42 affrontements dans un seul secteur
Pokrovsk. 42 affrontements en 24 heures — le secteur le plus intense de toute la ligne de front. C’est ici que la Russie concentre sa pression maximale. Pokrovsk n’est pas n’importe quel point sur la carte. C’est un noeud logistique vital pour l’ensemble du front est. Le perdre, c’est couper une artère. Le tenir, c’est maintenir en vie tout un organisme de défense.
Les assauts russes se succèdent par vagues. Un premier groupe attaque. Il est repoussé. Un deuxième suit immédiatement. La tactique est primitive mais mathématique : à force d’envoyer des hommes, il faudra bien que la ligne cède. Les défenseurs ukrainiens le savent. Ils comptent leurs munitions. Ils comptent leurs heures de sommeil. Et ils tiennent.
Il y a quelque chose d’obscène à analyser Pokrovsk depuis un bureau. Les soldats qui défendent ce secteur ne lisent pas les analyses. Ils n’ont pas le temps. Entre deux assauts, ils rechargent. Entre deux rechargements, ils respirent. Entre deux respirations, le prochain assaut commence.
La stratégie du rouleau compresseur
La doctrine russe à Pokrovsk repose sur un principe : la masse. 200 bombes aériennes guidées en une journée sur l’ensemble du front. Des KAB de 500 et 1 500 kilos qui transforment des positions fortifiées en poussière. 81 frappes aériennes. Contre des tranchées. Contre des abris. Contre des hommes qui n’ont pour protection que la terre et leur détermination.
Et pourtant, les positions tiennent. Le rapport de l’état-major dit simplement : les combats se poursuivent. Dans le langage militaire ukrainien, cette phrase signifie : nous sommes toujours là.
Huliaipole : le deuxième front brûlant
37 combats dans le secteur de Zaporizhzhia
Huliaipole, 37 affrontements. Le deuxième secteur le plus actif de toute la ligne de front. Ce n’est pas un hasard. La région de Zaporizhzhia est devenue l’un des axes majeurs de la pression russe. Les frappes aériennes ont touché Samiilivka, Novoukrainka, Kopani, Hirke, Shyroke, Charivne, Myrne, Liubytske, Vozdvyzhivka, Rozivka, Nizhenka, Mykilske, Novoandriivka, Kushchove. Quatorze localités bombardées dans un seul oblast. Quatorze noms que personne ne connaît en dehors de l’Ukraine. Quatorze endroits où des gens vivaient, travaillaient, élevaient leurs enfants.
Le secteur d’Orikhiv, adjacent, n’a enregistré qu’un seul affrontement. La Russie choisit ses points de pression. Elle concentre. Elle frappe là où elle pense pouvoir percer. Huliaipole est ce point de rupture espéré. Les forces ukrainiennes en ont fait un point de résistance.
Quatorze noms de villages. Quatorze fois, un pilote russe a appuyé sur un bouton. Il ne verra jamais les visages de ceux qu’il a frappés. Il ne marchera jamais dans les décombres qu’il a créés. La distance entre le cockpit et le cratère, c’est la distance entre l’acte et la conscience. Elle est infinie.
La géographie de la souffrance
Un bombardement aérien sur un village ukrainien, ce n’est pas une frappe sur un objectif militaire classique. C’est une localité où la ligne de front passe au milieu des maisons. Où un potager est devenu un champ de tir et une école un poste d’observation. La guerre a avalé la vie civile. Il ne reste que les murs. Et encore, pas tous.
Dans la région de Dnipropetrovsk, les bombes ont touché Velykomykhailivka, Malynivka, Vovche. Dans la région de Kherson, Olhivka et Vesele. Vesele signifie « joyeux » en ukrainien. Il n’y a plus rien de joyeux à Vesele.
Les autres secteurs : une guerre sur 1 500 kilomètres
De Lyman à Kramatorsk, aucun répit
La guerre ne se résume pas à deux secteurs. Kostiantynivka : 16 affrontements. Lyman : 14. Slobozhanshchyna sud : 11. Oleksandrivka : 8. Sloviansk et Koursk : 7 chacun. Kupiansk : 6. Kramatorsk : 5. Chaque chiffre est un front. Chaque front est une ligne tenue par des hommes et des femmes qui n’ont pas dormi depuis trop longtemps.
Le secteur de Prydniprovske est le seul à afficher zéro affrontement. Ce zéro est un luxe temporaire que personne ne prend pour acquis. Le silence, dans cette guerre, est toujours un prélude. Jamais une conclusion.
On parle de « secteurs » comme on parlerait de quartiers dans une ville. Mais ces secteurs couvrent des centaines de kilomètres. Des soldats qui défendent Lyman ne verront jamais ceux qui tiennent Huliaipole. Ils ne se connaissent pas. Ils ne se rencontreront peut-être jamais. Et pourtant, chaque position tenue par l’un protège l’autre. C’est l’invisible solidarité de la ligne de front.
Le front de Koursk : la guerre en territoire russe
Sept affrontements dans le secteur nord, incluant les opérations en territoire russe dans la région de Koursk. L’Ukraine ne se contente pas de défendre. Elle porte le combat chez l’agresseur. Malgré les 4 574 drones et les 200 bombes guidées, l’armée ukrainienne conserve la capacité d’initiative. Elle n’est pas acculée. Elle choisit où et quand elle frappe.
C’est la différence entre une armée qui résiste et une armée qui se bat. L’Ukraine fait les deux. Depuis 1 455 jours.
L'arsenal de la destruction quotidienne
4 574 drones en une seule journée
4 574 drones kamikazes en 24 heures. Pas en une semaine. En une journée. 190 par heure. Trois par minute. Toutes les 20 secondes, quelque part sur la ligne de front, un drone a cherché une cible. Un véhicule. Une position. Un être humain.
2 missiles, 5 ogives, 81 frappes aériennes, 2 306 tirs d’artillerie. Sur le terrain, il n’y a pas de vertige. Il n’y a que le sifflement, puis le silence, puis le sifflement suivant.
Trois drones par minute. Pensez-y. Le temps de lire ce paragraphe, quelque part en Ukraine, un drone vient de frapper. Le temps de passer au suivant, un autre a suivi. Cette guerre n’a pas de pause. Elle n’a pas de mi-temps. Elle n’a pas de répit. Elle a seulement des survivants et des victimes. Et la frontière entre les deux se joue à 20 secondes.
Les bombes guidées : la terreur venue du ciel
200 bombes aériennes guidées. Les KAB russes sont l’arme la plus redoutée du champ de bataille. Larguées hors de portée de la défense aérienne, elles planent jusqu’à leur cible. Une KAB-1500 pèse une tonne et demie. Quand elle touche une position, elle ne la détruit pas. Elle l’efface.
Les 56 tirs de lance-roquettes multiples complètent le tableau. Les MLRS saturent une zone entière en quelques secondes. L’objectif n’est pas de toucher une cible. C’est de s’assurer que rien ne survit dans un périmètre donné. La guerre telle que la Russie la conçoit : brute, massive, indiscriminée.
Ce que les chiffres ne disent pas
Les visages derrière les rapports
L’état-major publie des chiffres. 201. 42. 37. Mais les chiffres ne parlent pas des mains qui tremblent après un combat. Ils ne parlent pas du soldat qui appelle sa fille entre deux assauts et qui ne sait pas quoi lui dire. Ils ne parlent pas de celui qui compte les minutes avant la prochaine vague en se demandant si c’est la dernière — la dernière vague, ou la dernière minute.
« Les combats se poursuivent ». « Les forces de défense maintiennent leurs positions ». « L’ennemi a été repoussé ». Chaque phrase est un euphémisme. Chaque euphémisme cache des heures de terreur, de courage et de sacrifice.
« Les combats se poursuivent. » Quatre mots. Quatre mots qui contiennent toute la guerre. Toute la résistance. Toute la douleur. Et tout le courage qu’il faut pour que demain, le rapport puisse encore dire la même chose. Les combats se poursuivent. Parce que les soldats sont encore là. Parce qu’ils n’ont pas lâché. Parce qu’ils ne lâcheront pas.
La fatigue qui ne se mesure pas
On peut compter les obus. On peut compter les drones. On ne peut pas compter la fatigue. Pour certains soldats, 1 455 jours signifie des mois sans rotation. Des nuits où le sommeil n’est pas du repos mais une parenthèse entre deux alertes. La résistance ukrainienne est un exploit humain avant d’être un fait militaire.
Chaque matin, sur une ligne de front de 1 500 kilomètres, des hommes et des femmes se lèvent — quand ils ont pu se coucher — et recommencent. Pas parce qu’ils en ont envie. Parce qu’il n’y a pas d’alternative.
Conclusion : La ligne qui ne rompt pas
201 refus de perdre
201 affrontements. 200 bombes. 4 574 drones. 2 306 tirs. Et au bout de cette journée du 16 février 2026, la ligne de front ukrainienne est toujours là. Elle n’a pas rompu. Non pas parce que les positions sont imprenables — elles ne le sont pas. Mais parce que ceux qui les défendent ont décidé qu’elles le seraient.
Demain, un nouveau rapport tombera. Le chiffre changera. La réalité, non. La Russie continuera de frapper. L’Ukraine continuera de tenir. Et le monde continuera de regarder.
La question n’est pas de savoir si l’Ukraine peut tenir. Elle tient. Depuis 1 455 jours, elle tient. La question est de savoir combien de temps le monde peut regarder 201 combats par jour et continuer de parler d’autre chose. Combien de rapports faudra-t-il encore? Combien de matins? Combien de chiffres qui ne choquent plus? La ligne de front ne rompt pas. C’est notre attention qui cède.
Le silence entre les rapports
Ce soir, le rapport est clos. Demain matin, un autre commencera. Entre les deux, il y a la nuit. Et dans cette nuit, sur une ligne qui traverse l’Ukraine d’un bout à l’autre, des soldats veillent. Ils ne savent pas que vous lisez ces lignes. Ils ne savent pas que 201 est devenu un chiffre dans un article. Ils savent seulement que dans quelques heures, un nouveau sifflement viendra. Et qu’ils devront, encore une fois, tenir.
Maintenant, vous savez. La question : qu’est-ce que vous allez en faire?
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique assume un positionnement clair en faveur de l’Ukraine agressée et de son droit à la légitime défense. L’auteur considère que la neutralité face à une guerre d’agression n’est pas de l’objectivité mais une forme de complaisance envers l’agresseur. Ce parti pris est assumé, transparent et fondé sur le droit international.
Méthodologie et sources
Les données factuelles proviennent du rapport quotidien de l’état-major général des forces armées d’Ukraine, publié le 16 février 2026 et relayé par l’agence Ukrinform. Les chiffres des pertes russes sont ceux communiqués par la partie ukrainienne et peuvent différer des estimations d’autres sources. L’auteur s’appuie sur ces données tout en reconnaissant les limites inhérentes aux communications militaires en temps de guerre.
Nature de l’analyse
Ce texte est une chronique, genre qui mêle information factuelle et regard éditorial personnel. Les passages en italique signalent les opinions et réflexions de l’auteur, clairement distinguées des faits rapportés. Cette chronique ne prétend pas à l’exhaustivité mais à l’authenticité du regard porté sur les événements.
Sources
Sources primaires
État-major général des forces armées d’Ukraine — Rapport opérationnel du 16 février 2026
Sources secondaires
Ukrinform — Russia’s total combat losses in Ukraine as of Feb. 16, 2026
DeepState — Carte interactive de la ligne de front en Ukraine
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.