La mécanique de la défense dans le chaos
Le secteur de Pokrovsk reste l’un des points les plus chauds du front est. Le 17 février, les forces russes y ont lancé 21 actions offensives et d’assaut. Pas 21 tentatives timides. 21 poussées coordonnées vers les positions ukrainiennes autour de Rodynske, Kotlyne et Filia. Chacune de ces localités est un point sur la carte que les planificateurs russes veulent transformer en brèche. Chacune est un endroit où des soldats ukrainiens ont dit non. Le lendemain, 27 nouvelles attaques ont frappé le même secteur. 26 ont été repoussées. Une seule restait en cours au moment du rapport. En 48 heures, c’est donc 48 assauts sur un seul secteur. La densité des combats à Pokrovsk dépasse ce que la plupart des armées occidentales considèrent comme soutenable. Les rotations sont impossibles au rythme habituel. Le ravitaillement en munitions devient une course contre la montre. Chaque heure gagnée est une heure où les lignes de défense se consolident, où les positions de repli se préparent, où les renforts s’organisent.
Pokrovsk est devenu un mot-symbole. Comme Bakhmout avant lui. Comme Marioupol. Il y a dans ces syllabes quelque chose qui dépasse la géographie. C’est le nom d’un endroit où des êtres humains ont décidé que la ligne ne reculerait pas. Pas par héroïsme de cinéma. Par nécessité absolue. Parce que derrière eux, il y a des civils, des familles, un pays.
Les leçons tactiques d’une résistance qui dure
Ce qui frappe dans les rapports du General Staff, c’est la constance de la pression russe et la constance de la réponse ukrainienne. Moscou ne change pas de stratégie. Elle pousse. Encore. Toujours. Avec plus d’hommes, plus de blindés, plus de drones. Les forces de défense répondent par une défense mobile, des contre-attaques ciblées, une utilisation chirurgicale des systèmes antichars et des drones de reconnaissance. Les forces ukrainiennes de missiles et d’artillerie ont frappé le 17 février trois concentrations de personnel ennemi, un système d’artillerie, un point de contrôle de drones et trois autres cibles. Chaque frappe ukrainienne est calculée. Chaque munition compte. La guerre d’usure ne pardonne pas le gaspillage. Et c’est peut-être là que réside la différence fondamentale entre les deux camps : la Russie compte sur le volume, l’Ukraine compte sur la précision.
Huliaipole : l'épicentre des 38 tempêtes
Un secteur qui absorbe le plus gros de la vague
Le 18 février, c’est le secteur de Huliaipole qui a pris le relais comme point focal des offensives russes. 38 attaques en une seule journée. Le chiffre le plus élevé de tous les secteurs ce jour-là. Six opérations étaient encore en cours au moment de la publication du rapport. Les combats se sont concentrés autour de Dobropillia, Pryluky, Zaliznychne, Staroukrainka, Verkhnia Tersa et Zatyshok. Ces noms de villages ukrainiens, que la plupart des lecteurs ne sauront jamais placer sur une carte, sont les coordonnées exactes de la résistance. Chacun de ces points est un endroit où des défenseurs ont tenu face à des assauts répétés, parfois à quelques centaines de mètres de distance. L’aviation russe a simultanément bombardé les zones d’Orestopil, Pokrovske, Verkhnia Tersa, Huliaipole et Mala Tokmachka. Les bombes planantes — ces engins guidés que les bombardiers russes larguent à distance de sécurité pour éviter la défense antiaérienne ukrainienne — transforment des maisons en cratères en quelques secondes. La veille, 31 tentatives d’avancée avaient déjà été enregistrées dans le même secteur. En 48 heures, Huliaipole a donc subi 69 assauts.
Huliaipole. Le nom sonne comme un écho lointain pour ceux qui lisent depuis Montréal, Paris ou Bruxelles. Mais pour ceux qui y vivent, pour ceux qui y combattent, c’est le centre du monde. C’est l’endroit exact où se décide si la ligne tient ou si elle cède. Et elle tient. Contre toute logique arithmétique, elle tient.
La stratégie russe du marteau-pilon
Le déplacement du centre de gravité offensif de Pokrovsk vers Huliaipole en l’espace de 24 heures révèle une tactique de rotation des axes d’attaque. Moscou frappe fort sur un secteur, observe la réaction défensive, puis déplace sa pression vers un autre point. L’objectif est double : épuiser les réserves ukrainiennes en les forçant à courir d’un secteur à l’autre, et trouver la faille dans le dispositif défensif. C’est une approche brutale, coûteuse en hommes, mais que la Russie peut se permettre grâce à sa supériorité numérique. Les pertes russes cumulées depuis le 24 février 2022 atteignent environ 1 256 080 soldats selon les estimations de l’état-major ukrainien. Ce chiffre est si massif qu’il en devient abstrait. 1,25 million. C’est la population entière d’une grande ville. Rayée. Et pourtant, les vagues d’assaut continuent. Les mobilisations continuent. Les contrats avec des recrues venues des régions les plus pauvres de Russie continuent. La machine ne s’arrête pas parce qu’elle ne sait pas s’arrêter.
Sloviansk, Kupiansk, Kostiantynivka : les autres fronts du silence
Les combats que personne ne regarde
Pendant que les projecteurs médiatiques — quand il y en a — se braquent sur Pokrovsk et Huliaipole, d’autres secteurs encaissent dans l’ombre. Sloviansk : 10 tentatives d’avancée ennemies repoussées le 17 février, près de Yampil, Zakitne et d’autres positions. Kupiansk : 3 attaques repoussées près de Kurylivka et Novoosynove. Kostiantynivka : 14 attaques ennemies dans les zones environnantes. Chaque secteur a ses défenseurs. Chaque secteur a ses blessés. Chaque secteur a ses morts que personne ne nommera dans les dépêches internationales. Le front ukrainien n’est pas une ligne unique. C’est un archipel de résistances, un chapelet de points de friction où des unités tiennent avec ce qu’elles ont. Les rapports mentionnent aussi des combats autour de Berestok, Chasiv Yar, Bondarne, Tverdokhlibove, Ridkodub, Rai-Oleksandrivka et Ivanivka. Autant de noms. Autant de batailles. Autant de silences dans nos journaux.
On parle beaucoup des grands secteurs. On oublie les petits. On oublie le soldat de Kupiansk qui a repoussé trois assauts dans la même journée sans que personne ne le sache. On oublie le défenseur de Yampil qui tient sa position depuis des semaines. La guerre a ses stars et ses anonymes. Les anonymes meurent aussi.
L’étirement dangereux de la ligne de front
La multiplicité des secteurs attaqués pose un problème stratégique fondamental pour les forces ukrainiennes : l’étirement des ressources. Quand la Russie frappe simultanément à Pokrovsk, Huliaipole, Sloviansk, Kupiansk et Kostiantynivka, elle force l’Ukraine à maintenir une défense crédible sur chaque point. Pas de concentration de forces sur un secteur décisif. Pas de repos pour les unités fatiguées. La guerre d’usure à l’échelle industrielle que mène Moscou n’a pas pour objectif immédiat de percer. Elle a pour objectif d’épuiser. De fatiguer les corps, les esprits, les stocks de munitions, les systèmes de guerre électronique, les véhicules blindés, les tubes d’artillerie. Chaque jour qui passe sans percée russe majeure est une victoire ukrainienne. Mais chaque jour qui passe est aussi un jour de plus dans l’enfer de l’attrition.
8 470 drones : l'essaim mécanique qui obscurcit le ciel
La guerre des drones atteint un nouveau seuil
8 470 drones kamikazes déployés en une seule journée. Il faut s’arrêter sur ce nombre. Le relire. Le laisser s’installer. Huit mille quatre cent soixante-dix engins volants sans pilote, chargés d’explosifs, lancés vers des positions ukrainiennes le 17 février 2026. C’est un chiffre qui aurait été impensable il y a deux ans. C’est un chiffre qui redéfinit ce que signifie la guerre moderne. Chaque drone kamikaze est une menace individuelle qui exige une réponse — brouillage électronique, tir de mitrailleuse, ou simplement la chance de ne pas être sur sa trajectoire. Multipliez cette menace par 8 470 et vous commencez à comprendre ce que vivent les soldats ukrainiens au quotidien. Le bourdonnement permanent. L’impossibilité de se montrer à découvert. La tension nerveuse qui ne retombe jamais. Les forces de défense ont développé des contre-mesures — brouilleurs portables, filets de camouflage, systèmes de détection acoustique — mais la saturation par le nombre reste l’arme la plus redoutable de l’arsenal russe de drones.
8 470. J’ai relu ce chiffre trois fois. En une journée. Huit mille quatre cent soixante-dix machines conçues pour tuer, lancées vers des êtres humains qui n’ont d’autre choix que de les abattre ou de mourir. Et le lendemain, il y en aura d’autres. Et le surlendemain aussi. C’est la réalité quotidienne d’une guerre que beaucoup ont déjà rangée dans la catégorie des conflits lointains.
168 bombes planantes : la terreur venue du ciel
Aux drones s’ajoutent les bombes planantes — 168 en 76 sorties aériennes le même jour. Ces munitions guidées, souvent des bombes soviétiques reconverties équipées de kits de guidage UMPK, sont larguées par des bombardiers Su-34 et Su-35 à distance de sécurité. Elles planent jusqu’à leur cible avec une précision suffisante pour détruire un bâtiment, un abri, une position fortifiée. L’Ukraine n’a pas encore reçu suffisamment de systèmes de défense antiaérienne à longue portée pour menacer les bombardiers russes dans leur zone de largage. Résultat : les bombes planantes restent l’une des armes les plus meurtrières et les plus impunies de cette guerre. 30 missiles ont également été tirés en deux opérations distinctes. Et 3 323 tirs d’artillerie, dont 67 de lance-roquettes multiples, ont pilonné les positions ukrainiennes. Le volume de feu quotidien que subit l’Ukraine est celui d’un pays en guerre totale face à un adversaire qui a fait de la destruction industrielle sa doctrine.
Les régions frontalières sous le feu : Soumy et Tchernihiv
L’arrière-front n’existe plus
La guerre ne se limite pas à la ligne de front. Les régions de Soumy et de Tchernihiv, dans le nord de l’Ukraine, continuent de subir des bombardements réguliers. Le 18 février, les forces russes ont mené 58 pilonnages dans la zone nord de Slobozhanshchyna et le secteur de Koursk. Les villages de Rohizne, Ryzhivka, Budky et Yasna Poliana ont été ciblés. Ces localités ne sont pas sur le front. Elles sont dans des zones que la Russie bombarde pour terroriser, pour vider, pour rendre inhabitables. Les civils qui y vivent encore — et il y en a — sont ceux qui n’ont nulle part où aller. Ou ceux qui refusent de partir. La stratégie russe de terreur territoriale vise à créer une zone tampon de désolation au-delà de la ligne de front, où rien ne fonctionne, où personne ne vit, où l’État ukrainien ne peut plus assurer ses fonctions. C’est une stratégie aussi vieille que la guerre elle-même. Et elle ne fonctionne que si l’adversaire cède. L’Ukraine ne cède pas.
Rohizne. Ryzhivka. Budky. Yasna Poliana. Des noms de villages qui sonnent comme des poèmes. Des endroits où des gens vivaient, cultivaient, élevaient des enfants. Des endroits que la Russie transforme en zones mortes. Et le monde regarde ailleurs, captivé par d’autres drames, d’autres scandales, d’autres distractions. Le silence sur ces villages est une forme d’abandon.
La vie impossible dans les zones grises
Entre le front et l’arrière, il y a une zone que les analystes militaires appellent la zone grise. C’est l’espace où les bombardements sont quotidiens mais où la présence militaire permanente n’est pas encore établie. C’est l’espace où des civils vivent encore dans des caves, où des bénévoles tentent d’acheminer de la nourriture et des médicaments, où des équipes de secours interviennent sous le feu. Les 58 pilonnages dans la zone nord ne sont pas des incidents isolés. Ils s’inscrivent dans un schéma de harcèlement permanent qui use les infrastructures, les nerfs et les ressources. Chaque frappe endommage un réseau électrique, une route, un pont. Chaque réparation prend du temps et des moyens que l’Ukraine doit détourner de l’effort de guerre principal. C’est l’autre face de la guerre d’usure : celle qui ne tue pas toujours, mais qui détruit le tissu même de la vie.
Le coût humain : 1 256 080 et le vertige des nombres
Quand les statistiques deviennent abstraction
1 256 080. C’est le nombre estimé de pertes russes — tués, blessés, disparus — depuis le 24 février 2022, selon l’état-major ukrainien. Quatre ans de guerre. 1,25 million de vies englouties dans une invasion que Vladimir Poutine avait promise rapide. On peut discuter de la précision du chiffre. Les estimations occidentales sont généralement plus conservatrices. Mais même en divisant par deux, on obtient un carnage d’une ampleur historique. Plus de 600 000 victimes dans l’hypothèse la plus basse. C’est davantage que les pertes américaines pendant toute la Seconde Guerre mondiale. C’est un chiffre qui devrait faire trembler chaque parent russe. C’est un chiffre qui devrait faire réfléchir chaque dirigeant qui prétend que cette guerre peut être gagnée militairement par Moscou. Et pourtant, les vagues d’assaut continuent. 160 engagements un jour. 102 le suivant. La machine broie ses propres fils et ne ralentit pas.
1 256 080. Derrière ce chiffre, il y a des mères russes qui ne reverront jamais leurs fils. Il y a des villages de Sibérie, du Caucase, de l’Oural vidés de leurs jeunes hommes. Il y a une tragédie russe que le Kremlin cache sous des couches de propagande et de silence. Les victimes de Poutine ne sont pas seulement ukrainiennes. Elles sont aussi russes. Et personne à Moscou n’a le droit de le dire.
Les pertes invisibles du côté ukrainien
L’Ukraine ne publie pas ses propres pertes avec la même régularité. C’est une décision stratégique compréhensible — révéler ses pertes en temps de guerre, c’est donner des informations à l’ennemi. Mais l’absence de chiffres ne signifie pas l’absence de souffrance. Les forces ukrainiennes paient aussi un prix terrible. Chaque engagement repoussé a un coût. Chaque bombe planante qui atteint sa cible laisse des blessés, des traumatisés, des morts. Les hôpitaux militaires de l’arrière fonctionnent à pleine capacité. Les programmes de prothèses et de réhabilitation débordent. La fatigue de combat, après quatre ans, atteint des niveaux critiques. Les rotations sont insuffisantes. Les mobilisations successives ont élargi la base de recrutement mais ne peuvent pas remplacer l’expérience des vétérans. C’est la réalité brute de cette guerre : deux armées qui s’usent mutuellement dans un affrontement dont aucune ne peut sortir sans cicatrices profondes.
La doctrine russe de l'écrasement : quand la quantité remplace la qualité
L’héritage soviétique de la masse
La stratégie militaire russe en Ukraine n’est pas nouvelle. Elle est vieille de plusieurs siècles. C’est la doctrine de la masse — envoyer suffisamment d’hommes et de matériel pour que la défense finisse par craquer sous le poids. L’Union soviétique l’a appliquée à Stalingrad, à Berlin, dans toutes les grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale. La Russie de Poutine l’applique aujourd’hui à Pokrovsk, à Huliaipole, à chaque secteur du front ukrainien. 21 assauts sur Pokrovsk en un jour. 38 sur Huliaipole le lendemain. La logique est la même : si la première vague échoue, envoyer la deuxième. Si la deuxième échoue, envoyer la troisième. Et la quatrième. Et la cinquième. Jusqu’à ce que les défenseurs n’aient plus de munitions, plus de force, plus de volonté. Sauf que les défenseurs ukrainiens ont quelque chose que les assaillants russes n’ont pas : ils défendent leur terre. Leur maison. Leur famille. Et cette motivation-là ne s’épuise pas.
Il y a une obscénité dans cette doctrine du nombre. Elle considère le soldat comme une ressource consommable, une unité statistique dans un calcul d’attrition. Le Kremlin envoie des hommes mourir pour conquérir des champs de boue et des villages en ruines. Et il appelle ça une opération militaire spéciale. L’euphémisme est une arme de guerre comme une autre.
Les limites d’une stratégie sans fin
Mais la doctrine de la masse a ses limites. Même pour la Russie. Les usines d’armement tournent à plein régime, mais elles dépendent de composants importés — souvent via des circuits de contournement des sanctions. Les réserves de blindés soviétiques s’épuisent. Les T-62 et T-55 sortis des entrepôts de stockage témoignent d’un fond de tiroir qui se vide. La qualité des recrues diminue — les contractuels attirés par des primes astronomiques ne remplacent pas les soldats professionnels décimés dans les premières vagues. Et le front ne bouge presque plus. Malgré 262 assauts en 48 heures, malgré 8 470 drones, malgré 168 bombes planantes, les lignes ukrainiennes tiennent. Le rapport coût-bénéfice de la stratégie d’écrasement russe est devenu catastrophique. Mais Moscou ne peut pas changer de stratégie sans admettre que la stratégie actuelle a échoué. Et Poutine n’admet pas l’échec.
Les forces ukrainiennes de missiles et d'artillerie : la riposte chirurgicale
Frapper moins, frapper juste
Face à la puissance de feu brute de la Russie, les forces ukrainiennes ont adopté une approche diamétralement opposée : la frappe de précision. Le 17 février, les unités de missiles et d’artillerie ukrainiennes ont touché trois concentrations de personnel ennemi, un système d’artillerie, un point de contrôle de drones et trois autres cibles. Chaque frappe a été calculée, chaque munition dépensée a visé un objectif de haute valeur. C’est la guerre asymétrique dans sa forme la plus pure. L’Ukraine ne peut pas se permettre de tirer 3 323 obus par jour comme la Russie. Elle ne dispose pas de 8 470 drones à lancer chaque matin. Mais elle peut identifier le point de contrôle qui coordonne les drones ennemis et le détruire. Elle peut repérer la concentration de troupes qui prépare l’assaut suivant et la disperser avant qu’elle ne se mette en mouvement. La précision contre la masse. Le scalpel contre le marteau.
Dans cette guerre d’attrition, chaque munition ukrainienne qui atteint sa cible vaut cent obus russes tirés à l’aveugle. Ce n’est pas du romantisme militaire. C’est de la mathématique de survie. Quand on a moins de tout — moins d’hommes, moins d’obus, moins de blindés — il faut que chaque coup porte. Et il porte.
L’enjeu critique des munitions et de l’aide occidentale
La capacité ukrainienne à maintenir cette défense de précision dépend directement de l’aide militaire occidentale. Les obus d’artillerie de 155 mm, les systèmes de missiles HIMARS, les drones de reconnaissance, les systèmes de guerre électronique — tout cela vient de l’extérieur. Chaque retard dans les livraisons, chaque débat parlementaire qui repousse un vote de financement, chaque hésitation diplomatique se traduit sur le terrain par des soldats qui manquent de munitions face à un ennemi qui n’en manque pas. Les 262 assauts en 48 heures que les forces ukrainiennes ont repoussés l’ont été avec des armes et des munitions que quelqu’un, quelque part, a décidé d’envoyer. La question n’est pas de savoir si l’Ukraine peut tenir. Elle tient. La question est de savoir combien de temps elle peut tenir sans que le flux d’approvisionnement ne faiblisse.
La guerre invisible : le front électronique et numérique
L’autre champ de bataille
Derrière les combats de tranchées et les tirs d’artillerie, il y a un front invisible qui ne fait jamais la une : la guerre électronique. Chaque drone kamikaze qui s’écrase sans atteindre sa cible a probablement été brouillé. Chaque communication radio russe interceptée a fourni du renseignement aux défenseurs. Les systèmes de guerre électronique ukrainiens travaillent 24 heures sur 24 pour neutraliser les drones, perturber les communications ennemies, protéger les positions de combat. Sur 8 470 drones lancés, combien ont atteint leur cible ? Les rapports ne le disent pas. Mais le fait que les positions ukrainiennes tiennent après un tel déluge suggère que les contre-mesures fonctionnent. La course technologique entre les drones offensifs russes et les systèmes défensifs ukrainiens est l’un des aspects les plus déterminants — et les moins couverts — de cette guerre.
La guerre du XXIe siècle se joue autant dans le spectre électromagnétique que sur le terrain. Les héros de ce front invisible sont des techniciens, des ingénieurs, des spécialistes en fréquences radio qui ne portent parfois même pas d’arme. Et pourtant, sans eux, les 8 470 drones auraient tous atteint leur cible. Le courage a mille visages. Certains ne portent pas de treillis.
L’innovation née de la nécessité
L’Ukraine est devenue, par la force des choses, un laboratoire d’innovation militaire. Les drones artisanaux fabriqués dans des ateliers improvisés, les logiciels de ciblage développés par des programmeurs civils, les systèmes de brouillage assemblés à partir de composants commerciaux — tout cela constitue un écosystème d’innovation sans équivalent dans l’histoire militaire moderne. La nécessité est la mère de l’invention, dit le proverbe. En Ukraine, la nécessité est la mère de la survie. Chaque innovation technique qui permet d’abattre un drone de plus, de brouiller une fréquence de plus, de guider un obus avec plus de précision, est une innovation qui sauve des vies. Les startups de défense ukrainiennes travaillent avec une urgence que les complexes militaro-industriels occidentaux ne connaissent pas. Quand le produit que tu développes doit fonctionner demain matin sur le front, tu ne perds pas de temps en réunions de comité.
Conclusion : Le quatrième hiver de guerre et les raisons de ne pas détourner le regard
Tenir quand tout invite à lâcher
Nous sommes en février 2026. Le quatrième hiver de guerre touche à sa fin. Quatre hivers où les soldats ukrainiens ont combattu dans la boue glacée, les tranchées inondées, le froid qui engourdit les doigts sur la détente. Quatre hivers où les civils des zones de front ont vécu sans chauffage fiable, sans électricité constante, parfois sans eau courante. L’endurance est devenue la stratégie première de l’Ukraine. Pas l’offensive spectaculaire. Pas la percée décisive. L’endurance. Tenir. Jour après jour. 160 assauts repoussés un jour. 102 le lendemain. Et recommencer. Et encore. C’est une forme de courage qui ne fait pas de bonnes images pour les chaînes d’information en continu. C’est un courage gris, répétitif, épuisant. Mais c’est le courage qui gagne les guerres. Les forces ukrainiennes ne cherchent pas le moment héroïque. Elles cherchent le lendemain. Elles cherchent à être encore là quand le soleil se lèvera. Les rapports militaires ne mesurent pas le moral. Ils comptent les engagements, les missiles, les drones, les pertes. Mais le moral est l’arme la plus puissante de l’arsenal ukrainien. C’est ce qui fait qu’un soldat qui a repoussé 21 assauts à Pokrovsk sera prêt à en repousser 21 autres demain. C’est ce qui fait qu’une unité qui a subi 38 attaques à Huliaipole maintient sa cohésion. C’est ce qui fait que l’Ukraine combat encore après quatre ans face à un adversaire qui a trois fois sa population et des ressources énergétiques quasi illimitées. La Russie peut fabriquer des drones. Elle peut mobiliser des hommes. Elle peut acheter des munitions à la Corée du Nord. Mais elle ne peut pas fabriquer ce que les Ukrainiens ont : la conviction de se battre pour quelque chose qui mérite qu’on se batte. Et cette conviction, après 262 assauts en 48 heures, est intacte.
Il y a un héroïsme dans la répétition. Dans le fait de se lever chaque matin sachant que la journée sera identique à la précédente : des bombardements, des assauts, des drones, du froid, de la peur. Et de se lever quand même. Et de tenir quand même. Et de repousser encore. C’est un héroïsme que personne ne filmera. Mais c’est celui qui compte. 262 assauts en 48 heures. Chaque assaut est une tentative de faire disparaître quelque chose — un village, une position, une nation. Et chaque assaut repoussé est la preuve que cette chose refuse de disparaître. L’Ukraine ne gagne peut-être pas cette guerre au sens classique du terme. Mais elle refuse de la perdre. Et dans cette guerre-là, refuser de perdre est déjà une victoire.
Ce que les chiffres ne disent pas
Les bulletins de l’état-major ukrainien sont des documents sobres. Des listes de secteurs, des nombres d’engagements, des types de munitions utilisées. Ils ne racontent pas les histoires individuelles. Ils ne nomment pas les soldats qui ont tenu. Ils ne décrivent pas le bruit, la poussière, la terreur. Mais c’est peut-être leur force. Leur sobriété dit plus que n’importe quel discours enflammé. 160 engagements. 102 attaques. 21 assauts repoussés à Pokrovsk. 38 à Huliaipole. 8 470 drones. 168 bombes planantes. Ce sont les faits. Nus. Brutaux. Quotidiens. Et derrière chaque fait, il y a des hommes et des femmes qui ont choisi de ne pas partir, de ne pas fuir, de ne pas céder. Quatre ans après le début de l’invasion russe, cette résistance est la réponse la plus éloquente à tous ceux qui prédisaient l’effondrement de l’Ukraine en quelques jours. Nous qui lisons ces rapports depuis nos écrans, nous avons une responsabilité. Celle de ne pas normaliser. Celle de ne pas traiter 262 assauts en 48 heures comme un bruit de fond, une information parmi d’autres, un fil d’actualité qu’on fait défiler. Chaque chiffre dans ces rapports est une vie en jeu. Chaque secteur mentionné est un endroit où quelqu’un attend la relève, le ravitaillement, ou simplement le silence. L’Ukraine tient. Mais elle ne tient pas seule. Elle tient parce que des alliés envoient des armes. Elle tient parce qu’une communauté internationale — imparfaite, hésitante, mais réelle — maintient une pression sur Moscou. Et elle tient parce que des gens, quelque part, continuent de lire, de s’informer, de refuser l’indifférence. Maintenant, vous savez. 160 engagements. 102 attaques. 8 470 drones. 168 bombes planantes. 262 assauts en 48 heures. La question n’est plus ce qui se passe. La question est ce que vous allez en faire.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’état-major général des forces armées ukrainiennes, rapports quotidiens de situation du General Staff of the Armed Forces of Ukraine, dépêches d’agences de presse internationales reconnues.
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles.
Les données statistiques et militaires citées proviennent des rapports officiels ukrainiens publiés quotidiennement par Ukrinform et le General Staff des forces armées ukrainiennes.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et militaires contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit de la résistance ukrainienne. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Ukrinform — War update: Enemy attacks 102 times, most clashes in Huliaipole sector — 18 février 2026
Sources secondaires
General Staff of the Armed Forces of Ukraine — Rapport de situation quotidien — 17-18 février 2026
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