens. La Russie aussi doit disperser ses forces. Et quand elle concentre 42 assauts sur Pokrovsk et 37 sur Huliaipole, elle dénude d’autres secteurs. C’est dans ces interstices que l’Ukraine trouve l’espace pour contre-attaquer. La contre-offensive de Zaporizhzhia n’est pas un accident. C’est le résultat d’une lecture intelligente du dispositif ennemi.
Quatorze secteurs actifs en simultané. C’est une guerre qui se mène sur un front plus long que la distance entre Montréal et Québec. Imaginez des combats simultanés à Trois-Rivières, à Drummondville, à Sherbrooke, à Granby, à Saint-Hyacinthe, à Sorel, à Joliette. Partout en même temps. Sans relâche. Pendant 1 454 jours. Voilà ce que vit l’Ukraine. Et voilà ce que le monde a la décence de trouver « fatigant » à suivre.
Koursk : le front oublié
Dans le secteur de Slobojanchyna nord, qui inclut les opérations en territoire russe dans la région de Koursk, 7 affrontements ont été enregistrés. L’Ukraine maintient toujours une présence en territoire russe depuis son incursion d’août 2024. Ce front, largement oublié des médias, continue de drainer des ressources russes qui ne peuvent pas être déployées dans le Donbas ou à Zaporizhzhia. C’est un abcès de fixation stratégique. Tant que des soldats ukrainiens sont sur le sol russe, Moscou ne peut pas proclamer la victoire. Et cette épine dans le pied de l’ours continue de saigner.
Les 11 tentatives russes près de Vovchansk, dans le sud de la Slobojanchyna, rappellent que le nord de l’oblast de Kharkiv reste sous pression constante. La Russie avait lancé une offensive surprise dans cette zone en mai 2024, capturant plusieurs villages avant d’être arrêtée. Depuis, la situation oscille entre tentatives de percée russe et défense ukrainienne acharnée. Un front de plus. Une ligne de plus à tenir. Un miracle logistique de plus pour une armée qui doit être partout à la fois.
L'offensive d'Oleksandrivka : quand l'Ukraine passe à l'attaque
Syrskyi sur le front
Le commandant en chef Syrskyi ne s’est pas contenté d’envoyer des ordres depuis son bunker. Il s’est rendu personnellement aux postes de commandement des brigades et des régiments engagés dans les opérations offensives. Il a rencontré les commandants des Forces d’assaut aérien et les chefs d’unités d’assaut pour évaluer les progrès opérationnels et répondre aux besoins des unités. Dans le langage militaire, cela s’appelle du leadership de terrain. Dans le langage humain, cela s’appelle aller voir dans les yeux des hommes qu’on envoie au combat.
Les opérations d’assaut sur l’axe d’Oleksandrivka, près de Huliaipole, sont décrites comme efficaces par l’état-major ukrainien. Les forces de défense maintiennent leurs lignes désignées tout en menant des opérations offensives réciproques. L’ennemi attaque constamment sans réaliser de percées significatives. La formulation est sobre. Presque bureaucratique. Mais elle cache une réalité que les chiffres confirment : l’Ukraine ne se contente plus de subir. Elle reprend l’initiative là où l’ennemi ne s’y attend pas.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans la phrase de Syrskyi : « Libérer des territoires est extrêmement important, mais la priorité doit être de préserver la vie des soldats. » Dans un monde où la Russie envoie des bataillons entiers dans des attaques suicidaires sans se soucier des pertes, cette phrase est un acte de résistance en soi. Elle dit : nous ne sommes pas comme eux. Nous comptons nos morts. Chacun d’entre eux a un nom, une famille, une vie qui comptait.
La guerre des drones et de l’électronique
Les forces ukrainiennes dans le secteur de Huliaipole emploient ce que Syrskyi décrit comme une combinaison efficace de systèmes sans pilote, d’artillerie et de guerre électronique. Cette triade est devenue la signature tactique de l’armée ukrainienne. Les drones de reconnaissance repèrent les positions ennemies. L’artillerie les frappe avec précision. La guerre électronique brouille les communications russes et neutralise leurs drones. Le tout coordonné en temps réel grâce à des systèmes de commandement numériques que l’OTAN a aidé à développer.
Le résultat est un multiplicateur de force qui permet à des unités ukrainiennes numériquement inférieures de tenir face à des attaques massives. 37 attaques repoussées en une journée dans un seul secteur, c’est la preuve que la technologie, bien employée, peut compenser le déséquilibre des effectifs. Mais la technologie a ses limites. Les brouilleurs ont besoin de batteries. Les drones ont besoin de pièces. L’artillerie a besoin de munitions. Et tout cela a besoin de parvenir jusqu’à la ligne de front par des routes bombardées, des ponts détruits, des corridors sous le feu. La logistique. Toujours la logistique. La guerre se gagne dans les entrepôts autant que dans les tranchées.
L'offensive russe d'été 2026 : les plans qui se fissurent
Sloviansk-Kramatorsk : l’objectif ultime qui s’éloigne
Les analystes de l’ISW et de Critical Threats identifient deux objectifs majeurs pour l’offensive russe planifiée pour l’été 2026 : la direction Sloviansk-Kramatorsk et la direction Orikhiv-Zaporizhzhia. Pour atteindre ces objectifs, l’armée russe doit d’abord sécuriser des positions de départ adéquates. Et c’est précisément là que le bât blesse. Les contre-attaques ukrainiennes de février ont anéanti des semaines de gains russes dans le secteur de Zaporizhzhia. Les positions de départ pour l’offensive d’été sont compromises. Le calendrier prévu par le commandement russe est menacé.
La Russie se retrouve dans une situation paradoxale : elle attaque sur 14 fronts simultanément, elle lance 200 attaques par jour, elle déploie des milliers de drones, et elle recule dans le secteur qui devait être le tremplin de son offensive majeure. La contre-offensive ukrainienne de Zaporizhzhia n’est pas seulement un gain territorial. C’est un sabotage stratégique des plans de Moscou pour les mois à venir. Chaque kilomètre repris par l’Ukraine est un kilomètre que la Russie devra reconquérir avant de pouvoir lancer son offensive. Du temps gagné. Des vies sauvées. Des plans détruits.
La Russie voulait que l’été 2026 soit le moment de la victoire décisive. L’Ukraine vient de lui voler son élan. Pas avec un geste spectaculaire. Pas avec une arme miracle. Avec de la tactique, du courage et l’exploitation d’un avantage technologique temporaire. C’est la leçon de cette guerre : la force brute ne gagne pas toujours. Parfois, l’intelligence, la détermination et le bon timing suffisent à renverser l’équation.
Le facteur temps : course contre la montre diplomatique
Cette contre-offensive intervient dans un contexte diplomatique tendu. Les négociations potentielles entre Washington et Moscou planent sur le conflit comme une ombre. L’Ukraine sait que chaque mètre de territoire détenu au moment d’éventuelles discussions renforce sa position. Reprendre 201 kilomètres carrés avant que les diplomates ne s’assoient autour d’une table, c’est arriver à la table avec des cartes en main plutôt qu’avec des suppliques. La guerre et la diplomatie se nourrissent l’une de l’autre. Le terrain gagné aujourd’hui est le levier de demain.
Et pourtant, le temps joue aussi contre l’Ukraine. Les stocks de munitions occidentaux ne sont pas infinis. Le soutien politique en Europe et aux États-Unis fluctue au gré des cycles électoraux. Chaque mois qui passe est un mois de plus où l’Ukraine doit prouver qu’elle mérite l’aide qu’elle reçoit. C’est une injustice fondamentale : la victime de l’agression doit justifier son droit à se défendre. L’agresseur, lui, n’a rien à prouver à personne.
Les visages derrière les chiffres
Ceux qui tiennent la ligne
Les communiqués militaires ne parlent pas des individus. Ils parlent de brigades, de secteurs, d’objectifs tactiques. Mais derrière chaque « affrontement repoussé », il y a un groupe d’hommes et de femmes qui ont décidé de ne pas bouger. Qui ont regardé la vague arriver et qui ont tenu. Les soldats de Pokrovsk qui repoussent 42 assauts en une journée ne sont pas des statistiques. Ce sont des êtres humains qui n’ont pas dormi depuis 48 heures, dont les oreilles sifflent en permanence à cause des explosions, dont les mains tremblent non pas de peur mais d’épuisement.
Les Forces d’assaut aérien que Syrskyi a visitées dans le secteur de Huliaipole sont parmi les unités les plus décorées de l’armée ukrainienne. Elles ont combattu à Bakhmut, à Avdiivka, dans le nord de Kharkiv. Elles se battent depuis 1 454 jours. Les visages ont changé. Les survivants des premiers mois de la guerre sont de moins en moins nombreux. Mais l’esprit reste. La mission reste. Le refus de plier reste.
On parle de « forces de défense » comme si c’était une entité abstraite. Mais la force de défense, c’est un gars de 24 ans qui était barista à Kyiv il y a trois ans. C’est une femme de 31 ans qui était comptable à Odessa. C’est un père de famille de 45 ans qui avait promis à sa fille qu’il serait là pour son anniversaire. Ils sont tous là, dans la boue de Pokrovsk, dans les décombres de Huliaipole, dans le corridor de Myrnohrad. Ils tiennent la ligne parce que derrière eux, il y a 40 millions de personnes qui comptent sur eux. Et devant eux, il y a un empire qui veut les effacer.
Les absents
Et puis il y a ceux qui ne tiendront plus jamais la ligne. Ceux dont les noms s’ajoutent chaque jour à des listes que le public ne verra jamais. L’Ukraine ne publie pas le chiffre de ses propres pertes. Secret militaire. Mais les cimetières parlent. Les drapeaux jaunes et bleus sur les tombes fraîches parlent. Les familles qui attendent un appel qui ne vient plus parlent. Derrière les 201 affrontements du 16 février, il y a des Ukrainiens qui sont tombés. Leur nombre est un secret. Leur sacrifice ne l’est pas.
La guerre coûte à l’Ukraine un prix que personne ne peut calculer avec précision. Des milliers de soldats tués et blessés chaque mois. Des villes détruites. Des familles déchirées. Un tissu social qui se déchire lentement sous le poids de la mobilisation permanente, de l’absence des pères, des frères, des maris. L’Ukraine paie ce prix parce que l’alternative est pire. L’alternative, c’est Bucha. C’est Irpin. C’est les fosses communes. C’est la déportation des enfants. C’est l’effacement d’une nation.
Jour 1 454 : ce que la durée fait à une guerre
Quand « tenir » devient un verbe absolu
1 454 jours. Presque quatre ans. La guerre en Ukraine dure désormais plus longtemps que la participation américaine à la Première Guerre mondiale. Plus longtemps que la guerre des Six Jours, la guerre du Kippour, la guerre des Malouines et la première guerre du Golfe combinées. Elle s’approche de la durée de la Seconde Guerre mondiale elle-même. Et personne ne peut dire quand elle finira.
La durée change la nature d’un conflit. Au début, c’était une guerre de mouvement, d’audace, de surprise. L’assaut sur Kyiv repoussé en quelques semaines. La contre-offensive de Kharkiv en septembre 2022. La libération de Kherson en novembre 2022. Puis la guerre a changé de visage. Elle est devenue une guerre d’usure. De tranchées. De positions. Le XXIe siècle qui ressemble au XXe. Les drones au-dessus des boyaux de terre. Les tablettes numériques dans les casemates. La modernité au service de la barbarie ancestrale.
1 454 jours. Je me demande si nous réalisons ce que ce nombre signifie pour un soldat dans une tranchée. 1 454 matins où le premier réflexe est de vérifier si l’on est vivant. 1 454 nuits où le sommeil est un luxe volé entre deux tirs. 1 454 jours où le mot « demain » n’a plus de sens, parce que « demain » est identique à « aujourd’hui » : survie, combat, attente, survie. Et nous, de l’autre côté de nos écrans, nous avons le culot de parler de « fatigue de guerre ». Notre fatigue, c’est de lire les nouvelles. Leur fatigue, c’est de rester en vie.
L’Ukraine qui se transforme
Mais la durée a aussi produit quelque chose que la Russie n’avait pas prévu. Elle a transformé l’armée ukrainienne en l’une des forces militaires les plus expérimentées au monde. Les officiers qui commandent aujourd’hui les brigades à Pokrovsk ont quatre ans d’expérience de combat continu. Aucune armée de l’OTAN ne peut en dire autant. Les tactiques de guerre par drones que l’Ukraine a développées sont étudiées dans toutes les académies militaires occidentales. La doctrine de défense en profondeur, la guerre électronique adaptative, l’intégration des capacités civiles dans l’effort de guerre : l’Ukraine a réécrit les manuels militaires en temps réel, sous le feu.
Cette expertise a un prix humain immense. Mais elle a aussi une valeur stratégique que le monde commence seulement à mesurer. L’Ukraine ne se bat pas seulement pour son territoire. Elle teste, en conditions réelles, les concepts de guerre qui définiront les conflits du XXIe siècle. Chaque leçon apprise dans la boue de Pokrovsk est une leçon qui pourrait un jour sauver des vies à Tallinn, à Varsovie, à Vilnius. La première ligne de défense de l’Europe passe par les tranchées ukrainiennes. C’est un fait géostratégique. Pas une figure de style.
Conclusion : 201 raisons de ne pas détourner le regard
Ce que disent les chiffres quand on les écoute
201 affrontements. 42 assauts à Pokrovsk. 37 à Huliaipole. 4 574 drones. 200 bombes guidées. 890 soldats russes éliminés. 201 kilomètres carrés repris en cinq jours. 1 255 340 pertes russes totales. Jour 1 454. Ces chiffres sont la partition d’une guerre que le monde a décidé de reléguer au rang de bruit de fond. Mais le bruit de fond, pour ceux qui le vivent, est assourdissant. Chaque jour, des hommes et des femmes meurent pour défendre le droit d’un pays à exister. Chaque jour, une armée refuse de plier face à une force qui la surpasse en nombre, en artillerie, en aviation. Et chaque jour, contre toute logique apparente, elle tient. Et parfois, elle avance.
La contre-offensive de Zaporizhzhia est la preuve que cette guerre n’est pas perdue. Que la résistance n’est pas un slogan. Que le courage, allié à l’intelligence tactique et à la technologie, peut renverser des rapports de force qui semblaient figés. 201 kilomètres carrés en cinq jours. Ce n’est pas la victoire. Mais c’est la preuve que la victoire reste possible. Et dans une guerre qui dure 1 454 jours, la possibilité est déjà une forme de victoire.
Maintenant, vous savez. Vous savez que pendant que vous lisiez ces lignes, quelque part sur la ligne de front ukrainienne, un soldat vient de repousser un assaut. Un drone vient de tomber du ciel. Un obus vient de frapper un mur derrière lequel quelqu’un se cachait. Vous savez que 201 combats en une journée, ce n’est pas un chiffre. C’est une déclaration. La déclaration d’un peuple qui dit non. Non à l’occupation. Non à l’effacement. Non à l’empire. La question n’est plus de savoir si l’Ukraine peut tenir. Elle tient. Depuis 1 454 jours. La question, c’est nous. C’est : combien de temps allons-nous rester spectateurs?
Le silence n’est pas une option
Cette chronique ne changera pas le cours de la guerre. Aucun article ne le peut. Mais elle peut faire une chose : refuser le silence. Refuser que 201 affrontements deviennent un chiffre parmi d’autres dans le flux ininterrompu des informations. Refuser que les soldats de Pokrovsk, de Huliaipole, de Myrnohrad meurent dans l’indifférence. Refuser que la plus grande guerre terrestre en Europe depuis 1945 devienne une habitude.
L’Ukraine se bat. Elle se bat avec des drones, avec de l’artillerie, avec de la guerre électronique, avec du courage brut et de l’intelligence tactique. Elle se bat avec des 201 affrontements par jour et des contre-offensives que personne ne couvre. Elle se bat et elle tient. Et parfois, elle avance. Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
La transparence n’est pas une faiblesse. C’est une arme. Dire d’où l’on parle, c’est permettre au lecteur de juger par lui-même. Les chroniqueurs qui prétendent à la neutralité absolue mentent. Moi, je choisis de dire la vérité sur mes partis pris pour que vous puissiez mieux évaluer mes faits.
Positionnement éditorial
Cette chronique adopte une posture explicitement pro-ukrainienne. L’auteur considère que la Russie mène une guerre d’agression illégale contre un État souverain, en violation du droit international, de la Charte des Nations Unies et de l’ensemble des accords de sécurité européens. Cette position n’est pas de la partialité. C’est l’application du droit. L’agresseur et l’agressé ne méritent pas un traitement équivalent.
Les chiffres de pertes russes cités proviennent de l’état-major ukrainien et constituent des estimations maximales. Les chiffres réels sont probablement inférieurs, mais l’ordre de grandeur est confirmé par des sources indépendantes occidentales. Les pertes ukrainiennes ne sont pas publiées et ne sont pas estimées dans cette chronique.
Méthodologie et sources
Cette chronique s’appuie sur les rapports quotidiens de l’état-major ukrainien, les analyses de l’ISW (Institute for the Study of War), les reportages d’Ukrinform, du Kyiv Independent, d’Euromaidan Press, de Ukrainska Pravda, de France 24 et de l’AFP. Les données sur la contre-offensive de Zaporizhzhia ont été recoupées entre plusieurs sources indépendantes. Les citations de Syrskyi sont tirées des communiqués officiels de l’état-major ukrainien.
L’auteur ne dispose pas de sources directes sur le terrain et travaille exclusivement à partir de sources ouvertes (OSINT). Les interprétations stratégiques sont celles de l’auteur, informées par les analyses des experts cités.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique, pas un reportage factuel. Il combine des faits vérifiés avec une perspective éditoriale assumée. Les passages en italique sont des commentaires personnels de l’auteur et ne prétendent pas à l’objectivité. Les passages factuels s’appuient sur les sources citées. Le lecteur est invité à consulter directement les sources pour se forger sa propre opinion.
Sources
Les sources ci-dessous sont toutes accessibles en ligne, gratuitement. Lisez-les. Vérifiez. Comparez. Formez-vous votre propre opinion. C’est le seul antidote contre la désinformation : aller voir par soi-même.
Sources primaires
Kyiv Independent — Russia scales up offensive from north of Pokrovsk, Ukrainian military says
Euromaidan Press — Russo-Ukrainian War Day 1454: Ukraine claws back ground in Zaporizhzhia
Sources secondaires
Ukrainska Pravda — Ukraine regains over 200 sq km in five days — AFP
France 24 — Ukraine makes fastest battlefield gain in 2.5 years
RBC-Ukraine — Ukraine achieves fastest battlefield progress in 2.5 years
Euronews — Ukraine is ramping up its counteroffensive regaining territories from Russian troops
Mezha — Russian combat losses in Ukraine war reach over 1.25 million by February 2026
Critical Threats — Russian Offensive Campaign Assessment, February 9, 2026
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